Comité d’écoute IRM - session #23 spéciale actu hip-hop : B-Movie Millionaires, Cargo Cults, The Different Machine, Gangrene, Homeboy Sandman & Jack Splash, King Kashmere, Quintessential & In Peace, Shitao
Vacances obligent, on avait réduit la voilure, mais force est de constater que la période estivale fut malgré tout fort riche en sorties rap de qualité, en témoigne cette sélection à laquelle auraient pu s’ajouter nombre de disques plus ou moins audacieux mais toujours passionnants sur lesquels on reviendra probablement à une autre occasion, citons notamment ceux de Czarface & Frankie Pulitzer, Sankofa & August Fanon, Another Planet & steel tipped dove, K-Rec & Estea El, Eclyse, Nuse Tyrant x Kendall Carter, Open Mike Eagle & Kenny Segal ou encore Pan Amsterdam.
Rabbit : Alors que l’immense Simony de leurs Cult of the Damned trône toujours sur la première marche de mon podium hip-hop de l’année, Lee Scott et Black Josh se font plaisir - et nous avec - en réactivant sur le label du premier, Blah Records, leur duo B-Movie Millionaires, 8 ans après un premier opus passé quelque peu inaperçu. Là où Simony incarnait la facette minimaliste et inquiétante - si ce n’est malaisante - du collectif britannique, ses deux producteurs exécutifs renouent quelque peu sur cet It Made Sense At The Time avec cette veine plus décontractée de fumeurs de spliffs en canapé vers laquelle ils finissent toujours par revenir, tout en cultivant leurs habituelles atmosphères claires-obscures sur lesquelles se contorsionnent leurs flows goguenards, une gymnastique downtempo à laquelle viennent participer quelques rappeurs amis, des compères de crew Sly Moon, Bill Shakes et King Grubb aux excellents Quelle Chris et Granuja (MC hispanophone croisé à plusieurs reprises chez le copain Jam Baxter, cf. ici). Sous leurs allures branleuses émaillées d’onomatopées et autres croassements de corbacks imités par la fine équipe, les productions sur-mesure envoyées de Chicago par l’excellent Spectacular Diagnostics se révèlent vite sacrément capiteuses, qu’elles lorgnent sur le jazz en seconde moitié du disque, sur les ambiances gothiques de COTD en moins anxiogènes ou simplement sur ces atmosphères urbaines et nocturnes des villes industrielles d’outre-Manche désertées au petit matin que nos deux lascars connaissent bien. Grand disque, mine de rien, et haut la main mon préféré de cette sélection !
Namor : Éminents représentants de la scène indé de la Perfide Albion, Black Jo$h et Lee Scott unissent à nouveau leurs talents pour une deuxième livraison en tandem dans la droite lignée de ce que le label Blah Records produit habituellement. Ici vous trouverez peu de ces habituels beats lymphatiques, étouffés par les nuages de fumée qu’on imagine envahir le studio pendant leurs ébats rapologiques. Les productions, assurées en majorité par Spectacular Diagnostics ou l’ami Scott lui-même, préfèrent les beats francs et plutôt enlevés, finement habillés d’arrangements cotonneux (MED) et peuplés de pianos déglingués (SOL). Certains sons adoptent même un ton jazzy assez classique (SMH) rarement utilisé par nos amis de Blah Records. Pourtant, dans un ensemble bien pensé, normal pour un projet qui aura mis 8 ans à germer, le duo réunit sans faillir tout ce qui fait le sel de ce style de rap UK et, contrairement à ce que le nom du duo prétend, ça n’est définitivement pas du rap de série B. Vivement 2034 !
