"Parle-nous de ta collection" : on commence par l’équipe !
En 2009, nous avions réalisé une enquête en 4 volets sur "l’avenir du disque" (cf. lien en bas de page pour naviguer d’une partie à l’autre), interrogeant artistes et éditeurs - et sondant notre lectorat - sur l’évolution des pratiques et des habitudes d’écoute. 17 ans plus tard, bien que pas mal de tendances soient venues bousculer la donne (successivement l’avènement de Bandcamp en termes d’autodistribution, le retour du vinyle qui aura au moins eu le mérite de retarder la mort annoncée des disquaires, les buzz sur la foi d’extraits de 30 secondes sur TikTok et l’invasion des contenus générés par IA sur les plateformes de streaming commerciales, plus que jamais vouées à faire de l’argent au détriment des artistes), ce dossier reste partiellement d’actualité, tant sur le sujet de la course à la dématérialisation que sur celui de l’attachement persistant des férus de musique à l’objet, et bien sûr les moyens de résistance des labels et musiciens indépendants dignes de ce nom face à une consommation de plus en plus désincarnée et dépassionnée.
C’est dans ce contexte et sur une note plus intime qu’IRM initie une série d’interviews sur la base d’un questionnaire prédéterminé autour du rapport à l’objet et de la fameuse collection de disques, prise ici au sens exclusivement physique, qui permettra en filigrane d’avoir un aperçu de ce qu’il en reste ou non, après tant de transformations, du fétichisme des aficionados en la matière. Musiciens, patrons de labels, confrères chroniqueurs, animateurs de radio, écrivains... nos "victimes" seront des plus variées et pour démarrer, afin d’attester la pertinence des questions, on a testé ça entre nous : sans surprise, la prise de tête est totale et les révélations ne manquent pas sur une équipe que l’on pensait pourtant connaître par coeur !
Premier album acheté ?
Ben : Je crois bien que c’était FFF, l’album éponyme. Celui avec Barbès, Morphée, etc.
leoluce : Probablement Concert : the Cure live quand j’étais tout juste ado.
Riton : Aucune idée mais c’était à l’adolescence, probablement un album de metal du début des années 2000... à coup sûr un album que je n’écouterais plus aujourd’hui et qui finirait en frisbee.
Rabbit : Riton, tu spoiles ! (rires) Moi c’était une compil’ de thèmes d’Ennio Morricone, what else ?
Elnorton : Je pense que c’est Comme on a dit de Louise Attaque, en 2000. Leur premier album (que j’avais en gravé) tournait en boucle mais j’ai une excuse, j’avais 9 ans ! Mais le premier achat, ça doit être leur second album.
Dernier album acheté ?
Rabbit : Ce doit être le superbe When the Distance is Blue de Macie Stewart, à l’occasion de son concert à la Dynamo en 2025. Pas acheté grand chose en physique ces derniers mois...
Elnorton : Ouah, sacrée question. Sachant que je n’achète plus de CD depuis 2010, je crois, je ne sais pas trop que répondre. Si ce n’est que j’ai acheté un obscur EP de Pixies à mon frère l’année dernière pour son anniversaire.
Riton : Khost - Many Things Us Few Things Console Us, chez Cold Spring. 5ème album du duo industriel de Birmingham et clairement mon préféré. Une baffe !
leoluce : Une réédition, Venom de Breach.
Ben : Richmond Fontaine - The High Country mais je l’attends toujours. Pas sûr qu’il finisse par arriver.
Ton format préféré ?
Riton : Le CD (après avoir longtemps préféré le vinyle, encombrant et extrêmement cher).
Ben : Le CD aussi. Objectivement j’ai une tendresse pour la cassette et le vinyle a cet avantage des pochettes grand format, mais j’écoute surtout la musique en voiture et le CD est parfait pour ça.
Rabbit : Visuellement, la K7 ; objectivement et en termes d’affect, le CD ; pour raisons pratiques, le digital.
Elnorton : Le CD, assurément. J’en ai quelques centaines, même s’ils sommeillent dans mon garage pour le moment. Je n’ai jamais été attiré plus que cela par le vinyle. Je trouve l’objet élégant, et c’est assez classe d’avoir un beau vinyle exposé dans son salon, certes, mais en effet c’est tout de même assez encombrant et, surtout, extrêmement cher.
leoluce : Le vinyle parce que j’aime bien les pochettes en grand et le rituel du changement de face mais le CD est évidemment plus pratique (il prend [un peu] moins de place et surtout, il est [un peu] moins cher).
