Willy Vlautin : "J’ai passé ma vie à être sauvé par les histoires"

Employer la première personne du singulier lorsqu’on écrit un article peut être vu comme une faute de goût. Que l’on me pardonne : ici, ça a du sens. Willy Vlautin est, avec David Joy, l’auteur qui m’a fait entrer dans la littérature américaine contemporaine. Aussi, lorsque j’ai commencé cette série d’interviews, j’avais un secret espoir : qu’elle m’amène à interviewer David Joy et Willy Vlautin. Par l’entremise de Wiliam Boyle (dont on ne louera jamais assez les qualités littéraires et humaines), c’est aujourd’hui chose faite. Dans la postface de La route sauvage, Willy Vlautin écrit : "c’est dur d’aimer quelqu’un qu’on ne peut pas admirer de près". Aucun risque de tomber dans cet écueil avec lui, l’homme est à la hauteur de l’image qu’il donnait sur la scène de l’espace Soriano lors du Festival America, solaire et sensible à la fois. Il nous confie avoir toujours pensé qu’il finirait avec les marginaux du Nevada ; sans nul doute et pour paraphraser le titre d’un autre de ses romans, on peut affirmer qu’il est devenu quelqu’un.




VERSION FRANCAISE

Indie Rock Mag : Bonjour Willy. Tu es né à Reno et aux oreilles de l’amateur de musique cela évoque forcément ces vers de Johnny Cash (que tu évoques d’ailleurs dans tes romans Plein Nord et Motel Life) : "I shot a man in Reno / just to watch him die". Comment grandis-tu dans cette ville avec cet héritage ? 

Willy Vlautin : Mon père a passé beaucoup de temps à Reno quand il était enfant. Ses grands-parents y vivaient et, en grandissant, il s’y est installé avec ma mère. C’est comme ça que je me suis retrouvé là-bas. Mon frère et moi sommes tous les deux nés au Nevada. Mes parents se sont séparés quand j’étais encore un bébé, donc je n’ai jamais vraiment vécu avec mon père. Ma mère nous a élevés, mon frère et moi, à Reno. C’était une mère célibataire fauchée et ça n’avait donc rien à voir avec la vie nocturne de Reno ou les casinos. Ce n’est qu’à l’âge de 16 ans environ que je suis tombé sous le charme de la face sombre de Reno. Les bars ne fermaient jamais et il y avait un côté sordide qui me parlait, même à cet âge-là. C’était une ville pleine de rebelles et de vagabonds, et je crois que j’ai toujours pensé que je finirais comme eux - à la dérive et en décalage. Je n’étais pas un gamin très stable. Je faisais de mon mieux pour rester à l’écart des ennuis, mais j’avais toujours un côté rebelle. Cet aspect de Reno me correspondait parfaitement. J’adorais cet endroit. En plus, c’est vraiment magnifique, à quelques kilomètres seulement des montagnes d’un côté et du désert de l’autre.


Dans la postface de La route Sauvage, tu écris qu’à l’âge de 26 ans, tu as quitté ta ville natale où tu travaillais dans les transports pour rejoindre Portland, dans l’Oregon, où tu espérais faire carrière dans la musique tout en chargeant des camions pour gagner ta vie. Tu expliques y côtoyer des hommes violents. Quelle influence cette période a-t-elle eu sur ton œuvre littéraire et musicale ?  

Tu as raison, j’ai déménagé à Portland à 26 ans pour essayer de rejoindre un vrai groupe. À Reno, c’était difficile de faire partie d’un groupe. Je savais que je devais changer d’air avant d’être trop vieux, alors j’ai tenté ma chance à Portland parce que c’était la ville la moins intimidante de la côte ouest. Mais je ne connaissais personne là-bas. Je vivais dans un quartier de banlieue et je travaillais dans une entreprise de transport routier avec une bande de gars qui avaient à peine plus de vingt ans et qui avaient déjà des enfants. C’était dur. Juste des rednecks tout ce qu’il y a de plus ordinaires. Pas de violence là-bas. J’ai toujours essayé de rester à l’écart des fous furieux. J’avais atterri dans une ville où la musique était partout, mais pendant pas mal de temps, j’étais encore plus mal loti qu’à Reno. J’étais à des millions de kilomètres de la scène musicale de Portland. Pendant longtemps, je n’ai fait que travailler, donc ça a été une période difficile pour moi. C’est de là qu’est né Richmond Fontaine. J’ai commencé à écrire toutes ces chansons sur le mal du pays. Quand Richmond Fontaine a commencé, c’était un groupe de Portland qui chantait beaucoup sur le Nevada.

Dans Motel Life, Frank raconte des histoires à son frère ; dans Ballade pour Leroy, on suit les pensées de Leroy qui s’invente une vie inspirée des jeux vidéo le temps que dure son coma. Tu sembles suggérer que, dans les chansons ou dans les livres, les histoires sont faites pour s’évader, échapper à son quotidien. Tu es toi-même un véritable storyteller. D’où te vient ce besoin de raconter des histoires ?

J’ai passé ma vie à être sauvé par les histoires. Quand j’ai compris qu’on pouvait mettre une chanson et s’évader de soi-même, ça a changé ma vie. Un peu comme une drogue, je dirais. Je considérais que la musique allait me sauver. J’y croyais vraiment, bien plus que la plupart des gens. Plus tard, ce furent aussi les films, puis je me suis rendu compte que les romans étaient ce qu’il y avait de mieux pour s’évader sur un plus long moment. Les disques et les livres sont devenus de véritables amis pour moi, de très bons amis. Et puis, au bout d’un certain temps, j’ai commencé à écrire mes propres histoires et chansons, juste pour pouvoir en faire partie. Je ne voyais pas d’autre moyen de me rapprocher de tout cela que de m’y engager.

Tu es un amateur de country et, à propos de Willie Nelson, Jerry Lee, un des deux frères de Motel Life, déclare que "parfois il rend fou avec ses chansons". Qu’est-ce qui rend fou dans les chansons de Willie Nelson ?  

