Chris Offutt : "Parfois, je m’endormais la main sur le bouton de la radio, en essayant de faire taire les parasites"
Chris Offutt incarne mieux que quiconque l’âme des collines du Kentucky. Du Bon frère à la série des enquêtes de Mick Hardin en passant par son autobiographie Le fleuve et l’enfant, l’écrivain et scénariste aux mille vies se distingue par son acuité à décrire ses contemporains et à les présenter dans leur entière complexité. Dans son dernier ouvrage Shérif malgré lui, paru aux éditions Gallmeister, Chris Offutt propose une nouvelle enquête de son héros récurrent sur fond de changements qui affectent sa région natale. En outre, l’un des protagonistes est un musicien. L’occasion était trop belle pour interroger l’auteur de Kentucky Straight sur son rapport à la musique et sur les liens qu’il entretient avec elle.
VERSION FRANCAISE
IRM : Bonjour Chris. Avant d’évoquer plus en détail ton dernier ouvrage, Shérif malgré lui, j’aimerais qu’on revienne un peu sur ta vie. Coup de chance, tu as écris ton autobiographie, L’enfant et le fleuve, dans laquelle tu décris ainsi le lieu où tu as grandi : "Mon village natal est un code postal muni d’un petit ruisseau qui coule au fond d’une ravine." Avec quelle musique grandit-on dans cet environnement dans les années 60 ?
Chris Offutt : La seule musique live que j’entendais, c’était de la country et du bluegrass joués par des voisins à la guitare, au banjo et au violon. Il y avait deux stations de radio disponibles et toutes deux ne diffusaient que de la musique country. On entendait une chanson chez soi, puis on montait dans sa voiture et on entendait la même chanson à la radio. Si on entrait dans un magasin, la même chanson passait depuis la radio de la voiture… Glen Campbell, Johnny Cash, Dolly Parton, Loretta Lynn, George Jones, Merle Haggard. Enfant, j’aimais aussi beaucoup Roger Miller. Très tard dans la nuit, je captais une station de radio de Chicago au son grésillant, appelée WLS. Elle diffusait de la musique contemporaine : du rock et de la Motown. Parfois, je m’endormais la main sur le bouton de la radio, en essayant de faire taire les parasites. Cela a commencé à changer quand j’avais quatorze ans et que je faisais 16 km à vélo pour aller au lycée en ville. C’était l’époque du rock sudiste, que j’ai pleinement embrassé : Lynyrd Skynyrd, The Allman Brothers, The Marshall Tucker Band, Black Oak Arkansas et Charlie Daniels. À 16 ans, j’ai entendu Bob Dylan pour la première fois et j’ai adoré sa musique.
Quand tu arrives à New York, tu expliques que ta façon de marcher, le rythme de ta marche te met en difficulté. Tu racontes que celle-ci est calée sur les espaces de la campagne tandis que les New-Yorkais "marchaient à petit pas rapides", qu’ils "fonçaient en dansant [...], s’arrêtaient brusquement pour faire un petit pas de côté." On croirait lire la description d’un morceau de jazz. Ce moment est fascinant car il montre comment l’espace dans lequel on vit, son rythme propre, influe sur la culture - et donc sur la musique - de celui-ci.
Je suis d’accord avec toi. La géographie et les espaces dans lesquels nous vivons influencent tous les aspects de notre existence. Notre façon de penser. Notre façon de marcher. Ce que nous mangeons. Et bien sûr, la musique que nous aimons.
Tu expliques que tu as fréquenté diverses communautés, notamment la communauté portoricaine. En quoi ces rencontres t’ont ouvert sur de nouveaux genres musicaux ?
J’étais là-bas à la fin des années 1970. C’était l’époque où les ghetto blasters étaient à la mode, ces gros postes de radio que les gens emportaient partout avec eux, souvent en bandoulière. On les appelait des « boomboxes » aux États-Unis. Mon quartier regorgeait de boomboxes diffusant la musique portoricaine qui faisait fureur à l’époque. Je n’avais jamais rien entendu de tel et j’appréciais énormément cette musique. On en trouve un exemple dans le film de Spike Lee, "Do the Right Thing". Le personnage, Radio Raheem, emporte son boombox partout avec lui.
Nous n’avons pas le temps, hélas, de nous attarder sur chaque chapitre de ta vie qui est absolument incroyable - et je conseille vraiment à chacun la lecture de ton autobiographie - mais tu finis par t’installer dans l’Iowa avec ton épouse, Rita. Quel album partages-tu avec elle ?
