19. Orouni

Bee Movie.



Orouni - Panic at the Beehive feat. Mlie

On avait découvert Orouni en début d’année avec son premier album A Matter Of Scale qui dévoilait un songwriter attachant à l’univers singulier et incroyablement doué pour composer des mélodies au charme irrésistible. Pour clôturer ce Fresh & French Tour, Orouni nous parle de ses projets, de sa cuisinière, de son amour pour les New Pornographers, des filles qui imitent le chant des sirènes et nous offre Panic At The Beehive, le genre de chanson totalement addictive, d’apparence faussement naïve mais qui fourmille de mille détails.


Indierockmag : "France" et "2007", qu’est ce que ça t’évoque ?

On avait dit pas de politique...

Indierockmag : Sur un plan plus personnel, qu’a représenté cette année pour toi ?

Je doute que ma vie personnelle intéresse les lecteurs d’Indie Rock Mag, mais puisqu’on me le demande, j’ai reçu un capo en forme de toucan pour mon anniversaire. L’autre soir, tout mon immeuble a subi une coupure d’eau et le soir d’après, les plombs de ma cuisinière ont pété. Je pense qu’on essaie de me faire comprendre quelque chose, là haut.

Sinon, cet été, je suis allé aux Etats-Unis, et The Limes ont enfin été réunis dans la vraie vie. C’est l’un des événements marquants de cette année pour moi.

Orouni- Kiss The Flower

Indierockmag : Peux tu nous citer et parler en deux mots de tes trois albums et de tes trois chansons préférés de l’année ?

PJ Harvey - White Chalk

Pour être honnête, je ne connais pour ainsi dire pas ce que la demoiselle a fait avant cet album. J’avais essayé d’écouter ses disques précédents, mais n’accrochant pas, je n’ai pas persévéré. Arrive cet album, et là c’est vraiment le choc. Une sensibilité palpable, elle a appris à jouer du piano on ne sait pas comment, et les chansons sont empreintes d’un tel mystère... The Devil est vraiment magnifique, le couplet, puis le refrain ("come here at once") qui monte encore en puissance, bref c’est sublime. Sur Silence, elle fait ce qui peut s’apparenter à des polyphonies corses. Et puis tout au long du disque, il y a ce son de piano avec une reverb très particulière. Là je réécoute Grow Grow Grow, la troisième de l’album, et il y a des arpèges de malade (c’est pas possible que ce soit elle qui joue), limite Muse, mais non ça reste du côté du bon goût... quelle classe.

The New Pornographers - Challengers

C’est un groupe fondamental pour moi. Même si on ne joue pas tout à fait dans la même catégorie, ils m’inspirent énormément et je reste béat d’admiration devant beaucoup de leurs chansons. Leur premier album, c’était quelque chose de direct, de la power pop à déguster sur place, mais qui restait quand même assez longue en bouche. Et puis, au fur et à mesure des disques, les morceaux se sont dégustés de plus en plus froids. Ils étaient moins immédiats, mais à partir de la vingtième écoute, il se passait quelque chose. Je dois dire qu’avec cet album encore plus qu’avec les autres, j’ai eu du mal au début. Mais quand la beauté de Go Places ou Adventures in Solitude m’a frappé, elle l’a fait de plein fouet.

Feist - The Reminder

Je bats ici ma coulpe, car j’ai pensé pendant un certain temps que Feist était une chanteuse aseptisée, faite pour les trentenaires qui travaillent dans le marketing et écoutent ce qu’on leur sert. Par la suite, j’ai écouté avec attention, et il s’avère que c’est vraiment une compositrice d’exception. Elle est capable de composer des chansons lentes d’une sophistication incroyable aussi bien que des pop songs très catchy. Et en concert, grosses claques à chaque fois.

Animal Collective - Peacebone

Je sens que ce top est pour moi l’occasion de me repentir assez sévèrement, car lorsque j’ai commencé à écouter Animal Collective, je ne supportais vraiment pas. Puis j’ai mûri (telle une fraise au soleil), et avec l’album Strawberry Jam, ça a vraiment été la révélation. C’est rare à notre époque, mais ils ont vraiment un truc à eux, un son, quelque chose qu’ils ont inventé. Les chansons, déjà, sont très bonnes, et ensuite ils produisent vraiment des arrangements de taré. C’est à la fois pop et hypnotisant, et personnellement je comprends qu’on puisse entrer en transe à l’écoute de cette musique.

