Nicolás Ferraro : "Si tes parents ne t’ont pas traumatisé avec leur musique, c’est que tu n’as pas eu d’enfance"
Depuis quelques années - et un certain 18 décembre 2022, les relations entre la France et l’Argentine ne sont pas au beau fixe. S’il est bien quelqu’un qui puisse remédier à la situation, c’est Nicolás Ferraro. Même l’amateur de ballon rond pétri de la plus mauvaise foi ne pourra que s’incliner devant l’excellence de son dernier roman, l’extraordinaire Ámbar. Au-delà de l’intrigue policière, ce livre propose surtout le double portrait d’un père et de sa fille qui tentent de se comprendre malgré une situation pour le moins chaotique. Nicolás Ferraro y fait entendre une voix singulière dans l’univers du polar, toute en subtilité et sensibilité. Cerise sur le gâteau, l’écrivain argentin est éminemment sympathique. Et amateur de musique. Entretien.
Bonjour Nicolás. Dans ton dernier roman, Ámbar, le père l’héroïne a une passion pour la musique de Cartola qu’il diffuse souvent en fond sonore. Est-ce qu’il y a un ou plusieurs artistes, comme ça, qui ont bercé ton enfance ?
Il y en a eu, oui. Mais plus que de m’accompagner, je les subissais (rires). Je suis né à Buenos Aires, mais à l’âge de sept ans, je suis parti vivre à Tandil, à 400 km de là. Du coup, mon père et nous voyagions sans cesse en voiture, cinq heures de route, à écouter, à subir la musique de sa jeunesse : des groupes de rock argentins, Charly García, Serú Girán, et aussi Serrat. Même la joie de savoir que j’allais à Buenos Aires - et même aujourd’hui, malgré le biais qui consiste à tomber dans le piège du « passé toujours heureux » - ne parvient pas à me faire aimer cette musique. Si tes parents ne t’ont pas traumatisé avec leur musique, c’est que tu n’as pas eu d’enfance. C’est un rite de passage que nous devons tous subir. Plus tard, mon oncle, de dix ans plus jeune que mon père, a été le premier à écouter une musique dont je me sentais proche. Je me souviens qu’il m’avait enregistré des cassettes de Los Redonditos de Ricota, mais surtout qu’il avait le Black Album de Metallica et Nevermind de Nirvana. Il y avait un acte de présence dans le fait d’écouter, car c’étaient ces deux CD qu’il possédait, qu’on ne pouvait ni prêter, ni copier. On possédait la musique. Et on savait que lorsqu’on quitterait cette maison, on la perdrait. Alors je restais dans sa chambre, à écouter ces CD en boucle. Il y avait quelque chose de physique dans cette écoute. Pas seulement le CD en tant qu’objet physique, mais le fait de devoir être à un endroit précis, d’y rester, immobile, ou en bougeant le pied, la nuque, et de savoir que cette musique ne passait pas simplement à côté de toi, qu’elle te traversait et que quelque chose restait en toi. Je m’allongeais sur mon lit, je mettais un CD puis un autre, le livret à la main, et j’essayais de lire les paroles de ces chansons dans un anglais qui m’échappait, mais qui, d’une certaine manière, me touchait. Plus tard, ma mère m’a offert ma première chaîne hi-fi et mon premier CD : Reload de Metallica. A l’époque, on n’avait aucune information sur l’album, on ne savait rien de tout ça : qu’on disait que c’était un mauvais album, un disque de major, etc. C’était de la musique, de la musique pure, rien de plus. Et j’en profitais pleinement. C’était un acte d’écoute 100 % innocent. Personne d’autre que toi ou ton propre corps ne te disait si ce que tu écoutais était de la merde ou non. Pas de tweet haineux, personne pour dire qu’ils s’étaient « vendus ». Je me souviens que j’avais mon lecteur CD/réveil, alors tous les matins, je me réveillais avec Fuel. Il arrivait aussi que la musique que j’aimais ne passe pas à la radio. Ça faisait donc toujours une différence. C’était comme si je ne pouvais l’écouter qu’à la maison. Et autre chose : même à Tandil, la télévision par câble proposait moins de chaînes. Il n’y avait ni MTV, ni VH1, et je m’en suis rendu compte quand je suis allé chez mes grands-parents à Buenos Aires. Du coup, au lieu d’enregistrer à partir de la radio, j’enregistrais à partir de la télé ; je suis revenu avec une cassette VHS sur laquelle il y avait Chop Suey de System of a Down. Et là, il se passait quelque chose de curieux. On allait écouter et regarder de la musique en même temps. Après, j’ai enregistré sur cette cassette VHS Audioslave, Nirvana. J’en profitais quand personne ne regardait la télé et je me mettais à « regarder » de la musique. Puis Internet a changé tout ça.
C’est passionnant. Pour rester dans le thème, dans la chambre de Javier, un des personnages de Notre dernière part de ciel, il y a des posters de Nirvana, d’Alice In Chains, une affiche de Gran Torino... C’est à ça que ressemblait ta chambre quand tu étais ado ? D’ailleurs il y a un poster de Pearl Jam, "le seul intact, bien qu’un peu écorné". Pearl Jam est aussi le groupe qu’Ámbar écoute le plus. C’est le groupe qui t’a marqué dans ta jeunesse ?
