Peter Farris : "Je ne passe pas mon temps à écouter Discordance Axis ou Deathspell Omega 365 jours par an"

Dame nature est en cela injuste qu’elle distribue inéquitablement les talents, donnant peu à certains et beaucoup à d’autres. Peter Farris appartient assurément au deuxième groupe, celui des mieux lotis. Car en plus d’être un écrivain talentueux et le chanteur d’un excellent groupe de hardcore noise, Peter Farris, on l’apprend ici, est en plus doué en basket. Ses romans où exsude une violence sourde, au diapason de celle qui jaillit des morceaux incendiaires de Cable, faisaient de lui un candidat idéal pour prolonger notre série d’interviews d’écrivains centrées autour du thème de la musique. Peter Farris s’y est prêté de bon cœur, faisant une place à nos questions dans son emploi du temps surchargé.




VERSION FRANCAISE

IRM : Bonjour Peter. Commençons par évoquer la manière dont la musique t’a accompagné au cours de ta vie. Dans tes romans, tu cites principalement des morceaux de country, de blues ou de gospel, soit des genres très éloignés de ce que tu as proposé avec Cable mais intrinsèquement liés au Sud. Tu cites également dans au moins deux de tes livres (Le présage et Dernier appel pour les vivants) le Allman Brothers Band. C’est la musique avec laquelle tu as grandi ?

Peter Farris : J’ai grandi en écoutant beaucoup de country et de blues grâce à mon père, qui adorait tout, de Jerry Lee Lewis, Howlin’ Wolf, Little Richard et Elvis à Johnny Cash, Kris Kristofferson, Dolly Parton et Waylon Jennings, pour n’en citer que quelques-uns. Curieusement, je détestais vraiment la country quand j’étais gamin, attitude typique de l’adolescent rebelle qui ne peut pas aimer ce que ses parents aiment. C’est à cette époque - je devais avoir entre 10 et 12 ans - que j’étais à fond dans le skateboard et que je découvrais le thrash metal et le hardcore… des groupes comme les débuts de Metallica, Megadeth, Anthrax, Iron Maiden, The Misfits, COC, Bad Brains et DRI. Plus tard, je me suis plongé dans les univers du hip-hop, du grunge, du punk et du noise rock. Ce n’est qu’à l’université que je suis revenu à la country et que j’ai vraiment commencé à l’apprécier à un niveau plus profond. Quand j’ai rejoint Cable en 2002, ces gars-là m’ont fait découvrir toutes sortes de musiques, mais ils passaient en boucle du stoner, de l’outlaw country et du rock des années 70. À l’époque où nous avons enregistré Never Trust a Gemini, nous étions tous très fans de desert rock comme Kyuss, des légendes de Touch & Go comme les Laughing Hyenas, de la country classique comme Hank Williams et Townes Van Zandt, et de groupes du sud comme les Allman Brothers, le Marshall Tucker Band, Skynyrd, Molly Hatchet et les Drive-by Truckers des débuts.


Comment découvres-tu la scène hardcore noise à laquelle tu as grandement participé avec ton groupe Cable, dont tu es le chanteur ? Il y a, par exemple, en épigramme de la troisième partie du Présage, une citation du groupe de black metal Thou. Ce sont des genres musicaux qui te parlent ?  

