Le streaming du jour #1412 : Council Estate Electronics - ’Arktika’

Les Jesu/Greymachine Justin K Broadrick (Godflesh, Techno Animal et un millier d’auutres projets plus ou moins essentiels) et Diarmuid Dalton (Iroha) brisent la glace au sens propre comme au figuré sur ce troisième opus de Council Estate Electronics : en infusant un peu de lyrisme, de respiration et de luxuriance organique dans leur dark ambient post-industriel aux pulsations jusqu’ici étouffantes et urbaines, mais également en s’inspirant pour le label concept Glacial Movements du navire Arktika, brise-glace nucléaire soviétique rougeoyant qui fut le premier navire à atteindre le Pôle Nord il y a presque exactement 40 ans, et dont une nouvelle incarnation, relookée bleu marine cette fois, vient d’être inaugurée en juin dernier.

Marqué à égale mesure par la tension pelée des BOs de John Carpenter et la transe menaçante et bruitiste des pionniers indus Throbbing Gristle comme par les paysages synthétiques de Cluster ou Tangerine Dream et l’esthétique grisâtre et déshumanisée des immeubles de logements sociaux de leur Birmingham natale, le génial Kitsland s’était imposé en 2009 comme l’un des albums les plus minimalistes et non moins malaisants de la disco du stakhanoviste britannique et du fidèle bassiste et bidouilleur régulièrement présent au côté de l’ex Napalm Death depuis le deuxième album de Final il y a 20 ans déjà. Une économie de moyens qui perdurait en 2012 sur un ténébreux Longmeadow plus drone et texturé et qui ne pouvait bien évidemment que seoir à l’isolationnisme engourdi par la glace du label transalpin d’Alessandro Tedeschi... mais pas de la façon dont on l’imaginait.

Ainsi, les dix minutes de transe contemplative d’un Urals sonnant comme si Steve Roach s’essayait à la dub techno ou la brume dub assourdie du 60 Megawatts final ouvrent ici la musique du duo aux grands espaces réverbérés et au silence ouaté que l’Arktika, premier du nom, fend sur la pochette de l’album. L’abstraction ultra minimaliste et stylisée de cette dernière renvoie d’ailleurs à la techno nettement plus géométrique de Type LK-60YA dont les échos de synthés oniriques flirtent autant avec les travaux de Stefan Betke qu’avec l’hédonisme des raves, et si l’angoisse persiste sur un 567 Foot 33,500 Ton vrillé de grésillements hostiles sur un entrelacs de beats sourds et autres sound effects hantés puis sur un Rosatom presque tribal à la production tout aussi oppressante et saturée, le scintillant 50 Let Pobody aux élans conquérants finit de confirmer qu’on a plus affaire au même groupe qu’avant.

Car aussi surprenant que cela puisse paraître de la part de ses deux auteurs rompus aux tourments musicaux les plus incompromis, chez Council Estate Electronics on rêve désormais à ciel ouvert et le regard perdu sur des kilomètres de banquise craquelante, en quête d’horizons mentaux jamais atteints auparavant : ceux d’une sérénité que Justin Broadrick avait fini par effleurer, après un quart de siècle d’une œuvre torturée, avec l’électronica shoegazeuse de son projet solo Pale Sketcher et que le superbe Liquified Natural Gas embrasse enfin ici dans une plénitude impressionniste digne des joyaux dubtronica/ambient du sus-nommé Betke aka Pole.


Streaming du jour - 13.10.2016 par RabbitInYourHeadlights
... et plus si affinités ...
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