C’était le point de vue du personnage, pas le mien. J’aime Willie de tout mon cœur. C’est un peu mon saint personnel. Ma mère était très conservatrice, elle n’était pas très versée dans les arts, mais elle adorait Willie Nelson. C’était le hippie aux cheveux longs qui avait réussi à s’inviter chez nous. On lui pardonnait tout. J’adore Willie pour son jeu de guitare - c’est mon guitariste préféré -, pour ses chansons bien sûr, et parce qu’il dit les choses telles qu’il les voit et qu’il est comme qui dirait une force du bien. Sa personnalité et ses disques ont été de grands compagnons pour moi quand j’étais enfant et dans ma vingtaine, alors que je touchais le fond. Ses chansons m’ont aidé à m’extraire de nombreuses périodes difficiles.

Tes personnages sont presque toujours de bonnes personnes prises dans un quotidien a minima difficile - et parfois même sordide. Et, pour rester dans l’univers de la country, je trouve que le titre de l’album des Louvin Brothers Tragic Songs of Life résume assez bien les histoires que tu écris. Qu’en penses-tu ?

Ah, les Louvin Brothers : alcoolisme, musique traditionnelle et christianisme ! Tu as encore raison : j’adore la musique country. Pour sa simplicité, son côté narratif et, bien sûr, son côté sombre. Ces vieux morceaux de country pouvaient être d’une noirceur absolue. Mais au fond de moi, je pense que je suis plutôt un punk rocker. Je suis plutôt un marginal. Je pense que c’est pour ça que j’ai toujours préféré le côté cowpunk de la country. Mais toute la musique traditionnelle s’inspire des problèmes de la classe ouvrière, et les problèmes de la classe ouvrière m’ont toujours intéressé.


La première fois que je t’ai vu, tu intervenais dans le cadre d’une conférence au Festival America de Vincennes avec Alice McDermott et David Joy dont le thème était "La voix des humbles". Quel groupe ou chanteur porte le mieux la voix des humbles en Amérique selon toi ? Lorsque j’ai posé cette question à David Joy, il m’avait répondu en substance "ça dépend de quelle Amérique on parle". Qu’en penses-tu ?  

David Joy a tout à fait raison. Il existe plusieurs Amériques. Je ne suis pas sûr qu’un seul musicien puisse incarner tout cela, mais je pense que Springsteen s’y essaie de son mieux. Aussi énorme soit-il devenu, il semble toujours se soucier de la classe ouvrière, se préoccuper de l’égalité raciale, de voir aussi bien la face sombre que la face lumineuse du rêve américain.

Allison passe un certain temps avec seulement deux cassettes, une de Patti Page, une de Brenda Lee. Les deux frères de Motel Life passent un certain temps avec une seule cassette de Willie Nelson. C’est une situation dans laquelle tu t’es fréquemment retrouvé ?

Comme je l’ai dit tout à l’heure, les disques ont vraiment été mes véritables amis. Swordfishtrombones de Tom Waits m’a aidé à traverser des années difficiles, tandis que le Greatest Hits de Willie Nelson et Some That Will Be (la cassette que les frères Flannigan écoutent) m’ont même sauvé la vie. Il y a donc eu des disques qui m’ont vraiment aidé, des disques qui m’ont obsédé. Surtout quand tout, dans ma vie, s’écroulait autour de moi ! Mais même un disque comme The Dreaming de Kate Bush a signifié des choses importantes à mes yeux. L’évasion qu’il procure, les histoires dans les histoires, l’audace musicale et le romantisme qui s’en dégagent... J’adore cet album depuis 45 ans - bon sang, je vieillis ! J’ai donné Brenda Lee à Allison Johnson (dans Plein Nord) pour montrer au lecteur qu’elle avait un cœur romantique. Elle ne voulait pas de noirceur, elle ne voulait pas de rage, elle voulait Paul Newman, les vieux films et les chansons romantiques.


La route, le voyage, sont des thèmes récurrents de ton œuvre. Dans bon nombre de tes livres, la musique s’écoute en CD et souvent sur la route. Est-ce la meilleure manière de l’apprécier selon toi ? 

Là où j’ai grandi, on pouvait se perdre dans les montagnes de la Sierra ou dans le désert en moins d’une demi-heure depuis chez moi. L’Ouest américain est tellement vaste et magnifique. Je suis tout simplement tombé amoureux de cette région et de ses routes. On retrouve ça dans mes livres, bien sûr, mais aussi cette idée de déracinement. J’ai toujours été intéressé par le fait que les Américains soient si déracinés. On peut vivre dans une ville différente de celle de ses frères et sœurs, tandis que ses parents vivent dans une autre ville encore, et que ses grands-parents vivent encore ailleurs. Il y a une liberté là-dedans, mais aussi une grande solitude.


Les stations radio tiennent également une place importante dans ces voyages. Encore plus qu’ailleurs, la radio semble être une institution aux États-Unis. Quel est ton rapport à ce média ?  

Les radios n’ont plus le charme d’autrefois. Internet a tout changé, mais pendant la majeure partie de ma vie, j’ai adoré traverser une réserve indienne en voiture et écouter leur station de radio, ou la station country d’une petite ville, et de temps en temps, on tombe sur une station rebelle qui passe du punk rock au milieu du désert, ou sur les diatribes d’un évangéliste, ou encore sur un éleveur ou un agriculteur qui annonce les cours du bétail et des céréales. C’est comme plonger dans la culture de la région d’un simple tour de bouton.

La route, c’est la voiture. Tu cites presque systématiquement les marques des voitures dans tes livres, mais il n’y a, à ma connaissance, aucun morceau de Richmond Fontaine ou de The Delines qui porte le nom d’un modèle de voiture. C’est pourtant un classique du genre dans le milieu de la musique... 

Je suppose que j’ai une vision assez classique de la voiture et de l’Amérique. Les deux sont intimement liées. Cela tient en partie, bien sûr, au fait que toutes les villes de l’Ouest ont été construites ou réaménagées autour de la voiture. Donc, dans ces villes, tu as besoin d’une voiture. Dans beaucoup de villes de l’Ouest du pays, il est difficile d’utiliser les transports en commun car tout est très étendu. Je pense que la voiture a aussi apporté la liberté, l’évasion et je ne vivais que pour ça. Alors pour moi, avoir une voiture, c’était le paradis. Et les voitures cabossées ou à moitié bousillées ne coûtent pas cher aux États-Unis, donc j’ai toujours eu une voiture de ce genre. Mais bon, je suis aussi sensible aux films américains que n’importe qui. J’ai donc été influencé par les films de vagabonds, les films de voitures et les romans sur les hobos ou les vagabonds. L’idée qu’il y avait un endroit quelque part au-delà de la colline où l’on aurait sa place, où l’on aurait un sens, c’est quelque chose dont j’ai eu du mal à me défaire. Et la voiture, eh bien, la voiture est la première étape pour disparaître. 