Je garde de très bons souvenirs de ma vie en Nouvelle-Angleterre à la fin des années 90 et au début des années 2000, à une époque où la scène underground heavy prenait vraiment son essor et était en pleine effervescence. Le hardcore new-yorkais était encore très en vogue à l’époque, mais des labels comme Relapse et Amphetamine Reptile, ainsi que des groupes tels que Neurosis, Deadguy, Craw, ISIS, Eyehategod, Buzzoven, Coalesce, Today is the Day, Bloodlet, les Melvins et toute la scène Hydra Head Records exploraient de nouveaux horizons d’expérimentation avec une musique discordante. Du sludge inspiré de Black Sabbath, du bruit psychédélique, des riffs anguleux en contre-temps, un chant angoissé, des percussions tribales… il y avait un mélange palpitant d’influences et de styles qui donnait naissance à une musique vraiment unique qui, pour moi, a résisté à l’épreuve du temps. Ces groupes étaient soit originaires du nord-est, soit en tournée intensive dans la région ; j’ai donc pu assister à des concerts incroyables dans le Connecticut, à New York, dans le New Jersey et dans le Massachusetts. En tant que passionné de musique, chaque groupe m’ouvrait la porte vers cinq autres : je lisais des interviews dans des fanzines ou sur des blogs, je parcourais les listes des « albums préférés de l’année », et je cherchais à comprendre ce qui motivait certains artistes, ce qui les inspirait, etc. Avant Cable, je jouais dans un groupe de grind technique appelé The Farewell Order et mes camarades m’ont fait découvrir toute une gamme de styles et d’influences, de Godflesh et Napalm Death à Carcass et Morbid Angel, en passant par une multitude de metal extrême, mais aussi d’autres musiques d’avant-garde, du Velvet Underground à Suicide, Television et Sonic Youth. C’est grâce à Neurosis, par exemple, que j’ai découvert Swans, Joy Division, Rudimentary Peni et Amebix ; et Today is the Day m’a conduit à King Crimson. Tout cela fait partie de mon parcours, et je peux tracer un lien entre ma fascination pour, disons, le funeral doom finlandais ou le black metal norvégien, et mes débuts de vingtaine passés en Nouvelle-Angleterre, où je m’imprégnais de musique underground avec une insouciance totale.
J’écoutais beaucoup de Thou pendant que j’écrivais Le Présage, en particulier Magus et l’EP Rhea Sylvia, qui traduisent vraiment leur amour pour Alice In Chains et Crowbar à parts égales. Ce furent deux années sombres et mes goûts musicaux correspondaient à ces temps malheureux (pour citer le groupe) que nous traversions... et que nous continuons de traverser.
Mes changements d’humeur tout au long de l’année en fonction des saisons influencent mes goûts et mes habitudes musicales, mais le metal, dans toutes ses variantes et tous ses sous-genres, est le style de musique qui me touche le plus. Cela ne veut pas dire pour autant que je passe mon temps à écouter Discordance Axis ou Deathspell Omega 365 jours par an. Mon travail est assez intense, et la musique ambient et électronique est généralement ce qui me permet de me recentrer avant et après le chaos quotidien. Ces derniers temps, j’écoute beaucoup Music for 18 Musicians du Steve Reich Ensemble, Steve Roach, Klaus Schulze, le projet Harvestman de Steve Von Till et le pianiste Leif Ove Andsnes. Le nouvel album de Sunn O))) passe aussi en boucle.

Lorsque nous avons échangé en amont de cette interview, tu m’as confié avoir de nombreux tatouages de groupes de rock. Spontanément, tu as évoqué Black Flag, Swans, Black Sabbath… En as-tu d’autres ? Et peux-tu nous expliquer cette démarche qui va jusqu’à encrer dans ta chair ces groupes mythiques ? C’est un acte très fort.

Mes tatouages représentent soit la faune sauvage, soit des groupes de musique. Sabbath, Bad Brains (que j’ai depuis recouvert), Bathory, Swans et Black Flag. J’envisage d’ajouter prochainement des tatouages de Motörhead, Celtic Frost et Voivod en hommage. Même si l’époque où j’écrivais des paroles et jouais de la musique est révolue, la musique fait partie intégrante de mon être et le restera toujours. Apprécier la musique, rechercher de nouveaux morceaux et de nouveaux sons, c’est inscrit dans mon ADN. Cela fait partie de mon identité - je suis un mordu de musique - et j’ai canalisé cet amour en collectionnant des vinyles et en échangeant des playlists et des albums, anciens et nouveaux, avec quelques amis très chers. Je ne me suis jamais posé de questions sur les raisons pour lesquelles j’ai choisi certains tatouages liés à la musique... ça me semble tout simplement naturel d’honorer les artistes qui m’inspirent, comme une expression spontanée de qui je suis.

