Timshel - Contre

1. Les serpents sifflent
2. Entre livres et soleils
3. Jordan
4. Je suis la glace
5. My religion
6. Petit R. de merde
7. Tout contre toi

2026 - Autoproduction

Sortie le : 18 janvier 2026

Timshel

C’est un réflexe quasi pavlovien chez l’amateur de musique hexagonale : Rouen = les Dogs. Désormais, il faudra aussi compter avec Timshel, duo subtil qui chasse sur de toutes autres terres que le gang de Dominique Laboubée et transforme la campagne normande en paysage lovecraftien.

Étiquetées dark folk ou experimental folk, les sept chansons de Contre, ce premier album de Timshel (après un EP remarqué), cultivent un sens aigu de l’épure. My religion, par exemple, ne repose que sur quelques accords de guitare répétés de manière lancinante. Sur ce tapis musical, les voix de Sabine et Yann harmonisent avec délicatesse, rappelant dans l’ambiance les morceaux les plus dépouillés d’Isobel Campbell & Mark Lanegan. Sur Jordan, Sabine ne s’accompagne même que... d’une chaîne. Pour un résultat saisissant. Quant à Tout contre toi, tenu par la grâce d’un seul clavier, il propose un écrin harmonique que n’aurait pas renié John Cale.

Malgré cette économie de moyens, Contre tient son auditeur en alerte. Ainsi, le duo passe du Français à l’Anglais d’une chanson à une autre (voire dans le même morceau, sur Tout contre toi ou Entre livres et soleils) et propose une variété instrumentale peu commune incorporant ici de l’harmonium (Tout contre toi), là de l’épinette des Vosges (My religion, encore). Le tout, au service de compositions hantées, usant de la répétition comme moyen de parvenir à la transe. On songe à Fairport Convention pour l’aspect anglophone et à lHypeboréen des frères poyaudins d’AUDOYNAUD pour les ambiances et le chant francophone.

Les morceaux de Timshel incarnent à merveille l’idée du beau bizarre baudelairien. Le texte de Petit R. de merde, par exemple, a l’étrangeté d’Une charogne, du poète parisien. Et le canevas bruitiste sur lequel il est déclamé n’a rien à envier aux stridences dronesques de Laura Cannell ou lydia roberts. Derrière, Sabine s’époumone comme Kim Gordon dans les morceaux les plus écorchés de Sonic Youth tandis que les guitares accélèrent dans un lent crescendo. Ce morceau de bravoure de douze minutes d’une folle intensité est un peu le Heroin de Timshel. Il n’est pas non plus le seul sur lequel Sabine et Yann savent pousser le VU-mètre dans ses retranchements. Je suis la glace reprend le même canevas narratif et s’achève dans une apothéose apocalyptique.

Timshel privilégie l’émotion à la recherche de la perfection sonore et ne s’embarrasse pas à gommer le souffle de ses chansons, enregistrées en deux jours à l’aide d’un Tascam 388. Un choix judicieux qui, loin de nuire à l’ensemble, en fait ressortir toutes les subtiles aspérités. Contre a le magnétisme vernaculaire des romans de Vercors et la ruralité mystique de ceux de Carole Martinez. Un très grand cru qui sera bientôt disponible en édition limitée vinyle. Qui achètera ne perdra pas.


( Ben )


Disques - 01.02.2026 par Ben