Top albums - mars 2010

Ils les ont plébiscités lors du dernier vote mensuel du Forum Indie Rock et vous font aujourd’hui partager ces récents coups de cœur ou découvertes : six rédacteurs, six albums dont quatre ex-æquo sur la troisième marche du podium, six univers on ne peut plus éloignés, il fallait bien ça pour contenter nos envies musicales diverses et variées en ce début de printemps.


1. Broken Bells - Broken Bells

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Dire que cette réalisation de Broken Bells était attendue, est un doux euphémisme. La découverte du premier single The High Road, une véritable embellie ensoleillée et enchanteresse comme l’on en entend rarement, n’a fait qu’attiser nos papilles surtout que l’on avait déjà croisé James Mercer, leader de The Shins, et Brian Burton, producteur connu sous le nom de Danger Mouse, sur le remarquable projet Dark Night of The Soul, collaboration qui n’était pas passée inaperçue l’an dernier sous l’égide de Sparklehorse.

Et même si l’on n’apprécie pas particulièrement The Shins, il faut avouer que le résultat lumineux tient pour une fois toutes ses promesses, brisant ainsi toutes les barrières des genres que sont la pop, la folk, l’électro et la soul. Avec un plaisir non dissimulée, on a l’impression de retrouver les mélodies bancales et ambitieuses d’un Badly Drawn Boy en grande forme sur lesquelles James Mercer vient poser sa voix avec un charme indéniable. Il ne faut pas oublier Danger Mouse qui est en grande partie responsable de cette réussite quand on voit qu’avec un seul titre à savoir The Ghost Inside, il fait la nique au dernier et décevant opus de Gorillaz où l’on sent Damon Albarn bien orphelin de son compère.

Si l’on revient sur cet album éponyme, il n’y a évidemment pas d’équivalent au single annonciateur mais le reste des titres a fière allure, et on peut même dire que la fin est tout aussi belle si ce n’est plus avec un Mongrel Heart enchaînant idéalement après The Mall & Misery qui voit les envolées d’Ennio Morricone épouser la rythmique post-punk de Gang Of Four, étonnante association comme l’est finalement ce duo Mercer/Burton, que l’on n’espérait pas si brillant.

(darko)


2. Autechre - Oversteps

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Le moins que l’on puisse dire, c’est que l’on était à mille lieues d’imaginer le contenu d’ Oversteps. Même si, paradoxalement, Rob Brown et Sean Booth n’ont pas attendu ce onzième album pour se frotter à l’ambient (difficile d’ailleurs de ne pas penser à Amber par moments) et faire une musique autre qu’un vortex furieux de rythmes, de sons et d’idées s’éparpillant dans tous les sens, le côté recueil de comptines numériques désarçonne de prime abord. C’est qu’après des années de contorsions binaires, d’enchevêtrements, d’explorations et d’empilements, de bleep en veux-tu en voilà, de machines poussées dans leurs derniers retranchements, les circuits en surchauffe permanente, cet album aux compositions fluides et limpides montre un Autechre apaisé et, allez, osons le mot, presque accueillant.

Pourtant, à bien y regarder, on retrouve dans Oversteps toutes les facettes d’Autechre : de la longue rêverie ambient introductive R Ess aux collages improbables, déroutants et virtuoses qui ont fait la réputation du duo (Os Veix3, Ilanders, Yuop), de l’étrange et douce berceuse Qplay pourtant parcourue d’une lame de fond électronique des plus tranchantes au singulier clavecin cliquetant de Known(1) qui rappellent qu’avec Autechre, rien n’est jamais simple et que c’est précisément pour ça que le duo nous attire.

Oversteps est un labyrinthe complexe dont les chemins mènent aux dix opus précédents, plein de chausse-trappes mais construit avec sérénité. On entre dans l’album par l’œil noir imparfait de sa couverture et on finit par s’y perdre complètement. Envoutés. Et on y revient plus que de raison, mais non pas cette fois-ci pour essayer d’en comprendre vainement l’architecture sonore mais parce qu’on s’y sent bien. Car avec Oversteps, les machines flânent, presque tranquilles, et on n’a qu’une envie : déambuler avec elles en écoutant leurs petites histoires qui, au final, nous touchent en profondeur.

Fascinant. Définitivement.

(leoluce)


3. Titus Andronicus - The Monitor

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Deux ans après le salutaire et rageur The Airing Of Grievances, Titus Andronicus aka Patrick Stickles revient avec ce passionnant Monitor, concept-album consacré à la guerre de Sécession. Pour faire simple, Titus Andronicus pourrait être le quatrième larron d’une Saint-Patrick avinée entre Bruce Springsteen, Shane MacGowan et Jeff Mangum. La scène aurait de la gueule.

Mais attention, The Monitor n’est pas un album de folk irlandisante, non, The Monitor est punk ! Un punk épique et transpirant, un punk pour pleurer dans sa bière avant de l’exploser contre le mur. Patrick Stickles chante, hurle à s’en brûler les cordes vocales mais il véhicule une telle émotion qu’on ne peut que penser à des chef-d’œuvres de tristesse intérieure comme Nebraska ou In An Aeroplane Over The Sea.