Nous écoutions beaucoup de jazz classique des années 50 et 60. L’album Kind of Blue était notre préféré.
Toutefois, tous tes romans sont intrinsèquement liés aux collines du Kentucky. Quel album t’évoque plus qu’aucun autre l’atmosphère des collines ?
Le premier album de Lynyrd Skynrd. Bill Monroe aussi. Et Johnny Cash.
Évoquons maintenant plus en détail ton dernier livre, Shérif malgré lui, quatrième volume des aventures de Mick Hardin. Assez rapidement, apparaît le personnage de Zack Jones, chanteur et bassiste d’un groupe. Sans rien révéler, Zack n’est pas un personnage très flamboyant ni particulièrement sympathique. Pourquoi as-tu choisi d’en faire un bassiste ?
Je ne voulais pas que Zack soit le leader du groupe, qu’il en soit le guitariste principal ni le chanteur. La basse m’a donc semblé être le choix qui s’imposait.
À propos des musiciens, Chet Logan, le chef de la police de Rocksalt, déclare : "Je déteste avoir affaire à des musiciens. C’est dur de les garder concentrés. Ils sont du genre à divaguer. Soit ils sont défoncés, soit ils sont en mode je-peux-pas-m’en-empêcher." Ça sent le vécu ?
Il faut garder à l’esprit que c’est le point de vue d’un chef de police. Les expériences qu’il a pu avoir avec des musiciens ne sont pas forcément toujours les meilleures, compte tenu de la nature de son métier. En même temps, je connais beaucoup de musiciens. En général, je pense que ce sont les artistes les plus heureux, car ils peuvent se remonter le moral à tout moment grâce à leur instrument. Mais leur mode de vie est difficile : les tournées, la mauvaise nourriture et le manque de sommeil. Ce que le chef Logan ignore, c’est à quel point les musiciens sont ouverts à la nouveauté.
Tu n’es pas tendre avec les musiciens. Après le personnage de Zack, il y a Skeeter, le patron du bar, qui a fait installer des panneaux insonnorisants et qui disait qu’un "mauvais groupe, ça lui tapait sur le système". Qu’est-ce qu’un mauvais groupe pour toi ?
Encore une fois, c’est le point de vue d’un tenancier de bar qui a entendu des centaines de groupes. Pour moi, un mauvais groupe, c’est un groupe qui joue mal et dont le chanteur est ennuyeux. Ce qu’il y a avec la musique, c’est qu’on peut gagner un peu d’argent tout en apprenant. On peut être payé pour jouer dans un petit bar le week-end. Ce n’est pas le cas pour les écrivains ou les peintres. Personne ne voit à quel point on était mauvais quand on a commencé !
Zack joue dans les Big Bigs, "le nom de groupe le plus débile que j’aie jamais entendu" selon Hammy. Là, j’ai deux questions : est-ce que les Big Bigs existent quelque part ? Et surtout, qu’est-ce qu’un bon nom de groupe selon toi ?
Les Big Bigs n’existent pas. Je trouvais que c’était un nom marrant pour un groupe, mais Hammy n’en comprend pas l’humour. Je dirais que le meilleur nom de groupe, c’est The Clash.
Il y a aussi un chien qui s’appelle Conway. C’est un hommage à Conway Twitty ?
Oui, tout à fait.
Au premier tiers du livre, Sandra glisse à Mick une référence à un morceau de musique en disant "10-4 good buddy". Au début, j’ai pensé que c’était une référence à la version de Six Days on the Road de Popa Chubby, mais en cherchant un peu, il semblerait que ce soit plutôt Convoy de C. W. McCall. Peux-tu nous éclairer ?
Oui, c’est une référence à la chanson Convoy. « 10-4 » fait partie du « Ten Code », ce code utilisé par les forces de l’ordre à la radio dès les années 1930 aux États-Unis. « 10-20 » signifie « localisation ». « 10-4 » signifie « affirmatif », c’est-à-dire « message reçu ». Les radios CB dans les voitures particulières étaient très populaires à l’époque, et certains éléments du « Ten Code » sont entrés dans le langage courant. J’aime la reprise de Six Days on the Road par Chubby. J’aime aussi l’original de 1961 de Paul Davis. Mais c’est la version de Dave Dudley de 1963 qui a fait connaître la chanson à la radio. La reprise de Popa Chubby est beaucoup plus rock et brute.