The National - Racing Like A Pro

J’ai redécouvert cette chanson en me repassant les disques de The National pour leur concert du 14 novembre à l’Elysée Montmartre. Je faisais les cent pas dans ma chambre, et je crois que je me suis arrêté net quand est venu le premier "you’re dumbstruck baby". C’est une chanson qui a la classe absolue, comme tout ce que fait The National. Les cuivres, le piano de Sufjan Stevens, les cordes, la voix de Matt Berninger... Et du point des vues de paroles, il est question de problématiques auxquelles je suis assez sensible.

Of Montreal - Heimdalsgate Like a Promethean Curse

Je pensais que ce serait bien d’avoir une thématique pour ce top 3, donc j’ai choisi différentes chansons qui avaient "Like a Pro" dans leur titre. A part ça, ce morceau, c’est le riff qui tue, c’est la chanson pop qui vous donne envie de danser, bref, quelque chose de très efficace, immédiat, et en même temps très travaillé. Ce qui est marrant avec Of Montreal, c’est qu’ils ont une tripotée d’albums, et jusqu’ici ils avaient plutôt fait de la pop sixties (avec un songwriting vraiment exceptionnel et des arrangements baroques). Je ne comprenais pas pourquoi ils n’étaient pas plus connus. Avec le succès de cet album, je me suis demandé si du coup il fallait impérativement faire un disque de synth pop pour réussir. Mais finalement, ça montre qu’avec de la persévérance, une constance dans la qualité, et certaines prises de risque, le succès (relatif) peut finir par arriver.

Indierockmag : Côté français, y a t-il un artiste ou un groupe qui t’inspire plus particulièrement ?

Spontanément, je dirais (Please) Don’t Blame Mexico. J’ai tous ses disques et je l’ai vu un certain nombre de fois en concert, le point culminant étant celui du Pop In début octobre. C’est vraiment un compositeur doué, et il est très bien entouré, ce qui fait que ses deux EPs sont vraiment réussis. Au départ, on ne peut pas dire qu’il ait été une influence pour moi, mais récemment, lorsque j’étais en train d’enregistrer la chanson Panic at the Beehive (en écoute avec cette interview), je me suis dit "mais ce riff d’orgue fait très (Please) Don’t Blame Mexico !". J’espère qu’il ne va pas mal le prendre. Je pense donc qu’il m’inspire dans la mesure où ses chansons sont réjouissantes, subtiles et à la fois puissantes.

Je suis également assez enthousiasmé par le groupe Kawaii, avec qui j’ai pu partager diverses scènes (un trottoir du 18ème arrondissement à Paris, un tapis de salon à Lille...). Leur mélange d’électro, de pop, d’instruments jouets et de rock est un cocktail qui vous fait pas mal tourner la tête. En plus, ils organisent toujours des concerts pour d’autres groupes, et ils sont également derrière le label MonsterK7, souvent à l’origine d’initiatives de malade (compilations sur le thème du toy piano, soirées au Divan du Monde...).

Je pense aussi à Top Montagne, groupe que j’aime particulièrement pour son univers unique : mélodica, guitare, glockenspiel, paroles en russe ou italien... Et également Quetzalli, qui sous l’influence du collectif Elephant 6, produit une musique assez démente à base de guitares folk tournoyant dans tous les sens.

Mention spéciale à David, membre de The Limes et Toy Fight, qui a déjà écrit des chansons formidables pour les deux groupes, et qui, on peut le dire, m’inspire particulièrement. Il me dit quand un morceau n’est pas top, ce qu’il serait possible de faire pour l’améliorer, et aussi quand il trouve ça réussi. L’autre jour, par exemple, j’ai écrit un couplet un peu bossa nova, et je pense que c’était sous son influence. Ce n’est pas un artiste/groupe à part entière, mais le jour où il sortira un album solo, ça peut faire mal. Du coup je lui pardonne même le fait d’aimer les chansons de Dan Bejar sur les albums des New Pornographers.