Il y a quelque chose qui m’arrive quand j’écris : j’essaie de ne pas projeter mes goûts sur les personnages, car là, le lecteur se dit : « Ce n’est pas le personnage, c’est l’auteur ». Du coup, au contraire, j’essaie souvent d’introduire des éléments que je n’aime pas du tout. Ou des choses que j’aime bien, mais que les personnages détestent, comme c’est le cas avec Incubus dans Ámbar. Je trouve que cela ouvre en quelque sorte le champ du dialogue et l’univers que l’on crée ou que l’on dépeint. Ma chambre était principalement décorée d’affiches de basket ; je me souviens même que mon père m’avait trouvé, au vidéoclub où on louait des films, l’affiche de Double Team, avec Jean-Claude Van Damme et Dennis Rodman - un film plus qu’oubliable. La musique a mis plus de temps à s’imposer. Comme je te le disais, System of a Down a été, je crois, le premier groupe qui m’a marqué, qui m’appartenait purement et simplement, ni hérité, ni emprunté. On peut dire que je suis davantage un enfant de la VHS que de la cassette. Je pense que Pearl Jam et tout le mouvement grunge sont arrivés bien plus tard. J’avais huit ans à l’apogée de ce mouvement, impossible pour moi de comprendre ou de partager le sentiment qui se dégage de Nutshell, Black ou Fell on Black Days. Je les ai intégrés bien plus tard, comme c’est également le cas pour Ámbar, donc là, je dois dire que nous nous ressemblons. Le fait de vivre à l’intérieur du pays changeait également ma vision de ce que j’écoutais. Mes amis étaient plutôt fans de cumbia. Puis, avec l’arrivée d’Internet et des téléchargements, d’autres groupes ont fait leur apparition, mais j’ai été bercé par le nu metal. System, Limp Bizkit, mais aussi le succès des Red Hot Chili Peppers avec Californication : je les connaissais grâce aux Simpsons, où on les voyait comme des types qui jouaient de la musique super heavy en caleçon, puis un ami m’a enregistré cet album sur une cassette, et j’ai découvert que c’était tout autre chose. Tout comme Guns N’ Roses. Des groupes qui semblaient super heavy, et au final, leurs morceaux les plus connus étaient bien plus calmes qu’on ne le pensait, mais je crois que c’est aussi le cycle naturel de ces groupes. Un premier album du genre « je déteste tout le monde », mais une haine non assimilée, de l’euphorie pure. Puis une rage organisée, une compréhension, une acceptation des vulnérabilités, des peurs, un son plus harmonieux. Et ensuite, c’est comme s’ils s’effilochaient ou partaient vers d’autres horizons. Pour te citer quelques exemples plus récents : Staind, Incubus, Seether, etc.
Lorsque Ámbar écoute Audioslave avec son père, celui-ci lui dit : "je ne sais pas comment tu peux écouter ça. C’est juste du bruit". Ça sent le vécu ?
Tout à fait, je pense que c’est quelque chose qui existera toujours, et que chaque génération a sa propre façon d’aborder la culture, ainsi que son propre Zeitgeist. Pas seulement, évidemment, à cause de ce que peuvent dire tes parents, mais aussi à cause de l’école, qui est en quelque sorte une famille imposée. Comme je te le disais, la plupart de mes camarades écoutaient de la cumbia et quand on se retrouvait pour jouer à Counter Strike, on créait une playlist sur Winamp et c’était un mélange improbable. On passait de la cumbia au punk rock, puis au nu-metal, avec peut-être une ballade latino-américaine entre les deux. La boîte de Pandore n’avait rien à lui envier. On a tendance à être passionné par ce qu’on aime, à le défendre bec et ongles, et ça fait même un peu mal quand ça ne plaît pas à quelqu’un à qui on a vraiment envie de partager, de transmettre cette envie. Mais en musique, les passions que l’on peut avoir des artistes, surtout celles qui s’emparent de nous de manière inattendue, résonnent de manière très personnelle. Ce que l’un adore peut être perçu comme du bruit par quelqu’un d’autre.
Ámbar se fait la réflexion qu’elle aimerait que quelqu’un fasse des compilations pour elle. William Boyle nous a longuement parlé de sa passion pour la composition de compilations cassettes. Tu en faisais toi-même ? Et est-ce que, pour revenir sur Ámbar, on en a fait pour toi ?
C’est le genre de choses pour lesquelles je suis arrivé sur le tard, d’un point de vue générationnel. Et comme je te le disais, en vivant dans une ville plus petite, tout arrivait plus tard. L’image de l’adolescent dans sa chambre avec son Walkman ou son Discman et des posters de ses groupes n’existait pas, du moins dans mon entourage. Je crois que ce qui s’en rapprochait le plus, c’était quand on t’envoyait ou que tu envoyais un morceau par MSN. Le dossier « Mes fichiers reçus » était un véritable méli-mélo. Ce qui se rapprochait le plus des compilations, et de manière plus actuelle, c’était d’avoir une playlist partagée sur Spotify. J’ai l’impression que ce serait l’équivalent. L’autre jour, dans un roman que j’étais en train d’écrire, il y avait tout un dialogue autour de la création de compilations, ou du fait de dédier une chanson à quelqu’un. Cette chanson est quelque chose de très personnel, une chanson qui, à un certain moment, n’appartient qu’à toi, qui est en sécurité et que tu pourras écouter jusqu’à la fin de l’éternité, sans qu’aucun « souvenir » n’y soit attaché. Et quand on décide de la partager, cette chanson cesse d’être uniquement la tienne ; elle peut devenir « notre chanson », ou peut-être finir par être autre chose encore qui se perd. Mais il vaut toujours mieux la partager. À quoi bon vivre sa vie dans une bulle ?
Le Walkman revient souvent dans tes romans. C’est un appareil qui t’a beaucoup accompagné ?
Le Walkman est apparu à un moment clé, celui où se forgeaient les goûts personnels, et où l’on pouvait les emporter partout avec soi. C’était une véritable révolution. Mais quand j’ai commencé à m’en servir, il était déjà en voie de disparition. Je me souviens bien qu’en marchant de chez moi à l’école, j’écoutais en entier Steal This Album de System of a Down. J’ai donc un souvenir très vif de ces trajets à pied à 6 heures du matin, sur l’herbe gelée, en chantant Mr Jack, de sentir la pile s’épuiser et de devoir retourner les piles pour leur donner une sorte de vie de zombie et qu’elles tiennent, ne serait-ce que pour quelques chansons de plus. Mais peu de temps après, j’ai eu un Discman, qui n’a pas duré plus d’un an non plus, puis sont arrivés les lecteurs MP3, ainsi que la musique sur téléphone, qui s’est complètement généralisée, puisque tout le monde écoute de la musique en déplacement, ce qui était impensable il y a vingt ans.
Ce n’est jamais précisé explicitement mais on comprend qu’Ámbar se passe pendant les années 90. Tu y évoques pas mal de jeux vidéo - la discussion entre Ámbar et son père sur le sens caché de Tetris ou Donkey Kong et d’ailleurs à mourir de rire. Y a-t-il des musiques de jeux vidéo qui t’ont ainsi marqué ?
