Un naufrage rêvé sur Les Marquises

Entretien avec Jean-Sébastien Nouveau, tête pensante à l’origine d’un archipel musical inquiet et fougueux, Les Marquises. Cartographie détaillée de leur premier album, Lost Lost Lost.

Il y a parfois des disques comme ça où tout paraît simple de prime abord. Une première écoute distraite qui accroche l’oreille, on s’y sent bien, on passe un bon moment et donc, un peu comme dans la vie, on y revient. Mais cette fois-ci, c’est légèrement différent. Une certaine complexité affleure, à laquelle on n’avait pas forcément prêté attention la première fois. Cette fois-ci, on essaie de comprendre. Nouvelle écoute donc, et là, on commence à faire attention aux détails, nombreux, qu’ils soient cachés dans les mélodies, les arrangements ou dans l’enchaînement même des morceaux. Et sans que l’on s’en rende bien compte, le disque prend tout son sens et l’on comprend alors que la simplicité du début n’était possible qu’avec cette complexité qu’elle cache. Il en va ainsi de Lost Lost Lost, premier album d’un groupe tout neuf : Les Marquises.

Un groupe tout neuf, certes, mais dont les membres ont déjà un parcours musical conséquent. Un trio formé d’un Américain, Jordan Geiger (d’Hospital Ships et de Minus Story) et de deux Français, Jonathan Grandcollot (Pan Pan Pan, Robe Et Manteau) et Jean-Sébastien Nouveau (Immune, Recorded Home et Colo Colo). D’ailleurs, Les Marquises est un peu la créature de ce dernier. On lui doit le nom de la formation (une référence à Jacques Brel mais pas seulement) et les morceaux de Lost Lost Lost, qu’il a imaginés, écrits, transformés en démos et enregistrés.

- Indie Rock Mag : Jean-Sébastien, tu fais partie de plusieurs formations déjà, peux-tu nous en dire un peu plus sur ce qui t’as poussé à mettre sur pieds Les Marquises ? Et pourquoi cette référence à Jacques Brel ?

- Jean-Sébastien Nouveau : J’ai commencé à travailler sur les démos des Marquises juste après avoir terminé Not Until Morning avec Immune. Après cet album très mélancolique et contemplatif, j’ai eu envie d’autre chose, quelque chose de plus marqué, et moins « inoffensif ». En gros, je voulais sortir d’une certaine neurasthénie et revenir avec quelque chose de plus offensif. Je rêvais de faire un disque intense, physique, frontal et saisissant, et pour lequel - pour sortir de ma bulle - je collaborerais avec d’autres musiciens.
J’ai alors présenté mes démos à Jonathan et nous avons commencé à arranger les morceaux ensemble. Puis, dans la foulée, j’ai recherché un chanteur pour le disque. J’avais demandé à Jordan donc, mais aussi Stuart Staples (de Tindersticks), Chris Adams (de Hood), et le chanteur de Crescent. Jordan a vite été partant, et donc très vite la collaboration s’est mise en place. Mais c’est certain que le disque aurait pris une autre direction si par exemple Stuart Staples avait chanté !
En ce qui concerne le nom « Les Marquises », c’est une référence au morceau et à l’album de Jacques Brel que j’ai découvert au moment de travailler les démos, mais aussi une référence à l’archipel des Marquises. Quand j’ai appris que cet archipel était le plus éloigné de tout continent, cette idée m’a beaucoup séduit, et beaucoup inspiré.


Le groupe explique sur la page d’accueil de son site que cet album se veut un hommage à l’œuvre tout aussi incroyable que méconnue du peintre américain Henry Darger. Une œuvre brute alors que Lost Lost Lost, sous son aspect lui aussi brut de prime abord, évoque plutôt l’enluminure sonore.

- Est-il une muse qui a inspiré le son des Marquises (ce grain très particulier qui habite chaque morceau, un peu « sale » mais très vivant) voire sa musique, ou bien son influence se retrouve-t-elle plutôt dans les vidéos qui illustrent chaque morceau ? À quel niveau Henry Darger intervient-il dans Les Marquises ?

