Earthling : "J’ai rencontré Geoff Barrow dans un château gonflable"
En 2013, cela ne nous rajeunit pas, nous interviewions déjà Tim Saul dans nos colonnes à l’occasion de la sortie de notre compilation Clouds dont nous vous recommandons toujours chaudement l’écoute. L’Anglais est la moitié du duo Earthling, qui venait alors de signer quelques mois plus tôt un troisième album parfaitement abouti.
Treize ans plus tard, l’actualité de Earthling n’est pas tout à fait aussi riche (aucune sortie à noter depuis Insomniac’s Ball) mais une réédition du cultissime Radar est sortie pour ses 30 ans, avec notamment des remix de Portishead et Morcheeba. Un joli prétexte pour interviewer à nouveau ce duo bristolien essentiel.
IRM : Comment décririez-vous l’atmosphère à Bristol dans la période précédant la sortie de Radar ?
Tim Saul : Fertile, variée et aventureuse.
Mau : On s’est rencontrés dans l’Est de Londres, c’est grâce à Tim que j’ai découvert Bristol. Je viens de la banlieue Est de Londres, j’avais entendu parler de Massive Attack et du Wild Bunch, et je trouvais ça cool, mais j’étais tellement plongé dans le hip-hop que je ne suivais pas vraiment ce qu’ils faisaient. Je suppose que c’est pour ça que je ne me sentais pas connecté au Son de Bristol. C’était un monde à part pour moi à l’époque, une autre culture.
On raconte que votre lien s’est renforcé quand vous avez découvert que vous aimiez tous les deux "L’homme-dé", ce roman dans lequel chaque décision est prise en lançant des dés. Quelle place accordez-vous à l’imprévisibilité, aux heureux accidents ou au hasard dans votre façon de créer de la musique ?
Mau : Je ne me souviens pas vraiment quand ni pourquoi j’ai lu "L’homme-dé", mais ce livre a eu un grand impact sur moi. J’imagine que le fait d’y penser pendant l’enregistrement de Radar a guidé certains de nos choix. En fait, je me souviens bien qu’on a pris certaines décisions en lançant les dés. Ce livre ne parle pas de laisser les accidents se produire ou de faire des choses au hasard. On décide soi-même ce que chaque nombre signifie et on doit assumer le résultat.
Tim Saul : Autant que possible ! On peut partir avec un plan de ce qu’on veut créer, mais des choses imprévues et plus intéressantes peuvent survenir en cours de route. Il faut être ouvert, et c’est souvent là que les bonnes choses se produisent. C’est quelque chose dont je suis toujours conscient quand j’utilise certaines technologies (logiciels, DAW, etc.) car elles peuvent éliminer l’élément de surprise et l’inattendu. Je cherche toujours à préserver cette qualité dans les outils que j’utilise et dans mon approche de la créativité.
Une fois que vous vous êtes rencontrés, comment vos premières expériences musicales ont-elles commencé à prendre forme ? Aviez-vous des influences ou des modèles précis en tête, et aviez-vous déjà une idée de ce que pourrait devenir votre premier album ?
Mau : On explorait simplement les sons, les samples, les beats et les raps. Le hip-hop m’a clairement guidé, mais on écoutait aussi Portishead, Leonard Cohen, le Velvet Underground, The Specials…
Tim Saul : On en a parlé récemment, et de comment I Could Just Die fut en fait l’un des premiers morceaux que l’on a créés, qui a très peu changé entre la démo et le mix final. C’est aussi le morceau qui nous a fait réaliser qu’on tenait quelque chose : un son et un vrai partenariat créatif. On avait toujours une idée claire de si une ébauche "sonnait comme Earthling" ou pas. On est souvent autant influencé par ce qu’on ne veut pas être que par une idée claire de ce qu’on veut être. Je pense aussi que le fait que je vienne de Bristol et mon association avec Portishead a mené à ce que l’on soit perçus comme faisant partie d’une scène, ce qui ne nous dérangeait pas vraiment, mais on voulait vraiment avoir notre propre identité, différente de celle de ces autres artistes.