Rabbit : Au sein de ce projet lancé en 2020 dont le nom ne peut manquer d’évoquer le célèbre titre de clôture du génial Histoire de Melody Nelson de Gainsbourg, on retrouve au micro Alaska des chouchous Atoms Family (dont on ne répètera jamais assez qu’ils furent de meilleurs Cannibal Ox avant l’heure), moins actif en solo, hormis une paire de sorties produites par Steel Tipped Dove ces dernières années, que son compère Cryptic One, et le Philadelphien Zilla Rocca, rappeur plus que décent qui se contente ici comme souvent de produire à l’exception d’une courte intervention au mic sur Nostalgia Tripping, offrant un boulevard au rappeur new-yorkais entouré d’une poignée d’invités de choix (Curly Castro de ShrapKnel, Defcee, Breezly Brewin des Juggaknots, YOUNGMORPHEUS ou encore Jesse the Tree). Ça tombe bien, le MC au flow éraillé juste ce qu’il faut n’a rien perdu de son dynamisme communicatif et électrise en douceur des instrus plutôt smooth aux rythmes syncopés et au sampling volontairement hachuré voire un chouia déstructuré, qui sautillent allègrement du jazz à la folk en passant par la soul et autres incursions plus singulières (Lightweight et sa vibe futuro-cinématographique, ou la féérie psyché de l’envoûtant Old Fogies). Un album concis pour amateurs d’indie rap savamment sous-produit par goût de la lo-fi à l’ancienne mais avec les moyens d’aujourd’hui.
Namor : Comme l’a évoqué mon camarade, l’influence qu’Alaska a pu avoir en tant que membre du crew pléthorique Atoms Family au début des années 2000 aurait dû lui apporter une carrière solo plus florissante. Membre par la suite de Hangar 18 et signé sur Def Jux, le MC new-yorkais a semble-t-il quelque peu délaissé ces dernières années le son acerbe pratiqué par ses ex-collègues de label. Pour preuve cette collaboration avec Zilla Rocca, tout droit venu de Philadelphie et ici cantonné au beatmaking, adopte un ton assez sage fait de boucles de piano veloutées (Too Damn Old to MC et son refrain chantonné), de guitares sèches déstructurées (Same Song Same Rhyme) ou de contrebasses sur beat bien fat (Half Life). Comme souvent avec cette scène indé du début du siècle que mon camarade et moi apprécions tant et dont est issu Alaska, les instrus ne se brident pas et tapent à l’envi dans la folk lancinante ou la pop un peu psyché en prenant souvent des atours confessionnels que certains pourraient trouver datés mais dans lesquels une bonne partie du rap moderne a pioché sans vergogne. Malgré une évidente volonté de bien faire, l’ensemble reste un peu timide à mon goût, avec un son trop propre pour qui a connu la grande époque du rap indé diggué à l’arrache sur la toile, à base de fichiers sonores pas toujours bien optimisés (c’est le moins qu’on puisse dire...). Reste un vrai plaisir de retrouver le flow aigrelet d’Alaska, qui aurait peut-être mérité des sons un peu plus aventureux pour donner sa pleine mesure.
Rabbit : Le duo d’Atlanta composé du rappeur Day Tripper (qui nous a gratifiés en passant d’une paire de chouettes opus solo cette année) et du beatmaker Dr. Conspiracy (dont on ne conseillera jamais assez le chef-d’oeuvre instru Nuclear Mysticism - cf. #40 par là - qui fête ses dix ans en 2026 et continue de tenir la chandelle aux meilleures sorties de Jel et de DJ Shadow, dans une veine un peu plus narcotique) est un chouchou de la rédaction depuis une décennie maintenant, et trois ans après l’excellent Alien Nation and the Black Adolescent, c’est forcément un plaisir de les retrouver dans ce rap atmosphérique et drogué à la Captain Murphy qu’ils maîtrisent mieux que personne. Au programme de Some of Us Never Die, 5e long format à la cover de toute beauté, toujours ces dysrythmies typiques du style Conspiracy (Star Children, Mind Trap) entre deux morceaux beatless (le cristallin God’s Watching avec Opio des Hieroglyphics) voire presque ambient, évoquant quelque soundtrack 70s aux textures plus ou moins feutrées (OK Stars), saturées (Safe and Sound) ou les deux à la fois (Three of Three), et le flow pitché sous hélium (Breaking Bread) ou badigeonné d’effets psyché de Day Tripper, qui finit par virer à l’incantation mi-parlée mi-chantée (ONG, Oh Death). L’une des sorties "rap" les plus borderline et singulières de l’année, à réserver toutefois aux amateurs de crossovers inclassables.