- J’ai découvert l’œuvre d’Henry Darger en visitant le musée d’art brut de Lausanne pendant que je travaillais sur les démos. Son œuvre m’a tout de suite séduit et inspiré, et je me suis ensuite empressé de me procurer un catalogue de ses œuvres. Quand je me sentais bloqué sur un morceau, je regardais ses peintures et il me semblait trouver des solutions aux impasses que je rencontrais. Les thématiques développées dans son œuvre, ainsi que l’esthétique, le grain de ses dessins m’ont influencé à n’en pas douter. J’ai même recherché quelque part à ce que son œuvre me traverse pour traverser ensuite la musique.
En revanche, en ce qui concerne les vidéos, je n’ai parlé de Henry Darger à personne. Chacun était libre d’aborder les morceaux par l’angle qu’il souhaitait, et de réaliser la vidéo qu’il souhaitait.


Mais l’apport prégnant des Arts Visuels dans ce projet ne s’arrête pas à Henry Darger. Les morceaux de l’album sont quant à eux illustrés par une vidéo. Chacune est l’œuvre d’un artiste différent et chacune possède une dominante chromatique.

- Est-ce toi qui a imposé ce procédé de bichromie et qui a choisi les couleurs (nous te savons passionné de cinéma) ? Ou bien les artistes à qui on les doit avaient-ils carte blanche ? D’où te vient cette très belle idée d’associer musique et vidéo ? L’envie d’apporter une dimension supplémentaire à la musique avec le risque réel de trop suggérer alors que la musique est par essence polysémique (et qu’on la ressent donc tous de façon différente) ?

- La bichromie était la seule contrainte que j’ai donnée aux vidéastes. Après, en ce qui concerne le choix des couleurs, je les ai laissés choisir. Mais tout s’est très bien combiné, car tous ont choisi une couleur différente ! Bon, en finalisant sa vidéo, David - qui a réalisé celle de Comme Nous Brûlons - aurait préféré la passer en rouge, mais ça a été le seul souci rencontré. Et je pense que cette couleur bleue au final sied parfaitement à sa vidéo.
Cette idée d’associer musique et vidéo m’est venue en tête une fois le disque achevé. Je ne sais plus exactement comment tout cela est venu sur le tapis cependant… Je me rappelle juste que tout a débuté avec le projet de film de Perrine. On a évoqué quelques idées très séduisantes pour une éventuelle vidéo pour Sound And Fury (dont celle de la réaliser en Italie dans une maison abandonnée dans la région des lacs !), et le projet de faire réaliser une vidéo par morceau est apparu assez naturellement.
En ce qui concerne le risque de trop suggérer par la vidéo, là où la musique seule offre plus de pistes de lecture, je savais que le choix de montrer ces vidéos en bichromie seulement éviterait ce risque. Quelque part, ne montrer des images que par un filtre spécifique sous-entend que d’autres images existent.

- Comment s’est fait le choix des artistes qui ont filmé ces vidéos ? Les connaissais-tu avant ce projet ?

- Ce sont tous des proches en réalité ! Mis à part David Schuman (qui a réalisé La Terra Trema) que j’ai connu par internet, et qui, par le passé, avait déjà réalisé quelques vidéos pour Not Until Morning d’Immune.
Beaucoup des vidéastes qui ont participé à ce projet sont des amis que je connais depuis la fac où nous étions tous en cinéma à Lyon.


Mais peut-être est-il temps d’entrer dans le détail de ce disque singulier dans la façon qu’il a de suggérer une tension permanente, au diapason du travail d’Henry Darger, en utilisant une multitude d’instruments acoustiques (trompette, clarinette, guitare acoustique) solitaires ou empilés les uns sur les autres, de sons trafiqués, de claviers funèbres ou disloqués qui batifolent au-dessus d’une rythmique très fine et travaillée. Tour à tour calmes et alertes, ces morceaux inquiets montrent une grande diversité dans leurs arrangements et dans les moyens utilisés pour aboutir au climax souhaité. Un travail d’orfèvre.

