Richard Lange : "J’ai toujours voulu écrire des phrases aussi succinctes et complexes que les paroles d’une chanson de Bob Dylan ou de Neil Young"
Il a travaillé pour Larry Flynt, assisté à un concert des Minutemen dans un restaurant de burritos, a un abonnement depuis vingt-cinq ans à l’opéra de Los Angeles, mais est indifférent au concept même de nostalgie au point de s’être débarrassé de tous ses albums, Richard Lange est décidément quelqu’un de singulier dans l’univers artistique. Celui qui consacre désormais la plupart de son temps à l’écriture fut journaliste musical pour RIP, magazine des grandes heures du heavy metal. Il est aussi et surtout l’auteur d’excellents romans noirs dont le dernier traduit en France plonge même allègrement dans le fantastique. Rencontre avec un mélomane qui à la musique préfère... le silence.
Bonjour Richard. Tu es écrivain, mais tu as également dirigé deux magazines musicaux, RIP et Radio & Records. Je vais commencer avec une question très simple : quelle place occupe la musique aujourd’hui dans ta vie ?
Je suis toujours fan de musique, mais pas autant qu’à l’époque où j’étais plus jeune. J’aime tous les genres musicaux - punk, rock, metal, country, hip-hop - mais cela fait longtemps que je n’ai pas acheté d’album sur support physique, et j’ai d’ailleurs vendu tous mes CD et vinyles il y a quelques années. Du coup, quand j’écoute de la musique aujourd’hui, je passe par le streaming. Je ne suis plus vraiment l’actualité du monde de la musique, mais je découvre des chansons et des artistes, anciens comme nouveaux, grâce aux réseaux sociaux. La plupart du temps, j’écoute la radio en conduisant, généralement une station universitaire ici à Los Angeles, KXLU. Elle diffuse un mélange éclectique de morceaux anciens et récents. J’ai découvert de nombreux groupes grâce à ses programmes au fil des années. Je regarde aussi des clips sur YouTube. Mais en vérité, je préfère le silence. Ou plutôt, je préfère les sons du monde qui m’entoure. J’écoute rarement de la musique chez moi, et je ne porte ni écouteurs ni casque ; je n’en possède même pas. Je peux conduire ou prendre l’avion pendant des heures en silence. J’ai un monologue intérieur intense et constant qui m’occupe l’esprit. De plus, je travaille toujours à l’écriture dans ma tête, et la musique m’en empêche. Je vais encore de temps en temps à des concerts. Je vais voir Geese le mois prochain, ainsi qu’un groupe appelé Xiu Xiu. Je suis aussi fan d’opéra. Ma femme et moi sommes abonnés ici à Los Angeles depuis plus de 25 ans ! J’apprécie surtout les histoires et la mise en scène, même si la musique est magnifique elle aussi. Ces derniers temps, j’aime bien le jazz. Ce n’était pas le cas quand j’étais plus jeune. Je disais que c’était « de la musique sur laquelle on peut parler ». Et puis il y a Grateful Dead. Je les méprisais dans ma jeunesse punk, mais aujourd’hui j’adore leur musique. Le changement, c’est bien, non ?
Effectivement, ça a du bon ! Ta dernière expérience en termes de média musical a été la direction de Radio & Records. Peux-tu nous raconter un peu celle-ci ?
Je n’étais pas rédacteur en chef, mais directeur de la rédaction d’un magazine hebdomadaire consacré à l’industrie de la radio, intitulé Radio & Records. J’ai fait ça pendant dix ans. Le magazine se concentrait principalement sur les classements indiquant les titres les plus populaires diffusés par les stations de radio selon différents formats (rock, country, alternatif, smooth jazz, R&B, etc.). Je m’occupais de l’édition des chroniques rédigées par les animateurs de ces formats. Le plus grand avantage de ce travail, c’étaient tous les CD gratuits que nous recevions des maisons de disques. Je les échangeais contre des crédits chez Amoeba Records (à l’époque où ils achetaient encore des CD) et j’allais chercher les CD que je voulais vraiment. J’avais une collection assez impressionnante à l’époque.
Avant cela, tu as dirigé RIP, un magazine spécialisé dans le heavy metal. Ça n’a pas dû être triste comme expérience ? Peux-tu nous expliquer ton rôle et nous en dire un peu plus sur l’ambiance au sein de la rédaction ?
