IRM Expr6ss #35 - 6 (+ 2) albums pompiers beaucoup trop plébiscités en 2025 : Maruja, Oklou, Rosalía, Richard Sallis, These New Puritans, Turnstile + bonus : Bad Bunny, Los Thuthanaka
Ils auront droit aux avis vite expédiés qu’ils méritent : 8 albums croisés à des fréquences diverses dans les bilans 2025 de nos confrères et qui prouvent que la grandiloquence sous toutes ses formes a encore de beaux jours devant elle en musique, du moins si par "beaux jours" on entend sa propension naturelle à faire illusion d’inspiration.
La limite à 8 disques (dont 2 en "bonus", cadeau du Nouvel An disons), c’est bien parce qu’on avait dit "pas de shitlist", sinon l’intégralité des classements d’une blogosphère US encore un peu plus racoleuse chaque année était susceptible d’y passer (sans parler des ambulances sur lesquelles on aurait pu tirer chez nous, Ptite Soeur et Theodora en tête). Vous pouvez néanmoins retrouver davantage de mochetés adulées cette année dans cette sélection en trois parties :
Nullités surcotées de 2025, part 1 - part 2 - part 3
Maruja - Pain to Power (Music for Nations, 12/09/2025)
C’est la dernière tendance venue de Manchester et on l’aura aussi vite oubliée que les précédentes. Sans aller jusqu’à dire que c’était une belle idée, les cuivres étant plus que jamais revenus à la mode dans le rock britannique emphatique et le saxo en particulier (cf. Black Midi ou Black Country, New Road), ce dernier aurait dû permettre à Maruja d’insuffler une atmosphère digne de ce nom dans son melting pot de brûlots aussi véloces que proprets (à l’instar de cette imagerie gloutonne et glauque qui se voudrait dérangeante mais pue le numérique et le montage épileptique pour ados en déficit d’attention) et de post-rock mi dégoulinant mi bourrin et somme toute assez chiant, mais échoue sur ce premier album beaucoup trop emphatique et campé sur des rails (les chroniqueurs qui parlent de "free jazz" n’en ont probablement jamais écouté), même quand la musique prend son temps (cf. Zaytoun). Ici l’art pompier n’est d’ailleurs pas que musical mais aussi politique, à coups de pamphlets pro-palestiniens d’un opportunisme assez pénible dans un milieu rock déjà acquis à cette cause et de mélodies de cuivres orientales comme on en entend désormais partout (mais n’est pas Oiseaux-Tempête qui veut). "Ce sont nos différences qui nous rendent beaux" beugle sur fond de cordes larmoyantes le pseudo-Zack de la Rocha Harry Wilkinson, sur le single Saoirse. Eh oui. Et la pluie ça mouille, et la guerre c’est mal. On attend toujours qu’aux lapalissades s’ajoute la plus évidente d’entre toutes : le bon rock anglais dans les charts, c’est bel et bien terminé.
Oklou - choke enough (Because Music, 7/02/2025)
Encore un disque qui finira au clou mais qui pour le moment a le vent en poupe, tendance à l’hyperpop chez les vingtenaires branchouillards oblige. Avec choke enough, la Parisienne au look de Caroline Polachek (laquelle n’a heureusement rien sorti de nouveau cette année tant sa participation au dernier These New Puritans nous a suffi) prouve que l’on sait nous aussi, en France, faire de l’électro-pop pitchée et acidulée jusqu’à la nausée pour midinettes sous Adderall. On appréciera au moins la pédale douce sur les rythmiques, qui ne change de toute façon absolument rien au caractère aseptisé de cette cousine mollassonne de Charli XCX.