En ce qui concerne les jeux vidéo, Mortal Kombat est sans aucun doute une référence incontournable pour notre génération. Avec sa musique emblématique, impossible de ne pas avoir hâte d’y jouer ; c’était presque un hymne motivant pour aller à la salle de sport. Mais je pense qu’au-delà de la musique, il y a deux ou trois événements plus spécifiques liés aux jeux vidéo ou à la narration. Avant de me lancer dans l’écriture, mon rêve était de créer des bandes dessinées. Mes premiers dessins, quand j’avais 5 ou 6 ans, représentaient le Prince de Prince of Persia, et ils avaient la particularité d’être dessinés sur toute la largeur de la feuille, non pas en cases, mais en imitant l’écran d’ordinateur, avec des combats qui se déroulaient au milieu. Ensuite, comme je n’avais pas d’argent pour acheter les jeux, je les louais souvent pour un week-end. Du coup, je ne finissais jamais vraiment de connaître l’histoire du jeu auquel je jouais, alors je finissais par l’imaginer, en dessinant à quoi pourrait ressembler ce que je n’avais pas encore découvert. D’un autre côté, ma mère ne vivait pas avec moi, alors elle venait me rendre visite là où j’habitais. Et là-bas, elle m’emmenait toujours aux « fichines », aux jeux vidéo. Et elle jouait avec moi à Cadillacs & Dinosaurs jusqu’à ce qu’on le termine. C’était un endroit où on se retrouvait, où on était heureux. Mais sans aucun doute, le moment décisif, qui a marqué une véritable transition, a été de découvrir et de jouer à Max Payne, car non seulement j’adorais son gameplay, mais surtout son histoire, qui combinait voix off et bandes dessinées. Le narrateur mentionnait Marlowe et Spade, et je me suis dit : « Voyons voir qui sont ces types », et c’est là que j’ai découvert le roman noir et que j’ai commencé à lire avec passion ce genre qui a fini par changer ma vie. Tout ça grâce à un jeu vidéo, grâce à une mère qui emmène son fils jouer aux bornes d’arcade. Et pour ce qui est plus précisément de la musique, je me souviens avoir terminé Max Payne II et entendu Late Goodbye de The Poets of The Fall pendant le générique de fin ; entre la fin de l’histoire qui vous frappait de plein fouet et la découverte de ce morceau, ça a été un moment qui m’a donné la chair de poule, où je me suis dit « waouh ». Et puis, j’ai aussi téléchargé la bande originale du jeu pour l’écouter en boucle. C’est sans aucun doute l’un des premiers jeux de l’ère moderne à avoir mis l’accent sur la musique et l’histoire.
Dans Notre dernière part de ciel, il y a un personnage qui tient une place particulière et qui évoque la musique à de nombreuses reprises. Il s’agit de Lucero. Tout d’abord, son nom lui-même est une référence au groupe de musique, c’est bien ça ?
C’est vrai, c’est un hommage au groupe Lucero, de Memphis, dans le Tennessee. Je l’ai découvert grâce à un magnifique film intitulé Shotgun Stories de Jeff Nichols, le frère de Ben Nichols, chanteur de Lucero. Je me souviens que ce sont justement ces découvertes-là qui finissent par nous toucher profondément. Ce décor rural où la violence apparaît sans fard, mais bien réelle, crue, dans lequel la musique vient renforcer ce sentiment d’abandon. C’est un groupe qui m’accompagne depuis déjà un bon moment. Parfait pour la route, pour les voyages. Et que j’écoute souvent lorsque je pars présenter un livre dans un autre pays ou lors d’un festival ; ils capturent un peu, toutes proportions gardées, l’essence de cette vie on the road, le fait d’être dans une ville un jour, dans une autre le lendemain, de ne pas avoir le temps d’assimiler tout ce qui se passe, et en même temps, de ressentir la nostalgie de ceux qui sont loin. Il est souvent difficile de placer des hommages à des artistes étrangers, car introduire un personnage nommé Nichols sonnerait bizarrement dans un roman qui se passe en Argentine. Mais avec Lucero, j’ai senti que cela s’intégrait naturellement. Et quel meilleur nom de famille pour un pilote ?
Il nous faut évoquer ce développement de ta part sur la musique des clubs de strip-tease : du hard rock FM parmi lesquels des scies d’Aerosmith, AC/DC et Lenny Kravitz, "la sainte trinité de la pole dance". Tu peux creuser un peu cette théorie pour nous ?
En tant que personne qui n’a jamais mis les pieds dans un club de ce genre, j’ai surtout fait appel à l’imaginaire qui se dégage des films et des séries. Ici, on a longtemps eu la version édulcorée de "Bailando por un Sueño" [une émission de télévision, sorte de "Danse avec les stars" caritatif], et dès que la musique du caño retentissait, on savait déjà que Back in Black allait passer, et la puissance de ces accords renferme, je crois, tout un univers imaginaire. Je m’intéresse également à décrire ou à formuler des théories qui n’ont pas beaucoup de fondement scientifique, mais qui relèvent plutôt des conjectures, quelque chose de très proche d’un préjugé ou d’une intuition, car je pense que souvent, elles finissent par nous révéler avec une honnêteté totalement frontale. Il y a aussi ce besoin de mettre de l’ordre dans le monde, même si une partie de cette théorie est bancale, peu importe. Nous avons besoin de croire en l’ordre, en la répétition. Et bien sûr, aussi à l’aspect ludique que cela peut revêtir. Quelqu’un déjà tellement épuisé par tout, par l’attente devant un strip-tease, qu’il commence à formuler les théories les plus étranges sur un lieu dont il est déjà aliéné, et qui finit par le séparer complètement de cet environnement.
Pour continuer à évoquer les personnages hauts en couleur de Notre dernière part du ciel, j’aimerais que nous évoquions "l’Arménien", Tankian, le patron du bar. Évidemment, on pense à Serj Tankian. Après tout ce que tu nous as dit en début d’interview, le doute n’est plus permis sur le fait que c’est un clin d’œil au leader de System of a Down.
Tout à fait. Comme je te le disais, il est souvent très difficile de faire des clins d’œil à la musique ou à la littérature étrangère sans que cela ne soit trop voyant, sans que ce nom de famille ou ce prénom ne devienne un peu comme une enseigne lumineuse. Mais en Argentine, il existe une importante communauté arménienne, alors je me suis permis ce clin d’œil. J’essaie également de faire en sorte que ces influences ne soient plus un sujet brûlant, qu’elles ne soient plus la musique du moment. Il faut savoir qu’au moment où j’ai écrit ça, System Of A Down n’avait pas sorti - et n’a toujours pas sorti - d’album depuis 15 ans. Et je n’écoute presque plus System Of A Down, mais on finit toujours par y revenir et par respecter ce qui nous a rendu heureux.
Musique rime souvent avec tatouages. Peter Farris nous confiait récemment qu’il arborait plusieurs tatouages en hommage à ses groupes préférés. Lorsque Ámbar réfléchit au tatouage qu’elle pourrait se faire, elle évoque des paroles de chanson. Si tu devais toi aussi te faire tatouer des paroles de chansons, lesquelles choisirais-tu ?