Only Ghosts

Premier morceau, Only Ghosts. La couleur est jaune. Un titre qui alterne passage minimaliste (ouverture sur un dialogue orgue/batterie, quelques notes de basse au diapason et la voix très particulière de Jordan Geiger, un peu comme un cri murmuré) et empilement d’instruments (avec, notamment, une superbe trompette légèrement dissonante). Un morceau puissant.

- Qui est à l’origine des arrangements ? Tu as écrit les lignes de chant et tu ne pouvais pas mieux tomber qu’avec la voix de Jordan qui s’accorde parfaitement au son des Marquises. Pourquoi lui ?

- C’est un morceau important car c’est le premier du disque, mais aussi le premier que j’ai travaillé. Je l’ai arrangé avec Jonathan. Nous avons passé beaucoup de temps à ajouter de petits détails : larsens lointains, sons de dictaphones, sifflements de clarinettes… Sur ce morceau il y a aussi eu un vrai travail sur les rythmes. Nous avons aussi passé un certain temps à mixer toutes nos batteries ensemble ! Je suis très fier de ce morceau musicalement parlant, mais aussi pour ses paroles. Je les ai écrites en m’inspirant des thématiques d’Henry Darger, et en essayant de me placer du point de vue des petites filles qui se font massacrer dans ses dessins. J’ai imaginé que celles-ci devaient être mortes de peur et de frayeur, mais qu’en même temps aussi, l’excitation devait être grande. Quand on vit dans la peur d’une menace, je pense qu’inévitablement on se met à la désirer en même temps. Je crois que c’est toujours ainsi que ça se passe. Ce qui nous fait peur, certes nous effraie, mais nous attire aussi terriblement, et une partie de nous souhaite toujours, et fantasme sur sa réalisation.
Sinon, je pense que la voix de Jordan sied bien au disque en effet. Son côté « coq châtré » amène la fragilité, la maladresse nécessaire pour que tout cela reste touchant, humain et frappant.

La Terra Trema

Le second apparaît presque comme un interlude. D’abord il est très court. Sa couleur est rouge. Presque une oraison funèbre et cette voix murmurée, qui tranche donc avec le titre précédent. Ici tout est retenu.

- Une volonté de ta part d’avoir une accalmie à ce moment-là, peut-être pour mieux introduire le morceau suivant ?

- Après le départ en trombe d’Only Ghosts et son festival de batteries, je voulais tout de suite calmer le jeu comme pour créer un faux départ ou indiquer à l’auditeur que les choses ne seraient pas aussi simples qu’il pourrait le croire… Ainsi, d’entrée de jeu La Terra Trema prend le contre-pied complet d’Only Ghosts, on passe d’un morceau rythmé, chanté, rapide et foisonnant avec des instruments acoustiques, à un morceau minimaliste, instrumental, très lent et à dominante électronique.
Pour structurer l’album, je me suis inspiré de disques que j’aime et que je trouve particulièrement bien conçus. Ainsi j’ai pensé aux quatre premiers morceaux de Kid A de Radiohead qui s’équilibrent parfaitement, mais aussi à l’album Camoufleur de Gastr Del Sol que je trouve magnifiquement bien mené dans son alternance de couleurs et d’humeurs.
En tout cas, j’ai vraiment appréhendé cet album comme tel plutôt que comme une collection de morceaux. Chaque titre a sa place, et chaque morceau supporte l’édifice qu’est Lost Lost Lost.

Sound And Fury

Le morceau violet, le plus « pop », presque conventionnel mais en fait, évidemment, pas du tout. Il en sourd une inquiétude palpable. Peu de points communs, en dehors de la mélodie, entre le début funèbre et la fin retenue. On pense très fort à Rhys Chatham.

- Une influence ? Et d’ailleurs, si influence il y a, de quels artistes rapprocherais-tu Les Marquises ou encore qu’écoutais-tu au moment d’écrire et d’enregistrer ces morceaux ? C’est aussi le premier titre à avoir bénéficié d’une vidéo. Pourquoi ce morceau-là ?