L’album le plus rare de ta discographie ?
leoluce : Je crois que c’est un test-pressing de chez Ohm Resistance que Kurt Gluck m’avait envoyé (une vieille collab Quoit/Submerged). Mais franchement, la rareté, ce n’est vraiment pas mon truc. Je ne suis pas un digger.
Elnorton : Je ne cours pas après la rareté non plus, d’autant plus que j’étais encore étudiant quand j’ai arrêté d’acheter des CD. Donc sans le sou, je n’ai jamais fait de vraie folie dans ce registre. Disons quand même que les albums les plus rares sont ceux que j’ai reçus car, à une époque, je répondais positivement à certains labels/artistes qui proposaient de m’envoyer leurs CD. J’en ai chroniqué un certain nombre sur IRM, mais jamais sous la contrainte. Et donc, dans le registre, ce sont les CD de Chez.Kito.Kat qui font probablement partie des plus rares de ma collection. En plus, ils étaient cousus main. Un travail d’orfèvre. S’il faut ressortir un nom ? J’en ressortirai trois. Le Ghosts & Friends de Dog Bless You, Yumaque de Daily Vacation et Flow d’Artaban. Pas sûr que beaucoup de gens les possèdent, et pourtant, ce sont des pépites absolues (mince, je replonge, j’écoute Flow sur Bandcamp en répondant à la suite des questions du coup).
Rabbit : Aucune envie de perdre mon temps à aller fureter sur Discogs pour vérifier les éventuelles cotes des quelques vinyles que je possède, chinés dans des vide-greniers avant que le format ne revienne à la mode pour des raisons plus mercantiles qu’autre chose et stockés au fin fond d’un box comme il se doit. Mon idée de la rareté, comme Elnorton, ce sont plutôt les micro-éditions faites à la main et autres CDs de groupes disparus dont les albums ont déserté les internets, issus en particulier de cette époque de flottement entre le pic de Myspace et la naissance de Bandcamp, lorsque les artistes ont commencé à pouvoir s’autodistribuer sur le web mais avant d’avoir à leur disposition une plateforme pérenne. Je vais donc citer le génial Cables de Parkside (2008), écoutable ou dispo absolument nulle part, quel dommage pour cet éphémère rejeton hollandais de dEUS et The Notwist.
Ben : Ce doit être un 45 tours d’Elvis qui appartenait à ma mère et qu’elle m’a donné. À l’époque, sa tante lui envoyait des États-Unis, où elle vivait. Il n’y a même pas d’artwork. C’est une pochette toute simple en papier kraft. Côté CD, je pense que ça doit être le Afghanistan de Q65... Et en cassette, c’est définitivement l’album Là-bas !... Pas mieux de Jacky Lechat. J’aurais aimé me la raconter avec autre chose, mais Discogs est formel.
Riton : Aucune idée, je n’accorde pas beaucoup d’importance à la rareté de l’objet, n’étant plus trop dans une logique de collection. Mais ce doit être un obscur album de harsh noise.
Un album que tu possèdes dans plusieurs formats physiques ?
Elnorton : Aucun. Car je ne possède pas de vinyle. Mais j’avais acheté In Rainbows de Radiohead à sa sortie en numérique en octobre 2007, avant de le payer en format physique quand il est sorti en CD quelques semaines plus tard.
Rabbit : Hum Antenna de Radio End parce que j’avais contribué à un morceau du disque, que j’ai de fait reçu en CD et K7.
leoluce : Il y en a pas mal. Disons 13 Songs de Fugazi. Les premiers albums que j’ai achetés, c’était en vinyle ou en cassette (surtout en vinyle, les cassettes étaient vraiment fragiles), le CD n’existait pas encore. Puis, à un moment, je n’ai plus eu de platine vinyle et je n’achetais plus que du CD, dont certains trucs que j’avais déjà en vinyle mais que je ne pouvais plus écouter et qui étaient importants pour moi.
Riton : La BO de Twin Peaks, en bon fan boy, twin peaks addict que je suis.
