L’oeil sur 2025 - 50 EPs (par Rabbit)

20 ans à le défendre ardemment dans nos colonnes et l’EP, pourtant, reste le parent pauvre des amateurs de musique, même dans nos réseaux supposément curieux. Une seule raison pour l’expliquer (une fois éliminées toutes les autres - utilisé depuis un quart de siècle au moins par les plus grands musiciens de l’époque pour tout autre chose que de banals fonds de tiroirs ou remixes, le format est en effet particulièrement favorable à la découverte d’une oeuvre sur un temps court ne permettant pas d’écouter un album d’une traite) : la presse musicale atteinte de paresse et de suivisme aigus depuis à peu près l’avènement de l’EP en tant que mini-album plutôt que "maxi" est déjà bien en mal de défricher les longs formats dignes d’intérêt, alors tremper l’orteil dans un second océan de sorties tout aussi démesuré à l’ère de l’autoproduction ? Il ne faudrait surtout pas trop lui en demander...

Quant aux bénéficiaires directs ou indirects de leurs "prescriptions" (ou ce qu’il en reste) : ils ne vont pas chercher plus loin, ne serait-ce que faute de temps. Autant dire que l’objectif de ce classement (qui aurait très facilement pu monter à 100, ou même à 150, et rester tout aussi quali, comme on dit) est des plus évidents : démontrer à qui me lira qu’il aurait pu n’écouter que des EPs en 2025 quel que soit son genre de prédilection, et mourir heureux.



1. Sondre Lerche - Sea Of Sighs

"Si l’intérêt de Sondre Lerche pour le modern classical et l’ambient n’est pas totalement une surprise - le songwriter norvégien n’ayant jamais caché par exemple son admiration pour le regretté Ryuichi Sakamoto -, on n’en attendait pas pour autant une réussite du calibre de ce Sea Of Sighs, d’autant moins pour sa toute première incursion solo à dominante instrumentale. Citant comme influences Max Richter, Biosphere ou le Japonais Chihei Hatakeyama (le projet d’EP ayant d’ailleurs émergé lors d’une tournée au Japon à l’automne 2024), le Californien d’adoption est parti de samples, procédant par collages puis par ajout d’arrangements instrumentaux (piano, vibraphone, clarinette…) confiés à divers musiciens, le tout enregistré entre Tokyo, Venise et la Norvège. Un procédé qui culmine sur l’hantologique et bien-nommé Post-Modern Nature, sorte de pièce néo-classique surgie du passé sur fond de craquements de gramophone, et sur les reflux drone orchestrés du merveilleux final Instrumentalist."

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2. Aaron Martin & Umberto - Speak with the Dead

"Enregistré pour servir de bande-son au court-métrage horrifique Speak with the Dead de la jeune réalisatrice Stephanie Paris, mettant en scène une séance de spiritisme où rien ne se passe comme prévu, ce quatre-titres - où l’on retrouve par ailleurs deux noms appréciés dans ces pages, Ryan Keane patron du label Lost Tribe Sound à l’artwork et Ensemble Economique au mastering - s’avère saisissant d’un bout à l’autre, tant pour ses émotions ambivalentes que pour ses atmosphères magnétiques, de l’inquiétante mélancolie piano/violoncelle aux dissonances subtiles de An Unknown Presence jusqu’au pic de tension larvée du menaçant Consumed by the Spirit tout en nappes ectoplasmiques et en résonances anxiogènes."

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3. Kingbastard - Wrong’uns.

"Tandis que Say Your Prayers, magnifié par des choeurs évanescents, azimute son rythme faussement binaire à coups de cascades rythmiques incisives, Viewfinder (Kidnapped Child ! RMX) nous gratifie d’un rouleau-compresseur techno lo-fi et déglingué à souhait, que le downtempo bitcrushé de Terms & Conditions Apply prend par la suite à contrepied tel un Prefuse 73 badigeonné de soude caustique. Quant à It’s Been Nice... (The Gonzo King), sa mélodie presque naïve de comptine d’enfant aux litanies malmenées évoque rien de moins que le Richard D. James Album, offrant une douce rampe de lancement à l’échappée finale The Smile & Nod, dont la mécanique stellaire déroule avec finesse sous les ricochets de beats inspirés ses textures d’outre-rêve."

