IRM Expr6ss #36 - spécial "vieilles gloires", part 1 : Buck 65, And Also the Trees, Neurosis, Archive, The Notwist, Gnarls Barkley
Ils ont une longue carrière derrière eux, ont marqué nos années d’adolescence et continuent de sortir des disques avec plus ou moins de réussite : en avril, les "vieilles gloires" sont à l’honneur d’une sélection IRM Expr6ss en deux parties, et rien de péjoratif dans la formulation, certains de ces albums (pas tous, cependant !) faisant d’ores et déjà partie des tout meilleurs de ce premier trimestre.
Buck 65 - Do Not Bend (Autoproduction, 17/02/2026)
Des vieilles gloires comme celle-là, on achèterait volontiers leurs albums tous les mois, et même si ce Do Not Bend ne nous a pas tout à fait asséné la même claque que Super Dope, Punk Rock B-Boy ou même le bien-nommé Keep Moving ces trois dernières années, sans parler de l’impressionnant North American Adonis avec Jel et Doseone ressorti en 2023 des tiroirs à bootlegs de leur collectif de la fin des 90s 1200 Hobos, le talent du Canadien pour les télescopages de beats et collages funky/old school, de sampling cinématographique et d’abstract demeure intact, le tout saupoudré d’humour régressif (cf. le beatbox barré de The Buggedest), de storytelling décalé et de basses au groove irrésistible. Seul regret ici finalement : l’album est court et file en un clin d’oeil, avec ses vignettes emboîtées aux durées le plus souvent comprises entre 30 secondes et 2 minutes.
And Also The Trees - The Devil’s Door (AATT, 27/02/2026)
Jamais l’ombre d’une déception avec Simon Huw Jones et sa bande qui en sont ici à leur 17e long format en 43 années d’activité discographique. Déjà en 2024, Mother-of-pearl moon faisait office de petit sommet dans cette veine en clair-obscur et aux lumineux arrangements de musique de chambre (autoharpe, clarinette, piano...) que l’ancien groupe post-punk affectionne tout particulièrement depuis l’arrivée du clarinettiste, claviériste et accordéoniste Colin Ozanne il y a une grosse dizaine d’années, mais The Devil’s Door met à vrai dire la barre encore plus haut, tant en termes de mélodicité luxuriante que d’intensité feutrée, la présence de l’excellente Catherine Graindorge au violon et aux harmonies vocales en étant la cerise sur le gâteau, par exemple sur l’affligé The Rifleman’s Wedding ou le capiteux Return of the Reapers. D’instrumentaux paisiblement hallucinés (Rooftop, Beginning of the End) en crescendos délicatement incandescents (I Lit a Light, Shared Fate), sans parler de cette étonnante incursion entre psychédélisme, dub et tango que constitue The Trickster, assurément le meilleur album "rock" de ce début d’année.
Neurosis - An Undying Love For A Burning World (Neurot Recordings, 20/03/2026)
N’ayant jamais été transporté outre mesure par le très influent groupe post-metal de Scott Kelly (viré en 2019 par ses compères suite à la révélation de violences commises sur ses proches), Dave Edwardson et Jason Roeder, c’est avec intérêt que j’ai abordé cette sortie surprise marquée par l’arrivée du patron de feu Hydra Head Aaron Turner à la guitare et au chant - qu’il partage donc ici avec le vétéran Steve Von Till, au line-up depuis 89. Si le frontman de feu Isis, Sumac et Old Man Gloom, adepte d’expérimentations diverses au sein de Greymachine, Mamiffer ou encore House of Low Culture, ne révolutionne pas cette machine bien rodée autant qu’on eut pu l’espérer malgré cette prometteuse intro abstraite, An Undying Love For A Burning World est un opus solide, probablement leur plus dense et intense depuis au moins Given To The Rising (2007) en plus atmosphérique et moins pachydermique dans les riffs, idéalement à l’équilibre entre doom, sludge et post-metal. Même si l’on n’est pas tout à fait au niveau de leurs sommets des années 90 et qu’on se serait volontiers passé de ces petits gimmicks prog qui heureusement ne nuisent pas trop à la dimension organique et fiévreuse de l’ensemble, l’essai est concluant et il n’y a plus qu’à espérer que la bride soit davantage lâchée à Turner dans les années à venir (à moins bien sûr que le groupe ne nous fasse attendre 10 ans de plus pour la suite !).