Ben : Encore Elvis. King Creole que j’ai en vinyle et en CD.
L’album que tu as racheté en oubliant que tu l’avais déjà ?
Rabbit : Ordinary Man de Day One, pas parce que j’avais oublié que je l’avais - bien que ça ait dû m’arriver pour d’autres disques achetés d’occase à Gibert depuis que le gros de mes CDs dorment dans un box faute de place - mais parce que je savais l’avoir quelque part au fond dudit box et que ça n’était pas pratique à déterrer en cas d’envie pressante (même si ça fait aussi partie des disques qui ne quittent jamais mon téléphone en mp3... bref, j’aurais pu m’abstenir de le racheter mais ça avait dû me coûter 3 balles, donc bon).
Riton : Probablement aucun, ou du moins je ne m’en souviens pas.
Elnorton : Ça me dit vaguement quelque chose, mais impossible de me souvenir de qui il s’agissait. Heureusement que j’ai arrêté d’acheter des CD, sinon j’aurais été capable de l’acheter une troisième fois, vraisemblablement.
Ben : Je crois que ça ne m’est jamais arrivé. J’ai racheté des albums que j’avais donnés (The Black Light de Calexico et Crooked Rain, Crooked Rain de Pavement) mais j’ai une bonne mémoire de ce que j’ai ou pas.
leoluce : Ça ne m’est jamais arrivé non plus.
L’album que tu as emprunté et jamais rendu ?
Ben : Ill Communication des Beastie Boys. Désolé, Ludo.
Riton : Aucun.
leoluce : Jamais arrivé non plus.
Elnorton : J’allais dire que ça ne m’était jamais arrivé. Et puis, je viens de me souvenir que j’ai longtemps gardé un Perry Blake emprunté à mon frère. Je crois que je le lui ai rendu il y a quelque temps, mais j’ai dû l’« emprunter » plus de dix ans...
Rabbit : Je suis consciencieux pour ce genre de choses donc ça ne m’est jamais arrivé, sauf pour une compil’ gravée, prêtée par un voisin du temps où j’habitais à Lyon, qui s’est retrouvée dans mes cartons quand j’ai déménagé.
Ben : Donc il n’y a que moi si je comprends bien...
Un album que tu as volé dans un magasin ?
leoluce : Aucun.
Rabbit : Moon Safari de Air je crois, à la FNAC (autant dépouiller les "gros") et à un âge où j’aurais déjà dû en avoir fini avec ce genre d’âneries (je ne parle pas de Air mais bien du vol à l’étalage)... oups !
Ben : Jamais rien volé dans un magasin.
Elnorton : Moi non plus. Et je crois que ce n’est pas tant lié à un sens de l’éthique hors du commun qu’à la frousse.
Riton : Souvenir d’un passé peu glorieux... J’allais souvent feuilleter les magazines de rock et metal chez les marchands de journaux au lycée, avec les copains. Pas vraiment un album mais la compilation d’un numéro de Hard’N’Heavy de l’époque m’avait fait de l’oeil au point de la faire tomber dans mon sac. Résultat : un soupçon de garde à vue dans la réserve avec un gérant aux allures de shérif contrarié. Un début de honte pour l’un et de vocation pour l’autre. Je n’ai pas récidivé depuis.
L’album que tu as perdu et tu t’en veux à mort ?
Riton : Mount Eerie - Winds Poem, ça m’a rendu très triste à l’époque vu que je l’écoutais en boucle et qu’il a fait le pont entre mes goûts pour le metal extrême (black metal notamment) et la folk, la lo-fi.
Ben : La BO de Conan de Basil Poledouris. Tellement puissante et disparue des plateformes de streaming.
Elnorton : Je crois ne pas en avoir perdu. Par contre, comme je n’écoute plus de CD et qu’ils sont dans mon garage, j’en ai vendu quelques-uns (vraiment pas beaucoup). Et je m’en veux un peu d’avoir vendu The Downward Spiral de Nine Inch Nails, même si j’ai toujours préféré son successeur, The Fragile.
leoluce : Le Beauty and the Beat d’Edan. Je l’ai prêté à un ami qui se l’est fait piquer durant un DJ set.
Rabbit : Je ne crois pas avoir jamais perdu un album. Touchons du bois...
L’album qu’on t’a offert et qui était une horrible plantade ?