J’ai été rédacteur en chef adjoint du magazine RIP pendant huit ans, dans les années 80 et 90. C’était un magazine consacré au heavy metal, publié par Larry Flynt, célèbre pour son magazine Hustler. Mon travail consistait à réviser les interviews des différents groupes et à collaborer avec le service graphique pour mettre en page les numéros. Je faisais tout le travail pendant que mon patron, le rédacteur en chef, jouait au golf avec Mötley Crüe.
Incroyable ! Et toi ? Tu rencontrais souvent des groupes, des managers ?
Il m’arrivait parfois de rencontrer des musiciens lorsqu’ils venaient au bureau pour parler à mon patron. Il leur donnait des vidéos porno qu’il se procurait chez Hustler (que nous publiions également). Parmi les personnes que je me souviens avoir rencontrées (pas toutes à cause du porno !), il y avait Axl et Slash de Guns N’ Roses, Metallica, Scott Ian d’Anthrax, Lemmy de Motörhead et King Diamond. Il y en avait d’autres, mais ça fait longtemps !
J’ai aussi eu droit à de superbes places de concert gratuites. Pour n’en citer que deux, j’ai vu la tournée « Appetite » de Guns N’ Roses et la tournée « Justice » de Metallica depuis le quatrième rang. C’était le bon temps.
Ce sont de sacrés noms, en effet ! Comment en es-tu venu à découvrir le heavy metal ? C’est un genre que tu appréciais avant de diriger RIP ?
Je n’étais pas vraiment fan de metal, même quand je travaillais chez RIP. J’étais plutôt du genre punk/alternatif. Mais il y avait quelques groupes que j’aimais bien : Black Sabbath, Motörhead, Slayer, Metallica (les premiers albums), Venom. La plupart de ces groupes étaient assez ridicules, mais c’était sympa d’en faire partie à l’époque, parce que c’était vraiment à la mode. Tout le monde écoutait du metal ou du hard rock. Puis Nirvana est arrivé et a tout balayé du jour au lendemain.
Si mes calculs sont bons, tu as à peu près 16 ans lorsque la vague punk frappe le monde de plein fouet. C’est quasiment l’âge idéal pour recevoir ça en pleine figure, non ?
Je me suis mis au punk quand j’ai déménagé à Los Angeles pour faire mes études universitaires en 1979. C’était à l’époque où la deuxième vague du punk de L.A. battait son plein et où naissait le hardcore. J’étais un fanatique de punk et de hardcore de 17 à environ 23 ans. J’ai assisté à tant de super concerts au Whiskey, au Starwood et dans d’autres salles légendaires. Mes groupes préférés étaient X, Black Flag et, mes préférés par-dessus tout, les Minutemen. J’ai dû les voir une vingtaine de fois, un peu partout, du Whiskey à un restau de burritos du centre-ville. Je cite une de leurs chansons au début de mon roman Ce monde cruel : « No hope. See, that’s what gives me guts. » (Pas d’espoir. Tu vois, c’est ça qui me donne du cran.) J’ai assisté aux tout premiers concerts que les Meat Puppets et les Butthole Surfers ont donnés à L.A., devant peut-être une dizaine de personnes !
Attends, revenons un instant sur le restau de burrito ?! C’est le lieu le plus étrange où tu as assisté à un concert ?
J’ai vu Madness jouer dans un magasin de vêtements. Et Taylor Swift a interprété quelques chansons dans notre salle de réunion chez Radio & Records. Elle avait environ 16 ans.
En ce qui concerne les Minutemen, peux-tu nous dire ce qui te plaît tant chez eux ?
J’aimais le fait qu’ils ne sonnaient pas comme tous les groupes de hardcore et de punk qui étaient populaires à l’époque. Ils avaient une touche expérimentale et jazzy qui les distinguait des autres. Et leurs paroles étaient bien plus intelligentes que celles de la plupart des autres groupes. Leurs opinions politiques correspondaient aux miennes. J’emmerde Ronald Reagan et tous les autres fascistes ! En plus, leurs chansons étaient courtes. Pas un mot de trop.