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4. Crownovhornz - Shogun on Acid

Cette évocation crépusculaire de l’assassinat du patron de la United Health Care aux sonorités très RZA-esques, sabres de samouraïs à l’appui, vient confirmer tout le bien que l’on pensait de ce rappeur pennsylvanien du côté obscur entendu en 2023 chez les radicaux Sightless Pit puis révélé la même année dans l’underground par l’excellent EP Appalachian Aesthetic. À la production, un certain Grandmaster inconnu au bataillon dont on espère avoir des nouvelles rapidement.

< deux mots dans ce podcast >



5. Odalie - Optimistic Nihilism

"La musique d’Odalie se fait ici plus dynamique, culminant sur les fébriles Wabi et Sabi puis flirtant avec la techno sur un Dancing With Chaos aux motifs japonisants du plus bel effet (une influence mélodique du pays du soleil levant également palpable sur la cavalcade mélancolique Emotional Prism). Toujours ouvert avec parcimonie aux interventions chantées, l’EP accueille par ailleurs un certain Sink sur le morceau final Cannot, dont l’électro lyrique aux vocalises atmosphériques n’est pas sans rappeler la belle époque de Son Lux. Un nouveau sommet pour la Lyonnaise."

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6. Deaf Center - Lucy´s Dream

Un EP rattrapé sur le tard où la paire norvégienne, déjà à l’origine du très beau Reverie cette année, est tout bonnement à son meilleur, en particulier sur le premier et plus long de ces deux titres, homonyme, splendide élégie aux harmonies un peu hantées quelque part à la croisée de Max Richter et de Black Swan sur fond d’ambiance pluvieuse et de choeurs sacrés. Un sommet et pour cause, le matériau source de cet EP remonte à Pale Ravine, premier et meilleur album du duo dont la sortie de Lucy´s Dream fêtait en novembre les 20 ans jour pour jour.



7. Bobby Craves, Fazeonerok & Chef Mike - Frog Brothers III / Chef Mike - Funhouse 2

"Avec Funhouse 2, suite d’une beat tape de 2024, on pense une fois de plus aux rêveries hallucinées de Bummed Owl (du psychédélisme du bien-nommé Hashish à la SF rétro et fantasmagorique de Got Your Message) ou aux beats au cordeau sombres et hantés de son patron de label Ill Clinton (Flow Your Tears), mais aussi à Jel du défunt label Anticon pour les textures lo-fi aux ruptures et dysrythmies bien senties." Une preuve de plus du talent de l’Américain Chef Mike, qui brillait par ailleurs dès les premiers jours de janvier avec les 4 instrus massifs et anxiogènes de Frog Brothers III, habités par les flows menaçants des rappeurs Bobby Craves et Fazeonerok que l’on découvrait pour l’occasion. Court mais terrassant !

< lire la suite > < deux mots dans ce podcast >



8. Ben Chatwin - Klasis

"Pulsations épiques, distorsions cosmiques et textures sismiques (cf. ici la référence volcanique de Caldera) : on sait désormais à quoi s’attendre de la part de l’ex Talvihorros, toujours adepte des synthés modulaires et d’une dynamique post-apocalyptique mêlant tension et sentiment de renaissance. Sur ces quatre instrumentaux, l’équilibre entre élans d’émotion retenus et rouleau-compresseur rythmique est assez idéal (cf. le crescendo orchestral du final Klast, entre bande originale imaginaire et post-rock sans guitare/batterie), Ben Chatwin se permettant même de laisser respirer ses arrangements sur un Through The Prism aux beats ascétiques et très en retrait, sommet de lyrisme de ce petit bijou en forme de porte d’entrée idéale sur l’univers musical intense et vibrant de l’Écossais."

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9. GDP & Fatboi Sharif - ENDOCRINE

"Dans la foulée de l’abscons Let Me Out dont on ne sait pas toujours pas vraiment quoi penser (cf. ici), le rappeur new-jersiais au flow âpre s’associe à son ami producteur GDP pour 7 vignettes sombres et menaçantes comme il les affectionne mais plus frontales cette fois, samples de guitares électriques à l’appui sur Luchador Mask notamment. Des beats boom bap assez classiques par-delà leurs atmosphères plus ou moins déliquescentes (2Pac’s Autopsy Photo, Sage Run) y côtoient déferlements industriels (Default Mode Network) et autres incursions downtempo flirtant avec le doom rap (Renaissance Tirade). Une franche réussite, au parfait équilibre entre efficacité et expérimentation."

