Tir groupé : ils sont passés sur nos platines - 10 indispensables de janvier/février 2026 (par Rabbit)
Car pourquoi pas une résurrection du "Tir groupé", dont la dernière instance remonte à juillet 2020, pour compenser le manque de temps et en dire peu sur plein de beaux albums dont on aurait aimé pouvoir parler plus amplement ?
Zu - Ferrum Sidereum (9/01/2026 - House Of Mythology)
Quand il s’agit du trio italien, j’avoue une affinité beaucoup plus forte pour l’ambient mystique de Jhator avec Tomas Järmyr aux fûts ou même du plus naturaliste Terminalia Amazonia que pour le jazz-noise massif et déglingué du "fan favorite" Carboniferous. Et pourtant avec Ferrum Sidereum, lointain rejeton de ce dernier, ça l’effectue tout particulièrement, grâce à une ampleur nouvelle peut-être dans ces brûlots cuivrés denses et schizophréniques, un sens de la respiration hérité des sorties susnommées qui tire ici sur la musique tribale (Golgotha), les crescendos du post-rock (A.I. Hive Mind, Hymn of the Pearl), l’ambient cinématographique (Pleroma) ou encore le folklore moyen-oriental (The Celestial Bull and the White Lady), le tout via des morceaux qui prennent le temps de se développer et de muter sur 6 à 9 minutes, une étrange production aux saturations claires en renforçant encore la singulière fascination.
Robohands - Oranj (16/01/2026 - Bastard Jazz Recordings)
C’est l’une de nos grosses découvertes de cette première moitié d’année que ce projet à géométrie variable du Londonien Andy Baxter, pourtant actif depuis 2018 avec déjà une demi-douzaine d’albums à la clé. Entre douceurs harmoniques en clair-obscur, rythmiques libertaires et expérimentations discrètes, le multi-instrumentiste nous emmène ici aux confins du jazz, du beatmaking et de l’ambient, avec une prédominance des drums, des synthés, de l’orgue Hammond et de la basse. Une guitare, plutôt méditative, est également de la partie sur quelques titres (Regular Exercise, Object, Oranj, New Era Part II) de cette ode minimaliste et presque romantique au son analo chaleureux et organique de la musique de studio des années 60/70, qui réussit la gageure de célébrer le jazz fusion sans prétention et le passé sans nostalgie, avec sa vibe à la Kelpe qu’appuie la constante présence d’une vraie batterie.
Ombrée - Calvaire (2/02/2026 - I Shall Sing Until My Land Is Free)
Les activistes ukrainiens du label I Shall Sing Until My Land Is Free (aka les deux Cluster Lizard et fondateurs de feu Kvitnu, Zavoloka et Kotra) demeurent particulièrement productifs avec pas moins de 5 sorties depuis le début de l’année. Parmi celles-ci (dont un nouvel EP de Kotra qui vient de voir le jour), c’est l’album d’un Français, Ombrée, qui tire jusque là son épingle du jeu : une fantastique plongée dans les abîmes où cloche d’église, cris de corbeaux et crissements du tapis de feuilles au fin fond de la forêt semblent étouffés par les saturations déliquescentes d’un harsh noise aussi minimal qu’incandescent, pourvoyeur de visions funèbres essentiellement façonnées à la guitare et à la basse électriques.
10th Letter - Murk (9/02/2026 - Autoproduction)
Successeur du superbe Spaces Between Light & Time dans un beatmaking inclassable et métissé, Murk voit le touche-à-tout d’Atlanta, grand jazzman moderne à ses heures, renouer avec cette facette électronique et rétrofuturiste que l’on apprécie tant chez lui, entre drum’n’bass aérienne (overfiend, guyverblade), glitch-hop tribal et féérique (genocyber bloom, hakaider’s lament), ambient stellaire (d i s i n t e g r a t i o n), IDM onirique (arroyo’s rift), breakcore psychédélique (the iron fog), on en passe et des meilleures. Définitivement le plus remarquable héritier du Flying Lotus de la (très) grande époque, à savoir celle de Los Angeles, en plus d’être le fils spirituel de Sun Ra et d’Alice Coltrane que l’on sait - enfin, à IRM en tout cas, l’Américain faisant très certainement partie, pour nous, des plus grands musiciens méconnus du XXIe siècle.
KHΛOMΛИ - IMMONDE (12/02/2026 - Autoproduction)
Unique livraison annuelle (pour le moment !) du stakhanoviste de la bande originale imaginaire apocalyptique, IMMONDE est le soundtrack idéal de la propension de l’humanité à s’autodétruire, lâchant des éclats de metal extrême, beats industriels de machines déglinguées et autre orchestrations malaisantes dans ses maelstroms harsh noise martiaux aux allures de symphonie cauchemardée. Réservé comme souvent aux amateurs de terrorisme sonore, un très grand cru pour notre KHΛOMΛИ national, dont le pouvoir d’évocation nous renvoie aux conflits mondiaux sans fin qui agitent les années 2020 et à cette nouvelle peur atomique qui s’insinue peu à peu dans notre subconscient.