Rosalía - Lux (Columbia, 7/11/2025)
Lux est à l’image de son interminable line-up international d’arrangeurs et producteurs pop, rap et classique à Grammy au sein duquel cachetonnent notamment Björk (ce dont on ne s’étonnera malheureusement pas tant que ça, après le ratage lui-même bien pompier de son dernier opus Fossora en 2022), Charlotte Gainsbourg, Venetian Snares ou même le pourtant admirable Daníel Bjarnason en directeur d’orchestre : un énorme télescopage sans queue ni tête d’envolées vocales à faire pâlir de jalousie la Madonna larmoyante d’"Evita", d’orchestrations lourdingues, de toutes petites saturations inoffensives, de sérénades abyssales de mièvrerie et de choeurs Carmina-Buranesques... un espèce d’oratorio pop ni fait ni à faire où la donzelle, pour ne rien arranger, se prend pour un croisement de Shakira et de mère Teresa. Heureusement pas encore surmédiatisée chez nous autant qu’ailleurs, si Rosalia cartonne toujours dans le reste du monde 3 ans après la purge électro latina qu’était Motomami, c’est justement pour cette emphase taxée par les malentendants d’aventureuse (sic) : ça envoie du gras comme un blockbuster ciné, les orchestrations absolument basiques dans le pompier jouent sur l’appétence du grand public pour tout ce qui est tapageur, on est à l’opposé de l’expérimentation, dans un grand n’importe quoi qui en vérité n’ose rien de bien neuf ou ambitieux sur le plan créatif mais mélange un peu tout n’importe comment, du moment que ça inonde les tympans du public le plus large possible de gros contrepieds grandiloquents. En montant de deux crans en prétention crasse (l’album est chanté en 14 langues, et convie toutes les machines à sous humaines du music business, de Pharrell Williams à Daft Punk, dans sa quête effrénée d’universalisme et d’impact sur une "culture pop" désormais inexistante), la chanteuse bataille bec et ongles pour qu’on ne la prenne plus pour le produit de consommation de masse qu’elle est pourtant plus que jamais... et le problème, comme souvent, c’est que ça marche auprès d’une blogosphère US avide de clics qui en monte en épingle la supposée "importance esthétique", laquelle confine pourtant au néant. Une escroquerie qui roule sur l’or donc, à l’image de son principal distributeur, dédié justement à la consommation et à rien d’autre : Spotify.
Richard Sallis - Felix (Autoproduction, 3/01/2025)
Celui-là je m’en voudrais presque de le dézinguer car l’Australien est assez peu médiatisé chez nous, mais force est d’avouer que je retrouve chez Richard Sallis tout ce que je honnissais dans les pires albums concepts de pop orchestrale des années 2000/2010. Un peu l’équivalent du These New Puritans (à suivre) pour le pop/rock de crooner aux arrangements chiadés et aux choeurs célestes versant sacchariné, cherchant l’intensité à grand renfort de beuglantes, d’envolées baroques indigestes et de déglingue poussive façon big band maximaliste d’éléphant dans un magasin de porcelaine, mais en réalité désespérément morne et dénué de véritable souffle : disons pour faire court que l’on est plutôt du côté du médiocre Get Well Soon que de Sufjan Stevens circa 2005, de DM Stith ou de l’increvable These Were the Earlies - allez, je sauve tout de même le chouette Bouncing Masquerade Ball, qui suffit mine de rien à faire de Felix l’album le plus potable de cette sélection et de loin.
These New Puritans - Crooked Wing (Domino, 23/05/2025)
Je n’ai jamais pu les piffrer et j’en suis le premier désolé, mais pour moi les Britanniques auteurs du désespérément surcoté Hidden en 2010 sont plus ou moins la quintessence de la prétention emphatique dans le rock de ces 15 ou 20 dernières années, et il n’y a qu’à en juger ici par cette intro à l’orgue (instrument omniprésent sur le disque) et aux vocalises façon chant sacré, qui laisseront évidemment place par la suite à l’habituel gloubi-boulga télescopant tout et n’importe quoi, de l’indus gothique (A Season In Hell) à la spiritual-world-pop Peter-Gabrielesque (le morceau-titre), avec toujours cette étonnante habileté à systématiquement confondre lyrisme et grandiloquence comme les fleurons de la prog en leur temps, comparaison qui vaut d’ailleurs tout autant pour le savoir-faire indéniable du groupe, son goût pour des effets et transitions anti-naturels au possible (cf. les borborygmes mochissimes du break de Goodnight, au hasard) et cette imbuvable solennité à la limite de l’autocomplaisance. Quant à Industrial Love Song, la "fameuse" ballade sirupeuse avec Caroline Polachek qu’on évoquait plus haut, elle vient rappeler à quel point la chanteuse, par-delà sa musique insipide, est insupportable de maniérisme et donc parfaitement dans son élément sur ce Crooked Wing.