- J’ai mis vraiment beaucoup de temps avant d’avoir la structure définitive de Sound And Fury ! Ça a été long, mais je suis vraiment content du résultat. Particulièrement du passage à l’orgue avant l’arrivée des trompettes, et du thème développé par les trompettes justement. La fin m’a beaucoup amusé aussi, car j’ai eu l’idée saugrenue au dernier moment de mettre en fond sonore les sons d’un échange de tennis dans un stade avec le bruit du public qui frémit. J’ai donc tapé sur internet "échange tennis le plus long", et ai enregistré le son de la vidéo. Et plus l’échange dure, plus on entend le bruit du public faire des « oh » et des « ah » de frémissement. Après, j’ai passé le son dans un delay donc on ne reconnaît pas de quoi il s’agit, mais j’ai trouvé ça amusant de glisser cet évènement tout à la fin. D’autant plus que par la suite, ce petit arrangement nous a donné – à Perrine et à moi – l’idée de réaliser une vidéo dans laquelle il y aurait un faux échange de tennis entre deux personnes (un peu comme à la fin de Blow Up d’Antonioni d’ailleurs !).
Pendant la conception du disque j’ai été marqué par plusieurs découvertes ou redécouvertes : Jacques Brel, Moondog, Can et Silver Apples.
Sinon, j’écoutais aussi Robert Wyatt, Gastr Del Sol, Talk Talk

This Carnival Of Lights

Couleur orange. Un titre légèrement plus court, comme le deuxième. Très mélancolique. La voix souffreteuse. Le morceau est léger dans son instrumentation, presque comme un murmure au sein du disque.

- Est-ce une volonté de construire le disque comme cela, avec une alternance de morceaux plus « explosifs » et plus longs et d’autres plus retenus et légèrement plus courts ?

- Avec ce morceau je voulais marquer une nouvelle pause avant de repartir sur Comme Nous Brûlons qui est un peu le morceau sans concession du disque. Du genre « la tête dans le guidon, je foncerai dans le mur ! ».
This Carnival Of Lights est sans doute le morceau le plus mélodique de l’album, le plus simple et mélodieux. Je l’ai écrit en ayant en tête des images très précises. J’imaginais une communauté de gens habitant sur une île recluse de tout qui vivrait au rythme de rites aliénants, et qui serait hantée par la peur d’une menace extérieure. J’avais à ce moment là en tête l’idée du film The Village. Le film est vraiment moyen, mais l’idée de base est très très bien !

Comme Nous Brûlons

Comme Nous Brûlons, couleur bleue : introduction avec des drones de trompette incroyables (Rhys Chatham encore) puis la batterie déboule, ici pas de voix. Musique minimaliste mais foisonnante, ce qui n’est pas banal : trompette, basse, orgue, il n’en faut pas plus pour dresser un mur de sons finement ciselé. Une réussite, un morceau impressionnant.

- Pourquoi cette absence de chant ? Ce morceau a fait l’objet d’un magnifique remix par Gareth S. Brown. D’où le connais-tu ? Et comment s’est passée cette collaboration ?

- Je pense qu’il n’y avait pas besoin de chant en fait. Le morceau marche bien comme ça et est un peu huilé comme une machine qui avance coûte que coûte, écrasant tout sur son passage. Ce morceau a une structure très simple, fonctionnant par accumulation et sur une mélodie assez évidente. Mais ce qui comptait vraiment pour ce titre, c’était de créer une tension croissante qui devienne presque physique jusqu’à ce que ça devienne quasi insupportable et sans fin, sans issue. Et je crois que ça marche ! Ce dont je suis assez fier… Même si quelque part c’est assez bizarre, car c’est pour agresser l’auditeur ! Le remix de Gareth est effectivement très bien, et très original. Il s’est complètement approprié le morceau pour en faire totalement autre chose. Le morceau a ainsi une autre humeur, une autre couleur… Ce fût une très belle surprise !