Qui dit route dit motels. Tu as écris un livre intitulé Motel Life, j’imagine que tu as dû en écumer quelques-uns, toi aussi,en tournée, avec Richmond Fontaine ou The Delines. Quelle a été ton expérience la plus marquante dans l’un de ces lieux ? 

Quand j’étais gamin, Reno comptait moins de 100 000 habitants et plus de 120 motels dans un rayon autour du centre-ville. C’était une ville de casinos dont l’économie locale était basée sur le tourisme. J’ai donc grandi en voyant tous les jours ces motels des années 1940 à 1960. Je n’aimais pas être un gamin, je n’aimais pas l’endroit où je vivais, et je rêvais sans cesse de vivre dans un motel. J’étais obsédé par les motels, car il suffisait de donner de l’argent au réceptionniste pour avoir un chez-soi. En grandissant, j’ai été témoin de ce que ces motels sont devenus : des établissements où on louait des chambres à la semaine qui hébergeaient surtout des types cabossés par la vie, des alcooliques, des personnes mentalement instables ou des joueurs. Je me suis toujours senti proche de ce genre de personnes et, dès le début de ma vingtaine, j’étais certain que je finirais dans l’un d’eux et que je méritais cette vie. Maintenant que je suis plus vieux, ces motels n’ont plus beaucoup d’emprise sur moi. Et en tant que musicien, j’aime les hôtels avec de bonnes serrures pour pouvoir y laisser ma guitare sans craindre qu’on me la vole. En plus, il n’y a rien de pire que d’être réveillé par un type qui frappe à la porte de ta chambre de motel pour essayer d’y entrer tellement il est ivre et qu’il a oublié où se trouvait la sienne. J’ai vécu trop de moments de ce genre dans de mauvais motels pour vouloir encore y séjourner.

Revenons un peu sur les CDs. Ils sont très présents dans Devenir quelqu’un. À deux reprises, d’ailleurs, Horace détruit des CDs. As-tu déjà toi-même détruit des CDs, des vinyles ou des cassettes pour quelques raisons que ce soit ?

Je ne détruis jamais de musique. Si je ne la comprends pas, je la donne. Je ne blâme jamais la musique, mais seulement moi-même de ne pas la comprendre. Il n’y a eu qu’un seul groupe avec lequel Richmond Fontaine a tourné qui était tellement brutal, défoncé, chiant et qui traînait un tel nuage noir derrière lui, qu’après la tournée, on a brûlé leurs CDs en effigie pour nous purifier de leur présence. 


J’aimerais qu’on s’attarde un peu sur le cas d’Horace et cet épisode de la destruction de CDs. La première fois qu’il détruit ses CDs de metal, il procède à une sorte de rituel sacrificiel au cours duquel il brûle les livrets de ses CDs et enterre ceux-ci près d’un arbre. La deuxième, c’est lorsqu’il quitte son appartement après sa défaite dans un match crucial. Il a alors arrêté d’écouter du metal pour se concentrer sur l’apprentissage de l’espagnol en CD. Chacune de ces destructions coïncide donc avec un tournant dans sa vie. Elles ressemblent presque aux mues qu’un serpent abandonne au cours de sa vie. Un peu comme si, en se débarrassant de ces albums, il abandonnait une personnalité pour se réinventer. Rompre avec des albums qui ont compté, c’est donc rompre avec une période de sa vie ?

Tu as tout à fait raison. Ce que j’aimais le plus chez Horace, c’était son envie de se réinventer. La plupart des gens rêvent de faire ça, de changer qui ils sont, ce qu’ils aiment, leur façon de penser, mais c’est quelque chose de difficile, de presque insurmontable. Pourtant, Horace essaie vraiment. Il essaie de manger différemment, de parler différemment, de s’habiller différemment. Or l’une de ses passions, c’est le heavy metal, et il se force à arrêter d’en écouter. C’est un sacré sacrifice que d’arrêter d’écouter une musique qu’on adore. Brûler ces CDs, c’était un geste fort, une déclaration d’intention. Je change ! J’en ai fini avec mon ancienne vie. Mais malheureusement, c’est comme quelqu’un qui voudrait arrêter de boire et qui viderait tout l’alcool de sa maison. Le geste est fort, certes, mais ensuite, le type sort de chez lui et voit de l’alcool à chaque coin de rue, dans chaque magasin, chaque maison, chaque restaurant. La déclaration a du mal à résister à l’épreuve de la tentation. Alors Horace brûle ses CDs, mais dans son cœur, il aime toujours cette musique. Et comme la plupart d’entre nous, il craque face à la tentation. Il les rachète.


Pour être tout à fait honnête, je me rappelle avoir été surpris de voir que tu citais autant de groupe de metal dans Devenir quelqu’un. Le metal est un genre paradoxal, un peu mal aimé, avec un côté hermétique aux modes, au bon goût. Ton ami William Boyle nous confiait avoir jeté à la benne toutes ses cassettes de hair metal lorsque Nirvana est arrivé, ce qui est un peu comparable à ce que fait Horace. Quel est ton rapport à ce genre musical ?

Je pense que Horace détruit ses CDs de metal pour prouver qu’il est déterminé à devenir boxeur mexicain. Pour Horace, c’est une question de sacrifice, de faire les efforts nécessaires pour devenir ce qu’il considère comme un champion. Il est tellement brisé qu’il croit réellement pouvoir changer toute sa personnalité et son héritage ethnique. Il fait ça pour être aimé, pour être digne d’amour. Horace est mon personnage préféré. Quel gamin ambitieux et meurtri. Je pense à lui tout le temps. Quant au metal, j’ai grandi dans cet univers mais je n’aimais pas ça. J’étais tellement obsédé par le cowpunk au lycée que j’ai raté des groupes comme Slayer. Les seuls groupes de metal que je connaissais vraiment étaient Van Halen et Mötley Crüe. Je ne m’intéressais pas à eux ni à ce genre de metal tape-à-l’œil, avec les cheveux longs : drogue, sexe, argent. Mais une fois que j’ai découvert des groupes comme Metallica, Slayer et Pantera, j’ai eu le coup de foudre. Mais j’avais déjà la trentaine quand je me suis mis à les écouter. Dans ma prochaine vie, je veux faire partie d’un groupe de metal et être un bon guitariste. Dans ma prochaine vie, je serai un bon guitariste, j’espère.