Geoff Barrow a contribué à Nefisa à l’époque. Pourriez-vous nous raconter comment vous l’avez rencontré pour la première fois et comment se sont passées vos premières conversations ?
Mau : Tim était et est toujours un bon ami de Geoff. Je l’ai rencontré quand on est allés à Bristol travailler dans le studio de Portishead, mais honnêtement je n’en ai pas vraiment de souvenirs précis, juste que l’on traînait ensemble. Mais d’emblée, on sentait qu’il réfléchissait profondément au son recherché et à la façon d’y parvenir avec justesse.
Tim Saul : Geoff est un ami de la famille, je l’ai rencontré pour la première fois dans un château gonflable explosé ! Véridique. On a beaucoup traîné ensemble et écouté nos musiques respectives dans les années précédant Dummy et Radar , et bien sûr j’ai travaillé sur les sessions de Dummy... Il a contribué à 4 morceaux de l’album avec des cuts, réalisés en une seule visite en studio. Je me souviens de cette session comme d’un tourbillon merveilleusement chaotique, avec des vinyles qui volaient dans tous les sens (comme sur la célèbre photo de Dali dans les airs avec les chats !) et Geoff qui pratiquait sa magie instinctive.
Plus généralement, comment avez-vous vécu l’essor du « Son de Bristol » avec des artistes comme Portishead, Massive Attack et Morcheeba ? Vous sentiez-vous faire partie de ce mouvement, ou plutôt être en marge de celui-ci ?
Tim Saul : Il y avait une association évidente, mais je crois qu’on se sentait en marge de tout ça, à faire notre propre truc. Ces soi-disant scènes sont en grande partie des créations médiatiques et des stratégies marketing, de toute façon !
Mau : C’était curieux parce qu’on nous associait à quelque chose dont on ne faisait même pas vraiment partie. Je n’ai jamais eu le sentiment qu’on essayait de surfer sur la vague, plutôt qu’on travaillait en parallèle de celle-ci. Les maisons de disques cherchaient quelque chose et on correspondait par hasard à ce dont elles rêvaient. C’était super pour nous parce qu’on faisait simplement notre truc.
Le hip-hop était une influence centrale pour les pionniers du trip-hop, mais grâce au flow de Mau, Radar est peut-être l’album qui canalise le plus directement cette influence. Écoutiez-vous beaucoup de hip-hop à l’époque ? En écoutez-vous encore aujourd’hui ? Si oui, des favoris personnels de 1995 - ou de 2026 - que vous souhaiteriez partager ?
Tim Saul : Oui. A Tribe Called Quest, De La Soul, Public Enemy, Cypress Hill, le Wu-Tang, Gang Starr, The Pharcyde, Ultramagnetic MC’s. Si j’écoute du hip-hop de nos jours, ce serait surtout les vieux trucs ou Dilla.
Mau : J’ai trouvé un exemplaire de Rapper’s Delight sur le trottoir quand j’avais environ onze ans, je l’ai ramené chez moi et j’ai tout naturellement commencé à rapper. J’écoutais beaucoup Nas, A Tribe Called Quest, Ultramagnetic MC’s et Gang Starr à l’époque de l’enregistrement. Ha, j’écoute encore ce même hip-hop des années 90, mais j’aime aussi le rap et le grime britanniques, surtout des trucs décontractés, comme Loyle Carner.
Lors des sessions Radar, y a-t-il eu un moment, un son ou une mésaventure en studio qui est resté dans votre mémoire - quelque chose qui, selon vous, capture l’esprit de la scène de Bristol à cette époque ?