Namor : Jusque-là peu passionné par la discographie de ce duo venu d’Atlanta, leur son ne m’avait toutefois pas paru inintéressant. Pratiquant un rap à la fois plutôt efficace dans le flow (le MC Day Tripper est vraiment bon et assure aussi les scratches), la paire s’est choisi des instrus, sans tomber dans l’excès d’arrangements abscons, suffisamment originaux et abordables pour attirer mon oreille sur ce cinquième projet. La saveur psychédélique qui semblait présider à leurs œuvres précédentes, bien qu’un peu atténuée ici, est toujours présente. Après un départ en fanfare (Breaking Bread et Orange Lazarus, mon titre favori) l’album tend au fur et à mesure vers un son plus ample qui me plaît moins mais qui fait montre d’une maîtrise certaine des atmosphères planantes, raison pour laquelle l’ami Rabbit se montre si enthousiaste quant au travail du beatmaker, avec des passages purement instru où Dr. Conspiracy semble vraiment s’éclater (cf. le dernier titre Oh Death). Malgré un ventre mou de quelques titres au milieu du projet, l’ensemble se tient vraiment bien et peut constituer une bonne porte d’entrée vers un rap plus exigeant. Ce joli travail de production mérite en tout cas d’être découvert.

Namor : L’album précédent du duo californien démarrait sur les chapeaux de roue, masquant un peu le léger manque d’idées du reste du projet. Ici, Alchemist et Oh No qui se partagent aussi bien le micro que la machine à beats reprennent l’ambiance désenchantée qui leur avait si bien réussi et l’étalent cette fois-ci sur le projet entier. Alchemist, qui est, à mon humble avis, un peu en perte de vitesse ces dernières années après une période 2012-2014 assez exceptionnelle, reprend ici du poil de la bête, proposant ce qu’il sait faire de mieux, à savoir des sons purement hip hop construits sur des samples souvent minimalistes qui se révèlent sinon aventureux, du moins efficaces (Microscopic Matter) et ne laissant personne indifférent (contrairement à beaucoup de ses prods récentes où on s’ennuie ferme). Mais comme sur l’album de 2024, Oh No vole un peu la vedette à ALC. Déjà, au micro il n’y a évidemment pas photo, le MC de Oxnard étant dans son élément, mais au niveau production, le frangin de Madlib semble avoir enfin laissé les gènes familiaux du beatmaker se développer (l’excellent Forever) mais avec un plus grand équilibre par rapport à son acolyte cette fois-ci. Le duo semble se tirer mutuellement vers l’excellence, bien aidé par les nombreux featurings des « jeunes loups » de l’internationale hip hop underground venus les épauler (Estee Nack, Rome Streetz, Armand Hammer, Meyhem Lauren, Boldy James, tous au top), et nous propose avec ce nouvel album l’un des meilleurs de leur discographie, même si l’ambiance psychédélique très prononcée de leurs premières sorties (encore un peu à l’œuvre sur le dernier titre avec Wildchild de Lootpack en invité) manquera certainement aux fans des débuts du groupe.
Rabbit : Même constat que mon compère concernant The Alchemist, que j’ai à vrai dire toujours trouvé un peu surestimé, à capitaliser sur un certain hip-hop gritty des 90s et s’acoquiner avec la clique Griselda, une sacrée bande de surcotés ceux-là aussi (d’ailleurs le disque qu’il vient de produire pour Erykah Badu ne déroge pas à la règle, entre beaux moments épars, remplissage insipide et foultitude du genre de pénibles onomatopées qu’on n’a vraiment plus envie d’entendre en 2026). Pour moi c’est donc clairement Oh No qui emporte le morceau sur ce projet, au micro comme aux manettes, un prodo qui ne me faisait ni chaud ni froid à ses débuts mais qui à mon avis a véritablement explosé via l’impressionnant Heavy Vibrato mis en musique pour Elzhi il y a un peu moins de trois ans (cf. #42 ici). C’est d’ailleurs lui qui produit le single Forever, véritable bijou de ce nouvel opus dont la ligne de basse saillante et le sample oriental emportent tout sur leur passage, un niveau que le duo ne retrouvera jamais par la suite même si ce Better Than McDonald’s se maintient plutôt bien les deux tiers du temps, avec notamment les jolies réussites sombres et tendues que sont The Xtract, Muscle Head, Microscopic Matter ou dans une moindre mesure le minimal Errybody taillé pour les invités Armand Hammer avec son atmosphère fantasmagorique et sans chichis. Le reste, à commencer par le soulful King Taco ou les grandiloquents Gas Factory et Sasquatch, s’avère plus dispensable mais même quelque peu inégal, on pourrait bien en effet tenir là le meilleur enregistrement de la paire à ce jour.