Bien sûr il y a du déchet comme dans tout projet sincère, ce paillard Titus Andronicus Forever par exemple pourrait être un tube dans le Kop Boulogne... Mais mine de rien, Titus Andronicus reconstruit le punk un peu comme Fucked Up (morceaux longs, envolées lyriques à la Arcade Fire), en y apportant une dimension de souffrance supplémentaire.

(Spoutnik)


3. Burzum - Belus

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Après plus de quinze années passées en prison pour meurtre (excusez du peu), Burzum aka Varg Vikernes revient. Si on m’avait dit qu’un jour je flasherais sur un album de black metal, j’aurais ris au nez de l’impertinent et pourtant ce Belus m’a très fortement impressionné.

Passons sur les références mythologiques chères aux fans de black metal, Belus est un vrai chef-d’œuvre : un disque minimaliste, atmosphérique, froid et mystérieux. La cohérence des 11 morceaux est assurée par une rythmique lente et entêtante, si bien qu’on ne peut s’empêcher de penser à Sunn O))) en l’écoutant.

Belus est un monument de noirceur porté par un chant grave et ensorcelant. Varg Vikernes aurait-il inventé le post black metal ?

(nono)


3. Greg Haines - Until The Point Of Hushed Support

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Le deuxième album de Greg Haines a été enregistré dans une église pourra-t-on apprendre. Et quel meilleur endroit qu’un lieu consacré pour capter la divine musique de l’anglais ?

Vivant à Berlin, on se dit qu’il a pu être influencé par des compositeurs contemporains teutons tels que Max Richter. Mais ses premières influences revendiquées sont à rechercher aux Etats-Unis et dans la musique minimaliste avec des noms tels que Steve Reich et Philip Glass. Pourtant, c’est dans le travail d’un compositeur bien de chez lui (enfin presque) en la personne d’Arvo Pärt que Greg Haines a trouvé sa plus grande source d’inspiration. Mais tous ces noms sont liés et le jeune homme se situe là, à la croisée des chemins entre ambient, néo-classique, musiques minimalistes voire électroniques. Ce nouvel opus, magnifique progression par rapport à Slumber Tides sorti en 2006, nous embarque dans un sombre voyage. Les quatre pistes de l’album, au fil d’une montée en puissance progressive, délivrent une œuvre terrifiante de noirceur. Cordes et drones se superposent en une trame sonore aussi intense que désespérée et l’on se complait à sombrer dans ce tourbillon d’émotions négatives. Heureusement, la dernière montée de Until The Point Of Least Resistance nous laisse entrevoir une lueur d’espoir salutaire.

Si vous avez le malin plaisir de vous morfondre au son des musiques les plus noires lors des moments de moins bien, et si vous aimez encore plus la sensation de réconfort que peut vous offrir un rayon de soleil un jour de pluie, alors vous pourriez bien considérer Until The Point Of Hushed Support comme un chef-d’œuvre.

(Carlo)


3. Two Door Cinema Club - Tourist History

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Rapide, léger, brut, concis. Et labellisé Kitsuné, avec Philippe Zdar de Cassius aux manettes. A l’image du touriste qui, depuis le big bang de la société de consommation, veut toujours plus en un temps record, Two Door Cinema Club aime l’instantané, la pop fraîche, déjà entendue peut-être mais rebranchée aux guitares express de 2010 teintées d’électro. Ici, on ne s’embarrasse pas de bricoles inutiles, de prétention grandiloquente ou de recherche musicale superflue.

Sur This Is The Life ou Do You Want It All ?, on a même tendance à répéter plusieurs fois la même chose, histoire d’être certain d’avoir été compris, mais sans avoir peur de lasser car l’efficacité est là. Cigarettes In The Theatre, I Can Talk ou What You Know veulent précipiter les oreilles de l’auditeur dans un son franc et immédiat qui pourrait rappeler, sans comparaison trop facile, nos versaillais de Phoenix. Undercover Martyn ou Eat That Up, It’s Good For You présentent un accompagnement moins structuré qui laisse plus de place à la digression sans s’égarer pour autant. Quant à Something Good Can Work, il a l’aura du titre pop qui déchaîne bras et jambes.

Vous l’aurez compris, ces irlandais là font une musique honnête et directe, signant avec Tourist History un disque plus qu’homogène. Peut-être que dans quelques mois, à force d’avoir trop consommé (et trop vite), le touriste ira se reposer un peu, quitte à oublier dès l’an prochain ses dernières vacances. Mais dans trois, ou sept ans qui sait, il reviendra en ces lieux survitaminés histoire de se rappeler ces heures précieuses, libres et juvéniles. Et d’ici là, très certainement, les TDCC nous auront régalés d’une nouvelle galette, mois formatée et animée d’une ambition plus expérimentale. En attendant, on savoure sans crainte.

(indé.pdt)