Trembling Blue Stars - The Last Holy Writer

On parlait avec Love Dance de l’esprit Sarah il y a quelques temps, mais c’était sans compter avec son âme même. Bobby Wratten est de retour, et la perfection est au rendez-vous.

1. By False Lights
2. Idyllwild
3. Sacred Music
4. This once was an island
5. The coldest sky
6. Schnee Gletscher Glas
7. November Starlings Voir la vidéo Trembling Blue Stars - November Starlings
8. Darker, colder, slower
9. From a pale blue rosary
10. Say goodbye to the sea
11. The tenth of always
12. A statue to Wilde

date de sortie : 07-06-2007 Label : Elefant

Je ne pourrai pas être objectif sur le coup. C’est d’ailleurs pour cela que j’ai laissé un peu traîner cette chronique, mais finalement rien n’y fera, je ne serai pas objectif.

Comment peut-on parler d’un disque qui réunit en son sein deux de ses maîtres à penser, de ses dieux, à qui, si on était un tant soit peu mystique, on dresserait un autel de la musique pop, dans une chapelle de la mélancolie ?

Un groupe comme Trembling Blue Stars, avec à sa tête Bobby Wratten, pour moi rien de moins que l’auteur de la plus belle chanson pop jamais composée ("Sensitive"), avec les inoubliables Field Mice, excusez du peu, accompagné de son fidèle acolyte Ian Catt à la production, transfuge de Sarah Records et également producteur des susnommés Field Mice ? Mince, on serait heureux à moins. On parlait il y a peu de la survivance de l’esprit Sarah avec Love Dance, hé bien, voilà, les acteurs originaux sont encore dans la place et ils ont encore leur mot à dire.

Les Trembling Blue Stars, vous ne les verrez plus sur scène. Ils n’y ont jamais été à l’aise, de toute façon, et puis, tant pis, ça laisse plus de temps à Bobby pour peaufiner ses ballades d’une perfection inégalée sur disque.

Pour ceux qui n’auraient jamais entendu parler de ce groupe, dont il s’agit quand même du sixième album en douze ans, une piqûre de rappel : Bobby Wratten fut dans les années 90, le co-leader des Field Mice, sur le glorieux label Sarah, point de rencontre et lien, selon pas mal d’historiens du rock, entre les Smiths et l’univers de Factory Records, vivier incroyable de perles pop lorgnant autant sur la rigueur et le minimalisme que sur les techniques électro entendues ici et là. Après un split annoncé et inévitable (ainsi que le label) et une expérience malheureuse avec The Northern Picture Library, Bobby, accompagné de sa future ex-compagne Annemari Davies, elle-même muse des Field Mice à la fin de leur carrière, se réinvente en Trembling Blue Lights en disséquant de façon chirurgicale sa relation avec elle des débuts à la fin qu’il pressent inévitable sur un premier album extraordinaire en 1996, Her handwriting. Depuis, le personnel a changé, les thèmes aussi mais le style est resté. Pas de révolution donc depuis la twee-pop émouvante des Field Mice. La flamme est toujours là.

En témoigne ce très beau nouvel album, qui s’ouvre très lentement sur un By False Lights cathartique pour rebondir immédiatement avec un Idyllwild presque sautillant, porté par la voix magnifique de Beth Arzy, capable de réduire en pleurs un dictateur nord-coréen à la retraite. Puis on pense aux Cure qui, si ils entendent Sacred Music, doivent sacrément regretter de ne plus savoir écrire des morceaux comme celui-là. Dès This once was an island, on réouvre la passerelle avec New Order avec les sympathiques percussions électroniques et les lignes de basse bien rondes à la Peter Hook, marque de fabrique de Bobby depuis l’époque des Field Mice. Quelques titres font preuve d’une belle énergie mélancolique (Darker, colder, slower) et les sons de guitare cristallins rappellent par moment les Cocteau Twins dont on n’est également pas si loin, pour parfois s’ériger en murs liquides à la Slowdive... L’ensemble est varié et jamais, au grand jamais, ennuyeux, ne serait-ce qu’une seconde.

On se surprend à trouver la chanson pop parfaite (une de plus !!!) avec November Starlings, les choeurs de Beth font à nouveau mouche... et quand on ne s’y attend plus, elle chante à nouveau pour nous briser le coeur (From a pale blue rosary), l’esprit originel des Field Mice reparaît le temps d’un The Tenth of always poignant, enfin, bref, on pourrait ainsi disséquer chaque morceau pour constater qu’on ne trouve rien de nouveau sur ce disque, mais que tout (voix, instrumentation, arrangements, production) est poussé à un si haut degré d’exigence et de perfection qu’on reste bouche bée devant le travail accompli. Bobby Wratten vient encore de sortir un nouveau classique. Ca fait 6 en 12 ans, sans faute de goût, il n’y en avait déjà aucune avec ses formations précédentes... ben zut alors, quel génie ce type-là !


Chroniques - 27.05.2007 par lloyd_cf
... et plus si affinités ...
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