Continuons un peu à remonter le fil du temps. Tu es né en 1961 à Oakland, en Californie. Ça veut dire que tu grandis avec en arrière-plan tous les plus grands noms de la vague psychédélique. Tu en cites d’ailleurs pas mal dans Les vagabonds, qui se passe en 1976 : The Doors, Neil Young... En même temps, j’ai lu que Hank Williams était très présent dans ta jeunesse. Comment tout cela t’influence-t-il sur le plan musical ?
La radio était très différente à l’époque. Les stations diffusaient une grande variété de musique, et c’est ainsi que j’ai découvert beaucoup de titres. J’ai grandi à Bakersfield, en Californie (la ville natale de Buck Owens et Merle Haggard), et comme mes parents écoutaient de la country, j’en ai beaucoup entendu et j’ai adoré ça. Ils avaient un coffret de Hank Williams ; ça a été ma première rencontre avec lui. La musique a joué un rôle essentiel dans le développement de ma voix d’écrivain. J’ai toujours voulu écrire des phrases aussi succinctes et complexes que les paroles d’une chanson de Bob Dylan ou de Neil Young.
Pour revenir sur les États-Unis, Los Angeles est une ville importante dans ton œuvre ; quel est l’album qui, selon toi, en saisit le mieux l’âme ?
Je vais t’en citer quelques-uns. Tout ce que font les Doors. Ils capturent vraiment l’ambiance de Los Angeles à la fin des années 60. Un peu mystérieuse, un peu sinistre. Les Eagles ont perpétué cette veine dans les années 70. Ces chansons sont magnifiquement produites et arrangées, mais elles ont un côté vraiment sombre, à l’image de Los Angeles. Warren Zevon est l’un de mes artistes préférés ; il a écrit de fantastiques chansons sur Los Angeles. Il habitait dans mon quartier (Echo Park) et ça s’entend dans ses chansons. Parmi les meilleures : Carmelita, Desperadoes Under the Eaves et French Inhaler. Et, bien sûr, Los Angeles de X est sans doute le plus grand album jamais consacré à cette ville. Ces chansons me donnent encore des frissons tant elles capturent à la perfection le Los Angeles dans lequel j’ai grandi.
Évoquons maintenant tes œuvres plus en détail et les références que tu fais à la musique. J’étais très content de ma question à propos de Dead Boys, ton premier recueil, que je pensais nommé ainsi en hommage au groupe du même nom, mais sur le site Large Hearted Boy qui t’avait demandé de faire des playlists pour deux de tes romans, tu écris explicitement qu’il n’en est rien. Dommage pour moi. Je tente alors : Rowan Petty est-il un clin d’œil à Tom Petty ? Il y a aussi un personnage surnommé Beck. C’est pour Beck Hansen ?
Je suis fan des Dead Boys, et quand est venu le moment de choisir un titre pour mon premier recueil de nouvelles (qui parle de gens vivant en marge à Los Angeles), c’était le titre idéal. J’adore Tom Petty (quelles superbes chansons sur L.A. !), mais Petty est en fait le nom de famille d’un de mes bons amis qui a vaguement inspiré le personnage de Rowan. Quant à Beck, ce n’est pas une référence à Beck (ou peut-être que si, inconsciemment, je ne sais pas).
Arrêtons nous un peu sur ce livre. Lorsque Rowan Petty retrouve sa fille après plusieurs années passées sans la voir, elle porte un t-shirt Willie Nelson. Il lui demande alors si elle aime la country, ce à quoi celle-ci répond "c’était dans le bac à un dollar". Quel est le plus grave selon toi dans cet échange : que beaucoup de jeunes ne savent plus qui sont les Grands Anciens comme Shotgun Willie ou que l’on porte des t-shirts de groupes de rock comme des accessoires de mode sans que ça ait le moindre sens ?
Je me fiche un peu de savoir pourquoi les gens portent les t-shirts qu’ils portent. Ça me semble être une perte de temps de se poser ce genre de questions. Je ne suis pas nostalgique. Le temps passe et les goûts évoluent. Je n’y peux rien. En revanche, je plains ceux qui ne savent pas qui est Willie Nelson. Ils passent à côté d’une musique géniale !