Dans Dernier appel pour les vivants, Hobe dit à Charlie qu’il a du mal avec les vrais noms et qu’il préfère les surnoms. Est-ce que tu as hérité de surnoms dans ton enfance ou ton adolescence ? Peut-être en as-tu encore maintenant ? 

Quand j’étais jeune, j’avais un surnom : « Pistol Pete », en référence à la légende du basket Pete Maravich. Ça venait de ma passion pour le basket au lycée, et surtout de ma tendance à faire des passes aveugles. Mais ça s’est estompé avec le temps, et plus personne ne m’appelle autrement que Pete ; je ne suis pas vraiment du genre à utiliser des surnoms. Je pense que c’était une idée dans Dernier appel pour les vivants qui servait avant tout le personnage, davantage qu’un détail tiré de ma vie personnelle.


Ta bio précise que tu as toi-même été employé de banque. Toujours dans Dernier appel pour les vivants, Charlie et sa collègue, au début de l’histoire, échangent quelques plaisanteries sur la manière dont ils s’appellent l’un et l’autre afin de se « passer l’envie de se jeter d’une passerelle d’autoroute à l’heure de pointe. » Était-ce ce ton état d’esprit avant de pouvoir te consacrer pleinement à la musique et à l’écriture ?

Un travail ingrat et sans avenir, où l’on échange son temps contre sa survie, conduit le plus souvent à un cynisme abject. Je me sentais vraiment démoralisé et désorienté lorsque j’ai écrit Dernier appel pour les vivants, et pendant mes moments de pause au travail, entre autres rêveries, je me laissais souvent aller à imaginer comment un braquage pourrait se dérouler. Je travaillais justement dans une banque à West Haven, dans le Connecticut, lorsqu’un homme l’a braquée. Il avait un revolver dans sa poche arrière et a remis un mot à mon collègue pour exiger de l’argent ; cet événement a directement influencé et inspiré mon premier roman. J’ai eu une brève période où je me consacrais entièrement à l’écriture, mais c’était intenable, et au final, cela a toujours été un passe-temps, même si je l’ai toujours fait avec passion. Ce n’est qu’après être retourné à l’école et m’être tourné vers l’enseignement que j’ai trouvé ma véritable vocation, et je laisse heureusement mon cynisme à la porte lorsque je me présente au travail chaque matin. 

Évoquons à présent un petit peu plus tes œuvres dans le détail. Une bonne chanson a toujours un bon titre. Cable a toujours eu de super titres de morceaux - certains sonnent presque comme des slogans : It’s My Right To Be An Asshole, Gun Metal Grey, Rats on Fire, Black Medicine, Pigs Never Fly, Sleep Produces Monsters… Idem pour les titres de tes romans : The Bone Omen, Lay Quiet in the Fire, Last Call for the Living… Ça claque. J’ai lu un jour dans un magazine de rock que si Jack White avait donné de meilleurs titres à ses morceaux, les White Stripes auraient percé beaucoup plus tôt. Qu’en penses-tu ? 

J’adore les bons titres de chansons ou de livres, et je consacre presque autant de temps à réfléchir aux titres de mes romans qu’à l’écriture elle-même. Je dois tout le mérite de bon nombre de ces fantastiques titres de chansons à Randy Larsen, membre fondateur, bassiste et chanteur de Cable. Parmi les artistes de heavy metal, je pense que Darkthrone continue sans conteste de proposer les meilleurs titres de chansons.
En ce qui concerne les romans, j’adore les titres qui sont suggestifs, littéraires, élégiaques, poétiques et mystérieux sans être trop évidents (ou carrément ringards) comme c’est souvent le cas avec les romans policiers américains. J’ai eu la chance que les titres alternatifs en France aient conservé cet esprit que je recherche, par exemple Lay Quiet in the Fire traduit par Laissez-moi brûler en paix ou Le diable en personne, qui s’intitulait à l’origine Ghost in the Fields.


Toutes les épigrammes de Dernier appel pour les vivants étant tirées des paroles de The Failed Convict, il ne faut pas être grand clerc pour comprendre que ces deux œuvres sont intrinsèquement liées. Si tu devais associer un album à chacun de tes autres livres, lesquels choisirais-tu ?  