Tim Saul : C’était certainement une époque plus innocente et on était entièrement portés par l’idéalisme de notre (relative) jeunesse ! Je repense toujours à la chance qu’on a eue de disposer à la fois du temps et des ressources pour expérimenter et créer un projet aussi singulier. Il y a eu tellement de moments marquants en cours de route, mais celui qui me vient à l’esprit, sans trop savoir pourquoi, c’est quand on a remarqué que la fuite d’une installation d’eau défectueuse dans un studio en sous-sol produisait un son vraiment cool, et qu’on l’a donc enregistré pour le mettre dans le morceau ! Un exemple simple mais significatif de notre état d’esprit de l’époque. Désolé de briser l’illusion, mais à l’exception de quelques démos enregistrées au studio State of Art de Portishead, Radar a entièrement été enregistré et mixé à Londres !
Et en ce qui concerne les performances scéniques, y a-t-il une anecdote de concert que vous n’avez jamais partagée auparavant et que vous seriez prêts à nous raconter ?
Tim Saul : Celle qui me vient à l’esprit, c’est quand on a joué à Glastonbury - seulement notre 2e concert et l’un des plus gros shows qu’on ait faits - et juste avant que l’on monte sur scène, Mau a été piqué par une guêpe et a dû jouer quand même, en gérant la douleur et la distraction !
Deux ans après Radar, vous avez enregistré Humandust, un autre album remarquable, avec Ray Manzarek en guest. Pourtant, en raison de problèmes avec votre label, le disque n’est sorti qu’en 2004, bien après le pic de la vague trip-hop. Ce retard est-il quelque chose que vous regrettez encore aujourd’hui ?
Tim Saul : Bien sûr, il aurait été préférable de maintenir l’élan à ce moment-là et de faire suite à la sortie de Radar, mais ces choses-là arrivent. On est toujours fiers de cet album - et maintenant qu’on a récupéré les droits auprès de Chrysalis, on prévoit de le ressortir bientôt, avec un peu de chance en 2026. Beaucoup de gens pensent encore qu’on n’a fait qu’un seul album.
Mau : C’est frustrant de regarder en arrière, et même maintenant ce n’est toujours pas complètement réglé. Je n’arrive toujours pas à réécouter Humandust. Je ne l’ai pas écouté depuis au moins vingt ans. Je ne regrette rien pour autant car on a eu la chance de pouvoir faire cet album et d’écrire une super chanson avec le fantastique Ray Manzarek.

Pour cette nouvelle réédition de Radar, 1st Transmission a été remixé par Portishead et Morcheeba. Qu’est-ce que cela représente pour vous de voir ces groupes iconiques revisiter l’un de vos morceaux ?
Tim Saul : Ces remixes ont été réalisés dans les années 90. Ils ont tous les deux fait d’excellents remixes qui sonnent puissamment encore aujourd’hui, 30 ans plus tard.
Mau : C’est formidable. J’ai toujours adoré ces remixes, donc c’est cool de les voir sortir à nouveau.
De votre point de vue, comment la scène de Bristol a-t-elle évolué depuis les années 1990 ?
Tim Saul : La drum & bass et le dubstep ont été deux des grandes choses à émerger de l’environnement musical de Bristol depuis, même si ce n’est bien sûr pas exclusif à cette ville. Comme tout endroit où se concentre un grand nombre de personnes créatives, la ville continue d’évoluer et d’exprimer son esprit particulièrement indépendant et innovant. Personnellement, je n’habite plus à Bristol depuis 17 ans, donc mon appréciation de la scène se fait désormais à distance.
Avec le recul, avez-vous l’impression que Radar est arrivé au bon moment, ou était-il un peu en avance sur son temps en ce qui concerne la façon dont le public et la presse étaient prêts à recevoir ce son trip-hop ?