J’ai toujours été surpris de ne pas avoir encore succombé à la tentation des tatouages, car c’est quelque chose qui me passionne depuis tout petit. Mais je pense que ma peur des aiguilles m’a empêché de me faire tatouer, même si cette idée me traverse souvent l’esprit. J’aimerais me faire tatouer un extrait d’une chanson de Shawn James, l’un de mes deux artistes préférés de ces dix dernières années. Peut-être que j’attends un motif qui viendrait avec ses albums ou ses t-shirts et qui finirait par me dire « c’est celui-là ». Mais j’ai aussi en tête deux chansons que j’aimerais me faire tatouer, mais je préfère ne pas les dévoiler, car si je le fais, elles risqueraient de rester ici, sous forme d’encre numérique, en pixels. C’est comme quand on veut écrire une histoire : si on commence à la raconter partout, il y a de fortes chances qu’on ne la termine jamais.
Je comprends tout à fait. À deux reprises, dans Notre dernière part du ciel, deux personnages arborent un t-shirt Jim Morrison pour un rendu assez radicalement différent. Lucero se fait offrir un t-shirt de Pearl Jam et dans Ámbar, l’héroïne arbore un t-shirt de Pantera... alors qu’elle n’apprécie pas le groupe. Porter un t-shirt de groupe, c’est une question d’affirmation de soi ?
Cette question comporte plusieurs aspects, et elle est aussi un peu liée à la précédente. Le premier, c’est qu’on a toujours envie de porter un t-shirt lié à nos passions. Que ce soit le maillot de foot ou de basket d’une équipe, ou celui d’un groupe. Quand on est ado, porter le t-shirt d’un groupe fait partie intégrante de son identité, tout comme un sac à dos ou un badge. Contrairement à un poster, c’est quelque chose que l’on peut emporter partout. Et avant, à l’époque pré-réseaux sociaux, c’était notre façon de découvrir des gens. Je me suis fait plusieurs amis parce qu’ils avaient remarqué que je portais le t-shirt d’un groupe ou le sac à dos d’un autre. Ça créait une communauté. Aujourd’hui, il se passe aussi quelque chose de différent : au-delà de l’aspect esthétique, la vente de t-shirts et de produits dérivés, associée aux concerts, est le moyen pour les groupes de gagner leur vie. Comme je n’achète pas d’albums, j’aime bien acheter des t-shirts, même aux prix exorbitants auxquels ils sont vendus, parce que j’ai l’impression que c’est ma façon de les soutenir, de les emmener avec moi, que ce soit en portant tel t-shirt pour présenter un livre ou pour aller à une interview. Je pense que oui, c’est une affirmation de soi, mais ici en Argentine, on a aussi l’expression « porter le t-shirt ». Quand on porte le t-shirt de quelque chose, c’est qu’on s’y engage totalement, qu’on va le défendre jusqu’au bout. Et je crois qu’il y a un peu de ça, le fait d’afficher cette passion face à tout ce qui peut arriver.
La violence est omniprésente dans tes romans. Tu as une discussion très intéressante avec Chris Offutt à ce sujet dans l’interview que tu as faite pour le site Perdigonada. Certains groupes de musique utilisent une imagerie, des sonorités violentes. Quel est ton rapport à cela ?
Il serait intéressant de se demander en quoi consiste exactement cette imagerie violente. Ou peut-être de réfléchir aux différentes formes que peut prendre la violence. La plus évidente : la violence physique. Et cela, vu sous l’angle du pogo. Une expérience cathartique. Des gens qui paient pour écouter un groupe et se bousculer les uns les autres afin d’évacuer toute leur rage. La rage est un signe d’identité, quelque chose qui rassemble toutes ces choses qui n’ont pas fonctionné, qui n’est jamais la même mais dont la manifestation visible se ressemble. Cela peut être le dénuement d’une enfance, une injustice, le harcèlement, un système économique qui vous broie, vous recrache et vous souhaite bonne chance. Tout cela constitue un terreau fertile pour la rage, une colère qui trouve son exutoire dans des pochettes comme celle de Vulgar Display of Power de Pantera, où l’on voit une personne recevoir un coup de poing au visage. On pourrait se dire : « D’accord, c’est moi qui donne le coup de poing. » Mais si tu regardes bien l’image, celui qui frappe est à l’extérieur, on ne voit que le visage de celui qui reçoit le coup. Et souvent, la plupart du temps, c’est nous qui finissons par encaisser un coup, quelque chose que la vie finit par nous infliger, et nous n’avons d’autre choix que de l’endurer. C’est en partie ainsi que cela fonctionne au cinéma et en littérature : la violence comme point culminant de nombreux échecs antérieurs. C’est aussi un peu comme un sacrifice, quelqu’un qui met sa vie en jeu pour une passion, une cause, qui offre ce qui est irremplaçable, son corps. Mais derrière tout cela, ce qui m’intéresse toujours, c’est de voir ce qui sous-tend tout ça, à savoir le désespoir, ce sentiment que tout t’échappe ou que tu n’as jamais vraiment rien eu entre les mains. Et on ne veut pas rester à l’écart. Et on agit de la seule manière qu’on connaît : désespérément. Et bien sûr, ce qui m’intéresse, c’est de rester après l’explosion, d’essayer de comprendre les conséquences de ce qui a explosé, les éclats, la façon dont ils restent enfoncés dans ceux qui ont survécu. Ne pas m’arrêter à la simple pyrotechnie de la violence.
Nous avons commencé l’interview en évoquant Cartola. Victor, le père d’Ámbar, possède un album de cet artiste en plusieurs exemplaires. As-tu toi-même un album que tu as racheté plusieurs fois ou que tu possèdes en plusieurs formats différents ?
Ma situation financière, heureusement, m’a empêché de me lancer dans la collection de vinyles, où l’on trouve généralement des choses plus intéressantes. En effet, en Argentine, il y a toujours eu un problème : les disques rares ou les éditions limitées n’arrivaient pas. Avec un peu de chance, on pouvait trouver une édition sur commande, ce qui permettait d’être à l’abri. J’ai toutefois une édition de Morning View (Tour Edition) d’Incubus dont la pochette, au lieu de représenter le soleil californien, a un aspect plus orageux, ce que j’apprécie beaucoup. On voit bien qu’à cette époque, le noir commençait déjà à s’imposer. Je leur ai fait signer le disque quand je les ai vus, avec une carte d’as de pique. Et puis j’ai aussi, juste pour la décoration, un EP vinyle de Rise Today d’Alter Bridge. Mais j’ai aussi dans mes étagères de nombreux autocollants, des pass de concert et des médiators de Shawn James.