C’est certain, The Failed Convict et Dernier appel pour les vivants sont des âmes sœurs et partagent une synergie artistique qui s’est développée de manière très naturelle. L’enregistrement de cet album et la publication de ce roman sont à jamais liés dans mon esprit. Ils sont comme des frères et sœurs. C’est une excellente question sur laquelle j’ai vraiment dû réfléchir, et selon mon humeur et la période de l’année, je pourrais avoir des réponses différentes, mais voilà ce que j’en pense :

Le diable en personne irait avec U.S. Christmas - Eat the Low Dogs
Les mangeurs d’argile irait avec Swans - The Great Annihilator
Le présage irait avec Neurosis - Times of Grace (une excellente alternative serait Of the Wand and the Moon - The Lone Descent)
Laissez-moi brûler en paix irait avec Leviathan - Massive Conspiracy Against All Life

Tu as la double casquette d’écrivain et de musicien. As-tu jamais eu envie de te servir du milieu de la musique comme cadre de l’un de tes romans ? Ou d’écrire sur un musicien (fictif ou réel) ? Voire même de raconter ce que tu as pu vivre avec Cable ? Tu as dû en voir de belles sur la route et ailleurs…

J’ai caressé cette idée, mais rien ne m’a vraiment marqué au point de servir de base à un roman. Jouer en concert et enregistrer de la musique, c’était sympa et ça m’a laissé plein de souvenirs inoubliables, mais je n’ai pas d’histoires folles d’excès ou de débauche à raconter. Des histoires stupides, j’en aurais, mais rien de comparable aux anecdotes que pourraient raconter d’autres groupes qui ont fait le tour du monde ou se sont forgé une carrière. J’adore la façon dont Karl Ove Knausgaard a intégré la notoriété et la légende de la scène black metal norvégienne dans The Third Realm. Je pense que si je devais puiser dans mes obsessions musicales, ce serait quelque chose de personnel, comme l’amour que mes amis et moi portons au thrash metal et au skateboard, ou peut-être qu’un jour j’écrirai un roman sur un musicien ou un athlète, je ne sais pas. J’aime beaucoup écrire sur les artistes, cependant, et j’ai vraiment apprécié la façon dont Jon Fosse a utilisé un peintre (ou des sosies de peintre) dans sa Septologie en trois volumes. Dans mon projet en cours - une suite au roman Le diable en personne - j’ai un antagoniste très perturbé qui se trouve être un écrivain raté. Écris sur ce que tu connais, comme on dit ! (rires)


Le personnage principal du Présage est un photographe extrêmement talentueux. Quelles photos ayant servi d’artworks pour des albums mériteraient selon toi d’être exposées ? 

Une excellente question qui touche le collectionneur de vinyles qui sommeille en moi, car chaque 33 tours est une œuvre d’art à chérir et à garder précieusement. Là, comme ça, je citerais :

Leviathan - Scar Sighted (ou n’importe quelle pochette de Jef Whitehead)
King Crimson - In the Court of the Crimson King
Bathory - Under the Sign of the Black Mark
Melvins - Houdini
Johnny Cash - American Recordings
Skepticism - Stormcrowfleet
Immortal - Diabolical Fullmoon Mysticism
Swans - The Seer
Manilla Road - Open the Gates
Voivod - Dimension Hatross

Quand on observe le parcours croisé de ta discographie et de ta bibliographie, on se rend compte que les compositions de Cable sont plus longues, plus tortueuses sur les premiers albums - je pense notamment à Pigs Never Fly - tandis qu’elles deviennent plus courtes, plus resserrées, sur The Failed Convict ou Take The Stairs To Hell. Dans le même temps, un livre comme Dernier appel pour les vivants est plus brutal, plus frontal que, par exemple, Le présage ou encore Laissez-moi brûler en paix où la violence est tout aussi présente, mais plus diffuse, plus larvée avec des intrigues aux ramifications plus complexes. Quelle lecture fais-tu de cette évolution simultanée ? 