Terrible Horses

Terrible Horses, sixième et dernier titre : un orgue solennel, le grand retour de la voix en duo avec cet instrument. Là aussi, un morceau très travaillé, avec une longue montée en puissance synthétique tout en gardant un apport organique important que l’on imagine déboucher sur une explosion qui ne vient jamais. Couleur verte.

- Peux-tu nous en dire plus sur ce titre ?

- C’est le dernier morceau sur lequel j’ai travaillé, et j’ai mis un certain temps avant de trouver comment le faire progresser. Mais je suis très satisfait de son évolution électronique cependant. J’ai trouvé des sonorités originales qui m’ont surpris en les découvrant, ce qui finalement n’est pas si régulier quand on fait de la musique depuis un certain temps ! Je suis aussi assez satisfait de mes paroles. Elles sont très simples mais s’accommodent parfaitement avec la voix de Jordan. C’est une chanson sur la peur des chevaux, mais aussi plus largement sur la peur en général, celle que peuvent engendrer en nous certaines pensées ou certains éléments extérieurs pourtant inoffensifs en soi.


Nous voici déjà au terme de ces six titres. Six morceaux qui nous auront fait passer par monts et par vaux, affrontant des reliefs cabossés et une météo pour le moins taciturne. D’empilements furibards d’instruments en mers lisses et synthétiques, ce premier opus des Marquises frappe un grand coup et à l’issue de son écoute, on ne regrette finalement qu’une chose : qu’il soit si court. Mais là aussi, Jean-Sébastien à une explication...

- Le disque est très court, peut-on espérer une suite ? Si oui, avec ce même line-up ? Nous avons déjà parlé de l’apport fondamental de Jordan Geiger, mais il faut aussi souligner celui, tout aussi important, de Jonathan Grandcollot qui fait un travail incroyable à la batterie (il manipule également d’autres instruments sur le disque) et qui a participé aux arrangements. D’où vient cette collaboration ?

- Il y aura une suite c’est sûr, et je travaille actuellement dessus ! Mais ça sera certainement aussi un album très court… Je trouve que c’est le meilleur moyen d’avoir un propos clair, percutant et précis : que tout soit là, que rien ne manque, qu’il n’y ait rien de trop. Enfin, c’est comme cela que j’aime les disques : quand ils contiennent aussi une part de frustration qui vous fait toujours revenir à l’album, à quelques morceaux chargés de potentialité.
Question line-up pour la suite, rien n’est encore défini. Pour l’instant je travaille des démos, et mon frère qui joue aussi avec moi dans Immune et dans Recorded Home me prête main forte. J’aimerais aussi que Jonathan joue sur le prochain disque, car c’est effectivement un excellent batteur, et il a de très bonnes idées d’arrangements. Pour l’instant il est occupé par ses autres projets, mais j’espère qu’il pourra participer à l’album à un moment ou à un autre.
Pour ce qui est du chant, je ne sais pas encore du tout si Jordan chantera sur le prochain disque… Ça dépendra de l’orientation des morceaux en fait, de ce dont ils ont besoin. Le chant, à priori, aura une place assez particulière dans les prochains morceaux. À voir donc…

- Récemment, Magic RPM nous donnait à entendre un remix solaire et aride signé Angil. Olivier Mellano, Karaocake ou encore Acetate Zero auraient accepté d’y aller de leurs relectures, succédant à Volcano The Bear et Gareth Brown sur votre premier single Sound And Fury. La promesse d’autres maxis à venir ? Peux-tu nous en dire plus sur ces choix (et sur d’autres s’il y en a), sont-ils le reflet de tes admirations du moment ?

- En fait, à la fin de l’année sortira un disque de remixes en téléchargement gratuit sur notre site avec tout ça. Puis suivra un coffret sérigraphié en vente qui contiendra l’album, le DVD, le disque de remixes et une nouvelle inspirée par le disque ! Tout ça pour créer un petit univers où j’espère qu’il fera bon se perdre.
Concernant les demandes que j’avais faites aux remixeurs, je me suis bien sûr orienté vers des groupes dont j’appréciais la musique, la démarche. D’ailleurs il faut croire que mon choix a été bon car pour l’instant tous les remixes sont excellents ! Mon seul regret est que Chris Adams (de Hood et Bracken) n’ait pas pu participer par manque de temps. Il avait remixé un de nos morceaux avec Immune, et j’aurais vraiment aimé qu’il soit à nouveau de la partie. Une autre fois sans doute...