L’univers du cinéma tient une place importante dans tes romans. Que ce soit les frères de Motel Life qui évoquent ou regardent beaucoup de films ou Allison qui converse avec Paul Newman. Tu as toi-même créé la bande originale d’un de tes livres avec Richmond Fontaine et l’album instrumental Don’t Skip Out On Me. As-tu des bandes originales de films parmi tes disques de chevet ?

Si tu es coincé, si tu ne vois pas d’issue à ta situation, alors la seule qui s’offre à toi, c’est celle que t’offre ton esprit. Il peut être un formidable échappatoire ou, parfois, une véritable prison. Quand j’étais gamin, je vivais dans les films. Je regardais des films le week-end et j’essayais de vivre dedans tout le reste de la semaine. Ça m’aidait à tenir le coup. Et pour ce qui est des bandes originales, eh bien, j’en suis un dingue. C’est à peu près tout ce que j’écoute. Probablement 80 % de ce que j’écoute, ce sont des bandes originales italiennes des années 1960-1970. Je passe mes journées à me promener en les écoutant. Ça adoucit un peu les coups durs de la vie quand on écoute une bande originale italienne.

Que penses-tu d’ailleurs de ce tournant qui a consisté à remplacer une partition originale par une compilation de chansons pour sonoriser un film ?

Je pense que ça dépend du film. Certains films gagnent à être accompagnés d’une sélection musicale soigneusement choisie. Mais je préfère de loin une bande originale à une succession de chansons pop.


Je l’ai évoqué il y a quelques instants, dans Plein Nord, ton héroïne, Allison, a des conversations imaginaires avec Paul Newman qui fait figure de sage, de conseiller. Avec quel musicien pourrais-tu avoir ce genre de conversation intérieure ?

Tout au long de ma vie, j’ai eu des conversations avec Willie Nelson et Tom Waits. Pas avec les personnes qu’ils sont, mais avec ce qu’ils représentent à mes yeux. J’ai dialogué avec leurs personnages et les idées qui se cachent dans leurs chansons. Exactement comme Allison avec Paul Newman. Elle parle à Paul Newman, certes, mais pas à l’acteur, plutôt aux personnages qu’il incarne. C’est dans les personnages qu’il a interprétés qu’elle trouve du réconfort. C’est l’idée de s’inventer des saints pour s’aider à tenir le coup.

Dans tes livres, dans ta musique, le cheval est un animal qui revient souvent. Il apparaît sur plusieurs pochettes d’albums de Richmond Fontaine, il est un personnage à part entière de La route sauvage, ton dernier roman en date s’appelle The Horse, tu possèdes toi-même un cheval appelé The Meritable Dash. Qu’est-ce qui te plaît tant chez cet animal ?

Je ne sais pas d’où me vient mon amour pour les chevaux et les animaux. Quand j’étais gamin, je travaillais dans une clinique vétérinaire. Je voulais devenir vétérinaire, mais je n’étais tout simplement pas assez doué. J’étais un peu trop abîmé par la vie, j’avais du mal avec les sciences et les maths, j’étais un gamin déprimé, et je me suis tourné vers le rock’n’roll. Mais mon amour pour les animaux ne m’a jamais quitté. Je me suis intéressé aux courses hippiques pendant de nombreuses années, jusqu’à ce que je réalise à quel point c’était dur pour les chevaux. Ma femme est une vraie cow-girl, une vraie pro avec les chevaux, elle vit pour eux, donc je pense que ça a beaucoup à voir avec le fait que je pense autant à eux. Mais j’ai écrit La route sauvage pour arrêter de parier sur les chevaux, et j’ai écrit The Horse parce que j’ai croisé ce cheval aveugle au milieu du désert et que je ne pouvais rien faire pour lui. J’ai écrit ce roman pour pouvoir au moins aider ce cheval dans mon esprit, passer du temps avec lui et le sauver d’une manière imaginaire.

J’aimerais qu’on évoque un peu Richmond Fontaine. À mon sens, Richmond Fontaine est à la country ce que Pavement est au rock - l’album Obliteration by Time illustre ça très bien, je trouve. Comment accueilles-tu cette comparaison ?

Ah, je n’y avais jamais pensé. J’adorais Pavement. C’était vraiment un groupe génial. Je crois qu’on se ressemble en ce sens qu’on est tous les deux un peu décalés, en marge. Eux dans le rock, et nous dans la country/punk. C’est sympa de dire ça. Je suis honoré que tu penses ça.


The High Country est mon album préféré de Richmond Fontaine. C’est le plus expérimental du groupe de par sa construction faite de vignettes kaléidoscopiques, de même qu’à travers les passages presque ambient ou industriels. C’est aussi une œuvre totale qui pourrait aussi bien se qualifier de livre pour les oreilles ou film pour les oreilles. Peux-tu nous raconter un peu sa genèse, son enregistrement ?

Hey ! Je suis content que tu l’aies aimé ! Cet album est né parce que je vis dans les bois. Je venais de rentrer d’une longue tournée et j’étais complètement épuisé. Ma femme était partie travailler et, le premier matin après mon retour, je me suis levé : dehors, l’ambiance était brumeuse, très gothique. Nous sommes entourés d’arbres immenses sans aucun voisin autour de nous. Soudain, j’ai entendu le bruit de tronçonneuses au loin, une demi-douzaine environ. Une mer de tronçonneuses [The Chainsaw Sea est le titre d’un morceau de l’album], c’est un son menaçant. Après ça, les camions de transport de grumes sont arrivés, comme d’habitude là où nous vivons, et ils ont fait trembler notre maison heure après heure, puis j’ai entendu quelques coups de feu, des coups de feu très proches et très forts, et l’histoire m’est venue comme ça. J’ai écrit cet album avec cette ambiance gothique romantique, sombre et destructrice. Cet hiver-là, je me promenais dans les bois avec des écouteurs, de la musique ambient vraiment sombre dans les oreilles histoire de me faire vraiment peur. Je me retrouvais au fin fond d’une route forestière ou d’un sentier, à des kilomètres de chez moi et de toute présence humaine, il y avait du brouillard et de la pluie, et je n’entendais rien d’autre que cette musique étrange. C’était sauvage, vraiment bizarre et profondément dérangeant. Les gars du groupe pensaient que j’étais devenu fou, mais lorsque l’on a commencé l’écriture de l’album, ils ont quand même essayé de se mettre au diapason. Je leur ai simplement dit qu’un groupe comme Richmond Fontaine devait aussi faire des albums avec une vision artistique.