Futurewave - Soundwave (20/02/2026 - WavGodMusic)
Metteur en son attitré du rappeur canadien Daniel Son, entre autres collaborations plus ou moins régulières avec Pro Dillinger, Rome Streetz, Raz Fresco et quelques autres, le Californien Martin Budik aka Futurewave n’en est pas à sa première sortie solo, mais il voit son talent de beatmaker instru exploser véritablement avec ce Soundwave foisonnant de pas moins de 30 titres emboîtés aux textures denses et opiacées, où psychédélisme et onirisme, entre deux incursions jazzy ou rétro aux samples carillonnants, le disputent à la tension d’une inspiration cinématographique plus sombre et insidieuse. Un album qui rivalise avec les sorties de The Gaslamp Killer ou le 1974 de Preservation ces dernières années, c’est vous dire le niveau.
Marielle V Jakobsons - The Patterns Lost to Air (20/02/2026 - Thrill Jockey)
Difficile décidément de passer après l’impressionnant Star Core et sa cosmogonie aux orchestrations capiteuses, mais ce nouvel album de la Californienne Marielle V Jakobsons toujours défendue par le meilleur label de tout l’étang, s’il ne paie pas tant de mine au premier abord, voit ses élégies d’une finesse infinie s’imposer sur la durée, fourmillements stellaires et pulsations ouatées venant soutenir les nappes de violon, claviers et synthés de la multi-instrumentiste, plus impressionniste et contemplative sur cet opus au spleen saillant mais non moins perméable que sur un Glass Canyon à la séduction du côté obscur, cf. le beau Insistence.
Jim Noir - Programmes For Cools (20/02/2026 - Dook Recordings)
C’est peu dire que ce nouveau long format du Mancunien, régulièrement repoussé depuis l’été 2024, étant attendu dans les couloirs de la rédaction, en dépit des nombreux EPs lâchés entre temps par l’auteur de Tower of Love et A.M. Jazz (cf. notamment ici ou là), au point que l’on en espérait peut-être davantage encore, les expérimentations électroniques récentes du musicien nous ayant laissé présager une sortie plus ambitieuse que cette "simple" collection de chansons psyché-pop racées entrecoupées d’instrumentaux planants. Et pourtant, passée l’absence de vraie surprise à la première écoute, Programmes For Cools s’impose rapidement comme un nouveau classique instantané dans cette veine analogique au rétrofuturisme classieux que l’on connaît à Jim Noir, confirmant par l’intermédiaire des rondeurs de la basse et autres textures des synthés l’influence des belles heures de Air déjà bien présente sur l’opus précédent, These Are Things citant carrément La femme d’argent via son gimmick de clavier des plus évidents.
Wahn - Echo Mist Light (20/02/2026 - Mahorka)
C’est encore un bien beau début d’année pour le label bulgare Mahorka, dont on aura l’occasion de vous reparler plus amplement dans une prochaine sélection. Parmi les sorties les plus remarquables de l’écurie d’Ivo Petrov depuis janvier, on retient tout spécialement ce nouvel opus du Rennais Erwan Charier, successeur du superbe Drifted Vol. 4 de novembre dernier dont on retrouve ici la dimension rêveuse mais sur une assise de beats tantôt downtempo et feutrés ou plus techno et anguleux, tandis que des passages presque dub ambient évoqueront aux connaisseurs l’esprit du label lyonnais Ultimae, la densité des textures claires-obscures en sus.
Empusae & Maris Anguis - Onryōtan (24/02/2026 - Cryo Chamber)
Toujours pas tiré de sa fascination pour le folklore japonais à laquelle on doit notamment le magnifique Pilgrimage to Ganriki de 2024, Nicolas Van Meirhaeghe aka Empusae s’associe cette fois, sur le label dark ambient Cryo Chamber réputé pour ses sorties aux productions chiadées (parfois trop...), à la compositrice et vocaliste tokyoïte de bandes originales de films Ryo Utasato, Maris Anguis de son nom de scène (également bien active via Bandcamp, cf. ce LP encore tout chaud). Liés par leur passion pour les atmosphères du côté obscur, ils s’inspirent ici des légendes horrifiques du pays du soleil levant pour livrer 7 titres aux allures de rituels occultes où le chant incantatoire de cette dernière, alternant avec des choeurs samplés, évolue sur fond de nappes ténébreuses, de percussions plus ou moins éparses et de cordes traditionnelles distillées avec parcimonie, pour évoquer quelques passage vers l’au-delà que des esprits vengeurs observeraient avec malice et avidité.
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- Sulfure Session #1 : Aidan Baker (Canada) - Le Vent Se Lève, 3/02/2019
- Sulfure Session #2 : The Eye of Time (France) - Le Vent Se Lève, 3/02/2019
- Aidan Baker + The Eye of Time (concert IRM / Dcalc - intro du Sulfure Festival) - Le Vent Se Lève (Paris)
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Maris Anguis - Titans
Kotra - Dim Ren EP
Martin Nonstatic - Laniakea
Jérôme Chassagnard - hora fugit
2Mex - Take Cover EP
Pasquale - Specials 2
Eluvium - Virga III
Spheruleus - The Lost Catalogue
Jasmine Myra - Where Light Settles
Jeff Parker ETA IVtet - Happy Today
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- Jérôme Chassagnard - hora fugit
- Chuck Strangers - Glory of the King’s Hand
- Philippe Blache - Noctivigilus (Letters From The Dead)
- Chris Offutt : "Parfois, je m’endormais la main sur le bouton de la radio, en essayant de faire taire les parasites"
- Boards of Canada - Inferno
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