Je conclus par MiLK & Fruit Juice, qui même si je suis un de ses premiers fans, est bien plus qu’une inspiration : nous nous envoyons nos démos, échangeons des avis sur pas mal de trucs... Comme je ne m’y connais pas en matos, il me conseille tel ou tel produit. Et j’espère (sans lui mettre la pression bien sûr) qu’il va bientôt finir son nouvel album, car il s’annonce très réussi...

Orouni- In The Old Days Of Our New Life

Indierockmag : Peux tu nous dire quelques mots sur le morceau que tu as choisi pour la compil’ ?

Ce morceau est tout frais. A l’heure où j’écris ces lignes, c’est le titre le plus récent que j’aie, même s’il subsiste des imperfections. Les deux mélodies principales me sont venues alors que je faisais complètement autre chose (oui oui, je ne vis pas de ma musique), en général j’aime bien quand ceci arrive. Le riff de boîte à musique me rappelle un peu The Hidden Cameras, les oooh sont peut-être dus inconsciemment aux Pixies, les choeurs en waooou sur le passage calme sont très certainement pompés à Supergrass, et le rythme du tambourin quand la tonalité change brusquement m’a fait penser à du Gainsbourg sixties. Autant dire que cette chanson est un plagiat éhonté de pas mal de trucs que j’ai pu écouter.

Quand j’ai présenté ce morceau à Mlie, la distribution des voix s’est mise en place assez rapidement, on a vite senti les endroits où ce serait bien qu’elle pose la sienne. D’ailleurs sa voix est indispensable car à certains moments, notamment au début (certains diront "tout le temps", mais c’est une autre histoire), la mienne, seule, était vraiment horrible. C’est Mlie qui a suggéré de chuchoter au milieu de la chanson, et je trouve que ça rend plutôt bien. Sinon, elle compte apparemment aussi au nombre de ses talents la faculté d’imiter la scie musicale/le chant des sirènes.

Quant aux paroles, elles parlent visiblement d’une abeille qui a sauté par la fenêtre de sa ruche alors que son conjoint voulait l’amener chez le médecin.

Indierockmag : Quelques mots également sur tes projets pour 2008 ?

Je sens que cette année, je vais aller à Madrid. Et sinon, je serais très content d’à la fois boucler mon deuxième album et un disque pour The Limes, que ce soit un EP, un triple live, ou un recueil de chants de Noël.

 

Etape du : 19/12/2007 - commentée par Aurelien

 


Réactions à la rédaction

Je rajoute à la liste des plagiats de Panic At The Beehive le tempo de chevauchée du Tonight We Fly de The Divine Comedy... Non, plus sérieusement on l’adore Orouni, à l’image de son premier album A Matter Of Scale sorti l’an dernier, c’est tellement frais et naturel ce qu’il fait, comment ne pas être touché ? (rabbit)

La compil’ aurait pu se terminer avec Maison Neuve, j’aurais pleuré, avec Polarsun aussi, et finalement c’est Orouni qui l’air de rien me fait pleurer de joie. Du mariage vocal aux choeurs légers, on en oublierait presque le petit fourmillement qui défrise la mélodie. Un véritable régal pour l’auditeur. (indie)


Télécharger la compilation

2007 Fresh & French Tour

Tout est dans le titre, cette fin d'année 2007 sur indierockmag sera fraîche et française. En effet, la rédaction et 19 groupes/artistes de l'hexagone ont choisi de s'associer pour quelques festivités.

Mini-interviews sous forme de bilan, mp3 rares ou inédits, du 1er au 19 décembre, vous ne passerez pas une seule journée sans faire une belle découverte.

L'arrivée prévue le 20 décembre sera l'occasion pour vous de télécharger notre toute première compilation, un cadeau offert avec coeur par tous les artistes et notre équipe. On ne vous en dit pas plus, les amateurs de musique que vous êtes seront au rendez-vous.


revue de presse

une brillante idée pour terminer l’année 2007 (jamais pareil - La Blogothèque)

La France aux chansons ... Au programme de ce beau festin (Voxpopmag)

leur version bien à eux du calendrier de l'Avent (Popnews)

une compilation qui réveille les oreilles curieuses (Label Blog Up Musique)