Archive - Glass Minds (Dangervisit, 27/02/2026)
Il nous était devenu difficile de défendre Archive, adepte depuis With Us Until You’re Dead en 2012 de toutes les formes imaginables de prog moderne, qu’elles soient orchestrales, rock, électroniques ou le plus souvent les trois à la fois, l’emphase radiophonique de plus en plus marquée des vocalistes (à l’exception de Pollard Berrier) n’aidant pas - et tout ça sans compter les références assez peu subtiles à Kraftwerk de The False Foundation. Il y avait du mieux, incursions presque motorik voire krautrock à l’appui, sur le soundtrack Super 8 du docu tourné par le groupe lui-même sur le making of de leur précédent opus Call to Arms & Angels, interminable collection d’hymnes grandiloquents et de ballades sirupeuses, et si 4 ans plus tard son successeur Glass Minds s’avère tout aussi démesuré ("généreux" diront les fans hardcore de leur virage douteux des années 2010), du haut de ses 77 minutes pour 12 titres, l’album se révèle d’assez loin le plus réussi de la bande à Darius Keeler et Danny Griffiths depuis Controlling Crowds Part IV. On retiendra avant toute chose le superbe single City Walls avec Pollard au chant (cf. la remarquable vidéo ci-dessous) dont l’épure orchestrée parviendrait presque à renouer avec l’insondable mélancolie de Londinium, le dystopique Broken Bits d’ouverture où pour une fois Archive n’en fait pas des kilos dans le crescendo synthétique (ici c’est à Lights que l’on pense), l’intense et choral Shine Out Power façon Spiritualized dernière mouture, le majestueux So Far From Losing You ou dans une moindre mesure le retour du rap sur Heads are Gonna Roll via l’intervention d’un certain Jimmy Collins... et tant pis s’il faut se fader en route les minauderies de "Cerys Matthews du pauvre" de leur nouvelle égérie Lisa Mottram, et quelques-unes de ces dérives pompières qui font depuis longtemps partie de l’ADN du groupe. Verre à moitié plein quand tu nous tiens !
The Notwist - News from Planet Zombie (Morr Music, 13/03/2026)
Il n’y a pas à tortiller, il est bien fichu ce News from Planet Zombie, dans une veine pop 90s aux arrangements chiadés moins ambitieuse mais plus cohérente et spontanée que celle de l’inégal Vertigo Days, qui aurait toutefois mieux trouvé sa place sur un label tel que Sub Pop, distributeur aux US en 2014 du déjà semi-décevant Close to the Glass (dernier long format enregistré avec Martin Gretschmann aka Console, qui commence sacrément à manquer diront les mauvaises langues). Car c’est là où le bât blesse : The Notwist n’est pas tout à fait Spirit Fest, leur side project carillonnant en collaboration avec les Japonais Tenniscoats, et même si l’on apprécie de leur part un Boneless de temps à autre, modèle d’indie pop mélancolique que le groupe allemand semble un peu trop ici vouloir appliquer à l’album dans son entier, on attend clairement autre chose de Markus Acher et de sa bande. Sur ce nouvel opus, les chansons, plus ou moins électriques/dynamiques ou boisées/introspectives, tirent un peu trop parfois sur la corde lyrique (cf. Red Sun ou Who We Used to Be) pour arriver à la cheville des déchirants Consequence, Pick Up the Phone ou Where in this World, lesquels continuent - près d’un quart de siècle plus tard pour les premiers - de terrasser à chaque écoute. Et surtout, adieu l’expérimentation... Or bien qu’il soit louable de la part des auteurs de l’increvable Neon Golden de continuer à papillonner d’un bout à l’autre du spectre musical après pas loin de 35 années de carrière, leurs formations parallèles sont suffisamment nombreuses et diverses (remember le merveilleux et trop méconnu If I Think of Love de l’ensemble balkano-jazz Hochzeitskapelle, dernier chef-d’oeuvre en date du vocaliste de 13 & God dont on retrouve ici l’influence folklo sur Projectors) pour laisser à The Notwist cet équilibre précieux entre velléités mélangeuses et songwriting crève-coeur, que l’on recherche en vain dans leurs sorties post- The Devil, You + Me. Pour résumer, on retiendra surtout ici Like This River, magnifié par ses marimbas et la clarinette de toute beauté de Tianping Christopher Xiao (Siamese Twin), tandis que le reste sera aussi vite oublié qu’écouté, du moins dans les couloirs de la rédaction.
Gnarls Barkley - Atlanta (10k Projects, 6/03/2026)
Quand on parle de vieille gloire ici, il est plutôt question de Cee-Lo Green, rappeur au sein de Goodie Mob dès le début des années 90, que de son compère Danger Mouse bien qu’il ne soit que de trois ans son cadet. En tout cas, c’est un retour inattendu pour Gnarls Barkley, 18 ans après le chouette The Odd Couple dont le superbe single Who’s Gonna Save My Soul reste en mémoire des fans d’Al Green, et si la mixture d’élans soul et de beatmaking rétro-(vaguement)-futuriste aux tentations psychédéliques est toujours de la partie, Atlanta manque de dynamisme : autant dire qu’il n’est pas question d’y retrouver un tube de l’acabit de Run (I’m a Natural Disaster), le mood en dépit de quelques incursions funky étant plutôt aux hymnes planants un chouia trop lyriques, radiophoniques (ce qui de toute évidence était moins un gros mot en 2008 qu’en 2026) et passe-partout pour marquer les esprits. Plutôt bien fichu et loin d’être désagréable à la première écoute, mais la probabilité que l’on y revienne s’annonce faible...
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