Cet album de Cartola se trouve d’ailleurs à plusieurs endroits, comme un fil rouge qui relie différents endroits de sa vie et les définit aussi comme ses foyers. Ámbar remarque d’ailleurs, lorsqu’elle arrive chez Tana, une bibliothèque, une tour à CDs et elle identifie ce mobilier comme la preuve qu’elle se trouve dans un endroit pérenne et non temporaire. Un foyer, c’est là où se trouvent les livres et les albums qu’on aime ?
Dans les années 90, 2000, je te dirais que oui. Aujourd’hui, tout se passe sur Spotify et YouTube, sauf pour quelques-uns. Mais à cette époque, quand tu allais chez quelqu’un, tu allais voir quels disques il avait. Il y avait certains disques qu’il fallait absolument avoir si tu voulais être cool. La tentation de fouiller dans ces immenses piles de disques était alors irrésistible. Aujourd’hui, dans mon cas en tout cas, ce sont les bibliothèques qui occupent cette place. C’est un peu comme si, quand je vais chez quelqu’un, je salue l’animal de compagnie, j’essaie de devenir amie avec lui, puis je jette un œil aux livres. Quand j’ai déménagé pendant la pandémie, je me souviens que je n’avais que deux affaires, littéralement : un bureau, un ordinateur, une chaise, un lit et cinq ou six livres. Entre-temps, j’ai fabriqué quelques étagères avec mon oncle. Et quand j’ai emménagé avec mes livres et mes chattes, j’ai eu le sentiment que c’était enfin chez moi. Alors, disons que oui, avec cette petite réserve. Là où se trouvent mes livres et mes chattes, et où résonne la musique que j’aime.
C’était passionnant. Merci de nous avoir confié tout ça. On attend ton prochain roman avec impatience.
Desde hace algunos años - y, en concreto, desde el 18 de diciembre de 2022 -, las relaciones entre Francia y Argentina no están en su mejor momento. Si hay alguien capaz de remediar la situación, ese es Nicolás Ferraro. Incluso el aficionado al fútbol más malintencionado no podrá sino rendirse ante la excelencia de su última novela, la extraordinaria Ámbar. Más allá de la trama policíaca, este libro ofrece sobre todo el doble retrato de un padre y su hija que intentan entenderse a pesar de una situación, por decir lo menos, caótica. Nicolás Ferraro deja escuchar en ella una voz singular en el universo de la novela policíaca, llena de sutileza y sensibilidad. Y, como guinda del pastel, el escritor argentino es sumamente simpático. Y amante de la música. Entrevista.
Hola, Nicolás. En tu última novela, Ámbar, al padre de la protagonista le encanta la música de Cartola, que suele poner de fondo. ¿Hay algún artista así que te haya acompañado durante tu infancia ?
Más que acompañarme, me secuestraban (risas). Yo nací en Buenos Aires, pero a los siete años me fui a vivir a Tandil, a 400km. Así que a cada rato mi padre nos llevaba en el auto, 5 horas de ruta, escuchando, siendo taladrado por la música de su juventud, bandas de rock nacional, Charly García, Serú Giran, y también Serrat. Ni siquiera la alegría de saber que iba a Buenos Aires – y ni siquiera ahora con la distorsión de caer en la trampa del “pasado siempre feliz” - consigo que esa música me guste. Si tus papás no te traumaron con su música es que no tuviste infancia. Es un rito de iniciación que todos debemos pasar. Ya después mi tío, diez años más chico que mi viejo, fue el primero en tener una música que sentía cercana. Me acuerdo que me grabó casetes de Los Redonditos de Ricota, pero más que nada que tenía el Black Album de Metallica y Nevermind de Nirvana. Había un acto de presencia en el acto de escuchar, porque eran esos dos CDs que tenía él, que no se podían prestar, ni copiar. Uno tenía la música. Y sabías que cuando te fueras de esa casa, la perdías. Entonces me quedaba en la pieza de él, escuchando una y otra vez esos CDs. Había algo físico en esa escucha. No solo en el CD como objeto físico sino que tenías que estar en un lugar, quedarte ahí, quieto, o moviendo el pie, el cuello, y saber que esa música no seguía de largo, que te atravesaba y algo se quedaba en vos. Me tiraba en la cama y ponía un CD y después el otro, con el librito en la mano y trataba de leer esas canciones de un inglés que se me escapaba, pero que de alguna manera me llegaba. Ya después mi madre me regaló mi primer equipo de música y mi primer CD ; Reload de Metallica. Y uno no sabía nada, de que decían que era un disco malo, sello, etc. Era música, pura música nada más. Y la disfrutaba mucho. Era un acto de escucha 100% inocente. Nadie más que vos o tu propio cuerpo te decía si era una mierda o no lo que escuchabas. Ningun tweet tirando hate, nadie diciendo que se habían “vendido”. Me acuerdo que tenía mi compactera / despertador, así que todas las mañanas me despertaba con Fuel. También pasaba que la música que me gustaba no la pasaban en la radio. Entonces eso siempre marcaba una diferencia. Como que solo podía escucharla en casa. Y otra cosa, que incluso en Tandil, la televisión por cable tenía menos canales. MTV no estaba, VH1 tampoco, y lo descubrí cuando fui a lo de mis abuelos en Buenos Aires. Entonces ya en vez de grabar de la radio, grababa de la tele, me volví con un VHS que tenía Chop Suey de System Of A Down. Entonces ahí pasaba eso curioso. Uno iba a escuchar y ver música al mismo tiempo. Después le fui grabando a ese VHS Audioslave, Nirvana. Aprovechaba cuando nadie miraba tele y me ponía a “ver” música. Ya después internet modificó eso.
En la habitación de Javier, uno de los personajes de Nuestra última porción de cielo, hay pósters de Nirvana, de Alice In Chains, un póster de Gran Torino... ¿Así era tu habitación cuando eras adolescente ? Por cierto, hay un póster de Pearl Jam, « el único intacto, aunque un poco arrugado ». Pearl Jam es también el grupo que más escucha Ámbar. ¿Es el grupo que te marcó en tu juventud ?