Avec Cable, on me confiait généralement quelques morceaux à chanter, et je participais aux chœurs ici et là, selon les besoins de la chanson. Pendant un certain temps, on ressemblait à Queens of the Stone Age à l’époque de Songs for the Deaf, avec jusqu’à quatre chanteurs sur un album, se partageant des morceaux et chacun ayant en quelque sorte ses propres titres phares. Avec Cable, le principal compositeur, Randy Larsen, discutait de ses idées avec moi, et souvent, ça se résumait à : « J’aimerais que tu chantes sur telle ou telle chanson, fais ce que tu veux. » Ensuite, on lançait des idées pour d’autres morceaux où je pourrais apporter ma contribution ou superposer des voix, chanter ou hurler en chœurs, etc. Chaque album était un petit écosystème unique, un instantané de là où chacun en était dans sa vie et le reflet de nos goûts et de nos humeurs du moment.
Dans mes romans, je constate une évolution très nette, à mesure que j’essayais de perfectionner mon art, et Dernier appel pour les vivants est sans aucun doute un ouvrage brut et un peu approximatif. Si je pouvais remonter le temps, je réécrirais probablement chaque ligne de ce livre (et je ferais tout différemment en ce qui concerne sa publication), mais ce qui est fait est fait. Je pense que dans mes romans suivants, la violence devait servir l’histoire et avoir un but, sinon elle est simplement gratuite, ce qui pourrait être une critique justifiée à l’égard de Dernier appel pour les vivants. Je ne sais toujours pas vraiment ce que je fais, et je travaille de manière très intuitive, mais dès mon troisième, quatrième et cinquième livre, j’ai eu l’impression de mieux maîtriser la construction d’un roman, d’écrire avec plus de précision, de persuasion et de nuance, et d’utiliser la violence plus efficacement sans qu’elle ne devienne un élément secondaire.


La nature revient souvent dans ton travail et particulièrement les motifs de la forêt et du fleuve qui semblent très importants chez toi. Ils apparaissent dans plusieurs morceaux de The Failed Convict, dans It Cost Me Everything mais aussi dans Le présage dont la forêt est un élément géographique central, au cœur de la réserve naturelle de la Lokutta, et encore dans Laissez-moi brûler en paix. Quel sens mets-tu derrière cette récurrence ? 

Ma passion pour les grands espaces s’est mariée à mon intérêt pour la fiction, et au fil des ans, j’ai développé une véritable affinité pour la littérature naturaliste, l’anthropologie et la poésie. Je ne lis pratiquement plus de fiction aujourd’hui, et lorsque j’y fais exception, ce sont les auteurs européens et latino-américains qui m’enthousiasment le plus. La littérature du Sud [des États-Unis - NDT] ne me touche pas du tout.
La chasse a sauté une génération dans ma famille, car mon grand-père paternel était un passionné de pêche et de chasse au faisan dans le Missouri, mais mon père ne s’intéressait pas aux activités de plein air. Je suis cependant un chasseur autodidacte et j’ai chassé de tout, des écureuils et des dindes aux cerfs et aux sangliers en Géorgie. Lorsque j’ai commencé à écrire des romans policiers, situer mes histoires dans des lieux ruraux et sauvages m’est venu naturellement, et la plupart de mes idées (sans parler des corrections et des révisions) m’ont traversé l’esprit alors que j’étais perché à six mètres de haut dans un chêne blanc, un arc ou un fusil à la main, pendant la saison de la chasse au cerf. Je dis souvent que certains auteurs de romans policiers sont attirés par l’asphalte, d’autres par le kudzu. J’ai simplement instinctivement ancré mes romans dans la forêt. Dans Le diable en personne, Les mangeurs d’argile et Le présage, le paysage occupe une place prépondérante et reflète mes propres observations lors de mes sorties sur le terrain, ainsi que mon intérêt pour les créatures qui parcourent les bois de Géorgie. La Lokutta dans Le présage - bien que fictive - est l’aboutissement de ces fascinations et préoccupations. Dans ce roman, la Lokutta incarne le lien entre le monde naturel et notre perte en tant qu’espèce. La mystérieuse maladie qui frappe les cerfs dans le roman s’inspire de la maladie débilitante chronique (MDC), une affection neurologique bien réelle et brutale qui touche les cervidés à travers toute l’Amérique du Nord, y compris ici, dans mon État natal, la Géorgie.