- Tu as monté ton propre label, Lost Recordings, peux-tu nous dire pourquoi ? En outre, le disque de remixes sera disponible gratuitement via votre site, quelle est ta vision sur "l’industrie" musicale, que penses-tu du téléchargement (qu’il soit illégal ou non) et de la place de plus en plus importante des formats digitaux au détriment du CD ou du vinyle (même si ce dernier fait un retour en force impressionnant ces derniers temps) ?

- J’ai monté mon propre label pour être totalement indépendant, et parce que je n’avais tout simplement pas trouvé de label intéressé pour sortir notre disque ! Cependant, être totalement libre et ne rien devoir à personne me plaît beaucoup. Créer un label est un peu un moyen de gagner sa liberté en quelque sorte. C’est sûr, ça a aussi ses limites. Je n’ai qu’un budget dérisoire, mais en travaillant beaucoup, j’espère m’en sortir. Après je me rends compte que les gens sont partants pour télécharger gratuitement, mais beaucoup moins pour acheter ! Ça me parait assez dingue d’ailleurs le décalage entre le nombre de téléchargements atteint par la mise en ligne de notre EP, par exemple, et le peu de retour en terme de ventes de notre album.
Les chroniques sont excellentes, le disque beaucoup écouté sur notre site, sur Deezer, mais j’ai trop l’impression que ça devient un acquis pour tout le monde, la musique gratuite... Personnellement, j’écoute sur Deezer de la musique pour découvrir des groupes, mais si un disque me plaît, au final je l’achète. Après quand on est passionné de musique on achète. Enfin, on achetait... Désormais, même les gens qui se gavent de musique se contentent de MP3. Je suis assez effaré de constater que les gens écoutent de plus en plus de la musique dans des conditions déplorables. Je ne les attaque pas, attention ! Mais les habitudes ont changé c’est tout. Désormais, quand je vais chez quelqu’un, il n’est pas rare d’écouter de la musique directement sur l’ordinateur portable, ou sur de misérables enceintes d’ordinateur... Auparavant, les gens écoutaient au pire de la musique sur des mini-chaînes, et beaucoup avaient une vraie chaîne hi-fi. Mais c’est assez curieux de constater que c’est absolument l’inverse concernant l’image ! Dans ce domaine il y a une vraie course à la haute définition. On se fout de ce que l’on regarde tant qu’on a le matos, et que l’on en prend plein la vue. Étrange tout ça !
Mais concernant l’album de remixes qui sera disponible en téléchargement gratuit, je me demande quand même si c’est une bonne idée de tout mettre en ligne gratuitement comme ça... Quelque part en faisant ça je me tire une balle dans le pied, car évidemment j’en viens à participer au phénomène de gratuité généralisée qui fait que plus rien n’a un prix, et qui fait que j’ai du mal à vendre mon disque...
Je pense que quand je sortirai le prochain disque je réfléchirai mieux à tout ça. Je ne sais pas par exemple si je mettrai le disque en écoute intégrale, et si je le placerai sur Deezer en téléchargement payant. En tout cas j’invite vivement ceux qui aiment Lost Lost Lost à l’acheter en CD !


Et on ne peut qu’en faire de même car Lost Lost Lost est loin encore d’avoir livré tous ses secrets. Et alors que ce disque est de toute façon appelé à tourner très régulièrement sur la platine, on ne peut s’empêcher d’attendre avec impatience la fin de l’année pour pouvoir écouter ces remixes qui offriront, à n’en point douter, une dimension supplémentaire à la musique des Marquises.
Un disque court mais inépuisable.
Un projet fort.


Interviews - 09.11.2010 par leoluce, RabbitInYourHeadlights
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