Dans le même ordre d’idée, Tinafey et Rowan se rendent dans un Hard Rock Café. Tinafey "jette un œil aux objets exposés en vitrine. Le pantalon en cuir de Jim Morrison, la guitare d’Eddie Van Halen, une batterie ayant appartenu au type de Metallica." Là, j’ai deux questions. Tout d’abord, est-ce que le fait de ne pas citer Lars Ulrich est une petite pique qui lui est adressée ? Ensuite, est-ce qu’un genre musical meurt dès lors que l’on commence à mettre ses artefacts derrière une vitrine ?
Non, ce n’est pas une pique à l’encontre de Lars. J’ai simplement trouvé que trois noms d’affilée, c’était trop, et que le personnage de Rowan ne connaîtrait probablement pas le nom du batteur. En ce qui concerne les genres musicaux, je le répète : je ne suis pas nostalgique. Les genres musicaux vont et viennent, connaissent des pics de popularité puis disparaissent, et je n’y peux rien. Ça ne me concerne pas. Pour l’anecdote : j’ai pris hier une bière au Hard Rock d’Hollywood avant d’aller voir un film au Chinese Theater, et j’ai remarqué qu’ils avaient exposé quelques vieux flyers photocopiés de Black Flag. C’était dingue.
Rowan et Tinafey tombent sur un Français qui leur sort une maxime piochée dans Ballad of a Dead Soulja de Tupac, "payback’s a bitch". As-tu toi-même une phrase tirée d’une chanson que tu ressors souvent ?
Non, mais il m’arrive souvent d’avoir une chanson qui me trotte dans la tête pendant toute une journée. La dernière en date était une polka, In Heaven There Is No Beer, parce que j’ai regardé un documentaire sur la polka hier soir !
Pour rester dans le domaines du hip-hop, on trouve les noms de plusieurs artistes de ce genre musical dans Ce monde cruel. Busta Rhymes, DMX et les Beastie Boys sont notamment cités. Est-ce que c’est un genre que tu apprécies ?
J’étais un grand fan du hip-hop de Los Angeles, comme NWA, Snoop Dogg et Dr. Dre. Il avait ce son typique de Los Angeles et les paroles étaient bien plus percutantes que celles du punk. Je ne suis plus vraiment ce genre musical aujourd’hui, mais ces derniers temps, j’écoute des anciens morceaux du Wu-Tang Clan.
Un peu plus loin, Boone se prend une claque lorsqu’il entend à la radio que 1979 des Smashing Pumpkins est désormais classé dans les oldies. Je t’avoue que ça m’a moi-même légèrement piqué parce que cette chanson passait lorsque j’étais adolescent. Mellon Collie and the Infinite Sadness, dont ce morceau est extrait, a 30 ans. 30 ans, c’est la distance qui me séparait du premier album d’Elvis lorsque j’étais gamin. Ça fait mal. Quel a été ce morceau, pour toi, où tu t’es dit un jour : "Merde ! Cette chanson de ma jeunesse fait maintenant partie des oldies. Je suis vieux" ?
Eh bien, aujourd’hui, toutes les chansons qui comptaient pour moi quand j’étais jeune sont devenues des classiques ! J’ai fait le même calcul que toi avec Elvis, et ça fait peur. Je suis vieux ! Mais je n’y pense pas trop.
Les protagonistes de ton dernier roman paru en France, Les vagabonds, sont des vampires. Quelles sont tes chansons préférées sur ce thème ?
Comme ça, au débotté, je dirais If We Were Vampires de Jason Isbell et Free Fallin’ de Tom Petty (« All the vampires walking through the valley »). « The Valley », c’est comme ça qu’on appelle la vallée de San Fernando, cette banlieue au nord de Los Angeles. C’est là que vivaient tous les jeunes ringards quand j’étais jeune. Elle a été rendue célèbre par la chanson et le film Valley Girl.
Edgar a des talents de chanteur - ou en tout cas le croit-il car ceux-ci ne sont jamais vraiment confirmés à ma connaissance. Il chante notamment Neil Young et le morceau Heart of Gold dont tu retranscris deux vers. On retrouve le Loner dans plusieurs de tes playlists liées à Dead Boys et Sweet Nothing et, forcément, Les vagabonds m’a fait penser à Vampire Blues - bien que ce morceau concerne l’industrie pétrolière et non les créatures de la nuit. Quel est ton rapport à Neil Young ?