Pour se reconstruire, Johnny Boy a besoin de passer par le travail manuel, l’exercice physique exténuant. Lui reviennent alors ces paroles de The Magnificent Seven des Clash "Minutes drag and the hour jerks". C’est le morceau qui parle le mieux du travail selon toi ?
Ça rend bien compte de ce genre de travail répétitif et sans intérêt que beaucoup de gens sont obligés d’effectuer. J’ai eu plus de cinquante emplois et la plupart n’étaient pas très gratifiants. Pendant quinze ans, j’ai fait des travaux manuels, de longues journées épuisantes. Pour moi, ces paroles signifient qu’on déteste tellement son travail que le temps semble s’écouler plus lentement. Soit dit en passant, The Clash est mon groupe préféré.
Quand Mick visite le parc de mobile homes suivant les indications de Wendell, tu écris cette phrase : "Le passé et le présent se mêlaient constamment, sans considération pour l’avenir." Y a-t-il un parallèle à faire avec la musique alors que beaucoup de personnes prétendent que tout a été fait, que tout a déjà été inventé ?
Cette phrase pourrait s’appliquer à la musique. L’utilisation d’échantillons tirés de chansons plus anciennes. Les nouvelles versions de tubes d’antan. C’est un phénomène plus répandu dans la musique que dans d’autres formes d’art. Je dois avouer que je n’ai jamais entendu dire que tout avait déjà été fait et inventé. Cela ressemble à quelqu’un qui manque d’originalité, qui a peur de prendre des risques ou qui est frustré par son propre travail. Ce concept n’a aucun sens pour moi. Au mieux, cela semble apathique, une excuse pour ne pas essayer.
Il y a un passage sur les surnoms : Hammy, Shitbird... On sait que le milieu de la musique est friand de surnoms. As-tu toi-même un ou plusieurs surnoms ? En donnes-tu toi-même ?
Je ne donne pas de surnoms aux autres, non. À la fac, on m’appelait « Arf » à cause d’un t-shirt sur lequel figurait un chien jouant au basket. Une bulle au-dessus de sa tête disait « Arf ». J’aime bien l’idée des surnoms. On m’a surnommé « Awful Offutt » pour plaisanter et « tête de nœud » parce que je suis intelligent.
Vers la fin du livre, Mick comprend que son tempérament nostalgique est intrinsèquement lié à sa personnalité et que "s’il avait vécu dans les années 1800 [...] il aurait préféré vivre dans les années 1700 ou encore avant, dans un mouvement continu dans le passé jusqu’à ce qu’il soit un homme de Néandertal regrettant de ne pas être un singe." On sait que la nostalgie musicale est un ressort puissant d’appréciation, on a d’ailleurs souvent du mal à adhérer à la musique de son époque. Es-tu toi aussi nostalgique en matière de musique ?
Cette phrase ne vise pas à évoquer la nostalgie, mais plutôt le sentiment de ne pas faire partie de la vie contemporaine. Le sentiment d’avoir des valeurs, une façon de penser et d’être au monde qui ne sont plus appréciées. Ce n’est ni de la nostalgie ni du sentimentalisme. C’est la prise de conscience de ne pas être à sa place. Je ressens cela tous les jours. Je pense que la plupart des gens éprouvent une grande affection pour la musique de leur jeunesse. Est-ce de la nostalgie ? Ou une nostalgie de l’innocence perdue ? Quand on entend pour la première fois la musique de sa génération, tout semble possible. On est jeune, plein d’énergie et de rêves. En vieillissant, la réalité de la vie nous oblige à faire des compromis, à établir des priorités et à gagner notre vie. Il y a toujours de la souffrance et des pertes. Écouter la musique de sa propre jeunesse peut faire resurgir ce sentiment incroyable de possibilités. Je ne suis pas sûr d’être nostalgique. J’aime bien la remarque de Dylan selon laquelle la nostalgie, c’est la mort.
Merci pour ton temps.
(Propos recueillis par Ben)
http://chrisoffutt.com/
https://gallmeister.fr/auteurs/chris-offutt
ORIGINAL VERSION
Chris Offutt captures the spirit of the Kentucky hills better than anyone else. From The Good Brother to the Mick Hardin mystery series and his autobiography The Same River Twice, this writer and screenwriter of a thousand lives stands out for his keen insight into his contemporaries and his ability to portray them in all their complexity. In his latest book, The Reluctant Sheriff, Chris Offutt presents a new investigation by his recurring hero against the backdrop of changes affecting his native region. Furthermore, one of the protagonists is a musician. The opportunity was too good to pass up to ask the author of Kentucky Straight about his relationship with music and the connections he maintains with it.
