Le streaming du jour #670 : Aidan Baker - ’Aneira’ & ’Nihtes Niht’ (w/ Troum)

On ne s’intéressera pas si précocement à Already Drowning, dont le casting de voix féminines et le premier extrait habité par le timbre éraillé de la Canadienne Clara Engel parlent d’eux-mêmes, puisqu’il nous faudra attendre encore un peu - deux petits mois - pour pouvoir le découvrir du côté de Gizeh Records. Et pas question non plus de nous étendre ici sur le premier album de B/B/S/ à paraître quant à lui dans quelques jours à peine, sachant qu’on ne manquera pas d’occasions pour revenir sur cette nouvelle pièce maîtresse du label Miasmah attendue de pied ferme par les amateurs de jams ambient tribaux et ténébreux. Place donc pour le moment à deux albums d’inspiration tout à fait différente, plus immersifs et insidieux, car c’est finalement sous la surface de ses marées de drones opaques qu’Aidan Baker, jamais à court de sorties, demeure bien souvent le plus fascinant.

D’un côté, Aneira, une pièce de 47 minutes évoquant ces masses de glace mouvantes et craquelantes des pôles chères au label italien Glacial Movements, enregistrée à l’aide d’une 12-cordes frottée par différents outils (on reconnaîtra notamment dans certaines sonorités quasi psychédéliques l’effet caractéristique du jeu à l’archer, ou pour d’autres les radiations typiques d’un ustensile de métal) et soumises à divers traitements pour en arriver à une boucle sans fin de nappes entrelacées ; des variations hiératiques qui semblent se succéder de toute éternité, du moins jusqu’à ce qu’émergent de cet iceberg fragile et imposant à la fois des coulées d’accords plus dramaturgiques voire funestes, un début de fonte aux allures de début de la fin :


De l’autre, Nihtes Niht et ses quatre morceaux-fleuves couchés sur bande en trio de guitares avec l’appui des Allemands Troum (Martin Gitschel et Stefan Knappe, touchant aussi respectivement aux percussions et à l’accordéon) à l’occasion d’une session live dans les studios de ces derniers il y a deux ans (soit un an après cette flippante collaboration avec Nadja) ; quatre titres dark ambient faisant preuve de la même "délicatesse monolithique" qu’ Aneira (si si, ça existe, écoutez donc ces deux albums et vous verrez) et dont les crescendos tout aussi pesants et abstraits (aucun instrument n’est reconnaissable) mais nettement plus troublants et inquiétants privilégient les lignes épurées de basses fréquences sourdes et grondantes, peu à peu rongées par les saturations venteuses (Westan) et autres stridences spatiales (Ostan) dans un afflux progressif de bruit statique.


Deux albums qui demanderont donc comme c’est souvent le cas avec le drone un certain isolement sensoriel propice à l’abandon, mais ne manqueront pas d’impressionner ceux qui sauront déposer les armes et se laisser porter par les captivantes atmosphères de ces sombres courants.


Streaming du jour - 18.02.2013 par RabbitInYourHeadlights
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