Le streaming du jour #1264 : Pneu - ’Destination Qualité’
Pneu, c’est d’abord une patte, et puis un ton. La patte, c’est cette énergie foisonnante mise au service d’un punk instrumental brutal et compliqué ; le ton, c’est le regard léger qu’ils portent sur leur musique (du nom de groupe, jusqu’aux titres des morceaux, en passant par les visuels loufoques et les titres d’albums absurdes ou ironiques). Et c’est parce qu’ils savent mêler complexité et déconnade qu’on ne peut s’empêcher de les aimer, à chaque nouvelle apparition, que ce soit sur album comme à présent ou sur scène, dont ils ont systématisé l’invasion de la fosse, pour un résultat toujours aussi spectaculaire.
Avec ce troisième album, Pneu enrichit son vocabulaire tout en conservant les ingrédients principaux à l’origine de son succès : un math-noise propulsé comme une comète, des hymnes joyeux pour gladiateurs-fakirs luttant contre des lions sourds sur un tapis de braises multicolores... Écouter et découvrir un nouvel album de Pneu, c’est toujours une joie intense et puérile dont on se flatte d’être le sujet privilégié. Enregistré à New-York par Andrew Schneider (de Pigs) après avoir essuyé l’ouragan Sandy qui leur a fait perdre leur session initiale et dont il reste quelques éléments épars (le morceau Hinges, par exemple), Destination Qualité a donné l’occasion au duo de tenter de nouvelles choses, dans la durée, la sonorité, la densité... Une fraicheur insufflée par les multiples projets qu’ils mènent en parallèle (Binidu, Papaye, Francky Goes To Point-à-Pitre, Estreme Bamboule...) et qui parviennent à peine à satisfaire leur suractive créativité.
Destination Qualité commence sans surprise avec un tube punk aux mélodies décousues et au rythme bancal. C’est ensuite que ça se complique en s’ouvrant vers de nouveaux horizons. Avec Pyramide Banane Chocolat, le duo gagne, comme le nom du morceau l’indique peut-être, la chaleur étouffante des contrées ensablées du Maghreb matérialisée par un emprunt mélodique à la musique arabe.
Mais c’est avec Futur Plus Tard qu’ils bouleversent le plus leurs habitudes, délaissant les articulations expéditives au profit d’une lente progression atmosphérique appuyée par un ostinato hypnotique à la grosse caisse (tout de même soutenu par un tempo élevé, même dans la lenteur, Pneu met la gomme... hum hum). Sur The Biggest, The Ankle, un jeu de larsens et de percussions impromptues offre le moment le plus expérimental de l’album et rapproche encore plus la démarche de Pneu de celle du duo de Zach Hill, Hella, dont ils ne sont de toute façon jamais très loin. Enfin, avec Hinges, ils renouvellent la participation d’un chanteur invité. Ici, il s’agit de Pete Simonelli, front-man d’Enablers dont il gratifie les titres (notamment sur leur excellent nouvel album) de son spoken word habité. La tonalité de cette incursion de voix n’est pas sans rappeler celle d’Eugene S. Robinson sur Highway To Health, d’ailleurs située au même endroit dans l’album (avant-dernier morceau). Ce qui donne finalement à l’œuvre de Pneu une cohérence inattendue... avant le prochain virage.

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