< avis initialement publié ici >



10. Hekla - Gjá

Sorte d’addendum à son superbe Turnar, Gjá voit l’Islandaise Hekla Magnúsdóttir nous remettre une bonne louche de dark ambient dronesque aux harmonies de thérémine volatiles et hantées, réhaussé ici d’orgue d’église et surtout, sur le final Hinn Sýnilegi Heimur, d’un violoncelle aux grondements menaçants, une dimension tempétueuse que ne laissait pas forcément augurer en intro le très épuré Værð. Moins d’un quart d’heure de musique pour seulement 3 titres, mais d’une intensité atmosphérique qui justifie pleinement cette place dans le top ten.


11. Jim Noir - Rund Phaser

"7 relectures de morceaux divers et variés, que Jim Noir s’approprie tantôt avec ce goût du rétrofuturisme qu’on lui connaît (le superbe Theme From The BBC Television Programme One Man And His Dog dont le psychédélisme planant à synthés analo lui ressemble comme deux gouttes d’eau, le Daniel d’Elton John, ou encore l’étonnante reprise pour voyage spatial en caisson de cryogénisation de ce petit tube potache de la fin des 60s), ou en assumant simplement son côté rétro, en particulier sur sa cover de l’intemporel Cupid de Sam Cooke, puis en insufflant une vibe à la Beach Boys période Sunflower au Northern Lites des Super Furry Animals et un onirisme rafraîchissant au ringard Baker Street de Gerry Rafferty. Une friandise à déguster frappée !"

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12. Christophe Bailleau O’Farrell - Locust bean gum

2025 fut décidément une très belle année pour Christophe Bailleau, avec deux longs formats (dont Insight and Vision, classé en #20 ) et deux EPs, tous remarquables. De ces quatre sorties, Locust bean gum est peut-être celle qui donne le plus l’impression d’être habitée d’une vie propre, multipliant les mutations spontanées aux confins de l’ambient électro-acoustique, de la kosmische musik, de la noise et du glitch tout en s’ouvrant à l’influence forcément organique du jazz, quelques instruments tels que la flûte ou le saxophone de l’invité Julien Ash aka NLC venant appuyer ici et là cette sensation de liberté, de même que d’étranges incursions vocales manipulées.



13. NAHreally - Secret Pancake

Notre révélation indie rap de l’an de grâce 2024 (via ce superbe album produit par The Expert) aura pu donner l’impression de revenir par la petite porte avec ce court autoproduit. Mais l’humilité ça fait du bien parfois, et ce Secret Pancake à déguster comme il se doit au petit-déjeuner n’en manque aucunement, déroulant dans une semi-torpeur aussi élégante qu’extatique ses miniatures hip-hop jazzy dont les samples rétro font la part belle à la guitare acoustique et au piano, flirtant de loin avec l’abstract ou même la library music.

< deux mots dans ce podcast >



14. Shitao - Into the Woods

"Un généreux EP qui voit le beatmaker parisien offrir des écrins de contes de fées noirs aux acapellas habités de l’inimitable Billy Woods. Piano funeste (Christine), arrangements inquiétants samplés sur quelque score dissonant (All Jokes Aside), arpeggios horrifiques (Houthi), loops jazzy (Rapunzal, avec Moor Mother) et synthés à la "Twin Peaks" (Red Dust) dominent les débats avec une classe qui n’est plus à démontrer, les instrumentaux servant de bonus pour ceux que les courts formats frustrent en durée."

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15. Wahn - Black Sea

Il ne fallait pas laisser les deux grands albums sortis par le Rennais Erwan Charier en 2025 (cf. ici et ) éclipser cet EP estampillé Mahorka, tant ces quatre morceaux d’orientation plus ambient malgré leur tension sourde, et d’une densité assez impressionnante, lui suffisent à instaurer le genre d’atmosphères intrigantes et anxieuses que j’affectionne, empruntant tour à tour à la dub techno, au glitch ou au modern classical.