Hay algo que me sucede que cuando escribo que es no intentar poner mis gustos en los personajes, porque ahí el lector dice “este no es el personaje, es el autor”. Así que, al contrario, muchas veces intento poner cosas que no me gusten para nada. O cosas que sí me gustan, los personajes odien como pasa con Incubus en Ámbar. Me parece que eso abre de alguna manera el campo de dialogo y el universo que una va creando o retratando. Mi pieza era principalmente posters de basquet, inclusive me acuerdo que mi padre me consiguió en el videoclub donde alquilabamos las películas, el poster de Double Team, con Jean-Claude Van Damme y Dennis Rodman - película más que olvidable. La música tardo más en entrar. Como te decía, System Of A Down que creo que fue la primera banda que me marcó, que era puramente mía, ni heredada, ni prestada. Podemos decir que soy más un hijo del VHS que del casete. Yo creo que Pearl Jam y toda la movida Grunge, entraron mucho más tarde. Yo tenía ocho años cuando fue su auge, imposible que entendiera o compartiera el sentimiento de Nutshell o Black o Fell on Black Days. Las incorporaría mucho más tarde, como también le sucede a Ámbar, así que ahí sí debo decir que nos parecemos. El vivir en el interior del país también cambiaba la optica de lo que se escuchaba. Mis amigos eran más de la cumbia. Ya cuando apareció internet y las descargas, fue como aparecieron otras bandas, pero mi educación fue el Nu Metal. System, Limp Bizkit, también el éxito de Red Hot Chili Peppers con Californication, que yo los conocía por los Simpsons como unos tipos que tocaban musica re contra pesada en calzoncillos, y después un amigo me grabó en un casete ese disco, y descubrías que era otra cosa. Al igual que los Guns N´ Roses. Bandas que parecían re pesadas, y al final los temas más conocidos eran mucho más tranquilos de lo que pensaban, pero creo que también es el ciclo natural de esas bandas. Un primer disco de “odio a todo el mundo”, pero un odio sin procesar, pura euforia. Después una rabia organizada, un entendimiento, una aceptación de las vulnerabilidades, de los miedos, un sonido más armónico. Y después como que se van desmechando o yendo a otros lugares. Por decirte algunos ejemplos más nuevos, Staind, Incubus, Seether, etc.
Cuando Ámbar escucha a Audioslave con su papá, este le dice : « No sé cómo puedes escuchar eso. Es solo ruido ». ¿Te suena familiar ?
Totalmente, creo que es algo que siempre pasará, y que cada generación tiene su propia manera de relacionarse con la cultura, también su propio Zeitgeist. No solo obviamente por lo que pueden decir tus padres, sino también la escuela, que es esa suerte de familia obligada. Como te decía, la mayoría de mis compañeros escuchaban cumbia y cuando nos juntábamos a jugar al Counter Strike armábamos una playlist en el Winamp y era una mezcla total. Pasabas de escuchar cumbia, a punk rock, a ñu-metal, en el medio capaz alguna balada latinoamericana. La caja de Pandora no tenía nada que envidiarle. Uno tiene a ser pasional con lo que ama, a defenderlo a capa de espada, y hasta que le duele un poco cuando no le gusta a otra persona a la que uno realmente le quiero compartir, contagiar esas ganas. Pero las pasiones, sobre todo las que se apoderan de uno, son bien personales, y pueden ser ruido para los demás.
Ámbar piensa que le gustaría que alguien le hiciera recopilatorios. William Boyle nos ha hablado largo y tendido de su pasión por crear recopilatorios en casete. ¿Tú también hacías algunos ? Y, volviendo a Ámbar, ¿alguien te hizo alguno a ti ?
Son esas cosas a las que llegué tarde, generacionalmente. Y al vivir en una ciudad más chica, como te decía, todo llegaba más tarde. La imagen del adolescente en su pieza con el Walkman o Discman y posters de sus bandas no existía, al menos en mi grupo. Creo que lo más parecido era cuando te mandaban o mandabas un tema por el MSN. La carpeta de “Mis Archivos Recibidos” era otra ensalada rusa. Lo más cercano a los recopilatorios y más actual, ha sido tener una lista compartida en Spotify. Siento que ese sería el equivalente. El otro día en una novela que estaba escribiendo había todo un dialogo en base a armar recopilatorios, o dedicarle una canción a alguien. Que esa canción es algo muy propio, una canción que en algún punto es solo tuya, que está a salvo y vas a poder escuchar hasta la eternidad, sin que tenga ningún “recuerdo adjunto”. Y que cuando uno decide compartirla, esa canción ya deja de ser solo suya, que puede ser “nuestra canción”, o quizás termina siendo otra cosa más que se pierde. Pero siempre es mejor compartirla. ¿De qué sirve vivir la vida en un blíster ?
El Walkman aparece a menudo en tus novelas. ¿Es un aparato que te ha acompañado mucho ?
El Walkman apareció en un momento importante que fue el desarrollo de los gustos personales, y la posibilidad de que con un Walkman podías llevarla con vos. De que sea una trinchera. Pero cuando empecé a usarla ya estaba en una época en la que estaban de salida. Sí me acuerdo que caminando de mi casa a la escuela escuchaba entero Steal This Album de System Of A Down. Entonces tengo muy presente ese recuerdo de ir caminando a las 6 de la mañana con el pasto helado y yo cantando Mr Jack, de ir sintiendo cómo la pila se iba acabando y tener que darlas vuelta para darle una especie de vida zombie y que duraran, aunque sea, unas canciones más. Pero al poco tiempo tuve un Discman, que tampoco duró más que un año y ya después entraron los reproductores de MP3, también la música en el teléfono que masificó completamente, ya que todo el mundo está escuchando música en movimiento, algo que hace veinte años era impensado.
Nunca se especifica explícitamente, pero se entiende que Ámbar transcurre durante los años 90. Mencionas bastantes videojuegos - la conversación entre Ámbar y su padre sobre el significado oculto de Tetris o Donkey Kong es, por cierto, para morirse de risa. ¿Hay alguna música de videojuegos que te haya marcado de esa manera ?
En tanto a los videos juegos, sin duda el Mortal Kombat es una referencia obligada para nuestra generación. Desde la música icónica, que era inevitable no ponerse ansioso por jugarlo, casi un himno de motivación para ir al gimnasio. Pero creo que más allá de la música hay dos o tres eventos relacionados con los videojuegos más puntuales o relacionados con narrativos. Antes de escribir, mi fantasía era hacer historietas. Mis primeros dibujos, de cuando tenía 5,6 años, eran sobre el Principe de Persia, y tenía la particularidad de que eran dibujados a lo ancho de la hoja, no en cuadritos, sino que simulaban la pantalla de la computadora, y en el medio iba teniendo combates. Después otra cosa es que como no tenía plata para comprar los juegos, muchas veces los alquilaba por un fin de semana. Entonces nunca terminaba de saber bien la historia de lo que estaba jugando, así que la terminaba imaginando, dibujando cómo sería aquello a lo que no había llegado. Y por otro lado, mi madre no vivía conmigo, entonces iba a visitarme a donde yo vivía. Y ahí siempre me llevaba a los “fichines”, a los videojuegos. Y jugaba conmigo al Cadillacs y Dinosaurios hasta que lo terminábamos. Era un lugar donde nos encontrábamos, donde éramos felices. Pero sin duda el momento fundacional ya casi como una transición fue descubrir y jugar al Max Payne, ya que no solo me encantaba su jugabilidad, pero por encima de todo su historia, que combinaba voz en off e historietas. El narrador mencionaba a Marlowe y Spade, y dije, a ver quiénes son estos, y ahí descubrí la novela negra y empecé a leer con devoción ese género que me terminó cambiando la vida. Todo por un videojuego, por una madre que lleva a su hijo a jugar a las maquinitas. Y específicamente a lo de la música, me acuerdo de terminar el Max Payne II y que sonara Late Goodbye de The Poets of The Fall en la escena de créditos, y entre el final de la historia que te pegaba duro y descubrir ese tema fue un momento de piel de gallina, de decir wow. Y después también bajarme el OST del juego y escucharlo, una y otra vez. Sin duda uno de los primeros juegos de la etapa moderna en ponerle un hincapié a la música y a la historia.
