O + Camp Claude - Bars en Trans’ (Rennes)

le 6/12/2018

O + Camp Claude - Bars en Trans’ (Rennes)

Pour ouvrir les Bars en Trans, festival tenu en marge des Transmusicales dans la capitale bretonne, le 1988 Live Club avait prévu une soirée à rallonge, débutant dès 18 heures avec O qui ouvrait pour Camp Claude avant un apéritif dinatoire et une nouvelle salve de concerts.

Avant de s’enfiler quelques petits fours, ces deux premiers artistes suffiront finalement largement à assouvir notre appétit. Assisté d’un batteur, un pianiste, une bassiste et une guitariste, Olivier Marguerit, frontman du projet O qui sortira un second album en février 2019, soit trois ans après Un Torrent La Boue, ouvre son set sur le titre du même nom.

Totalement désinhibé - malgré une forme de réserve que l’on devine, la désinvolture n’étant sans doute chez lui qu’un apparat -, celui qui a évolué auprès de Syd Matters et que l’on rapproche souvent de l’univers d’un Thousand également programmé sur cette édition des Bars en Trans n’hésite pas à donner de son corps.

Son sens mélodique était évident pour ceux qui avaient eu l’occasion de découvrir son premier album, mais sa capacité à muscler le jeu, bien aidé en cela par un jeu de batterie tranchant, et à assurer le spectacle vient crever l’écran. Synchronisé, le groupe multiplie les gestuelles accompagnant les breaks sonores quand le leader de la formation plonge aux pieds d’une assistance extrêmement prudente pour s’offrir un "air swimming" au sol avant de rejoindre la scène. Parfait pour décoincer un public qui se chauffait.

Après une pause de vingt minutes nécessaire pour assurer le changement de plateau, les musiciens de Camp Claude - le trio originel renforcé par une batteuse - arrivent sur scène et le public découvre la moitié du mythique duo trip-hop bristolien Earthling et les deux tiers de Tristesse Contemporaine, étant entendu que Michaël Giffts officie dans ces deux formations et que son acolyte Leo Hellden le soutient dans ce dernier projet.

Mais chez Camp Claude, à la différence de Tristesse Contemporaine, ce n’est pas la Japonaise Narumi Herisson qui officie derrière le micro mais bien la Française Diane Sagnier. Ce qui est tout sauf anecdotique quand on sait à quel point cette dernière, en plus de posséder une voix imparable et d’assurer avec Leo Hellden les parties de guitare, dégage quelque chose de chimique.

Après un accueil timide du public, Diane Sagnier invite l’assistance à se rapprocher, avant d’annoncer la sortie d’un album pour le mois de mars prochain. Ce dernier sera d’ailleurs à l’honneur puisque seuls trois morceaux n’en seront pas issus au cours des quarante-cinq minutes du concert.

Les quelques fans entassés aux premiers rangs auront reconnu deux extraits de l’EP Hero (Hero et Do It) ainsi qu’un Hurricanes qui ouvrait Swimming Lessons il y a déjà deux ans et que le groupe reprendra après l’insistance des fidèles, au risque de « se faire taper sur les doigts par les organisateurs ». En effet, pour le plus grand plaisir de l’assistance, Camp Claude quittera la scène avec dix minutes de retard sur le planning, écourtant ainsi la réception prévue.

Mais avant cela, les musiciens auront pu rôder un set qu’ils devraient avoir l’occasion de jouer à de nombreuses reprises. Ce second album marquera à coup sûr une évolution - à défaut d’une rupture brutale - tant la guitare de Leo Hellden se fait plus sombre et glaciale, rappelant à quelques reprises l’univers des Cure. Quant à Diane Sagnier, sa manière de positionner sa voix a également évolué et elle s’autorise plus encore qu’auparavant les grands écarts, alternant fausse candeur suave et incantations se rapprochant parfois même du spoken word.

A leurs côtés, Michaël Giffts s’abrite derrière ses synthétiseurs et s’autorise quelques chœurs. Apparemment discret, son magnétisme est pourtant essentiel à l’alchimie générale et la relative chaleur de ses boucles contraste avec les guitares désespérées pour synthétiser un entre-deux, symbole d’un univers où tout est possible. Presque cachée derrière le guitariste, la batteuse Lucie Antunes, avec une énergie évidente, renforce la dimension uptempo revendiquée par le groupe.

Toutefois, dès lors qu’une certaine retenue est observée, que ce soit avec la version acoustique de Getting Closer ou la mélancolie du single déjà désigné à l’immédiateté évidente Now That You’re Gone - dont l’imagerie mise sur une teinte verte que Diane Sagnier applique jusque dans sa teinture capillaire -, on se croirait presque au Bang Bang Bar de la troisième saison de Twin Peaks. En effet, tout y est, des bars situés des deux côtés de l’assistance au jeu de lumière ténébreux en passant par l’aspect relativement statique des musiciens.

Le reste du temps, et plus encore dans la dernière partie du set, lorsque la batterie s’anime (Double Dreaming), celle qui est à la base photographe ne tarde pas à hypnotiser l’assistance, bien aidée en cela par les boucles soufflant le chaud et le froid de ses camarades et par le jeu musclé de Lucie Antunes derrière les fûts. La réussite est totale et avec ce virage qui s’annonce vers des sonorités plus rudes ne délaissant pas pour autant la mélancolie, l’univers de Camp Claude s’affine. Vivement le mois de mars prochain pour découvrir le contenu du travail en studio du désormais quatuor…


( Elnorton )

 


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jeudi 13 décembre 2018


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