Elnorton : A priori, mon entourage sait qu’en matière de musique, mes goûts sont assez éloignés des leurs, si bien qu’à part mon frangin qui a des goûts similaires aux miens, personne n’oserait s’aventurer à m’offrir un album. Mais ça a dû arriver plus jeune. J’ai souvenir d’un single de Stephan Eicher que je n’ai pas dû écouter plus d’une fois par politesse.
Riton : On m’a offert un album d’Alliage quand j’étais enfant. Il a sûrement fini à la poubelle, j’ai des principes.
Rabbit : Alors là, sans aucune hésitation, le soundtrack Batman signé Prince que mes parents avaient pris à tort pour la BO de Danny Elfman. Détestant Prince, qui a à mon avis influencé plus ou moins indirectement le pire de la musique mainstream des 50 dernières années, et ces chansons qui me gâchaient presque le film à l’époque : ni oubli ni pardon !
Ben : Kyo - L’équilibre. J’avais lâché lors d’une conversation que j’avais été agréablement surpris par le single et... je me suis retrouvé avec l’album.
leoluce : Flûtes des Andes par Los Incas (avec la version originale d’El Condor Pasa). La flûte de Pan, c’est sympa mais sur la longueur d’un album, c’est un peu difficile pour moi. Certaines de mes connaissances ont un humour particulier mais en même temps, elles n’ont jamais trop compris ce que j’écoutais (moi non plus d’ailleurs).
L’album que tu as acheté uniquement sur la foi de sa pochette ?
Ben : Oh ! Il y en a plein. Je les achetais presque tous comme ça à une époque. Cependant, il me semble que RFTC de Rocket From The Crypt a une bonne place dans cette catégorie. Cet espèce de loup-garou qui brise ses menottes... ça ne pouvait être que génial. J’ai aussi acheté comme ça l’album éponyme de Quatermass. Avec moins de succès.
Riton : Probablement beaucoup oui. Et ce n’ est pas toujours gage de qualité. A contrario il y a beaucoup d’albums que je n’ai jamais achetés pour les raisons inverses et notamment un bon nombre de références du metal extrême.
Rabbit : Évidemment, depuis l’avènement du digital et du streaming, ça ne m’arrive plus jamais, mais pour le coup souvenir très fort d’avoir acheté en digipack Felt Mountain de Goldfrapp, à sa sortie, par pure attraction pour son artwork (et probablement son sticker qui devait name-dropper Portishead, Ennio Morricone et/ou John Barry), sans rien avoir lu sur le disque. Bien m’en a pris, puisqu’il squatte toujours mon top 10/15 de tout l’étang. Et idem pour le superbe Geogaddi de Boards of Canada, puisqu’ils reviennent dans l’actu ces jours-ci.
leoluce : Quelques-uns. Je suis sensible aux pochettes. Là, comme ça, je dirais Songs of You & Me de Chris Knox (mais bon, risque calculé, c’est Chris Knox et pour une fois avec lui, c’était une chouette pochette).
Elnorton : La période pendant laquelle j’ai acheté de manière compulsive est très courte (2007-2010). Mes années fac, quoi. Mais du coup, à cette période, il était déjà possible d’écouter des extraits sur internet pour se faire une idée. Je me souviens même qu’il y avait des salles remplies d’ordinateurs en accès libre dans les locaux de la fac. J’y ai passé un temps fou à écouter des albums puisque c’était le début du streaming. Bien plus de temps qu’à étudier à la bibliothèque universitaire. Et sans doute, au moins pour ma troisième année de licence de maths, plus de temps dans cette salle qu’en cours.
L’album que tu recherches depuis des années ?
leoluce : Justement, je cherchais quelques Breach à un prix non prohibitif (mes CD ont fait la guerre)… Merci Bigoût Records !
Elnorton : Aucun, puisque je n’en achète plus.
Rabbit : Aucun non plus, je ne suis plus vraiment un "digger" du format physique... et il y a tellement de choses à écouter dans l’actu que mes dossiers d’onglets Bandcamp en retard débordent de tous les côtés.