Turnstile - Never Enough (Roadrunner, 6/06/2025)
2025 était décidément l’année du coming-out décomplexé pour les nostalgiques de Rage Against the Machine, ici mélangé au skate punk 90s pour ados de The Offspring et compagnie, badigeonné de mauvais Pet Shop Boys et entrecoupé d’interludes New Age ridicules. Quelle autre explication pour l’enthousiasme heureusement pas généralisé mais relativement dominant des amateurs aguerris de noise rock et de punk hardcore quadra et quinqua pour ce ratage putassier produit comme un album de pop de stade des années 80, à faire passer son déjà médiocre prédécesseur Glow On pour un chef-d’oeuvre ? Dommage pour ce groupe attiré comme une mouche verte sur un étron par les sirènes du succès, et dont la carrière avait pourtant plutôt décemment commencé.
Les "bonus" (hum...) :
Bad Bunny - DeBÍ TiRAR MáS FOToS (Rimas, 5/01/2025)
Probablement pas de grandiloquence à proprement parler ici mais un parfait exemple de pompier pyromane, qui met le feu aux petites culottes et l’éteint à coup d’eau sucrée. Et oui, il y a vraiment des amateurs de musique supposément éclairés pour prendre au sérieux ce fourre-tout latino-pop partagé entre rythmiques reggaeton bien binaires, électro cheapos et ballades sirupeuses de lover sensible qui n’aurait même pas été digne d’accoucher d’un tube de l’été en 2002. Album de l’année chez ces peigne-cul de Rolling Stone, qui feraient bien de mettre la clé sous la porte depuis le temps que plus rien de décent ne sort de leurs plumes, et artiste non anglophone le plus écouté sur Spotify pour la 4e année cette décennie, ce qui évidemment n’a rien de surprenant, le Portoricain étant l’incarnation idéale des produits que vend cette plateforme de grande distribution désormais boostée à l’"AI music" (sic) algorithmiquement gonflée.
Los Thuthanaka - Los Thuthanaka (Autoproduction, 22/03/2025)
Grandiloquence ou pas (mais j’aurais tendance à dire oui), me fader ce psychédélisme sous-produit pour hipsters à bonnets péruviens fut l’une de mes expériences les plus pénibles en 2025. Le genre de sacerdoce auquel absolument personne ne se serait d’ailleurs risqué avant que Pitchfork et sa cohorte de suiveurs (laquelle inclut désormais The Wire, comme quoi la vieillesse est vraiment un naufrage pour tout le monde) ne décident de mettre en avant cette purge à la cover "AI art" vomitive, preuve que l’influence de la blogosphère ricaine sur les cercles "indé" pas-si-curieux et accrocs à la prescription trendy est toujours bien vivace. Pour résumer l’album le plus cité des podiums de fin d’année par les blogs et zines de malentendants en 2025 : des impros sursaturées sans queue ni tête et autres onomatopées mixées avec les pieds sur fond de drums étouffés vaguement tribaux mais surtout très, très basiques, des morceaux parfois interminables qui n’évoluent pas ou si peu dans leur bouillie sonore pas incandescente pour un sou et encore moins contrastée (Kullawada "Awila", Salay “Titi Ch’iri Siqititi”), un peu comme si ton petit cousin de 12 ans avait voulu singer Ratatat en s’amusant avec une boîte à rythme antédiluvienne et des presets cradingues de synthé modulaire, sauf que pour les Américano-Boliviens ce sont de "vrais" instruments (guitare, basse, claviers et percus) avec platine et sampleur et que ça sonne beaucoup moins cool que ça peut en avoir l’air sur le papier. À peu près dénué d’intérêt en somme, le disque aurait simplement dû rester un autoproduit écouté par 10 personnes sur Bandcamp comme il y en a des tas (et des tas de bien meilleurs, comme vous en êtes évidemment convaincu si vous nous lisez régulièrement).
Maruja sur IRM
Oklou sur IRM
Rosalía sur IRM
Richard Sallis sur IRM
These New Puritans sur IRM - Myspace - Site Officiel
Turnstile sur IRM
Bad Bunny sur IRM
Los Thuthanaka sur IRM

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