Mau : Ha, non, je ne crois pas. Je pense qu’un album comme Radar n’aurait pu être enregistré que dans les années 90. Il y avait beaucoup de liberté et d’expérimentation à l’époque, et un vrai lien avec l’art et les livres. C’était tout pour l’art, vraiment, pas seulement de la musique. La réception initiale ? Mitigée mais surtout curieuse. Certaines personnes ne savaient pas comment le décrire, et c’était bien ainsi. Je ne suis pas sûr qu’on savait nous-mêmes ce que nous faisions de toute façon. Mais ceux qui s’y sont connectés en ont vraiment ressenti l’impact. Et nous ont suivis jusqu’à aujourd’hui. Je vis en France maintenant et j’y croise souvent des fans d’Earthling.
Tim Saul : On n’est probablement pas les meilleures personnes à qui poser cette question, parce qu’on faisait simplement ce qui nous venait naturellement à l’époque ! Le public hip-hop britannique a toujours été très critique envers les artistes locaux et il a probablement fallu attendre des artistes grime comme Dizzee Rascal, Giggs et Wiley pour que les MCs britanniques passent vraiment de l’underground au grand public. Une grande partie de l’industrie et du public ne savait peut-être pas quoi faire d’Earthling (et ne le sait toujours pas !). On a toujours eu l’impression d’être un peu clivants pour la plupart des gens, soit on nous adore, soit on nous déteste ! Franchement, je pense qu’on ne s’est jamais vraiment intégré de façon nette dans une scène particulière…
Vous souvenez-vous de la réception initiale de l’album, tant du côté critique que des auditeurs ? Y a-t-il des réactions qui vous ont frappés - de manière agréable, inattendue, ou peut-être frustrante ?
Tim Saul : Beaucoup des réactions de la presse et des gens étaient assez folles, ou peut-être ce sont simplement celles-là dont on se souvient ! S’il y avait de la frustration, c’était autour de choses comme le racisme inhérent à l’industrie, qui n’avait pas de place pour plus d’un rappeur noir britannique à la fois, en l’occurrence Tricky.
En 2011, vous avez sorti un troisième album, lui aussi remarquable. Je me souviens que vous avez changé la tracklist quelques semaines après son apparition sur les plateformes de streaming en raison de demandes du label. La vie d’artiste n’est-elle pas parfois plus simple sans label impliqué ?
Tim Saul : En réalité, on a auto-distribué cet album, donc tout changement de tracklist était notre décision. C’était le reflet de notre compréhension naissante de la nouvelle culture du streaming, de la diminution de l’attention des auditeurs et de l’éloignement de l’expérience d’écouter un album du début à la fin, des facteurs qui se sont tous intensifiés avec le temps et qui ont été largement critiqués.
Mau : C’est formidable qu’on ait pu faire Insomniac’s Ball, c’est un peu venu de nulle part, le processus était beaucoup plus détendu que pour Radar et Humandust, et ça s’entend sur l’album. Ça sonne presque comme si c’était notre premier album. L’indépendance génère son lot de maux de tête, surtout parce qu’on vient d’une époque où il était normal d’être signé par un label et que tout soit pris en charge pour toi, mais la liberté en vaut la peine, surtout en sachant qu’on possède la plupart de nos créations et qu’on décide nous-mêmes de la suite. On a de la chance parce que notre label d’origine, Chrysalis, a été vraiment cool et qu’il était facile de travailler avec eux.

Et concernant cet album, qu’est-ce qui vous a réunis créativement ? Les fans peuvent-ils se permettre d’espérer un quatrième album un jour ?
Mau : Tim a croisé un type dans un pub, Steve Farris, qui nous a aidés à renouer avec notre label et notre éditeur pour clarifier les choses, d’un point de vue commercial, pour qu’on reprenne essentiellement le contrôle de nos albums, un peu comme Jay-Z et Taylor Swift ! Quant à un quatrième album, on pense encore que la plupart des gens n’étaient pas au courant qu’on avait sorti Humandust et Insomniac’s Ball, donc il reste encore du travail à faire sur ce front, et on va bientôt sortir des remixes de fans, de DJs et de producteurs.