Je suis un grand fan depuis toujours, surtout des albums jusqu’à Rust Never Sleeps inclus. Il a écrit certaines de mes chansons préférées, et j’adore sa voix et son jeu de guitare. Je cite Out on the Weekend au début de Dead Boys.
« See the lonely boy, out on the weekend / Trying to make it pay / Can’t relate to joy, he tries to speak and / Can’t begin to say ». (Regarde ce garçon solitaire, de sortie ce week-end / Qui essaie de s’en sortir / Il ne sait pas ce qu’est la joie, il essaie de parler mais / Il n’arrive pas à trouver les mots.)
Les vagabonds met en scène des vampires qui ont plusieurs centaines d’années pour certains. Ainsi en est-il de "la chanson de Maman" que la mère des héros chantait. Une recherche rapide m’a permis de retrouver qu’il s’agissait de I Would Not Die In Springtime, une chanson écrite en 1850 par un certain Stephen Foster. Tu évoques aussi Meet Me Tonight In Dreamland, composition de 1909. C’est uniquement pour la véracité de ton récit ou tu as une passion pour l’archéologie musicale ?
J’ai fait des recherches pour dénicher des chansons populaires de cette époque. J’adore faire des recherches, car ça me donne une excuse pour ne pas écrire. Je peux passer une journée entière à me perdre dans les méandres d’Internet à la recherche d’informations sur des sujets comme les vieilles chansons, les voitures ou la street food en Guyane.
En explorant les playlists que tu as réalisées pour tes divers ouvrages, j’ai constaté que Smog et Tom Waits apparaissaient sur au moins deux d’entre elles. Peux-tu nous parler un peu de ta passion pour ces artistes ?
J’adore Bill Callahan et Smog. L’une de mes chansons préférées de cet artiste est River Guard, que je cite au début de mon roman Angel Baby : "We are constantly on trial. It’s a way to be free." (Nous sommes constamment mis à l’épreuve. C’est une façon d’être libre.)
Quant à Tom Waits, je l’adore depuis le lycée. Je l’écoutais sur des cassettes 8 pistes quand je travaillais dans une boucherie après les cours. Il m’a donné envie de déménager en ville, n’importe quelle ville. Et de boire. C’est sans aucun doute de la bonne musique pour boire. Sa voix, surtout dans les ballades, me fait toujours monter les larmes aux yeux.
Merci pour ton temps.
(Interview par Ben)
http://richlange.com/
He has worked for Larry Flynt, attended a Minutemen gig in a burrito restaurant, and has held a season ticket to the Los Angeles opera for twenty-five years, yet he is so indifferent to the very concept of nostalgia that he has got rid of all his albums ; Richard Lange is certainly a singular figure in the art world. Now devoting most of his time to writing, he used to be a music journalist for RIP, a magazine from the heyday of heavy metal. He is also, and above all, the author of excellent crime novels, the latest of which - translated into French - even ventures cheerfully into the realm of fantasy. An encounter with a music lover who prefers… silence to music.
Hi, Richard. You’re a writer, but you’ve also edited two music magazines, RIP and Radio & Records. I’ll start with a very simple question : what role does music play in your life today ?
I’m still a music fan, but nothing like when I was younger. I like all kinds of music - punk, rock, metal, country, hip-hop - but I haven’t bought a physical copy of anything in a long time, and, in fact, sold all of my CDs and albums a few years ago. So, when I listen to music these days, I stream. I don’t really keep up with what’s happening in the music world anymore, but I do discover songs and artists old and new through social media. Mostly I listen to music on the radio while driving, usually to a college radio station here in Los Angeles, KXLU. They play an eclectic mix of old and new stuff. I’ve discovered lots of bands through their programming over the years. I also watch music videos on YouTube. Truly, though, I prefer silence. Or, rather, I prefer the sounds of the world around me. I rarely listen to music at home, and I don’t wear ear pods or headphones, don’t even own any. I will drive or fly hours in silence. I have a strong, constant inner monologue that keeps me entertained. Also, I’m always working on my writing in my head, and music interferes with that. I still go to concerts now and then. I’m seeing Geese next month and a band called Xiu Xiu. I’m an opera fan too. My wife and I have been subscribers here in L.A. for over 25 years ! I like it mainly for the stories and the stagecraft, although the music is glorious too. I like jazz these days. I didn’t when I was younger. I called it “music to talk over.” And the Grateful Dead. I was dismissive of them in my punk youth, but now I love their music. Change is good, right ?