William Boyle évoquait dans son interview ces chansons dont le sens devient plus profond avec l’âge. Il évoquait entre autres Easy Run de Richmond Fontaine. Quels sont ces morceaux qui pour toi ont pris une tournure différente avec le temps ? 

Quand je repense à mes anciens morceaux, ça me pose toujours un peu problème, sauf s’il s’agit des morceaux instrumentaux. Ceux-là, je continue à les aimer. L’album dont je suis vraiment fier et que je peux encore écouter, c’est Don’t Skip Out On Me de Richmond Fontaine. Je l’ai écrit pour notre joueur de pedal steel, Paul Brainard, car je savais que Richmond Fontaine allait s’arrêter et je voulais un morceau qui mette en valeur son immense talent. Je réécoute cet album presque avec un point de vue de fan. Mais en général, j’essaie toujours d’aller de l’avant ; dans ma vie, regarder en arrière me mène toujours dans le fossé. Quant aux morceaux des autres, je peux passer un an ou deux sans écouter Willie Nelson, puis quelque chose se produit et j’ai besoin de l’entendre. Idem pour Tom Waits, Dusty Springfield ou Candi Staton. Ils sont là quand j’ai besoin d’eux, et j’en ai toujours besoin, tôt ou tard. Parfois, je ne comprends pas pourquoi j’aime tant la voix de Jack Teagarden, puis un soir, je l’écoute et il me sauve des ténèbres.

On retrouve une certaine porosité entre tes livres et les albums de Richmond Fontaine. Plusieurs morceaux portent des titres de livres ou de chapitres comme par exemple Wilson Dunlap sur $87 and a Guilty Conscience qui est aussi un chapitre de Motel Life, Allison Johnson sur Post to Wire qui est aussi le nom de l’héroïne de Northline... qui est lui-même un morceau sur Winnemucca... qui est lui-même cité dans plusieurs livres... Et on pourrait continuer ainsi pendant longtemps. Peut-on considérer que tout cela ne forme qu’une seule et même œuvre ? 

Écrire un roman prend tellement de temps. Des années et des années à réfléchir à une seule histoire, à un seul ensemble d’idées. J’écris beaucoup de chansons pendant que je travaille sur un roman, et ces chansons reflètent souvent l’histoire sur laquelle je travaille. Pour Plein Nord, tout a commencé par une chanson, mais contrairement à la plupart des chansons, l’idée m’est restée en tête pendant très longtemps après. J’ai donc commencé à la développer sous forme de roman, et cela m’a pris des années pour le terminer. Dans le livre, Allison Johnson traverse des épreuves terribles, c’est une période difficile de sa vie. J’avais tellement de peine pour elle, pour tout ce qu’elle avait enduré, que je me suis mis à lui écrire des petites chansons. Des petits morceaux tristes pour nous aider, elle et moi, à traverser cette épreuve. C’est ainsi que la bande originale a vu le jour. De cette manière, les chansons et les histoires sont indissociables. Elles vivent toutes dans le même univers. Je répète toujours la même chose et je m’en excuse, mais les chansons et les histoires vivent toutes dans le même immeuble et ne peuvent s’empêcher de se croiser et de s’influencer mutuellement.


Enfin, ton dernier projet en date, The Delines vient de sortir un nouvel album, The Set Up. C’est un album qui prend son temps, évoque l’atmosphère des films noirs et flirte davantage avec la soul et presque le jazz par moments. Peux-tu nous en dire quelques mots ?

The Delines a toujours eu un pied dans l’univers de la soul. On adore tous les ballades soul à l’ancienne. C’est un peu notre socle commun. C’est grâce à Cory Gray, notre trompettiste et claviériste, qu’on peut s’aventurer davantage vers le jazz et les expérimentations. C’est un type brillant et vraiment audacieux sur le plan musical. C’est notre génie attitré, et ça s’entend beaucoup sur The Set Up. Au niveau des paroles, c’est un album influencé par l’épidémie d’opioïdes. Les problèmes que notre ville de Portland a rencontrés pour y faire face. La situation s’est simplement glissée dans mes chansons. C’est dur de voir autant de personnes toxicomanes et souffrant de troubles mentaux vivre dans la rue. L’autre partie de l’album, c’est The Set Up parts 1-3, et c’est très noir. Amy et moi, on adore le noir. Les morceaux de The Set Up racontent tous comment le personnage d’Amy piège un pauvre type pour qu’il commette un crime. On s’est vraiment éclatés sur ce projet. C’est Cory qui a composé toute la musique. Je dois dire que The Delines est l’une des meilleures choses qui me soient arrivées. J’adore faire partie de ce groupe. J’ai toujours voulu vieillir au sein d’un grand groupe de ballades en écoutant une femme géniale chanter, et c’est ce que je fais maintenant, soir après soir.

Merci pour ton temps. 

(Propos recueillis par Ben)

https://www.willyvlautin.com/
https://www.albin-michel.fr/willy-vlautin



ORIGINAL VERSION

Using the first-person singular when writing an article can be seen as poor taste. Please forgive me : in this case, it makes sense. Willy Vlautin is, along with David Joy, one of the authors who introduced me to contemporary American literature. So, when I began this series of interviews, I had a secret hope : that it would lead me to interview David Joy and Willy Vlautin. Through William Boyle (whose literary and human qualities can never be praised enough), that has become a reality today. In the postface of The Wild Road, Willy Vlautin writes : "It’s hard to love someone you can’t admire up close." There is no risk of falling into this trap with him ; the man lives up to the image he presented on the stage of the Soriano space during the Festival America, both radiant and sensitive. He confides to us that he always thought he would end up with the marginalized people of Nevada ; without a doubt, and to paraphrase the French title of another of his novels, one can affirm that he "became someone".

Indie Rock Mag : Hello Willy. You were born in Reno, and for music lovers, that inevitably brings to mind those lines by Johnny Cash (which you mention in your novels Northline and Motel Life) : “I shot a man in Reno / just to watch him die.” How did you grow up in that city with that legacy ?