Tim Saul : Le processus qui nous a réunis pour faire le 3e album était très naturel. D’abord on a partagé et développé quelques idées, sans discussion ni attente sur ce que ça pourrait donner, puis on a réalisé qu’on avait 5 ou 6 nouveaux morceaux et le moment est arrivé où l’on s’est dit : « Oh… autant en faire un nouvel album de Earthling ! »
Trente ans après Radar, comment voyez-vous votre travail dans la grande histoire du trip-hop et de la scène de Bristol ?
Tim Saul : Avec fierté, sans aucun doute. Les remasters de Radar ont donné une nouvelle vie à une musique qu’on avait déjà entendue mille fois. J’aime la simplicité de beaucoup des morceaux, peut-être juste 4 ou 5 éléments et je peux vraiment les apprécier maintenant sous un jour différent, même si je ne me suis jamais lassé des rimes et des paroles de Mau, franchement.
Est-ce qu’elles sonnent daté ? Peut-être, mais c’est aussi historiquement inévitable : différentes époques utilisent différentes technologies, sensibilités sonores, langage et représentations visuelles. Toutes ces choses sont très subjectives et il est vrai que je n’ai probablement pas le genre de distance objective qu’il faudrait pour répondre. Ça peut être comme feuilleter un album photo de famille, avec tout le poids de la proximité… Certaines musiques de cette époque ont mieux vieilli que d’autres, comme c’est toujours le cas, mais j’espère qu’Earthling a encore quelque chose qui mérite d’être découvert, avec une originalité et une unicité qui lui sont propres. Peut-être que le fait qu’on ne se soit jamais vraiment intégré nous a aidés, d’une certaine manière ? C’était en partie le résultat de notre nature intransigeante, de toute façon. Néanmoins, on est déçus d’avoir été largement omis de toute discussion historique sur le hip-hop britannique ou la musique noire alternative UK de cette époque, mais bon, c’est la vie !
Mau : C’est comme si on avait pris quelques centaines de polaroïds des années 90 et qu’on les avait mis là pour que les gens les découvrent. Trente ans après Radar, c’est toujours l’une des périodes les plus importantes de ma vie et je suppose que je compare encore ce que je fais aujourd’hui aux standards de Radar. Redécouvrir l’album après 30 ans était déjà quelque chose de très positif et une source de fierté : il est toujours là et quelques personnes l’aiment encore.
Une dernière question : comment chacun de vous perçoit-il la carrière ultérieure de son partenaire ? Et si vous deviez choisir un disque ou un morceau favori dans sa discographie, lequel serait-ce ?
Mau : Fly Away, par Tim Saul et Julee Cruise : ça capture quelque chose de très Earthling et "Twin Peaks" à la fois.
Tim Saul : J’ai toujours été curieux d’entendre ce que Mau faisait au fil des années et j’ai apprécié à la fois les productions de Tristesse Contemporaine et ses contributions en guest pour Telepop. Honnêtement, les morceaux des Dirty Beatniks sont probablement son travail que j’ai le plus écouté.
ENGLISH
IRM : How would you describe the atmosphere in Bristol in the period leading up to the release of Radar ?
Tim Saul : Fertile, diverse and groundbreaking.
Mau : We met in east London, my introduction to Bristol was through Tim. I’m from the suburbs of east London, I had heard of Massive Attack and Wild Bunch, and thought that was cool, but I was so into hip hop that I didn’t really follow what they were doing. I guess that’s why I didn’t feel any connection to the Bristol Sound, it was a world away from me at the time, another culture.
There’s a story that your connection deepened when you discovered you both loved "The Dice Man", the novel where every decision is made by rolling dice. How much space do you allow for unpredictability, happy accidents, or randomness in the way you create music ?
Mau : I don’t really remember when or why I read "The Dice Man", but the book did have a big impact on me. I guess that just having it on my mind whilst recording Radar guided some of the choices we made. In fact I do remember us making some decisions by rolling the dice. That book is not about letting accidents happen or doing random stuff, you decide what each number means and you have to live with the result.