Your most recent experience in the music media industry was as editor-in-chief of Radio & Records. Can you tell us a little about that ?
I was not Editor in Chief, I was Managing Editor of a radio-industry weekly magazine called Radio & Records for ten years. The main focus of the magazine was charts showing what songs were popular at radio stations in various formats (rock, country, alternative, smooth jazz, R&B, etc.). I edited columns written by deejays from these formats. The best thing about that job was all the free CDs we received from the record companies. I would exchange them for credit at Amoeba Records (back when they bought CDs) and pick up CDs I really wanted. I had quite an extensive collection at that time.
Before that, you ran RIP, a magazine specializing in heavy metal. That must have been quite an experience, right ? Can you explain your role and tell us a little more about the atmosphere in the newsroom ?
I was Managing Editor of RIP magazine for eight years back in the ‘80s/‘90s. It was a heavy metal magazine published by Larry Flynt of Hustler fame. My job was to edit the interviews with the various bands and to work with the art department to lay the issues out. I did all the work while my boss, the Editor in Chief, golfed with Mötley Crüe.
Did you often meet with bands and managers ?
I would sometimes meet musicians when they came to the office to talk to my boss. He would give them porn videos that he got from Hustler (which we also published). Some people I remember meeting (not all because of the porn !) were Axl and Slash from Guns N’ Roses, Metallica, Scott Ian from Anthrax, Lemmy from Motörhead, and King Diamond. There were more, but it’s been a long time ! I also got great concert seats for free. Just to mention two, I saw Guns N’ Roses’ Appetite tour and Metallica’s Justice tour from the fourth row. Good times.
How did you first discover heavy metal ? Was it a genre you enjoyed before you started RIP ?
I wasn’t really into metal even when I worked at RIP. I was more of a punk/alternative guy. But there were some bands I liked : Black Sabbath, Motörhead, Slayer, Metallica (the first few albums), Venom. A lot of it was pretty silly, but it was fun to be involved in it at that time because it was so hot then. Everyone listened to metal or hard rock. Then Nirvana happened and killed it overnight.
If my math is right, you were about 16 when the punk wave hit the world with full force. That’s pretty much the perfect age to have that hit you right in the face, isn’t it ?
I got into punk when I moved to Los Angeles to go to college in 1979. This was when the second wave of L.A. punk was happening and also the birth of hardcore. I was a fanatic about punk/hardcore from 17 to about 23. I saw so many great shows at the Whiskey, Starwood, and other legendary venues. My favorite bands were X, Black Flag, and, my ultimate favorites, the Minutemen. I must have seen them 20 times, everywhere from the Whiskey to a burrito shop downtown. I quote a song of theirs at the beginning of my novel This Wicked World : “No hope. See, that’s what gives me guts.” I saw the first shows that Meat Puppets and the Butthole Surfers played in L.A. with maybe ten people in attendance !
A burrito restaurant ?! Is that the strangest place you’ve ever seen a concert ?
I saw Madness do a set in a clothing store. And Taylor Swift did a few songs in our conference room at Radio & Records. She was about 16 years old.
Regarding the Minutemen, can you tell us what you like so much about them ?
I liked that they didn’t sound like all of the hardcore and punk bands that were popular at the time. They had an experimental/jazzy vibe that set them apart. And their lyrics were much smarter than most other bands’. Their politics aligned with mine. Fuck Ronald Reagan and the rest of the fascists ! Also, their songs were short. No wasted words.
Let’s keep going back in time a bit. You were born in 1961 in Oakland, California. That means you grew up with all the biggest names of the psychedelic era in the background. You actually mention quite a few of them in Rovers, which takes place in 1976 : The Doors, Neil Young... At the same time, I’ve read that Hank Williams was a big influence during your youth. How does all of that influence you musically ?
Radio was a lot different then. Stations played a wide variety of music, and that’s how I was exposed to a lot of it. I lived in Bakersfield, California, as a child (home of Buck Owens and Merle Haggard) and my parents listened to country, so I heard and loved a lot of that. They had a boxed set of Hank Williams, which was my first encounter with him. Music was a big part of me developing my voice as a writer. I always wanted to write sentences that were as succinct yet complex as the lyrics to say a Bob Dylan or Neil Young song.