Ben : Je dirais Back From World War III de Jack Meatbeat & the Underground Society. Jamais réussi à mettre la main dessus. Je cherche également à retrouver le premier album de Harvey Danger et celui de The Driven. J’ai longtemps cherché le premier album des Apartments, particulièrement pour le morceau Agamemnon’s Diary. Lorsque je l’ai enfin eu, non seulement l’album est loin de m’avoir fait l’effet attendu, mais en plus ce titre n’y était pas. Donc je cherche toujours un album des Apartments sur lequel il y aurait ce morceau.
Riton : Science Fiction d’Ornette Coleman. J’en ai un paquet de l’artiste mais celui-là, pas moyen de le trouver en CD.
L’album que tu es le seul à apprécier dans ton entourage ?
Rabbit : Il y en a tellement. Enfin, ça dépend de comment on définit "entourage"... si c’est en famille ou au boulot alors il y en a forcément des milliers, mais si on l’étend aux rédacteurs d’IRM par exemple, la liste se réduit drastiquement. Allez, pour le fun de glisser un extrait ici, je vais dire FanMail des TLC parce que c’est l’un des plus gros "plaisirs coupables" de ma discothèque (visiblement partagé avec l’excellente Scout Niblett et j’en suis heureux) et qu’en dépit de leur gros succès public à l’époque (autrement plus mérité que celui des médiocres Destiny’s Child de Beyoncé dans la foulée), entre ceux qui les ont oubliées, ceux qui n’ont jamais aimé et ceux qui trouveraient ça ringard aujourd’hui, il ne doit plus y avoir grand monde autour de moi pour vouloir écouter ça en 2026.
Riton : Tout dépend effectivement de quel entourage on parle. Si on parle d’entourage familial : les 3/4 de ma discothèque.
Ben : J’ai la chance d’avoir autour de moi des personnes aux goûts tellement variés qu’il n’y a aucun album que je ne partage avec personne. Ou alors, c’est que je n’ai pas des goûts assez pointus. (rires)
Elnorton : Là encore, tout dépend de ce que l’on définit par mon entourage. Mais ciblons sur l’entourage qui pourrait avoir des goûts plus ou moins proches des miens. J’ai deux pistes. Soit, à l’évidence, des trucs trop alambiqués pour mes proches, et je pourrais aller chercher vers le Richard D. James Album d’Aphex Twin. Soit, à l’inverse, vers quelque chose de trop pop pour eux, comme le Trash Yéyé de Benjamin Biolay, disque que je continue d’aimer malgré les daubes désormais proposées par son auteur.
leoluce : Il y en a beaucoup mais on va dire que lorsque je fais tourner un Art Of Burning Water par exemple, l’espace se vide autour de moi.
L’album avec lequel tu as joué au frisbee tellement c’était mauvais ?
Elnorton : Jamais car je respecte trop l’objet. Néanmoins, mes parents utilisaient de vieux CD-ROM pour effrayer les oiseaux dans leur jardin. Et éviter que ceux-ci ne viennent bouffer les fraises. Comment ça, ça n’a rien à voir avec la question ?
leoluce : Un truc de The Guru Guru.
Riton : Je n’aime pas trop le frisbee, je suis plutôt mölkky, mais pas facile d’y jouer avec des disques. Je peux peut-être tenter le air-frisbee avec un album au format numérique.
Ben : Je n’ai jamais détruit un livre ou un CD. Détruire de l’art, c’est un tabou. Maintenant, je crois que Signs O’ The Times de Prince fait partie de ces albums que j’ai achetés et pour lesquels j’ai vraiment mais alors vraiment essayé d’aimer mais à la fin je trouve ça toujours sans intérêt. De là à le détruire... non.
Rabbit : Décidément Prince en prend pour son grade dans cette interview... bien fait ! Quant à moi j’ai effectivement transformé des CDs en frisbees mais plutôt des singles eurodance achetés gamin. Corona ?
Ceci dit, si j’avais un chouia moins de respect pour Bowie, j’irais de ce pas faire tournoyer Never Let Me Down au-dessus de l’étang le plus proche...
L’album dans le plus mauvais état ?
Riton : J’en prends extrêmement soin. Mais j’ai maintenant un paquet de MP3 éclatés au frisbee.