Tim Saul : As much as possible ! You can set out with a plan of what you want to make but more interesting unplanned things can happen along the way - which you have to be open to exploring and often that’s where good things happen. It’s something I’m always aware of when using certain technology (software, DAW’s etc) because it can take away the surprise element and the unexpected things. I’m always looking to keep that quality present in the tools I use and in my approach to creativity.
Once you met, how did your early musical experiments begin to take shape ? Did you have specific influences or role models in mind, and did you already have a sense of what your first album might become ?
Mau : We were just exploring sounds, samples, beats and raps. Hip hop definitely guided me but we were also listening to Portishead, Leonard Coen, Velvet Underground, The Specials....
Tim Saul : We talked about this recently and how I Could Just Die was actually one of the first tracks we made and it changed very little from demo to finished mix. It was also the track that made us realize we had something : a sound and good creative partnership. We always seemed to have a clear idea of if an idea was ’an Earthling thing’ or not. Often you’re as influenced by what you don’t want to be as you are of having a clear idea of what you do want to be. I also think that me having come from Bristol and my association with Portishead, we were perceived as being part of a scene, which in a way was fine, but we also really wanted to have our own identity different from those other artists.
Geoff Barrow contributed to Nefisa back then. Could you tell us about how you first met him and what your early conversations were like ?
Mau : Tim was and is good friends with Geoff, I met him when we went to Bristol to work in Portishead’s studio, but to be honest I don’t really have many memories of anything specific, just hanging around. But straight away, you could tell he thought deeply about sound and getting It right.
Tim Saul : Geoff is a family friend of mine and I first met him in a blow-up bouncy castle ! True story. We hung out and listened to each other’s music a lot in the years leading up to Dummy and Radar and of course I worked on the Dummy sessions... He contributed DJ cuts to 4 tracks on the album, in just a single days visit to the studio. I remember the session being a wonderfully chaotic blur of old vinyl flying around the studio (like in the famous picture of Dali in the air with the cats !) and Geoff laying down his instinctive magic.
More generally, how did you see the rise of the « Bristol Sound » with artists like Portishead, Massive Attack, and Morcheeba ? Did you feel part of that movement, or more on the margins of it ?
Tim Saul : There was an obvious association, but we felt like we were on the margins of that and doing our own thing, I think. These so called scenes are largely media created and marketing strategies anyway !
Mau : It was curious because we’re getting lumped into something that we weren’t even really a part of. I never felt like we were trying to ride the wave, more like we were working alongside it. The record companies were looking for something and we happened to fit what they we’re dreaming off. That was great for us because we just did our thing.
Hip hop was a core influence for the early pioneers of trip-hop, but because of Mau’s flow, Radar may be the album that channels that influence the most directly. Were you listening to a lot of hip hop at the time ? Do you still listen to it today ? If so, any personal favourites from 1995 - or from 2025 - you’d like to share ?
Tim Saul : Yes. A Tribe Called Quest, De la Soul, Public Enemy, Cypress Hill, Wu-Tang, Gang Starr, The Pharcyde, Ultramagnetic MC’s. If I listen to any hip hop these days it would most likely be the older stuff or Dilla.
Mau : I found a copy of Rapper’s Delight on the pavement when I was about eleven years old, took it home and just naturally started rapping. I was listening a lot to Nas, A Tribe Called Quest, Ultramagnetic MC’s and Gang Starr at the time of recording. Ha I still listen to the same 90’s hip hop, but I like UK rap and grime, mostly chilled stuff though, like Loyle Carner.
During the Radar sessions, was there a particular moment, sound, or studio mishap that stayed with you - something that, to you, captures the spirit of Bristol’s scene at that time ?