Getting back to the United States, Los Angeles is an important city in your work ; which album do you think best captures its soul ?
I’ll give you a few. Anything by The Doors. They really capture the feeling of L.A. in the late ‘60s. Slightly mysterious, slightly sinister. The Eagles carried that on in the ‘70s. Those songs are beautifully produced and arranged, but have a seriously dark undercurrent, like L.A. A particular favorite artist of mine who wrote some fantastic L.A. songs is Warren Zevon. He lived in my neighborhood (Echo Park) and I can hear that in his songs. Some great ones : Carmelita, Desperadoes Under the Eaves, and French Inhaler. And, of course, X’s Los Angeles is probably the greatest album ever about the city. Those songs still give me chills with how perfectly they capture the Los Angeles I grew up in.
Let’s now talk about your works in more detail and the references you make to music. I was really pleased with my question about Dead Boys, your first collection - which I thought was named in homage to the band of the same name - but on the Large Hearted Boy website, which had asked you to create playlists for two of your novels, you explicitly state that this isn’t the case. Too bad for me. So I’ll try this : In the novel The Smack, is the character of Rowan Petty a nod to Tom Petty ? There’s also a character nicknamed Beck. Is that a reference to Beck Hansen ?
I am a fan of the Dead Boys, and when it was time to title my first collection of stories (which are about people living on the edge in Los Angeles), it was the perfect title. I love Tom Petty (talk about great L.A. songs !), but Petty is actually the last name of a good friend of mine who was loosely the inspiration for the character of Rowan. Beck is not a reference to Beck (or maybe it is, subconsciously, I don’t know).
Let’s focus on this novel a moment. When Rowan Petty reunites with his daughter after several years apart, she’s wearing a Willie Nelson T-shirt. He asks her if she likes country music, to which she replies, “It was in the dollar bin.” What do you think is more troubling about this exchange : that many young people no longer know who the “Great Old-Timers” like Shotgun Willie are, or that people wear rock band T-shirts as fashion accessories without it making any sense at all ?
I don’t really care why people wear the shirts they wear. Seems like a waste of brain time to ponder things like that. I’m not nostalgic. Time and tastes move on. Nothing I can do about that. I do feel sorry for someone who doesn’t know who Willie Nelson is though. They’re missing out on some great music !
Along the same lines, Tinafey and Rowan go to a Hard Rock Café. Tinafey “takes a look at the items on display in the window. Jim Morrison’s leather pants, Eddie Van Halen’s guitar, a drum set that belonged to that guy from Metallica.” Now, I have two questions. First of all, is the fact that Lars Ulrich isn’t mentioned a little dig at him ? Second, does a musical genre die the moment its artifacts are put behind glass in a display case ?
It’s not a dig at Lars. I just felt like three names in a row was too much, and that the character Rowan would not likely know the name of the drummer. Regarding musical genres, I’ll say again that I’m not nostalgic. Music genres will come and go and rise in popularity and die out, and there’s nothing I can do about it. Doesn’t concern me. A side note : I got a beer at the Hollywood Hard Rock yesterday before a movie at the Chinese Theater, and I noticed they had a few old Black Flag xeroxed fliers on display. That was wild.
Rowan and Tinafey run into a French guy who quotes a line from Tupac’s Ballad of a Dead Soulja : “payback’s a bitch.” Do you have a line from a song that you often bring up yourself ?
No, but I often get songs stuck in my head for a day. The latest was a polka, In Heaven There Is No Beer, because I watched a documentary about polka last night !
This leads naturally to This Wicked World, which opens with the names of several hip-hop artists. Busta Rhymes, DMX, and the Beastie Boys are mentioned, among others. Is this a genre you enjoy ?
I was very into L.A. hip hop like NWA, Snoop Dogg, and Dr. Dre. It had a fantastic Los Angeles sound and the lyrics were much tougher than even punk lyrics. I don’t keep up with the genre now, but I’ve been listening to old Wu-Tang Clan stuff lately.
