Grotto Terrazza - Stumpfer Gegenstand

Disque étrange, Stumpfer Gegenstand, premier album de Grotto Terrazza déboussole autant qu’il accapare.

1. Waiting For Henry
2. Cyprian Skit
3. Was Leben Will Muss Sterben
4. Green Tea Jameson’s Lemon
5. Baptismal Piscine
6. Trattoria Nihil
7. Fürst Mitternacht
8. Gestalt Bondage
9. Exodus (Push-Faktor)
10. Aus Dem Wald Kommt Eine Frau

date de sortie : 15-06-2019 Label : Cut Surface/Maple Death Records

Ça devient une habitude. Régulièrement, je m’en vais flâner dans les allées de Cut Surface et à chaque fois, j’y découvre quelque chose qui, au minimum, m’intrigue. Il y a quelques temps, c’était l’éponyme d’Imposition Man, un album à la pochette rouge. Aujourd’hui, c’est le Stumpfer Gegenstand de Grotto Terrazza, un album tout bleu. Entre les deux, peu de points communs excepté peut-être le souffle post-punk qui les habite, exclusif chez les premiers, plus déviant et poétique chez le second.
Grotto Terrazza donc. Un groupe qui n’en est pas un et derrière lequel on trouve une seule personne, Thomas Schamann, artiste munichois touche-à-tout impliqué dans les berlinois darkwave Bleib Modern. Pas étonnant donc de retrouver dans son solo des éléments arachnéens denses et profonds mais recouverts d’une fine couche de poussière industrielle et d’un voile fantomatique bien épais, indéterminé et légèrement de guingois. Un peu comme une divagation nocturne, sans but et sans motif particulier. Ce qui accroche beaucoup, c’est justement ce fort sentiment d’errance parsemé de moments plus construits.
On ne s’égare jamais dans Stumpfer Gegenstand mais on ne sait jamais non plus où l’on est. On y entend des voix captées à la volée, des motifs de guitare qui apparaissent puis disparaissent comme dans un souffle, des gouttes spectrales de piano, le son de la rue, des voitures qui passent et, de temps en temps, de vrais morceaux. Le disque prend chair puis se délite avant de se reconstituer à nouveau puis de disparaître et ce va-et-vient perpétuel entre flou et netteté prend vraiment la main pour ne plus la lâcher. Il faut dire aussi que Stumpfer Gegenstand a été conçu comme cela : à Paris avec Bleib Modern, Schamann tue l’ennui de quelques days off en errant dans Pigalle (et d’autres quartiers de la ville). Le disque renferme son parcours d’alors et le restitue sous la forme de dix morceaux tout à la fois étranges et beaux.


C’est froid, c’est sombre mais aussi très accueillant et jamais abscons. Les pérégrinations de Grotto Terrazza n’ont rien d’un ego trip onaniste, ce que l’on pouvait raisonnablement craindre qu’elles soient. Même dans ses moments les plus désarçonnants, Stumpfer Gegenstand (« objet contondant ») tient en haleine. Pourtant, l’ensemble avance en permanence sur le fil ténu qui sépare le structuré de l’informe.
Green Tea Jameson’s Lemon par exemple commence n’importe comment, seules les percussions donnent l’impression de savoir où elles vont. Puis, lentement, une ossature apparaît, guitare et voix profonde exsudent quelque chose qui ressemble à une mélodie et l’ersatz, on ne sait trop comment, devient une chanson. Et il en va de même pour le reste du disque : Was Leben Will Muss Sterben, Baptismal Piscine, Gestalt Bondage ou encore Exodus conservent certes un caractère pour le moins irréel mais sont tout simplement à tomber.
Entre eux, on trouve des choses un peu moins identifiables, patchworks improbables de voix, de samples, de notes égrainées au petit bonheur la chance et collés selon une logique difficile à cerner mais qui accrochent tout autant que les titres précités. Cyprian Skit, Trattoria Nihil, Fürst Mitternacht ou Aus Dem Wald Kommt Eine Frau envoûtent complètement et font ressentir au plus profond l’impératif qui les a vus naître : on se balade dans leurs contours comme Grotto Terrazza dans les rues de Paris et on en saisit des bouts à la volée, des senteurs et des sensations indispensables à la construction de l’album. Sans eux, tout y serait beaucoup plus terre à terre, moins poétique et donc moins intéressant.
Avec tout ça, Stumpfer Gegenstand n’a aucun mal à s’imprimer sous la peau et on se demande en permanence comment un truc si flou peut faire autant d’effet. C’est une alchimie très particulière qui nous lie à lui, quelque chose d’indéfinissable qui se transforme en vrai attachement et qui fait impatiemment attendre la suite. Pour l’heure, l’album est uniquement disponible en cassette (le format de la gagne) et en numérique via Cut Surface et Maple Death Records mais étant donné l’excellence de l’ensemble, il y a fort à parier qu’il se transformera un jour en beau vinyle.

Brillant.


Chroniques - 13.07.2019 par leoluce
 



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vendredi 15 novembre 2019


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