Tim Saul : It was certainly a more innocent time and we were fully powered by the idealism of (relative) youth ! I always reflect on how lucky we were to be given both the time and resources to experiment and create such a singular project. There were so many informative moments along the way, but the one that comes to mind - for some reason - is when we noticed that the dripping of a faulty water system in a basement studio was making a really cool sound and so we recorded it and put it in the track ! A small but significant example of our mindset. Sorry to burst the bubble, but apart from some early demos - recorded at Portishead’s State of Art studio - Radar was all recorded and mixed in London !
And when it comes to performing live, is there a show anecdote you’ve never shared before that you’d be willing to tell us ?
Tim Saul : One that springs to mind is when we played Glastonbury - only our 2nd gig and one of the largest shows we played - and just before we went on stage Mau got stung by a wasp and had to perform the set anyway, managing the pain and the distraction !
Two years after Radar, you released Humandust - another remarkable album - with Ray Manzarek featuring on several tracks. Yet due to issues with your label, the record only came out in 2004, long after the trip-hop wave had crested. Is that delay something you still regret today ?
Tim Saul : Of course, it would’ve been preferable to keep things going at that time and follow on from the release of Radar, but these things happen. We’re still proud of that LP - and now that we have the rights back from Chrysalis we plan to release it soon, hopefully in 2026. A lot of people still think we only made one LP.
Mau : It’s frustrating to look back, and even now it’s still not completely settled. I still can’t bring myself to listen to Humandust, I haven’t listened to it for at least twenty years. I don’t regret anything though, we were lucky to have been able to make the album and to write a great song with the fantastic Ray Manzarek.
For this new Radar reissue, 1st Transmission was remixed by Portishead and Morcheeba. What does it mean to you to have these iconic bands revisit one of your tracks ?
Tim Saul : Those remixes were done in the 90’s. They both did excellent remixes that sound strong 30 years later, today.
Mau : It’s great. I always loved these remixes so it’s cool to have them released again.
From your perspective, how has the Bristol scene evolved since the 1990s ?
Tim Saul : Drum & bass and dubstep have been two of the big things to come through the Bristol music world since - though not exclusive to there, of course. Like any place with a high concentration of creative people, the city continues to evolve and express its particularly independent and innovative spirit. Personally, I haven’t lived in Bristol for 17 years, so my understanding is now at a distance.
With distance now, do you feel Radar arrived at the right moment, or was it a little ahead of its time in terms of how the public and the press were ready to receive that trip-hop sound ?
Mau : Ha, no I don’t think so, I think an album like Radar could only have been made in the 90’s, there was lots of freedom and experimentation back then and a real connection to art and books. It was all art really, not just music. Initial reception ? Mixed but mostly curious. Some people didn’t know what to make of it, and that was fine - I’m not sure that we knew what we were doing anyway. But the ones who did connect with it, they really felt it. And have followed us ’til now. I live in France now and I often bump into Earthling fans.
Tim Saul : We’re probably the wrong people to ask that question, because we were just doing what came naturally to us at the time ! The UK hip hop crowd has always been very critical of homegrown artists and it probably took until grime artists like Dizzee Rascal, Giggs and Wiley for British MC’s to really crossover from the underground. Much of the industry and audience maybe didn’t know what to make of Earthling (and still don’t !). It always felt like we were a bit like marmite for most people - you either love us or you hate us ! To be honest, I think that we never really fitted in neatly to any one scene...
What do you remember about the album’s initial reception, both critically and from listeners ? Were there reactions that struck you - whether pleasantly, unexpectedly, or perhaps frustratingly ?
Tim Saul : A lot of the press and people’s reactions were pretty wild - or maybe those are the ones you remember ! If there was frustration it was around things like the inherent racism of the industry which didn’t have space for more than one black British rapper at the time, i.e. Tricky.
In 2011, you released a third LP, also an outstanding record. I recall you changed the tracklist a few weeks after it appeared on streaming platforms due to label requests. Isn’t the artist’s life sometimes simpler without a label involved ?