16. Perish Hill Town - After Dark Pavement

Le producteur suisse ne révolutionne rien avec cet EP d’instrus hip-hop jazzy, mais le grain organique très SP-404 doublé d’une jolie variété d’approches (du boom bap 90s à la lo-fi neurasthénique en passant par le pur sampling jazz sur rythmique downtempo) et d’une atmosphère bien campée fait de cet After Dark Pavement, autoproclamé "sortie jetable" par son affiliation au label belge Jetable Concept, un petit bonheur pour les amateurs de beatmaking artisanal sans prétention.



17. Boxguts - Man Myth Mystery

Coproduit par trois de ses compères récurrents, Yokes, Beatahoe et Hobs StayBusy, chacun aux manettes sur une triplette de tracks, cet EP du rappeur adepte des dystopies martiales aura fait mon début d’année, pas avare du haut de ses 25 minutes en atmosphères funestes aux samples cinématographiques et aux beats percutants, raccord avec le flow toujours aussi belliqueux de l’Américain.

< deux mots dans ce podcast >



18. Ras Kass - FAFO

"Auteur avec son séminal premier long format Soul on Ice d’un sommet pas assez célébré de proto-abstract, influent à n’en pas douter sur tout un pan du rap indé aux méditations futuristes (de Mike Ladd et Def Jux à Latyrx, Mush ou Anticon), celui dont la plume sociologique et engagée fut assurément l’une des plus belles des 90s évoque sur une vingtaine de minutes un Los Angeles militarisé face à une invasion de léopards agressifs (si j’ai bien compris), sorte d’allégorie d’une Amérique plus que jamais dominée par ses élites capitalistes et répressives. En 6 titres sans compter intro et interlude, FAFO fait feu de tout bois pour célébrer le vrai hip-hop sans concession dans un océan de médiocrité commerciale."

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19. Stefano Guzzetti - Onda 001006 - Quiet departures

"Déjà presque 10 ans que l’on suit avec attention le parcours du pianiste italien Stefano Guzzetti. Sur Quiet departures, généreux EP de près de 25 minutes, ce musicien discret (qui s’est coupé de la plupart des réseaux sociaux) fait la part belle à toute une panoplie de synthés analogiques et numériques, pédales d’effets, préamplis, processeurs multi-effets et autres logiciels de programmation, sans pour autant abandonner tout à fait le piano, ici discrètement intégré aux nappes d’harmonies claires-obscures émaillées d’itérations électroniques plus ou moins déstructurées ou de distos aux dissonances fantasmagoriques. Un petit bijou éthéré mais doté d’une part d’ombre qui ne le rend que plus fascinant."

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20. Emika - Frames

"Alors que les instrumentaux embrumés du superbe HAZE continuent d’exercer leur pouvoir de fascination, la Britannique émigrée en Allemagne change légèrement de braquet sur cet EP présentant quatre nouveaux morceaux d’electronica stellaire où le chant impressionniste de l’ex-pensionnaire de Ninja Tune reprend progressivement sa place, sur fond d’arpeggiators de synthés délicats. En guise de bonus, instru, acapella et un remix plus minimal techno sans être bourrin pour autant facilitent la redescente. Du tout bon !"

< avis initialement publié ici >



21. Access to Arasaka - Utility

Doublette d’EPs inattendue pour le fascinant beatmaker stellaire du défunt label IDM Tympanik Audio, qui se fait désormais assez rare. On aurait pu vous toucher un mot du beau Satsuko, particulièrement atmosphérique et épuré, mais c’est avec Utility, plus urgent et foisonnant au diapason de ses rythmiques drum’n’bass et click & cut savamment déstructurées que l’Américain, double héritier d’Autechre et de Gridlock, emportait le morceau cette année.



22. Sonnyjim & Kong The Artisan - Effortless, Almost Dead

Un EP plutôt introspectif pour l’Anglais Sonnyjim, dont l’artwork, reprenant la critique acerbe d’un auditeur pour en faire le titre du disque, joue la carte de l’autodérision. Aux manettes, un Londonien encore méconnu croisé précédemment en prodo pour Guilty Simpson ou Da Flyy Hooligan, dont les instrus ici font la part belle aux samples de piano et de guitare acoustique magnifiés par un grain rétro.



