Uboa - The Sky May Be

1. Standards of Living
2. Thigh High Cat Tights
3. Salivate on Cue
4. I Can’t Love Anymore
5. The Sky May Be (Dementia)
6. The Sky May Be (Entropy)
7. The Sky May Be (Extus)
8. The Sky May Be (Zenith)
Sortie le : 18 octobre 2018
Pour son troisième long format en solo, le premier en 5 ans, l’Australienne Xandra Metcalfe s’éloigne du metal extrême de Jouissance, déjà bien bruitiste, névrotique et dissonant, pour traîner son mal-être du côté du harsh noise et du dark ambient sur un disque aux humeurs bipolaires, capable des saillies vociférantes, grouillantes et abrasives les plus inattendues entre deux plages aux harmonies vocales presque méditatives, à l’image du sommet The Sky May Be (Extus) où la brutalité se fait presque aussi aérienne que chez The Body.
Tirant son inspiration de l’anxiété de vivre dans une société où les individus transgenres continuent d’être stigmatisés et de tout ce qui en découle psychologiquement parlant, de la démence à la dépression, Uboa est en souffrance et The Sky May Be fait de cette douleur un leitmotiv, non sans un brin de déconstruction décalée qui empêche le disque de sombrer totalement dans le snuff movie sonique automutilatoire. Ainsi, Thigh High Cat Tights infuse ses tourments lancinants de distorsions robotiques aux airs de pétarade de circuits imprimés dont l’intellect artificiel aurait perdu la boule, tandis que les collages de Salivate On Cue sont un peu l’équivalent noise du breakcore de Kid606 il y a une vingtaine d’années, un truc à se taper la tête contre des murs tapissés de clous rouillés en camisole de barbelés.
Pour autant, l’album n’en demeure pas moins très, très noir et désespéré, à l’image de Standards of Living, bande-son d’une psyché qui vole en éclats au ralenti, ou de la complainte aux chœurs élégiaques I Can’t Love Anymore. Une atmosphère qui préside à la suite finale The Sky May Be, d’incursions folk fantomatiques (Dementia) en chuchotements fébriles sur fond de boucles anxiogènes de field recordings métalliques (Entropy) sans oublier les cordes oniriques soumises aux tempêtes de beuglantes et de saturations du malmené Zenith.
Viscéral et magnétique, un petit chef-d’œuvre cathartique sans concession, qui fascine en embrassant les maux les plus naturellement repoussants d’un esprit torturé.
Comme souvent avec mes classements annuels pour IRM, le format s’est imposé de lui-même : 150 albums car me limiter davantage devenait trop frustrant, et sans classification au regard des difficultés ressenties l’année précédente à devoir ranger dans des cases, toutes approximatives et malléables qu’elles puissent être, des sorties souvent inclassables. (...)
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