Ata Dune - Tekosa

1. Kusalos
2. Laleno
3. Eteso
4. Hizome
5. Hikao
6. Tekoto
7. Disomai
8. Desuro
Sortie le : 6 février 2026
À la première écoute, notre chronique était quasiment faite. Les vastes espaces glacés du Grand Nord, les sonorités élégiaques, la cathédrale sonore... Tout semblait sur des rails. Et puis il y eut cet échange avec Ata Dune lui-même et une paire de phrases qui retenaient particulièrement notre attention : "J’ai conçu cet album avec l’idée que la musique ambiante peut être intense, voire rebelle, à l’instar du punk rock" nous confiait l’artiste établi à Seattle avant de poursuivre : "je suis convaincu que la meilleure musique ambiante peut captiver l’auditeur de la même manière que Paul Simonon de The Clash brisant sa basse, simplement d’une façon différente." Ainsi, il fallait tout reprendre à zéro.
Et appréhender Tekosa, donc, avec un autre prisme d’écoute. Il faut bien avouer que l’artwork au visuel inhabituellement agressif pour un album d’ambient sonnait déjà comme une note discordante dans le concert des premiers ressentis. Ata Dune définit sa musique sous le néologisme d’ambient fire. Un esprit rebelle brûle donc sous l’épaisse couche du permafrost. Sans doute s’incarne-t-il dans le minimalisme radical des compositions. Aucune cascade ni superpositions synthétiques ici, mais l’épure qui convient aux ascètes. Et si c’était là que se trouvait le véritable caractère subversif de Tekosa ? En Saint Jérôme du Grand Nord, Ata Dune nous propose une musique lancinante aux infimes variations orientée vers une austérité exigeante.
Eteso et Laleno sont les reflets les plus symptomatiques de ces ambiances. Quant aux bourdonnements abstraits de Hikao, c’est peu dire qu’ils ne caressent pas l’auditeur dans le sens de la fourrure. Tekoto a l’âpreté d’une sortie improvisée par -40°C en pleine tempête de neige et l’ambiance de Disomai a plus à voir avec The Thing qu’avec un documentaire de Yann Arthus-Bertrand. C’est finalement le titre introductif, le lumineux Kusalos, qui trompe un peu son monde avec ses sonorités apaisées.
Osera-t-on affirmer que nous avons complètement compris le postulat ? Rien n’est moins sûr. Des zones d’ombres persistent. Mais le mystère a sa beauté et à défaut d’avoir appréhendé Tekosa dans son entière complexité, du moins l’avons nous aimé. Un premier pas vers une forme de compréhension. Derrière l’apparente sérénité de l’album se cache une vérité que le résident de Seattle rappelle avec subtilité. La nature est belle, mais elle est exigeante. Et le danger y affleure en permanence. Ce que le romancier américain Chris Offutt résume ainsi : "Seule la nature était constante - impitoyable, belle, bienveillante, et cruelle". Sans doute est-ce là la meilleure description de l’album.

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