23. Batard Tronique - Pulsar

BEAUCOUP de sorties pour le Français cette année, d’une étonnante diversité pour un seul et même pseudo. Comme à l’accoutumée, mes préférences personnelles vont vers le hip-hop instru et l’électronique mélangeuse, la palme cette fois à ce Pulsar qui a pour seul "défaut" d’être trop court, oscillant entre ambient kosmische, dubstep psyché et groove dopé à la drum’n’bass et à la liberté du jazz. On pense à Roni Size, ce qui venant d’un fan absolu de New Forms n’est pas un compliment à prendre à la légère.



24. mr.teddybear - TEMPLES

"L’ancien beatmaker de Psykick Lyrikah nous avait gratifiés de cet inédit funeste pour l’un des volets notre compilation IRMxTP en 2017. 8 ans plus tard, TEMPLES prend la continuité trip-hop et texturée de Dramatiques, superbe album du comeback, et déroule sur 4 titres un downtempo sombre et évocateur qui ménage saillies saturées (I, III), orchestrations capiteuses (II) et incursions ambient épurées (IV), dégageant un vrai souffle sans avoir l’air d’y toucher."

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25. Jozef De Schutter - Céleste

"Le musicien basé en Suisse laisse entrevoir sa maîtrise olympienne de l’instrument avec ces miniatures au piano solo mélancoliques et tout en retenue, finalement plus introspectives que "célestes" et égrenant délicatement leurs humeurs, de la douce résignation de l’introductif Astre au cocon d’un Refuge sonnant comme un rempart aux regrets d’une vie toute entière, en passant par l’espoir d’Aurore, la confiance retrouvée d’un Perséides où le son à nu de la pédale du piano participe plus encore que sur le reste de l’EP d’une désarmante sensation d’intimité, les récollections douces-amères de Cygne, les rêveries du morceau-titre ou encore les questionnements douloureux d’un Lumina réminiscent du grand Sakamoto lui-même (dont on se souvient bien sûr notamment du fabuleux... Flumina avec Fennesz)."

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26. Mas&Delayer - Books and Dubs

Comme souvent avec l’aventureux label bulgare Mahorka, on est ici dans un univers des plus inclassables, aux confins de l’electronica, du dubstep (le vrai évidemment, pas celui de Skrillex et compagnie), du hip-hop instru, de l’indus voire du dark ambient, l’Italien Massimo Solari s’associant même le temps d’un titre aux pourvoyeurs maison d’électro sous perfusion orientale Abu Ama et BedouinDrone pour une incursion techno du désert psyché et hypnotique à souhait.



27. Djane Ki - Breaks & Dances

Jamais tout à fait où l’on l’attend, l’Occitane Vanessa Jeantrelle oscille ici entre electronica anxieuse, drum’n’bass virtuose et ambient gothique avec la science de la production et le sens de l’atmosphère qu’on lui connaît, loin de ce que le titre de l’EP nous laissait imaginer. Après sa belle série de courts formats en 2025 (parmi lesquels l’impressionnant Remote Exploration avec Innocent But Guilty), une nouvelle pierre à l’édifice d’une discographie aussi passionnante que sous-exposée.



28. Ill Clinton - Grimeball Crimelord

"Avec Grimeball Crimelord - et une fois digéré ce Head Tap introductif qui semble un moment s’égarer du côté des tendances gritty minimales à la Griselda et compagnie, onomatopées incluses - on est doublement ravi, puisque le compère Vas Vigoda pour qui Ill Clinton signait en 2017 l’inépuisable V for Vigoda est lui aussi de la partie entre autres invités triés sur le volet, investissant de son flow grave et éraillé de Gargantua philadelphien la seconde moitié du faramineux Halitosis suintant d’une menace insidieuse, sommet de tension dystopique de ce long EP qui semble vouloir condenser en 8 titres toutes les scènes les plus crépusculaires du hip-hop US de ces 30 dernières années."

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29. Dayin - Inert World

"Le projet ambient d’Angel Simitchiev (Vague Voices, Mytrip) fait désormais partie des réguliers de nos colonnes, cf. encore ce superbe long format en février dernier. Sur Inert World, le Bulgare continue de creuser cette veine vaporeuse aux field recordings suintants et aux textures épaisses, évoquant l’exploration de quelque souterrain clair-obscur en plein dégel, les synthés débarquant plus expressément sur le morceau final Decompression dont le foisonnement d’harmonies scintillantes semble résonner comme une libération, à l’approche de la surface et de la lumière du jour."

