Chat Pile & Hayden Pedigo - In The Earth Again

Oui, c’est vrai, on est en retard sur ce coup-là mais peu importe, on voulait absolument parler dIn The Earth Again, très intéressante rencontre entre Chat Pile et Hayden Pedigo.

1. Outside
2. Demon Time
3. Never Say Die !
4. Behold a Pale Horse
5. The Magic of the World
6. Fission/Fusion
7. The Matador
8. I Got My Own Blunt To Smoke
9. Radioactive Dreams
10. Inside
11. A Tear for Lucas

date de sortie : 31-10-2025 Label : Computer Students

Chat Pile. Encore Chat Pile. Toujours Chat Pile. Le moindre disque disséqué, analysé et fatalement, quelque peu malmené. Tout le monde y allant de son petit coup de griffe : Chat Pile, c’était mieux avant ; Chat Pile a tout pompé sur Korn (sans déconner, comme si la noirceur atavique de l’un et celle beaucoup plus marketée de l’autre étaient comparables) ; Chat Pile et la cinéphilie très, euh, "ouverte" de Raygun Busch qui prend beaucoup de place en concert, donnant parfois l’impression que ce sont les morceaux qui viennent ponctuer le monologue et blah blah blah. Beaucoup a été dit sur Chat Pile, inutile donc de les présenter.
Hayden Pedigo, c’est autre chose. Il ne bénéficie de la même couverture par ici. Pourtant, son parcours est pour le moins iconoclaste - il s’est présenté à moment donné au conseil municipal d’Amarillo après que sa vidéo de campagne inspirée par Harmony Korine soit devenue virale comme le montre le documentaire Kids Candidate de Jasmine Stodel (2021), il est aussi manequin - et sa discographie est déjà riche mais bon voilà, le finger-picking, l’acoustique très american primitive music à la John Fahey et les soundscapes restent encore relativement confidentiels sur le Vieux Continent. Il y a néanmoins beaucoup de bonnes choses à découvrir par là-bas.
Bref, si tous les protagonistes à l’œuvre ici se sont certes rencontrés à Oklahoma City, ils évoluent dans des contrées musicales aux antipodes et sur le papier, rien ne va de soi : un premier vrai bon point à porter au crédit de l’album.
In The Earth Again donc. Chat Pile et Hayden Pedigo au même niveau, les uns faisant irruption dans le pré carré de l’autre qui lui-même fait muter celui des premiers. On ne reconnait ni Chat Pile ni Hayden Pedigo, les barycentres de chacun s’étant déplacés pour se rejoindre pile entre les deux et du coup, c’est très intéressant. Tous les morceaux ont été écrits à dix mains et il y a une vraie alchimie qui est née de cette rencontre, aérant les diatribes noires de Chat Pile et assombrissant la luminosité de Pedigo.
C’est tout à la fois doux et violent, solaire et inquiet, les arpèges pelés et secs ont des airs d’irradiation et parfois, l’orage fait irruption pour fracasser la tranquille plaine désertique. Vrai disque de contraste qui fait cohabiter sur le même bout de plastique des errances Earthiennes, des enclaves folk apaisées et des pavés beaucoup plus brutaux, In The Earth Again n’en garde pas moins une vraie cohérence tout du long. Et comme on ne s’attendait à rien, on ne s’attendait évidemment pas à ce que ça sonne si bien.


Ça enveloppe tout de suite via Outside qui est tout à la fois très représentatif de cette collaboration et à mille lieux de ce qu’elle réserve. C’est quand le chant débarque sur Demon Time qu’on se dit qu’on tient quelque chose : quelques notes tranquilles, la diction délavée et le parterre plombé par intermittence préparent à l’emballement de Never Say Die ! tout de suite battu en brèche par la luminosité (désespérée) de Behold A Pale Horse. Après quatre morceaux, on voit bien comment tout s’imbrique. Ni Chat Pile, ni Pedigo n’ont jamais sonné comme cela et pourtant, on les reconnait sans peine.
Tout le reste est du même acabit ; tantôt le sludge de Chat Pile prend le dessus mais il est tout de suite arrondi ou ralenti par l’égrainage de Pedigo (The Matador par exemple), tantôt c’est l’americana qui ouvre la voie, elle-même reconfigurée par un souffle pas drôle du tout (I Got My Own Blunt To Smoke par exemple) et parfois tout se rejoint (Fission/Fusion ou Radioactive Dreams par exemple). Il n’y a pas vraiment de structure ni de feuille de route, ça sonne comme ça sonne au moment où ça sort et du coup, c’est souvent inattendu bien qu’une patte se dégage.
On le voit bien, tout ça n’a rien à voir avec un split habituel et c’est bien de l’inédit à tous les niveaux qu’Hayden Pedigo et Chat Pile proposent et au bout, on en vient à attendre qu’il y ait une suite ou qu’au moins, l’expérience infusera et viendra densifier les futures sorties des uns et de l’autre.
Bon évidemment, pour finir, difficile de ne pas parler de l’emballage qui vient magnifier tout ça : c’est Computer Students et je crois qu’à ce stade, il est vraiment inutile d’en dire plus puisque vous savez déjà que c’est forcément superbe. On sait gré au label en tout cas d’extirper de nos temps anxieux une autre vision de l’Amérique, très éloignée de celle, abrutie et hystérique, qui accapare le flux aujourd’hui.

Et une chose est sûre : Korn n’aurait jamais pu sortir un disque tel que celui-ci.



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