Diabologum, ça n’est pas perdu pour tout le monde

Déjà plus de dix ans que le site A découvrir absolument éclaire l’actualité musicale et notamment celle de l’indie français, le vrai, à travers ses indispensables compilations. A l’heure où cette équipe de passionnés choisit de se concentrer sur ces playlists dédiées en grande partie aux autoproduits et autres espoirs sous-exposés des micro-labels de l’hexagone, il était donc inévitable que l’on en revienne à Diabologum, dont le troisième et dernier album #3 fut non seulement séminal pour toute une frange intransigeante du rock d’ici mais au moins autant pour le webzine qui n’en est plus vraiment un, nommé en référence à la chanson éponyme présente sur ce chef-d’oeuvre oppressant et opaque qui n’a pas encore fini de nous livrer tous ses mystères.

Et ça tombe bien puisque qu’en guise de 20ème sélection c’est un premier hors-série en forme d’hommage à l’album en question que nous proposent nos confrères : les 10 titres de #3 repris, dans l’ordre, par neuf courageux frenchies plus un belge (Ged, qui s’acquitte avec un talent certain pour les atmosphères ténébreuses et fantomatiques de l’instrumental final Blank Generation, lui-même reprise très personnelle du défricheur punk Richard Hell) et le vice poussé jusqu’à retomber, à quelques poignées de secondes près, sur l’exacte durée du disque original aux alentours des 42’30. Hasard ou coïncidence, peut-être bien aucun des deux à en juger par le travail minutieusement accompli sur l’objet, de l’artwork signé Bertrand Arnaud (premier à s’être prêté au Questionnaire Diabologumesque par lequel tous les groupes de la compil’ passent ces jours-ci à tour de rôle) jusqu’à la jaquette à imprimer chez soi, tout ça étant bien évidemment offert au téléchargement à qui en voudra.

Mais face à pareille gageure, pas question d’être trop révérencieux à l’égard de l’univers musical d’Arnaud Michniak et Michel Cloup au risque de perdre l’essence même de son incompromission et à celui, plus grand encore, de se casser les dents sur ces compositions visionnaires nourries au free jazz, à la no wave et à l’ambient et prêtes à tout moment à s’aventurer sur les terres encore mouvantes d’un post-rock naissant (nous sommes alors en 1996). Ainsi, quand certains gloutons tentent avec témérité d’emboîter le pas à ces fictions d’anticipation et réussissent parfois à l’image de Jameson Test et de son Dernier étage crépusculaire et sans concession ou de Laudanum qui fait merveille sur le frontal Il faut en ouvrant les fenêtres à de savants arrangements cinématiques, d’autres préfèrent en faire ressortir la dimension poétique désabusée, tel Pumuckl qui retrouve un certain souffle avec sa version électro-rock du foisonnant A découvrir absolument ou Blue Haired Girl d’entrée de jeu avec une relecture très "nouvelle chanson" du fabuleux De la neige en été qui s’ouvre peu à peu à la dissonance.

C’est parfois un peu timide à l’exemple du monologue de La Maman et la Putain, récité - et paradoxalement il fallait oser vu la crudité des mots de Jean Eustache - par The Camping Car Suicide avant que la voix de Françoise Lebrun samplée du film éponyme ne ressurgisse peu à peu sur une vague de saturation, parfois trop maniéré (le chant de Karl-Alex Steffen qui aurait sans doute mieux fonctionné sur une reprise de Katerine ou d’Arnaud Fleurent-Didier) ou carrément mission impossible pour Les Angles, morceau fondateur de toute la disco de Programme dont la puissance d’évocation morbide survit mal au minimaliste désinvolte de Arnane. Mais l’effort est louable et l’ensemble de fort belle tenue, survolé par l’étonnante révision aux pulsations synthétiques et nappes planantes de 365 jours ouvrables par un certain Cracks, de quoi tenter l’expérience et plutôt deux fois qu’une.

A noter par ailleurs que les inscriptions sont d’ores et déjà ouvertes pour le volume 20 des compilations ADA ainsi que pour un second hors-série de reprises autour du formidable Dry de PJ Harvey, avis aux talents de tous horizons pour succéder à Angil, Tara King Th., HitchcockGoHome !, Frànçois & The Atlas Mountain ou encore Orouni parmi les nombreuses révélations de ces recueils de chansons héritiers de l’esprit de Volume à une décennie d’écart.

News - 06.08.2010 par RabbitInYourHeadlights
 


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