< avis initialement publié ici >



30. Tha God Fahim & Your Best Friend Jippy - Solar Lottery

Quand Your Best Friend Jippy ne sort pas des albums instru de 4h, le sampleur fou de Perth en Australie est un producteur des plus classieux, dont les ambiances rétro aux accents psyché, que l’on vantait en 2024 pour l’excellent Unidentified Friendly Object, offrent ici au flow clair de Tha God Fahim une rampe de lancement library music vers les étoiles.




Pour les 20 suivants, liens vers les chroniques lorsqu’il y en a et trois mots succincts faute de temps :

31. G Fam Black x PHD Beats - Malpractice

Désormais bien identifié par les amateurs de hip-hop underground dark et lo-fi à la Jakprogresso (cf. un peu plus bas), le MC au flow carnassier de Brockton, Massachusetts livre avec Malpractice l’une de ses toutes meilleures sorties, sans équivoque cette fois sur sa nature d’EP (on est souvent avec lui sur un format 10 titres aux durées assez courtes plus proche du mini-album) et emballé avec l’aura funeste borderline horrorcore qui va bien par un beatmaker croisé vite fait chez Vinnie Paz.


32. Homeboy Sandman & GUIDANCE - Tears of Joy

Le rappeur goguenard au storytelling singulier est associé ici à un pourvoyeur d’instrus oniriques et jazzy, dont le romantisme aérien fait mouche. Mention toute particulière au final Meadowlark dont la mélancolie rétro, les samples de voix féminine aidant, évoque de loin Billie Holiday.


33. Øystein Skar - Stories for A

"Après son Hem aux vibrantes incursions dans l’ambient, la musique répétitive au vibraphone et autre kosmische musik aux arpeggiators aériens, le Norvégien se recentre sur le piano avec des mélodies d’une clarté désarmante aux textures chaleureuses (Flow, Veil), relevées par quelques field recordings (cf. l’ambiance pluvieuse de Norr) et nappes oniriques (Amsterdam)."


34. Bruno Pronsato vs. Black Saturn - Snatch The Smile Off Silence

Un downtempo finement déstructuré empreint de futurisme insidieux et hanté, au service du spoken word du génial et sous-estimé Black Saturn. Pour les amateurs de la facette la plus minimaliste d’Antipop Consortium.


35. Your Old Droog - Yod Serling

Ce nouvel EP du "cousin de flow" de Nas est avant tout l’occasion de retrouver le génial Edan, auteur ici de trois instrus atmosphériques et bluesy aux influences psyché/60s marquées... même si le morceau de bravoure du disque, incursion horrifique pétrie de tension et de cuts dissonants, s’avère finalement être l’oeuvre d’un certain K-nite 13 inconnu au bataillon (le final Freakazoid).


36. Break On Beacons - Bad Blood

"Un généreux EP aux sorties de route stimulantes, qui devrait parler autant aux amateurs de techno dansante que de drum’n’bass hypnotique, de trip-hop mystique ou de downtempo insidieux, et vient confirmer que les auteurs du kosmische An uninterrupted flow of images, shapes and colors ont plus d’une corde à leur arc."


37. Jakprogresso - Mudwart / Under The Farm

Deux courts EPs autoproduits assez différents pour l’inénarrable Jakprogresso qui n’a pas chômé en 2025 (cf. #29 ici), étonnamment feutré et psyché pour Mudwart, ou plus typiquement angoissant et vecteur d’une menace sourde dans le cas dUnder The Farm, en plein dans cette veine horrorcore aux samples de soundtracks d’épouvante que l’on aime tant chez lui.


38. Philippe Neau - nuages - (d)outes

Encore un bel EP aux fantasmagories marécageuses pour le plasticien, peintre abstrait et musicien ambient mayennais, qui sculpte ses field recordings, nappes caverneuses, textures digitales et autres cascades de murmures hypnotiques comme d’autres manipulent la glaise ou malmènent au couteau d’épais aplats de teintes obscures.