A little later on, Boone is taken aback when he hears on the radio that 1979 by the Smashing Pumpkins is now classified as an “oldie.” I’ll admit that it stung me a little too, because that song was playing when I was a teenager. Mellon Collie and the Infinite Sadness, the album this track is from, is 30 years old. Thirty years - that’s how long ago Elvis’s first album came out when I was a kid. It hurts. What was that song for you - the one where you said to yourself one day, “Shit ! This song from my youth is now considered an ‘oldie.’ I’m old” ?
Well, these days every song that meant something to me as a youngster is an oldie ! I have done the Elvis math you did, and it’s scary. I’m old ! I don’t think too much about it though.
The main characters in your latest novel published in France, Rovers, are vampires. What are your favorite songs on this theme ?
Off the top of my head, If We Were Vampires by Jason Isbell and Free Fallin’ by Tom Petty (“All the vampires walking through the valley”). The Valley is what we call the San Fernando Valley, which is the suburbs north of L.A. It’s where all the uncool kids lived when I was young. Made famous by the song and movie Valley Girl.
Edgar has a talent for singing - or at least he thinks he does, since, as far as I know, this has never really been confirmed. He sings Neil Young songs, notably Heart of Gold from which you quote two lines. The Loner appears in several of your playlists related to Dead Boys and Sweet Nothing, and, naturally, Rovers reminded me of Vampire Blues - although that song is actually about the oil industry and not creatures of the night. What’s your connection to Neil Young ?
I’ve been a big fan forever, particularly the albums up to and including Rust Never Sleeps. He’s written some of my favorite songs, and I love his voice and guitar playing. I quote Out on the Weekend at the beginning of Dead Boys.
“See the lonely boy, out on the weekend / Trying to make it pay / Can’t relate to joy, he tries to speak and / Can’t begin to say.”
Rovers features vampires, some of whom are several hundred years old. Take, for example, “Mom’s song,” which the heroes’ mother sang. A quick search revealed that it was I Would Not Die In Springtime, a song written in 1850 by a certain Stephen Foster. You also mention Meet Me Tonight In Dreamland, a composition from 1909. Is this just to ensure the accuracy of your story, or do you have a passion for musical archaeology ?
I did research to find popular songs from that era. I love research because it gives me an excuse not to write. I can waste a whole day going down Internet rabbit holes about things like old songs or cars or street food in Guyana.
While exploring the playlists you’ve put together for your various books, I noticed that Smog and Tom Waits appear on at least two of them. Can you tell us a little about your passion for these artists ?
I love Bill Callahan and Smog. On of my favorite songs of his is River Guard, which I quote in the beginning of my novel Angel Baby : “We are constantly on trial. It’s a way to be free.”
I’ve loved Tom Waits since I was in high school. I used to listen to him on 8-track tapes when I worked at a butcher shop after school. He made me want to move to a city, any city. And drink. It’s definitely good drinking music. His voice, especially on ballads, always brings a tear to my eye.
Thanks for your time.
(Interview by Ben)
http://richlange.com/
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- Sulfure Session #1 : Aidan Baker (Canada) - Le Vent Se Lève, 3/02/2019
- Sulfure Session #2 : The Eye of Time (France) - Le Vent Se Lève, 3/02/2019
- Aidan Baker + The Eye of Time (concert IRM / Dcalc - intro du Sulfure Festival) - Le Vent Se Lève (Paris)
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Black Tigers - Zoochosis (Ghost in the Shadow)
Wasatch Front - You get so alone at times that it just make sense EP
The Bug & Friday Night Plans - Ladybug 3 (single)
NLC + EMERGE - âme
Swamp Thing & T.O. Huxtable - Murder House
Chaka Boy & The Dirty Sample - A Canadian Werewolf in Alaska
Ramson Badbonez & Illinformed - Crystal Skull
doseone, Fatboi Sharif & steel tipped dove - Truth Ugly EP
Ljazz & 154 fRANKLIN - LOFHIPHOP EP
Wino Willy - Jewel of Thought
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- Richard Lange : "J’ai toujours voulu écrire des phrases aussi succinctes et complexes que les paroles d’une chanson de Bob Dylan ou de Neil Young"
- Sweeping Promises - You Say I Romanticize
- Nicolás Ferraro : "Si tes parents ne t’ont pas traumatisé avec leur musique, c’est que tu n’as pas eu d’enfance"
- Ken Pomeroy - Tonight’s News
- Ramson Badbonez & Illinformed - Crystal Skull
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