Rabbit : Aaha... De mémoire, probablement un album d’Arthur Lee & Love acheté d’occase. Mais sinon, à une époque, j’ai tellement poncé une copie du Casanova de The Divine Comedy dont le début du dernier morceau sautait que j’en ai encore l’anticipation des cafouillages, des années après, en l’écoutant dans une version correcte.
leoluce : Tiens, Love Bites des Buzzcocks, il a vraiment pris cher. Et pourtant, je fais vraiment attention mais celui-là a subi quelques déménagements et en plus, l’un de mes gamins, quand il était petit, a fait tomber un bonbon à la menthe qu’il mâchouillait dessus alors que le disque tournait sur la platine (la cellule a également pris cher).
Ben : Je crois que c’est mon exemplaire de The Cult of Ray de Frank Black. Le boîtier est explosé et l’album doit être rayé. Mais il se tire la bourre avec mon CD de Wrecked by Lions de Number One Cup qui est dans un état tout aussi lamentable.
Elnorton : J’ai quelques albums dont les boîtiers sont bien abîmés, mais ce n’est pas tant lié à une écoute frénétique qu’à un mauvais entretien (surtout depuis que je les stocke dans mon garage).
Le grand classique absent de ta discographie ?
leoluce : Compliqué. Le Shakara de Fela (je ne l’ai qu’en numérique) ?
Elnorton : Difficile de faire un seul choix. Il faut alors chercher vers les groupes que j’aime, qui existent depuis un certain temps (puisque l’on parle de classiques) et que j’ai probablement découverts après 2010. Bon bah, je n’ai aucun Nick Cave, alors que je suis un grand fan.
Ben : Aucun Gainsbourg, aucun Massive Attack, aucun U2, aucun Guns N’ Roses, aucun Joy Division et aucun Cure.
Rabbit : Tiens aucun U2 ni Guns N’ Roses chez moi non plus, heureusement qu’on n’est pas obligé... Mais je dirais plutôt : n’importe quel Beatles considéré comme grand par les fanzouzes de ce groupe infiniment surcoté (allez, hormis Abbey Road, mon préféré à défaut de m’être indispensable, qui doit traîner dans un coin).
Riton : Qu’est-ce qu’un classique ? Il faudrait une collection exhaustive pour ne pas en manquer. Mais dans les classiques (ce que je comprends comme "intemporel" et "indispensable") que j’aimerais rattraper il y aurait forcément Low de David Bowie.
L’album que l’on ne s’attend pas à y trouver compte tenu de l’image que tu renvoies ?
Rabbit : Là encore ça dépend, l’image renvoyée diffère fortement en fonction du contexte. Récemment au boulot, alors que je m’apprêtais à aller voir Primitive Man et Kollaps en concert à Montreuil, une collègue s’est étonnée que j’écoute "du metal" (et encore, heureusement qu’elle n’a aucune idée de quel metal on parle...), alors que ça ne surprendrait personne sur les réseaux. Allez, disons plutôt Hotel California des Eagles, que je n’écoute absolument jamais, mais sans détester pour autant ("c’est pas pire que les Beatles", ai-je envie de dire au risque de me mettre à dos quelques lecteurs).
Ben : L’album The Sign d’Ace of Base. Je garde un faible pour l’Eurodance.
leoluce : Je ne renvoie aucune image particulière donc ça fait un paquet d’albums rentrant dans cette catégorie.
Riton : Il faudrait poser la question aux gens qui me croisent et ne me connaissent pas bien (au hasard, mes collègues), je n’en ai aucune idée. Mais j’imagine qu’au premier abord on ne s’attend pas à trouver autant de choses différentes dans ma discographie. J’ai Joanna Newsom à côté de Last Days of Humanity...
Elnorton : Je vais être redondant, mais mon entourage est étonné que j’aime bien certains Biolay. Sinon, j’ai peut-être encore des albums de M, Matmatah ou Mickey 3D, et même certains Muse (en dehors des deux premiers qui restent corrects, même s’il ne me viendrait plus à l’esprit de les écouter) qu’on m’a offerts quand j’étais ado.
La dernière fois que tu as fait tourner un album en format physique chez toi ?
Ben : C’était le Grosso Gadgetto / Jon Shuemaker - The Sentence Isn’t Certain pour le tester et parce qu’il est génial. Sorti le 29 avril chez Lotophagus Records. (rires)
Rabbit : Pour nos lecteurs qui ne le sauraient pas encore, Lotophagus n’est autre que l’un des trois excellents labels tenus par Ben !