IRM : Hi, Chris. Before we dive into the details of your latest book, The Reluctant Sheriff, I’d like to take a moment to talk about your life. Luckily, you wrote your autobiography, The Same River Twice, in which you describe the place where you grew up as follows : “My hometown is a ZIP code with a small stream running at the bottom of a ravine.” What kind of music did you grow up with in that environment in the 1960s ?
Chris Offutt : The only live music I heard was country and bluegrass played by neighbors on guitar, banjo and fiddle. There were two radio stations available and both played country music exclusively. You’d hear a song in your house, then get in your car, and hear the same song on the car radio. If you went into a store, the same song was playing from your car... Glen Campbell, Johnny Cash, Dolly Parton, Loretta Lynn, George Jones, Merle Haggard. As a kid I really liked Roger Miller, too. Very late at night I could get a scratchy radio station out of Chicago called WLS. It played contemporary music - rock and Motown. Sometimes I fell asleep with my hand on the radio dial, trying to tune out the static. This began to change when I was age fourteen and rode 10 miles to high school in town. It was the era of Southern Rock, which I fully embraced - Lynyrd Skynyrd, The Allman Brothers, The Marshall Tucker Band, Black Oak Arkansas, and Charlie Daniels. At age 16 I heard Bob Dylan for the first time and loved his music.
When you arrived in New York, you explained that your way of walking - the rhythm of your stride - caused you difficulty. You recounted that it was attuned to the open spaces of the countryside, whereas New Yorkers “walked with quick, small steps,” that they “rushed along as if dancing [...] and stopped abruptly to take a small step to the side.” It’s almost like reading the description of a jazz piece. This moment is fascinating because it shows how the space in which we live, with its own rhythm, influences its culture - and therefore its music.
I agree with you. Geography and the spaces in which we live influence every part of our existence. How we think. How we walk. What we eat. Certainly the music we like.
You mention that you spent time in various communities, particularly the Puerto Rican community. How did these experiences open your eyes to new musical genres ?
I was there in the late 1970s. This was the time when huge radios were popular, radios that people carried with them, often on their shoulder. They were called “boomboxes” in the States. My neighborhood was full of boomboxes playing the Puerto Rican music that was popular at the time. I’d never heard anything like it and enjoyed the music tremendously. An example of what I’m talking about is in the Spike Lee movie "Do the Right Thing". The character, Radio Raheem, carries a boombox everywhere.
Unfortunately, we don’t have time to dwell on every chapter of your life, which is absolutely incredible - and I really recommend everyone reads your autobiography - but you eventually settled in Iowa with your wife, Rita. What album do you share with her ?
We listened to a lot of classic jazz from the 50s and 60s. The album Kind of Blue was our favorite.
However, all your novels are intrinsically linked to the hills of Kentucky. Which album evokes the atmosphere of the hills for you more than any other ?
Lynyrd Skynrd’s first album. Also Bill Monroe. And Johnny Cash.
Let’s talk in more detail about your latest book, The Reluctant Sheriff, the fourth installment in the Mick Hardin series. Pretty early on, we meet Zack Jones, the singer and bassist of a band. Without giving anything away, Zack isn’t exactly a flamboyant character, nor is he particularly likable. Why did you choose to make him a bassist ?
I didn’t want Zack to be the leader of the band, and not the lead guitarist or vocalist. So bass seemed like the obvious choice.
Speaking of musicians, Chet Logan, the police chief of Rocksalt, says : “I hate dealing with musicians. It’s hard to keep them focused. They’re the type to ramble. Either they’re high, or they’re in ‘I-can’t-help-myself’ mode.” Does that sound like something you’ve experienced ?
You have to keep in mind that is from the perspective of a police chief. Any experiences he has had with musicians would not always be the best due to the nature of his job. At the same time, I know many musicians. In general I think they’re the happiest artists because they can cheer themselves up at any time with an instrument. But the lifestyle is hard, the touring, bad food, and poor sleep. What Chief Logan doesn’t know is how open musicians are to something new.