En El Cielo Que Nos Queda, hay un personaje que ocupa un lugar especial y que menciona la música en numerosas ocasiones. Se trata de Lucero. En primer lugar, su propio nombre es una referencia a un grupo musical, ¿verdad ?
Así es, un homenaje a la banda Lucero, de Memphis, Tennesse. Una banda que descubrí por una película hermosa llamada Shotgun Stories de Jeff Nichols, hermano de Ben Nichols, cantante de Lucero. Me acuerdo de que son esos descubrimientos precisos, que terminan conectando con uno. El escenario rural donde la violencia aparece sin tanto maquillaje, sino real, cruda. Y la música venía a reforzar esa sensación de desamparo. Es una banda que me acompaña hace ya bastante tiempo. Bien de ruta, de viaje. Y que suelo escuchar muchas veces cuando voy a presentar un libro a otro país o a una festival, capturan un poco, salvando las distancias, de esa vida on the road, de estar en una ciudad un día, al otro en otra, de no tener tiempo de absorber todo lo que pasa, y al mismo tiempo, de extrañar a los que están lejos. Muchas veces es dificil homenajear a las influencias extranjeras, porque poner a una personaje llamado Nichols haría ruido, pero con Lucero sentí que fluía orgánicamente. ¿Y qué mejor apellido para un piloto ?
También debemos mencionar su reflexión sobre la música de los clubes de striptease : hard rock FM, entre los que se encuentran los clásicos de Aerosmith, AC/DC y Lenny Kravitz, « la santísima trinidad del pole dance ». ¿Podrías desarrollar un poco esta teoría ?
Como alguien que en su vida pisó un club de esos, uno apela más que nada al imaginario que se desprende de las películas, de las series. Acá estuvo durante mucho tiempo la versión devaluada de Bailando por un Sueño, y cuando llegaba la música del caño ya sabías que iba a sonar Back in Black, y la contundencia de esos acordes creo que contiene todo un imaginario. También me interesa retratar o formular teorías que no guardan mucha base científica, sino que son conjeturas, algo muy parecido a un prejuicio o una corazonada, porque creo que muchas veces nos terminan representado desde una honestidad totalmente frontal. También está esta necesidad de ordenar el mundo, aunque una parte de esa teoría esté floja, pero no importa. Necesitamos creer en el orden, en la repetición. Y además, claro, del aspecto lúdico que pueda tener. Alguien ya tan agotado de todo, de esperar en un striptease, que empieza a formular las teorías más extrañas sobre un lugar del que ya se encuentra alienado, y lo terminan separando del todo de ese ambiente.
Para seguir hablando de los pintorescos personajes de El Cielo Que Nos Queda, me gustaría que mencionáramos a « el armenio », Tankian, el dueño del bar. Evidentemente, pensamos en Serj Tankian. ¿Nos confirmas que se trata efectivamente de un guiño al líder de System of a Down ?
Totalmente. Como te decía, muchas veces es muy difícil hacerle guiños a la música, la literatura extranjera sin que haga ruido, sin que se vuelva una luz de neón ese apellido o nombre. Pero en Argentina hay una comunidad importante de armenios, entonces me permití ese guiño. También intento que esas influencias ya no sean un hierro caliente, que no sean la música del momento. Calcula que para cuando escribí eso, System Of A Down no sacaba - y sigue sin sacar - un disco en 15 años. Y ya casi no escucho System Of A Down, pero uno siempre termina volviendo y respetando aquello que lo hizo feliz.
La música suele ir de la mano de los tatuajes. Peter Farris nos confesó recientemente que luce varios tatuajes en homenaje a sus bandas favoritas. Cuando Ámbar piensa en el tatuaje que podría hacerse, menciona letras de canciones. Si tú también te fueras a tatuar letras de canciones, ¿cuáles elegirías ?
Siempre me llamó la atención que todavía no haya sucumbido a la tentación de los tatuajes, porque es algo que me encanta desde chico. Pero creo que mi propio terror a las agujas me ha mantenido libre de tinta, aunque varias veces me ronda la idea de hacerme uno. Me gustaría hacerme algo con alguna letra de Shawn James, uno de mis dos artistas favoritos de los últimos diez años. Quizás estoy esperando algún arte que venga con sus discos o remeras que termine de decirme “es este”. Pero también tengo la idea de dos canciones para tatuarme, pero prefiero no decirlas, porque si los digo, probablemente queden acá, en tinta digital, en pixel. Es como cuando querés escribir una historia, si laempezás a contar por todos lados lo más probable es que no la termines escribiendo.
En dos ocasiones, en El Cielo Que Nos Queda, dos personajes lucen una camiseta de Jim Morrison con un resultado bastante diferente. A Lucero le regalan una camiseta de Pearl Jam y, en Ámbar, la protagonista luce una camiseta de Pantera... aunque no le gusta el grupo. ¿Llevar una camiseta de un grupo es una cuestión de autoafirmación ?