Namor : Une fois n’est pas coutume, voilà un album rempli de « vrais » instruments mais qui ne verse pourtant pas dans la (nu) soul phlegmatique, produit entièrement par le Californien Jack Splash (tête pensante du très funky Plan Life) avec un Homeboy Sandman en grande forme au micro. Son flow sans heurts s’adapte parfaitement aux instrus proposés par son acolyte du moment, à tel point que les arrangements semblent avoir été réalisés en fonction des raps du new-yorkais. Le multi-instrumentiste fait ainsi feu de tout bois, sans excès de fioritures (si ce n’est peut-être sur Gas avec sa guitare psyché), mais reste dans certains codes hip hop permettant ainsi à l’auditeur de s’y retrouver, il se fend même de quelques scratches épars. Le premier titre (Twentyfourseven) avec son rythme syncopé et sa basse slappée annonce la couleur en cela que le beat ne prend jamais la priorité sur le flow. Malgré une légère impression de décalage, certainement due à mon habitude des beats réalisés sur machines, l’album prend rapidement sa vitesse de croisière et multiplie les « audaces ». Du beat minimaliste de Arrow à l’ambiance 60’s de Weed Stores Everywhere en passant par le feeling ragga de Signal pour lequel Masta Ace nous gratifie d’un très bon couplet, prouvant une nouvelle fois qu’il est un des meilleurs à encore pratiquer cet art, le duo, avec ce début d’album ma foi fort plaisant, pose les bases du reste du projet, laissant l’auditeur surfer tranquillement sur des instrus relax où le travail rythmique, plus pointu qu’il n’y paraît, permet au MC de s’épanouir pleinement. Une vraie réussite !
Rabbit : J’aurai un peu moins à dire sur ce disque qui une fois de plus me plaît sans m’impressionner, Homeboy Sandman étant à mon avis un peu en pilotage automatique depuis Still Champion, dernier vrai sommet en date d’une discographie qui l’a vu depuis multiplier les EPs et autres tapes de rap sur des instrus samplés quasi sans retouche façon plunderphonics, à raison de plusieurs sorties par an. Effectivement, ça n’est pas désagréable d’entendre ici et là de véritables instruments (sur des compos tout de même riches en sampling), et le flow toujours aussi singulier du rappeur, adepte des rimes et des dynamiques atypiques, est toujours source de plaisir, mais au fond je trouve ces sonorités jazzy/funk/psyché un peu passe-partout, finalement plus intéressantes lorsque Jack Splash ose la déstructuration (Arrow) ou un certain minimalisme dont le MC a toujours été friand (Yeah Yeah, Natural Hue, et surtout l’impactant Take Time sur lequel le co-auteur d’Humble Pie est en feu) que dans cet easy listening néo-blaxploitation qui n’égale clairement pas ce qu’en fait un Adrian Younge en termes de cachet atemporel des textures et des compositions.
Rabbit : Pas évident de passer après le faramineux DEAD EARTH 1.0 de Dangerous Creatures, tout bonnement mon album rap préféré de 2025, avec King Kashmere en MC sur les instrus étranges et volontiers déstructurés de l’inconnue au bataillon Mimski, jeune productrice allemande élevée à l’écurie Def Jux, au Buck 65 abstract ou encore au Mike Ladd dystopique des débuts. Et pourtant c’est encore une réussite pour le Londonien, qui cette fois inverse les rôles : sur Zero Point Modulations (Vol. 1), il ne rappe sur aucun morceau et produit tout de A à Z, pour l’essentiel à 140 BPM, rendant hommage à sa manière au grime et plus largement à la bass music UK, drum’n’bass et dubstep compris. C’est ainsi de ces horizons que viennent la plupart des guests de l’album (au nombre d’une trentaine tout de même, différents sur chaque titre), rejoints néanmoins par le gratin du label High Focus auquel on doit bien évidemment cette sortie, du patron Fliptrix à l’électrisant Ramson Badbonez en passant par Verb T, Farma G, Alecs DeLarge, TrueMendous, Dabbla ou encore la récente recrue Harry Shotta, tandis qu’aux scratches l’excellent Jazz T - déjà croisé chez les regrettés Strange_U que formait son compère de Boot Productions le producteur Dr. Zygote au côté du même Kashmere au micro - assure avec sobriété et la petite touche de singularité qui va bien. Du haut de ses 24 tracks souvent bien étoffés, le disque est particulièrement généreux, varié dans son beatmaking autant que dans ses ambiances, du boom bap jazzy au futurisme électronique en passant par le sampling cinématographique, que du bonheur en somme pour les amateurs de hip-hop british borderline et mélangeur aux rythmiques métronomiques.