You don’t go easy on musicians. After Zack’s character, there’s Skeeter, the bar owner, who had soundproofing panels installed and said that “a bad band really gets on his nerves.” What constitutes a bad band for you ?
Again, this is the view of a bar owner who has heard hundreds of bands. For me, a bad band is one that plays poorly with a boring singer. The thing about music is that it’s possible to make some money while you’re learning. You can get paid for playing in a cheap bar on the weekends. That’s not true for writers or painters. Nobody sees how bad we were when we started out !
Zack plays in the Big Bigs, “the dumbest band name I’ve ever heard” according to Hammy. So I have two questions : do the Big Bigs actually exist somewhere ? And more importantly, what do you think makes a good band name ?
The Big Bigs do not exist. I thought it was a funny name for a band, but Hammy misses the humor. I’d say the best band name is The Clash.
There’s also a dog named Conway. Is that a tribute to Conway Twitty ?
Yes, absolutely.
In the first third of the book, Sandra drops a reference to a song to Mick by saying, “10-4, good buddy.” At first, I thought it was a reference to Popa Chubby’s version of Six Days on the Road, but after doing a little research, it seems it’s actually C. W. McCall’s Convoy. Can you shed some light on this ?
Yes, it’s a reference to the song Convoy. 10-4 is part of the Ten Code that law enforcement used on the radio beginning in the 1930s in the US. 10-20 means location. 10-4 means affirmative, or message received. CB radios in personal cars were very popular then and parts of the Ten Code entered common usage. I like the Chubby cover of Six Days on the Road. I also like the original from 1961 from Paul Davis. But the Dave Dudley version from 1963 is what got the song heard on the radio. The Popa Chubby cover is much more rocking and raw.
To rebuild himself, Johnny Boy needs to turn to manual labor and grueling physical exercise. That’s when the lyrics from The Clash’s The Magnificent Seven - “Minutes drag and the hour jerks” - come back to him. Is that the song that best captures the essence of work, in your opinion ?
It captures the kind of mindless, repetitious labor that many people have to do. I’ve had over fifty jobs and most weren’t that satisfying. For fifteen years I worked labor, long days and tiring. To me, the lines mean you hate the job so much that time seems to be passing slower. Incidentally, The Clash is my favorite band.
When Mick visits the mobile home park following Wendell’s directions, you write this sentence : “The past and the present constantly mingled, with no regard for the future.” Is there a parallel to be drawn with music, given that many people claim that everything has already been done, that everything has already been invented ?
That sentence could be about music. The sampling of older songs. The new versions of past hits. It’s more prevalent in music than other art forms. I must confess, I never heard that claim that everything has already been done and already invented. Sounds like someone who lacks originality or is scared to take a risk, or is frustrated by their own work. The concept makes no sense to me. It sounds apathetic at best, a rationale for not trying.
There’s a passage about nicknames : Hammy, Shitbird… We know the music scene is full of nicknames. Do you have one or more nicknames yourself ?
I don’t give nicknames to other people, no. In college I was called Arf because of a T-shirt with a dog on it playing basketball. A word balloon above his head said “Arf.” I like the idea of nicknames. People have called me “Awful Offutt” as a joke and “shit-for-brains” because I’m smart.
Toward the end of the book, Mick realizes that his nostalgic temperament is intrinsically linked to his personality and that “if he had lived in the 1800s [...] he would have preferred to live in the 1700s or even earlier, in a continuous movement into the past until he was a Neanderthal regretting not being a monkey.” We know that musical nostalgia is a powerful driver of appreciation ; in fact, we often struggle to connect with the music of our own time. Are you also nostalgic when it comes to music ?
That line is not intended to be about nostalgia but about the sense of not being part of contemporary life. Of having values and a way of thinking and being in the world that is no longer appreciated. It’s not nostalgia or sentimentality. It’s recognition of not belonging. I feel like that every day. I think most people carry a strong fondness for the music of their youth. Is that nostalgia ? Or a yearning for lost innocence ? When you first hear the music of your generation, everything seems possible. You are young and filled with energy and dreams. As you age, the reality of life forces you to compromise, to prioritize, and make a living. There is always suffering and loss. Hearing the music of your own youth can bring back that amazing sense of possibility. I’m not sure that I am nostalgic. I like Dylan’s comment that nostalgia is death.
Thank you for your time.
(Interview by Ben)
http://chrisoffutt.com/
https://www.simonandschuster.com/authors/Chris-Offutt/697635
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