Hay varias instancias en esta pregunta, y que también va un poco relacionado con la anterior. La primera es que uno siempre quiere ponerse la camiseta de lo que lo apasiona. Sea la camiseta de futbol o basquet de un equipo, o de una banda. Cuando uno es un adolescente llevar la remera de una banda es un pedazo de tu identidad, al igual que una mochila, un pin. A diferencia de un poster, es algo que podés llevar a todos lados. Y que antes, epoca pre-redes sociales, era tu manera de descubrir gente. He hecho varios amigos porque vieron que tenía la remera de una banda o la mochila de otra. Hacían comunidad. Y en la actualidad pasa algo también diferente, más allá de lo estético, la venta de remeras y merchandising, junto con los recitales, es donde las bandas pueden ganarse un billete. Como no compro discos, sí me gusta comprar remeras, incluso a los precios desorbitantes que las ponen, porque siento que es mi manera de apoyarlos, de también llevarlos conmigo, ya sea ponerme tal remera para presentar un libro, o para ir a una entrevista. Creo que sí, es una autofirmación, pero también acá en Argentina tenemos la expresión “ponerse la camiseta”. Cuando vos te ponés la camiseta de algo es que estás totalmente comprometido con eso, que lo vas a defender hasta las últimas consecuencias. Y creo que hay algo de eso, de llevar esa pasión puesta frente a cualquier cosa que venga.
La violencia es omnipresente en tus novelas. Tienes una conversación muy interesante con Chris Offutt sobre este tema en la entrevista que concediste al sitio web Perdigonada. Algunos grupos musicales utilizan una imaginería y sonidos violentos. ¿Cuál es tu relación con eso ?
Valdría la pena preguntar exactamente cuál sería esa imaginería violenta. O quizás, pensar las diferentes instancias de la violencia. La más obvia, la física. Y eso pensado desde el pogo. Una instancia catártica. Gente que paga para escuchar a una banda y pegarse los unos a los otros para sacarse toda la rabia de encima. La rabia es un signo de identidad, algo que comparte muchas cosas que no funcionaron, que nunca es la misma pero que su punto visible se parece. Puede ser el desamparo de una infancia, una injusticia, el bullying, un sistema económico que te mastica, te escupe y buena suerte. Todo eso es un caldo de cultivo de una rabia, una bronca que encuentra su válvula de escape en portadas como Vulgar Display of Power de Pantera, donde hay una persona que se come una piña. Y uno podría pensar, ok, yo soy el que da la piña. Pero si ves bien la imagen, el que pega la piña esta afuera, vemos la cara del que recibe. Y muchas veces, la mayoría, somos los que terminamos recibiendo un golpe, algo que la vida nos termina repartiendo, y no nos queda otra que aguantar. En parte funciona así en el cine y la literatura, la violencia como el punto cúlmine de muchos fracasos anteriores. También casi como un sacrificio, alguien que pone en juego su vida por una pasión, una causa, que ofrece lo irremplazable, su cuerpo. Pero detrás de todo eso siempre me interesa ver algo que subyace y es la desesperación, esa sensación de que todo se te va de las manos o que nunca tuviste realmente nada en las manos. Y no querés quedarte afuera. Y actúas de la única manera que sabés : desesperadamente. Y por supuesto, me interesa quedarme después del estallido, tratar de entender las consecuencias de aquello que estalló, las esquirlas, como las llevan clavadas los que sobrevivieron. No quedarme solo en la pirotecnia de la violencia.
Antes mencionamos a Cartola. Víctor tiene varios ejemplares de un álbum de este artista. ¿Tienes tú algún álbum que hayas comprado varias veces o que poseas en diferentes formatos ?
Mi economía, por suerte, me ha prevenido de entrar en el coleccionismo de vinilos, donde suelen aparecer cosas más interesantes. De hecho, en Argentina siempre hubo un problema que es que lo raro o las ediciones limitadas no llegaban. Con suerte alguna edición a pedido, con lo cual estabas protegido. Tengo sí una edición de Morning View (Tour Edition) de Incubus que en vez de la tapa más “sol californiano” se ve más tormentosa, que me gusta mucho. Se ve que en ese momento el noir ya venía pidiendo pista. Se las hice firmar una vez que los vi, junto con una carta del as de picas. Y después tengo sí, de decoración nomás, un vinilo EP de Rise Today de Alter Bridge. Pero también tengo en las bibliotecas muchos stickers, pases de show y púas de Shawn James.
Este álbum de Cartola se encuentra, por cierto, en varios lugares, como un hilo conductor que une diferentes etapas de su vida y las define también como sus hogares. Ámbar, además, al llegar a casa de Tana, observa una biblioteca y una torre de CD, e identifica estos muebles como la prueba de que se encuentra en un lugar permanente y no temporal. ¿Un hogar es donde están los libros y los discos que nos gustan ?
Te diría que en los noventa, dos mil, sí. Hoy todo es Spotify y YouTube, salvo para unos pocos. Pero en esa época vos ibas a la casa de alguien y revisabas qué discos tenían. Había determinados discos que si eras “cool” tenías que tener. Entonces era irresistible esa tentación de revisar esas torres enormes. Hoy, en mi caso al menos, ese lugar lo ocupan las bibliotecas. Como que si voy a la casa de alguien, saludo a la mascota, quiero que sea mi amiga, y después reviso los libros. Cuando me mudé en la pandemia, me acuerdo que me mudé con dos cosas, literal, tenía un escritorio, la computadora, una silla, la cama y cinco y seis libros. En el medio hice unas bibliotecas junto a mí tío. Y cuando mudé mis libros y mis gatas, sentí que recién ahí era un hogar. Entonces, digamos que sí, con ese asterisco. Donde están mis libros y mis gatas, y donde suena la música que me gusta.
Fue muy emocionante. Gracias por compartir todo esto con nosotros. Esperamos con ansias tu próxima novela.
- 19.08.2026 par

- Sulfure Session #1 : Aidan Baker (Canada) - Le Vent Se Lève, 3/02/2019
- Sulfure Session #2 : The Eye of Time (France) - Le Vent Se Lève, 3/02/2019
- Aidan Baker + The Eye of Time (concert IRM / Dcalc - intro du Sulfure Festival) - Le Vent Se Lève (Paris)
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
Fatboi Sharif & E L U C I D - Invasion Body Camera EP
Grim Moses x Farma G - Exousia EP
Jakprogresso - Disgusting Work EP
Laura Veirs - Flying Into Darkness
Open Mike Eagle & Kenny Segal - DOOMED !
Autonomaton - Collected not lost 2015-2025 vol.2 : ambient and melody
Karim - Lila
Roel Funcken - Kine 3
The Bug / Friday Night Plans - Ladybug 2 (single)
![]() |
![]() |
![]() |
- Karim - Lila
- Boards of Canada - Inferno
- Roel Funcken - Kine 3
- Eli Cranor : "Quand j’entends Levon chanter Up On Cripple Creek, ça me ramène chez moi"
- S. A. Cosby : "La musique est un langage universel et j’ai vu pas mal de gens le parler couramment"
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
![]() |
![]() |



