Willy Vlautin : My dad spent a lot of time in Reno as a kid. His grandparents lived there and when he got older he moved there with my mother. That’s how I got there. Both my brother and I were born in Nevada. My parents broke up when I was a baby, so I never really lived with my father. My mother raised both me and my brother in Reno. She was a broke, single mother so she didn’t have anything to do with the nightlife of Reno or casinos. It wasn’t until I was 16 or so that I began to fall in love with the darker sides of Reno. The bars never close and there was a seedy side that made sense to me, even at that age. It was a town full of wayward and drifter men and I think I always thought I’d end up like that - adrift and out of sorts. I wasn’t the most stable kid. I tried hard and kept out of trouble but I always had a big edge on me. That side of Reno just fit me. I loved it there. Plus its really beautiful, only miles from the mountains on one side and the desert on the other.


In the afterword to Lean on Pete, you write that at the age of 26, you left your hometown, where you were working in transportation, to move to Portland, Oregon, where you hoped to pursue a career in music while loading trucks to earn a living. You explain that you rubbed shoulders with violent men there. How did this period influence your literary and musical work ?

You’re right I did move to Portland when I was 26 to try and get in a real band. Reno was a hard town to be in a band. I knew I had to make a move before I got too old and so I tried Portland because it was the least intimidating city on the West Coast. But I didn’t know anyone there. I lived in an outskirts neighborhood and worked at a trucking with a bunch of guys who were in their early twenties and already had kids. It was tough. Just run of the mill red-necks. No violence there. I’ve always tried to stay clear of maniacs. I landed in a music city but for a while I was worse off than Reno. I was a million miles from the music side of Portland. For a long time all I did was work so it was a tough time for me. Richmond Fontaine started out of that. I began writing all these homesick songs. When Richmond Fontaine began it was a band from Portland that sang a lot about Nevada.

In Motel Life, Frank tells stories to his brother ; in The Free, we follow the thoughts of Leroy, who invents a life inspired by video games while he is in a coma. You seem to suggest that, in songs or books, stories are meant to help us escape, to get away from our daily lives. You yourself are a true storyteller. Where does this need to tell stories come from ?

I’ve spent my life being saved by stories. When I realized you could put a song on and disappear from yourself, it changed my life. Like a drug, I guess. I thought of music as the great savior. I really bought into it, a lot more than most people. Later on it was movies, too, and then I realized novels were the best for long-term escapism. Records and books became real friends to me, great friends. And then after a while I started writing my own stories and songs just so I could be a part of it. I couldn’t figure out a way to get closer to it all except to join.

You are a country music enthusiast and, regarding Willie Nelson, Jerry Lee, one of the two brothers of Motel Life, says that "sometimes he drives you crazy with his songs." What drives you crazy in Willie Nelson’s songs ?

That was the character not me. I love Willie through and through. He’s a personal saint of mine. My mom was very conservative, wasn’t a fan of the arts, but she loved Willie Nelson. He was the long-haired hippie who made it into our house. He got a pass on everything. I dig Willie for his guitar playing, he’s my favorite guitar player, his songs of course, and because he says it the way he sees it and he’s a force of good. His persona and records were great pals to me as a kid and in my twenties when I was circling the drain. His songs pulled me out of a lot of bad times.

Your characters are almost always good people caught in a minimally difficult everyday life - and sometimes even sordid. And, to stay within the world of country music, I find that the title of the Louvin Brothers’ album Tragic Songs of Life pretty much sums up the stories you write. What do you think about it ?

Ah the Louvin Brothers : alcoholism, traditional music, and Christianity ! You’re right again in that I love country music. It’s the simplicity of it, the storytelling aspects, and of course the darkness. Those old country tunes could be dark as hell. But in my heart I think I’m more of a punk rocker. I’m more of an outcast. I think that’s why I always liked the more cowpunk side of country. But all traditional music leans on working class issues and working class issues are always what I’ve been interested in.


The first time I saw you, you were speaking at a conference at the Festival America in Vincennes with Alice McDermott and David Joy, on the theme "The voice of the humble". Which band or singer do you think best carries the voice of the humble in America ? When I asked David Joy this question, he basically replied : "It depends on which America you’re talking about". What do you think ?

David Joy is right there. There are a few Americas. I’m not sure one musician can carry anything but always I think Springsteen tries to be that. Even for as big as he has become he consistently seems to care about the working class, cares about racial equality, sees the darkness and the light of the American dream.

Allison spends a certain amount of time with only two tapes, one by Patti Page, one by Brenda Lee. The two brothers from Motel Life spend a certain amount of time with a single Willie Nelson tape. Is this a situation you have often found yourself in ?

As I mentioned earlier, records really have been true friends of mine. Swordfishtrombones by Tom Waits got me through some hard years, Willie Nelson’s Greatest Hits and Some That Will Be (the tape the Flannigan brothers listen to) saved my life at times. So sure there were records that really helped me out, records I got obsessed with. Especially at times when my life is falling apart ! But even a record like Kate Bush’s The Dreaming really meant a ton to me. The escapism of that record, the stories inside stories, the musical fearlessness, and the romance of it. I’ve loved that record for 45 years, goddamn I’m getting old ! I gave Brenda Lee to Allison Johnson (Northline) to show that she had a romantic heart. She didn’t want darkness, she didn’t want rage, she wanted Paul Newman and old movies and romantic songs.


The road, the journey, are recurring themes in your work. In many of your books, music is listened to on CDs and often on the road. Do you think this is the best way to enjoy it ?

Where I grew up you could disappear into the Sierra Mountains or the desert in less than a half hour from my house. The American West is so vast and beautiful. I just fell in love with it and driving around it. That’s in my books, sure, but also that idea of rootlessness. I’ve always been interested in how Americans are so rootless. You might live in a different town than your siblings, your parents live in yet a different city, as do your grandparents. There’s a freedom to that but a great loneliness, too.


Radio stations also hold an important place in these journeys. Even more than elsewhere, radio seems to be an institution in the United States. What is your relationship with this medium ?

They don’t hold the magic they once did. The internet changed all that but for most of my life I have loved driving through an Indian reservation and hearing their radio station, or a small town’s country station, and once in a while you just get a rogue station playing punk rock in the middle of the desert or the sound of a ranting evangelist or a rancher or farmer giving out cattle and grain prices. It’s like dipping into the culture of an area by just turning a dial. 