Namor : Toujours très attentif à ce que sort Kashmere, j’avoue être plus emballé par ses talents microphoniques que lorsqu’il se place derrière la MPC. Ce projet où on ne l’entend pas du tout ne partait donc pas gagnant et ma première écoute n’a fait que le confirmer. J’ai trouvé ça trop complexe, abscons parfois et bien trop chargé à mon goût. Pourtant, influencé par l’enthousiasme de mon compère de chronique, j’ai relancé ce Zero Point Modulations et, sans aller jusqu’à dire que la magie a totalement opéré pour l’instant, j’ai compris pourquoi Rabbit avait autant aimé. La première chose qui m’a marqué, et la raison principale qui m’a permis de rentrer dans ce projet, ce sont les MC’s, tous très bons dans leur genre (et bien trop nombreux pour être tous cités, écoutez simplement l’enchaînement Big [bad] et Good Morning pour comprendre). Et c’est probablement là le plus grand mérite de Kashmere dans ce rôle de chef d’orchestre, il arrive ici à tirer le meilleur de ses lyricistes en façonnant à chaque fois un son qui correspond au rappeur en charge des vocaux qui s’en trouve alors d’autant plus à l’aise au micro (chose assez frappante sur le titre de Cappo, IYNK). Et puis, plus l’album avance et plus on se prend à tendre l’oreille à ces sons étranges où le côté déstructuré des premiers tires, en demi-teinte selon moi, laisse la place à quelque chose de plus abordable mais pas moins travaillé. Le goût de Kashmere pour les arrangements amples, mélangeant des influence dub voire drum’n’bass à des rythmiques qui sonnent vraiment rap, quelques scratches épars et autres bizarreries électro, trouve ici une sorte de finalité dans laquelle une vraie sincérité artistique transparaît. Au final je me suis surpris à laisser tourner le disque en entier, m’imprégnant peu à peu, malgré une densité peut-être excessive (la fougue du beatmaker « débutant » sûrement), de ce rap foisonnant aux instrus souvent surprenants mais toujours efficaces comme les Anglais savent si bien les faire.
Namor : Illustres inconnus de mes services jusque là, le duo constitué du MC californien Quintessential (simplement aperçu en feat. chez Sankofa, seul invité de ce Devolving d’ailleurs) et du beatmaker venu du New Jersey, In Peace, ne pouvait qu’attirer mon attention avec l’artwork lugubre de ce projet, plus proche du fanzine punk que du hip hop le plus pur. La curiosité n’est donc pas qu’un vilain défaut puisque cet album s’est révélé être l’une des grosses claques de cet été 2026 pour moi. L’ambiance générale du disque est à l’image de la pochette, pas super gaie et c’est rien de le dire : beats décharnés qui tabassent fort (Fibonnacci), samples discrets et hypnotiques (Odins Rings) et basses étouffées (Cougarand) constituent l’écrin parfait pour le timbre guttural du MC. C’est d’ailleurs ce point qui frappe à la première écoute, Quintessential adoptant un ton certes belliqueux mais plein de subtilités, passant aisément d’un flow agressif à quelque chose de plus conversationnel où l’on sent poindre une certaine sensibilité (Mr. Be Right Back). Certains trouveront sûrement ça un brin excessif, voire insupportable, les autres se rappelleront avec tendresse qu’à une époque, ce genre de prise de risque était la « norme » dans les milieux autorisés. Ce Devolving est une nouvelle preuve éclatante que la Californie (celle du désert, pas celle des plages) est une scène capable de pas mal d’audaces, faisant la part belle aux ambiances post apocalyptiques et inquiétantes comme ici. Parfait pour affronter les sombres temps qui arrivent.