Tim Saul : Actually, we self-released that LP so any tracklisting changes was our decision and was a reflection of us starting to understand both the new culture of streaming and also listener’s diminishing attention spans and the move away from the long form album listening experience, all factors that have both intensified over time and received backlashes against.
Mau : It’s great that we made Insomniac’s Ball, it kinda came from nowhere, the process was a lot more chilled than Radar and Humandust and you can hear it in the album. It almost sounds like it should have been our first album. Independence has its headaches, especially as we’re from an era when it was normal to be signed to a label and have everything taken care of for you, but the freedom is worth it, especially knowing that you own most of your creations and you decide how it continues. We’re lucky because our original label, Chrysalis, have been really cool and easy to work with too.
And regarding that album, what brought you back together creatively ? Should fans allow themselves to hope for a fourth album someday ?
Mau : Tim bumped into a guy in a pub, Steve Farris, who helped us reconnect with our label and publisher to clear things up, business-wise, for us to basically take back control of our albums, kinda like Jay-Z and Taylor Swift ! As for a fourth album, we still think that most people were not aware that we released Humandust and Insomniac’s Ball, so there’s still some work to do with that, and we will be releasing remixes from fans, DJ’s and producers soon.
Tim Saul : The process of coming together to make the 3rd LP was very natural. First we shared and developed a few ideas - with no discussion or expectation of what it might be - and then we realised we had 5 or 6 new tracks and arrived at the moment where we said « Oh... we might as well make this a new Earthling album ! »
Thirty years after Radar, how do you see your work within the broader story of trip-hop and the Bristol scene ?
Tim Saul : Definitely with pride. The Radar re-masters have given new life to music that we’ve already heard a thousand times. I love the simplicity of a lot of the tracks - maybe just 4 or 5 elements - and can really appreciate them now in a different light, although I’ve never got tired of Mau’s rhymes and lyrics to be honest. Do they sound dated ? Maybe, but that’s also historically inevitable : different eras utilize different technologies, sonic sensibilities, language and visual representations. These things are very subjective and it’s true that I probably don’t have that kind of objective distance. It can be like looking in a family photo album, with all the baggage of association... Some of the music made from that era has aged better than others - as is always the way - but hopefully Earthling still has something worth discovering, along with an originality and uniqueness. Maybe the fact we never really fitted in helped us, in a way ? It was partly a result of our uncompromising nature, anyway. It is disappointing though that we’ve mostly been omitted from any historical discussions about British hip hop or alternative black UK music of that era, but hey, c’est la vie !
Mau : It’s like we took a couple hundred polaroids from the 90’s and put them out there for people to discover. Thirty years after Radar it’s still one of the most important periods of my life and I guess I still compare what I do today in Radar standards. Just rediscovering Radar after 30 years was already something very positive and something to be proud about, it’s still there and a few people still love it.
One last question : how do each of you view your partner’s subsequent career ? And if you had to pick one favourite record from their discography, which would it be ?
Mau : Fly Away, by Tim Saul and Julee Cruise, it captures something very Earthling and "Twin Peaks" at the same time.
Tim Saul : I’ve always been curious to hear what Mau’s been doing over the years and have enjoyed both the Tristesse Contemporaine stuff and his Telepop guest features. To be honest, the Dirty Beatniks’ tracks would probably be the work I’ve listened to the most.
Interviews - 11.03.2026 par
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Jon Shuemaker & Julien Ash - Somenialia
Bonnie "Prince" Billy - We Are Together Again
Saajevo - Club Saajevo Vol. 1
R$kp - Manu Dei EP
Machinefabriek - Lijnverkenning
Darko the Super & MF Grimm - Beware of Bob
K-Rec & Birdapres - Say Goodbye To Your Friends EP
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- L’oeil sur 2025 - 15 albums découverts trop tard + meilleurs labels
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- William Boyle : "Je pense que j’ai toujours été attiré par les formats marginaux"
- Jasmine Myra - Where Light Settles
- Whitney Johnson, Lia Kohl & Macie Stewart - BODY SOUND
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