The road, that’s the car. You almost always mention car brands in your books, but to my knowledge, there is no song by Richmond Fontaine or The Delines that bears the name of a car model. Yet this is a classic in the music world...

I guess I’m pretty ordinary in my ideas of cars and America. They are truly linked. Part of that of course is that all the cities in the West were build or re-built around the car. So you need a car. It’s hard in a lot of western cities to use public transportation because everything is so spread out. I think the car also created freedom, escape, and I lived for escape. So having a car for me was heaven. And beat up/half broken cars are cheap in the US and so I always had a half-broken down car. But look I’m as susceptible to American movies as anyone. So I was influenced by drifter movies, car movies, and by novels about hobos or drifters. The idea that there was a place somewhere over the hill where you’d fit, where you’d make sense, that’s been a hard thing for me to shake. And the car, well, the car is the first step to disappearing.


Where there are roads, there are motels. You wrote a book entitled Motel Life, so I imagine you must have stayed in quite a few yourself, on tour, with Richmond Fontaine or The Delines. What has been your most memorable experience in one of these places ?

When I grew up, Reno had less than 100,000 people and over a 120 motels within a radius of downtown. It was a casino town built on tourism. So I grew up seeing 1940-60’s motels every day. I didn’t like being a kid, I didn’t like where I lived, and so I dreamed and dreamed of living in a motel. I was obsessed with them because all you had to do was give the motel clerk money and you had a home. As I got older and those motels became weeklies that housed mostly failed men, alcoholics or mentally unstable men or gamblers, I have always felt connected to those types of people and by my early twenties I was certain I would end up in one and deserved that life. Now as I’m older those old motels don’t hold much sway on me. I like hotels with good locks so I can leave my guitar in there without fear of it getting stolen. Plus there’s nothing worse than getting woken up by some guy who’s banging on your motel room door trying to get in because he’s so drunk he’s either forgot or can’t see that he’s trying to get in the wrong room. I’ve had too many near misses at bad motels to want to stay in them anymore.

Let’s go back to the CDs a bit. They are very present in Don’t Skip Out On Me. On two occasions, by the way, Horace destroys CDs. Have you ever yourself destroyed CDs, LPs or cassettes for any reason ? 

I never destroy music. I’ll give it away if I don’t understand it. I never blame the music, just me for not understanding it. There was only one band Richmond Fontaine toured with that were so rough, drug addled, such a pain in the ass, and carried such a black cloud with them, that after the tour we burned their CDs in effigy to cleanse ourselves of them. 

I would like us to focus a little on Horace’s case and this episode of CD destruction. The first time he destroyed his metal CDs, he performed a sort of sacrificial ritual during which he burned the booklets of his CDs and buried them near a tree. The second time was when he left his apartment after his defeat in a crucial match. He had then stopped listening to metal to concentrate on learning Spanish through CDs. Each of these destructions therefore coincides with a turning point in his life. They almost resemble the molts that a snake sheds during its life. As if, by getting rid of these albums, he was abandoning one personality to reinvent himself. So breaking up with albums that mattered is therefore breaking with a period of one’s life ?

You’re right here. What I loved most about Horace was his desire to reinvent himself. Most people dream of doing that, of changing who they are, what they like, how they think, but it’s a hard, almost unsurmountable task. But Horace truly tries. He tries to eat differently, talk differently, dress differently. One of his loves is heavy metal and he forces himself to quit listening to it. A serious sacrifice to quit listening to a music you love. The burning of those CDs was a statement. I’m changing ! I’m done with the old life. But sadly it’s like pouring out all the booze in your house. A great statement, sure, but then you leave your house and you see booze on every street, in every store, every house, every restaurant. The statement has a hard time holding up to the temptation. So Horace burns his CDs but in his heart he still loves the music. And like most of us he cracks to temptation. He buys them again.


To be completely honest, I remember being surprised to see that you quoted so many metal bands in Don’t Skip Out On Me. Metal is a paradoxical genre, somewhat disliked, with a side that’s closed off to trends and good taste. Your friend William Boyle told us that he threw all his hair metal tapes into the trash when Nirvana arrived, which is somewhat comparable to what Horace does. What is your relationship to this musical genre ?

I think Horace destroys his metal CDs to prove that he’s serious about becoming a Mexican boxer. For Horace it’s about sacrifice, it’s about doing the work to become what he considers a champion. He’s so broken he thinks he can really change his whole personality and ethnic heritage. He does this so he will be loved, so he’ll be worthy of love. Horace is my favorite. What an ambitious, damaged kid. I think about him all the time. As for metal I grew up around metal but I didn’t like it. I was so obsessed with cowpunk in high school that I missed bands like Slayer. The only metal bands I really knew were Van Halen and Mötley Crüe. I had no interest in them or that sorta flashy big hair : drugs, sex, money, kind of metal. But once I discovered bands like Metallica and Slayer and Pantera I was in love. But I was in my thirties by the time I got into them. In my next life I want to be in a metal band and a good guitar player. In my next life I’ll be a good guitar player, I hope.

The world of cinema holds an important place in your novels. Whether it’s the brothers in Motel Life who talk about or watch a lot of movies, or Allison who converses with Paul Newman. You yourself created the soundtrack for one of your books with Richmond Fontaine and the instrumental album Don’t Skip Out On Me. Do you have film soundtracks among your bedside records ?

If you’re stuck, if you don’t see a way out of your situation then the only way out is your mind. Your mind can be a great escape hatch or at times a great prison. As a kid I lived inside movies. I’d see movies on the weekend and try to live inside them all week. It just helped me get through. And as far as soundtracks go, well, I’m a weirdo. That’s mostly all I listen to. Probably 80% of my listening is to Italian soundtracks from the 1960’s-70’s. All day long I walk around listening to them. It just takes the sting out of life when you’re listening to an Italian soundtrack.

What do you think, by the way, of this trend that consists in replacing an original score with a compilation of songs to soundtrack a film ?

I think it depends on the movie. Some movies are made better by a curated compilation of songs. But I’ll take an original score over a series of pop songs any day of the week.


I mentioned it a little while ago, in Northline, your heroine, Allison, has imaginary conversations with Paul Newman, who serves as a sage, a counselor. With which musician could you have this kind of inner conversation ?

