Le streaming du jour #714 : Moji Moji - ’Toda Esta Naturaleza Es Impredecible’
Une fois n’est pas coutume, c’est en Argentine que nous allons nous projeter à l’occasion de ce streaming du jour. Signé par le très bon label allemand Oxide Tones, Moji Moji est l’ambitieux projet d’un seul homme.
Après Detroit De Le Maire et N, deux EPs - d’une durée chaque fois supérieure à trente minutes tout de même - Moji Moji sort donc ce qui constitue son premier album, trois ans après ses débuts discographiques.
S’il est toujours agaçant de devoir placer des étiquettes, disons-le clairement, il s’agit ici de post-rock. Et si le courant semble s’essouffler depuis, au bas mot, une demie-décennie, Lucas Page pourrait en incarner l’avenir tant il déconstruit toutes nos représentations du genre en lui insufflant, notamment, un sens mélodique touchant.
Pour trouver cette inspiration, le multi-instrumentiste, - il assure aussi bien les pistes de basses, guitares, orgues ou diverses percussions - a probablement voyagé aux quatre coins d’un pays capable d’offrir d’aussi formidables paysages que ceux du désert de sel de Salinas Grandes, les monts Andins ou Ushuaïa.
"Même s’il n’est pas particulièrement timide, il préfère se concentrer sur sa musique que d’essayer de la diffuser au monde entier" indique son label. On ne sait donc que peu de choses du natif de Buenos Aires, mais on pense ne pas trop s’avancer en prétendant que cet homme aime la nature. Il ne peut de toute façon en être autrement tant sa maîtrise des flux, des harmonies et des rythmes nous évoque immédiatement des paysages pas encore ravagés par la vie citadine. Parfois menaçants (on pense au subtil A 1506 Km De Distancia) ou tout simplement somptueux (Los Cuentos Del Muelle Del Tigre), il y a finalement peu de risques que l’auditeur soit déçu de ce voyage.
Moji Moji parvient à capter l’environnement pour mieux l’intégrer à sa musique. L’exploit est de taille pour ce stakhanoviste qui étudie le moindre petit détail (des samples dans la langue de Cervantès aux hennissements de chevaux en passant par quelques percussions subtiles) pour le retranscrire dans sa musique. Plus abouti que le projet des voisins chiliens de Tortuganónima, c’est finalement davantage à Sigur Rós, formation située aux antipodes, que l’on pense en écoutant Toda Esta Naturaleza Es Impredecible. C’est dire l’habilité de Lucas Page.

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