Rabbit : Une découverte également pour moi, merci au collègue Namor parti en reconnaissance. Ne sachant rien des deux bonhommes, je me contenterai de partager mon appréciation pour ce rap funeste et sous-produit juste ce qu’il faut, les instrus insidieux de Devolving évoquant la clique Jakprogresso, G Fam Black et autres prodos du caveau pourvoyeurs d’atmosphères faites de samples inquiétants et de loops gondolées aux accents psyché sur fond de beats mid ou downtempo, le flow grave et profond sans être rauque de Quintessential faisant en effet toute la différence ici, avec son cheveu sur la langue assumé dans les consonances qu’il privilégie et cette petite touche de cool qui vient contraster avec l’esthétique plutôt plombée de l’ensemble. Une paire à suivre assurément !
Namor : Décidément la France peut s’enorgueillir d’avoir des musiciens de grande qualité sur son sol. Shitao, puisque c’est de lui qu’on cause, est sans conteste l’un de ceux-là. Présent sur Bandcamp depuis près de 20 ans, le beatmaker parisien a commencé par parfaire son art en sortant des beat tapes aux ambiances parfois un peu trop lénifiantes à mon goût mais toujours avec un grand souci apporté aux textures. Depuis quelques années (2024 pour être précis), probablement encouragé par les commentaires positifs suscités par ses premières armes, Shitao se permet d’avoir des MC’s sur ses prods. Obstacle parfois insurmontable pour les adeptes de hip hop instrumental et abstrait, le producteur se joue de ces nouvelles contraintes et propose des albums de remixes dont la qualité ne cesse d’augmenter à chaque essai. Ainsi, après des albums « florilèges » parfois un peu hésitants, il reprend avec aisance des a capellas de Akai Solo et Billy Woods (ce Into the Woods reste pour moi l’un des meilleurs albums de son « auteur » et de 2025) pour en faire des projets aussi personnels que si la collaboration avait été plus classique dirons-nous. En 2026, continuant sur sa lancée, il détourne les vocaux du Californien Maxo (dont le Mars is Electric de 2025 fut une jolie surprise pour moi) et fait carton plein. Sa maîtrise des instrus brumeux frôlant parfois le trip hop et des samples hypnotiques, leur donne une sensation à la fois douce-amère et de rugosité rentrée (on aime ça à la maison). Ce projet mérite en tout cas vraiment le détour, encore une fois j’ai envie de dire. Bien joué Mister Shitao, on attend la suite avec impatience !
Rabbit : Pour le coup je me porte en faux, et mon compère n’en sera pas surpris, venant d’un inconditionnel du hip-hop instru et des musiques instrumentales et atmosphériques en tous genres : pour moi Shitao, suivi depuis près de 15 ans, n’a pas à proprement parler passé de palier avec ses récentes sorties hip-hop, j’avoue d’ailleurs une nette préférence pour ses meilleurs EPs instru, tels que Child’s head with flowers dont le pouvoir d’évocation et la finesse des textures n’empêchent en rien le déploiement d’un beatmaking percutant. Mais revenons à nos moutons, car effectivement le Parisien a bien négocié son passage à la production ou plutôt aux remixes de rappeurs, et cette fois encore, bien que le flow de Maxo ne soit pas complètement ma tasse de thé, l’équilibre est parfait entre efficacité et atmosphères bien troussées, planantes et nimbées de mélancolie dans un constant clair-obscur tristounet aux ponctuelles envolées célestes (Temple, l’espèce de célesta sur The Fall, ou surtout le superbe Bodies dont le downtempo aux synthés cristallins n’est pas sans évoquer Vangelis et son cultissime soundtrack de Blade Runner). De la belle ouvrage, complétée par les beats en face-B pour ceux qui comme moi se passent volontiers de rap sur ce genre d’ambiances introspectives et propices à stimuler l’imaginaire de l’auditeur. En passant, la suite est déjà là, usant d’acapellas de multiples rappeurs et rappeuses qu’on adore... à ne pas manquer !
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- Sulfure Session #1 : Aidan Baker (Canada) - Le Vent Se Lève, 3/02/2019
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K-Rec & Estea El - Victory
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- Nicolás Ferraro : "Si tes parents ne t’ont pas traumatisé avec leur musique, c’est que tu n’as pas eu d’enfance"
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