Throughout my life I’ve had conversations with Willie Nelson and Tom Waits. Not the people they are but who I think they represent. I’ve had conversations with their characters and the ideas in their songs. Like Allison does with Paul Newman. She talks to Paul Newman, yes, but not to the actor, but to the characters he represents. It’s in the characters he has played where she finds comfort. It’s the idea of making up saints to help you get by.

In your books, in your music, the horse is an animal that appears often. It shows up on several album covers of Richmond Fontaine, it is a character in its own right in Lean on Pete, your most recent novel is called The Horse, and you yourself own a horse called The Meritable Dash. What do you like so much about this animal ?

I don’t know where my love of horses and animals came from. As a kid I worked at a veterinary hospital. I wanted to be a vet but I just wasn’t smart enough. I was a bit too beat up, struggled with the sciences and math, was a depressed kid, and fell into rock and roll. But the love of animals never left. I got into horse racing for a lot of years until I realized just how rough it was on horses. My wife’s a real cowgirl, a real pro with horses, she lives for them so I think that has a lot to do with me thinking about them so much. But I wrote Lean on Pete so I’d stop betting on horses and I wrote The Horse because I came across that blind horse in the middle of the desert and there was nothing I could do for it. I wrote the novel so I could at least help the horse in my mind, hang out with it and save it some sort of imaginary way.

I would like us to talk a little about Richmond Fontaine. In my opinion, Richmond Fontaine is to country what Pavement is to rock - the album Obliteration by Time illustrates that very well, I think. How do you take this comparison ?

Ah never thought of that. I dug Pavement. They were a seriously cool band. I think we relate in that we’re both off kilter, left of center. Them in rock and us in country/punk. That’s a nice thing to say. I’m honored you’d think that.


The High Country is my favorite Richmond Fontaine album. It is the most experimental of the band due to its structure made of kaleidoscopic vignettes as well as through the almost ambient or industrial passages. It is also a total work that could just as well be called a book for the ears or a film for the ears. Can you tell us a bit about its genesis, its recording ? 

Hey I’m glad you like that one ! That record started because I live in the woods. I had gotten off a long tour and was pretty worn out. My wife went to work and I got up the first morning home and it was very gothic out, very foggy. We’re surrounded by huge trees and we can see no neighbors. And then came the sound of distant chainsaws, a half dozen of them or so. A sea of chainsaws is a menacing sound. After that the logging trucks came, as they do where we live, and they shook our house hour after hour, and then I heard a handful of gunshots, really close loud gunshots, and the story just came to me. I wrote the record with that gloomy destructive romantic gothic feel. During that winter I would walk around the woods with earbuds in listening to really dark ambient music to scare the shit out of myself. I’d be way out on some logging road or trail, miles from home or anyone, it would be foggy and rainy and I couldn’t hear anything but weird music. It was wild and really strange and truly unsettling. The guys in the band thought I’d gone mad, but they gave it a try. I just told them, a band like Richmond Fontaine needs to make art records, too.


William Boyle mentioned in his interview these songs whose meaning becomes deeper with age. He mentioned, among others, Easy Run by Richmond Fontaine. What are, for you, the pieces that have taken on a different turn over time ?

Looking back on my old stuff always becomes a bit problematic for me unless we’re talking about the instrumentals. I still love those. The one record of mine that I’m really proud of and can listen to is Don’t Skip Out On Me by Richmond Fontaine. I wrote that for the pedal steel player, Paul Brainard, as I knew Richmond Fontaine was calling it a day and I wanted one record that highlighted how great he is. I listen to that one as a fan of his. But in general I try to always move forward, in my life looking back always lands me in a ditch. As far as other people’s stuff go, I can go a year or two without listening to Willie Nelson and then something will happen and I’ll need to hear him. Same with Tom Waits or Dusty Springfield or Candi Staton. They’re there when I need them, and eventually I always do. Sometimes I can’t understand why I love Jack Teagarden’s voice so much and then one night I’ll listen to him and he’ll save me from the darkness.

There is a certain permeability between your books and the albums of Richmond Fontaine. Several tracks have titles of books or chapters, such as Wilson Dunlap on $87 and a Guilty Conscience, which is also a chapter of Motel Life, Allison Johnson on Post to Wire, which is also the name of the heroine of Northline... which is itself a track from Winnemucca... which is in turn mentioned in several books... And we could go on like this for a long time. Can we consider that all of this forms a single, unified work ?

Novels take so long to write. Just years and years of thinking about one story, one set of ideas. I’ll write a lot of songs during the writing of a novel and the songs often reflect the story I’m working on. With Northline it started as a song but unlike most songs, the idea of it kept with me for a long time after. So I began working on it as a novel and that took years to get done. In the book, Allison Johnson, goes through some harrowing things, it’s a rough time in her life. I felt so bad for her, all the things that she’d gone through, that I found myself writing her little songs. Little sad numbers to help me and her get through it. That became the soundtrack. In that way the songs and stories are married. They all live in the same world. I always say the same thing and I apologize for that but the songs and stories all live in the same apartment building and can’t help but run into each other and influence each other.


Finally, your latest project, The Delines, has just released a new album, The Set Up. It is an album that takes its time, evokes the atmosphere of film noir, and flirts more with soul and almost jazz at times. Could you tell us a few words about it ?

The Delines have always had one foot dipped into the soul pool. We all love old school soul ballads. The Delines are built on those tunes. It’s because of Cory Gray, the trumpet/keyboardist, that gives us the ability to edge more into jazz and experimental stuff. He’s a brilliant guy and really adventurous musically. He’s our resident genius and you can hear a lot of that on The Set Up. Lyrically it’s a record influenced by the opioid epidemic. The problems our city of Portland has had with addressing it. The situation just leaked into my songs. It’s a hard thing to see so many drug-addled and mentally ill people living on the streets. The other part of the record is The Set Up parts 1-3 and that’s very noir. Amy and I love our noir. The Set Up tunes are all about Amy’s character setting up a poor guy to do a crime. We had a blast on that one. Cory wrote all the music to those. I have to say The Delines is one of the luckiest things that has ever happened to me. I just love being in that band. I always wanted to grow old being in a big ballad band listening to a cool woman sing and I get to do that now night after night.

Thank you for your time.

(Interview by Ben)

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- 05.06.2026 par Ben