39. BEAK> - State Of Silence OST

"Plus vraiment d’arpeggiators kosmische saillants cette fois mais des morceaux de durées hétérogènes qui voient le groupe mettre son inspiration krautrock au profit d’une tension feutrée aux guitares menaçantes (SOS 1) ou d’une motorik cinématographique aux accents dystopiques (SOS 5, pas loin des soundtracks de Barrow avec Ben Salisbury)."


40. AJ Suede - Grateful Dread

Une mochette pas possible probablement faite sur le Paintshop de Windows 95, mais un bel EP mélodique et planant avec notamment parmi les prodos les excellents The Expert, Spectacular Diagnostics et Fines Double.


41. icbm - Unloved Corporate Music

"Court mais fameux, une pure friandise de hip-hop instru aux samples jazz 80s (Périmètre Alpha), funk (Heures Non Répertoriées) ou soul 70s (Ombres Modulées), où l’on retrouve de diverses manières la signature du producteur bordelais, qu’il s’agisse de beats abstract au découpage singulier voire carrément décadrés, d’effets psyché finement travaillés ou de hachures rythmiques dont la sensation d’approximation contribue d’un feeling spontané au charme indubitable."


42. Why Patterns - SCREAMERS

"Le trio londonien donne suite à son premier opus de 2022 avec un concentré de sauvagerie libertaire et saturée qui devrait le placer assez haut dans l’estime des amateurs de musiques extrêmes, entre punk foutraque, noise rock sans concession et no wave."


43. Jelena Ćirić, Snorri Hallgrímsson, Cécile Lacharme & Oliver Patrice Weder - Tramuntana Tapes I

"Évanescent et texturé, ce gros EP de près d’une demi-heure aurait pu voir sa belle dimension impressionniste déjouée par les vocalises suaves légèrement en surplomb de Jelena Ćirić, or la magie prend complètement grâce à une interprétation toute en retenue, qui n’est pas sans évoquer les premiers albums vocaux d’un Peter Broderick, surtout lorsque Snorri Hallgrímsson prend le micro avec encore plus de délicatesse sur un Passing By aux pulsations ouatées proches de l’ambient-techno."


44. Fennesz - The Last Days of May

Pour l’une des toutes dernières sorties du désormais défunt sous-label ambient de Preservation, Longform Editions, spécialisé dans les EPs constitués d’un seul titre long et immersif, l’Autrichien Fennesz nous gratifie d’un joli crescendo minimal entre ambient caverneuse, drone en apesanteur et électronique microtonale.


45. Jérôme Chassagnard - Asian Breaks

Fidèle au label Hymen Records, l’ex Ab Ovo y sort régulièrement des EPs avides de chemins de traverse, ici on y retrouve l’influence de la musique traditionnelle japonaise et autres références à la philosophie chinoise, mais surtout des incursions plus électrisantes qu’à l’accoutumée dans la drum’n’bass et le breakbeat, qui n’en laissent pas pour autant l’atmosphère de côté.


46. Suwon Yim - Find Me Somewhere

"Venue du jazz, la pianiste originaire de Séoul livre un 8-titres dont l’humilité touche au coeur, totalement à nu dans son enregistrement et alternant ritournelles insouciantes et spleen introspectif comme d’autres couchent dans les pages d’un journal intime leurs grandes peines et leurs petites joies (ou vice et versa)."


47. Che Noir & The Other Guys - No Validation

La talentueuse rappeuse de Buffalo sur un écrin atmosphérique et rétro aux choeurs baroques qui lui sied bien, avec notamment les excellents Skyzoo et Jae Skeese en guests.


48. Błoto - Grzyby

En-deçà de l’impressionnant Grzybnia, mais le combo polonais composé de 4 des membres d’EABS accommode joliment jazz et électronique en tirant successivement sur le downtempo, l’electronica ou même la techno.


49. Melissa Galosi - Quiet Path

"Cinq compositions en mineur tout en simplicité et en évidence mélodique, dont la douce introspection mêle le plus naturellement du monde chaleur, espoir et mélancolie."


50. Thegoodnews. (Del The Funky Homosapien, Po3 & CTZN) - This Just In !

C’est un plaisir de retrouver Del, rapports des fabuleux Hieroglyphics et Deltron 3030, sur 13 minutes à peine mais avec quelques sommets épiques aux accents parfois Def-Juxiens, versant futuriste et concassé.


Articles - 25.01.2026 par RabbitInYourHeadlights
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