Sinon pour répondre à la question, et pour être tout à fait honnête, ma dernière écoute d’un CD remonte à l’année dernière. À suivre l’actu de trop près (et à trop écouter de musique au boulot et pendant mes trajets, probablement), j’ai l’impression de ne plus écouter les disques que sur Bandcamp (ce qui ne me gêne pas vraiment). Et comme je ne conduis plus, les CDs pendant les trajets en voiture c’est fini aussi !
Elnorton : Chez moi, ça fait une éternité, car je n’ai plus d’appareil pour les faire tourner. Mais en voiture, ça m’arrive. Notamment quand je n’ai plus de batterie sur mon téléphone et que je dois me rabattre sur un CD. Ceux qui reviennent souvent (parce qu’ils sont dans ma voiture) sont Moon Safari de Air, et une compilation de la Route du Rock 2012 avec le fabuleux Jubilee Street de Nick Cave en ouverture, assurément dans mon top 10 ever.
Riton : Self-flagellation de Catholic (un duo suédois injustement méconnu), sorti chez le copain du micro-label Paroxysmal Disorders of Consciousness. Probablement ce qui m’anime le plus en termes de noise-rock, vicieux, insidieusement malsain, qui gratte là où ça fait mal. Ici le terme noise n’est pas du tout galvaudé comme chez certains... Et ça fait résonner chez moi la problématique du soutien aux petites structures et aux passionnés, qui se décarcassent inlassablement pour faire parler d’artistes qui leur tiennent à coeur.
leoluce : C’était tout à l’heure, The Unwilling Astronaut de Joeyfat.
Un album encore sous blister sur tes étagères ?
Elnorton : Aucun. N’étant pas collectionneur, si j’achète un CD, c’est pour l’écouter !
leoluce : Dirty Reggae de The Aggrolites qu’un copain m’a filé, je ne sais plus pourquoi.
Ben : Iggy Pop - Lust for Life. Acheté en promo mais jamais ouvert. Je ne sais pas pourquoi non plus.
Riton : Les Sun Ra Singles, mais ils seront bientôt déballés.
Rabbit : Plein de mon côté, réceptions promo obligent - allez on va dire Même le singe tombe de l’arbre de Tribalism3, qui m’avait été envoyé fin 2025 par le label Coax et que je n’ai écouté qu’après coup sur Bandcamp. Mon moi de 25 ans m’en veut sans doute terriblement mais je m’en fous.
Est-ce que tu collectionnes du merchandising ?
leoluce : Non, avec mon format de crevette, les tee-shirts sont toujours trop grands. Et je préfère acheter des disques en concert. Toutefois, j’aime beaucoup les affiches aussi.
Riton : Non, pas vraiment. J’achète quand même régulièrement des t shirts que je porte fièrement quand l’occasion se présente.
Ben : Pas vraiment non plus. J’aimerais mais pour être honnête je manque de thunes pour ça. (rires) Ce qui veut dire que je ne dois pas être un vrai collectionneur.
Rabbit : Du tout, hormis quelques t-shirts achetés à des concerts par soutien, mais il m’arrive encore, même en 2026, de recevoir des petits goodies de certains musiciens et labels qui continuent de nous envoyer leurs sorties promo en physique - ce qui entre nous est une folie mais bravo pour l’abnégation !
Elnorton : Non, mais j’adore me balader avec des t-shirts à l’effigie des albums que j’aime. Que ce soit dans la rue, chez moi, ou surtout au boulot. On m’a récemment dit que c’était un peu lubrique de me balader avec une grosse banane sur mon t-shirt, alors que c’était juste le premier album du Velvet Underground qu’aucun collègue ne semblait connaître. Tiens, je crois d’ailleurs que c’est l’album le plus ancien, en termes d’année de parution, que je possède en CD.
Et puisque ce type d’interview n’a d’intérêt que pour les anecdotes qu’on balance : je viens de cramer un t-shirt Moon Safari pas plus tard que la semaine dernière en cuisinant trop près des plaques de cuisson. Le t-shirt s’est embrasé, et le début d’incendie a été étouffé avant que je ne sois brûlé. Mais le t-shirt ressemble à un crop top, désormais.
- 29.05.2026 par , , , ,

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