Dans un même ordre d’idées, les armes tiennent une place importante dans tes œuvres. Tes livres, notamment, regorgent toujours de précisions très détaillées sur les armes. Plusieurs morceaux y font aussi référence comme Gun Metal Grey ou Running Out Of Roads To Ride pour ne citer qu’eux. Dans Dernier appel pour les vivants, le sheriff Lang éprouve même le besoin de palper son calibre .45 dans les moments de tension. Est-ce que c’est ainsi qu’on pourrait résumer ton travail (avec forcément un côté réducteur) ? 

Les armes à feu sont présentes dans tous mes romans et reflètent un plaisir de longue date à propulser des projectiles selon une trajectoire balistique, généralement vers du papier, du carton ou un animal que j’ai l’intention de manger. Je ne joue pas au golf, et m’entraîner au tir au pistolet et au fusil est l’une des façons dont j’aime occuper le peu de temps libre dont je dispose ces jours-ci. Pour certains de mes personnages, comme Sallie Crews dans Laissez-moi brûler en paix, les armes à feu sont une obsession, une partie intégrante de son identité, des objets symboliques qui, pour le meilleur ou pour le pire, exercent une sorte de pouvoir sur elle et Lang, ainsi que sur certains des personnages malfaisants qui gravitent autour d’eux.
Laissez-moi brûler en paix reflète sans aucun doute le débat intérieur qui m’anime depuis longtemps sur la culture des armes à feu, la possession d’armes et la militarisation de la police aux États-Unis. Je me retrouve constamment ambivalent et en proie au doute, approuvant parfois les arguments avancés par les deux camps du débat. Ces sentiments contradictoires dépendent aussi du rôle que j’endosse, car mes sentiments sur la violence par arme à feu en tant que père et éducateur s’entremêlent avec mes opinions sur la chasse, la conservation, le droit à l’autodéfense et la possession responsable d’armes à feu… ainsi qu’avec une crainte salutaire de notre gouvernement et des agents masqués et armés qui agissent en son nom en toute impunité. Le roman met en scène deux personnages très différents - Sallie Crews et Manny Ponder - qui partagent un passé commun mais ont des points de vue divergents sur la question de savoir si une société armée est primitive et régressive, et sur le rôle des forces de l’ordre dans ce type de société. Même si les personnages sont, dans une certaine mesure, des porte-parole, je me suis efforcé de les rendre aussi originaux et stimulants que possible. Crews est une femme blanche d’âge mûr qui aime sans complexe les armes à feu et ses droits garantis par le deuxième amendement, mais qui déteste son père, est amoureuse d’un homme plus âgé qui a lui-même son lot de problèmes, et qui regrette le métier auquel elle a consacré sa vie d’adulte. Ponder, quant à lui, est à moitié thaïlandais, fils d’un vétéran de la marine américaine, érudit et défiguré à cause d’un membre imprudent du SWAT venu exécuter un mandat. Ponder s’inspire d’une tragédie réelle impliquant un raid raté et une grenade assourdissante qui a mutilé un enfant dans le nord de la Géorgie il y a de nombreuses années.

Évoquons un instant Les mangeurs d’argile et ce concept très étrange de géophagie. Je me sus renseigné un peu et j’ai vu que manger de la terre blanche, le kaolin qui est au cœur de ton intrigue, est une pratique traditionnelle (bien que rare) du Sud des États-Unis... Quel est ton rapport à ces pratiques ? As-tu déjà consommé de la terre blanche ?

J’ai goûté un petit morceau de kaolin que j’avais acheté dans une station-service du comté de Talbot, à l’époque où je faisais des recherches pour Les mangeurs d’argile. La ceinture de kaolin qui traverse la Géorgie du sud-ouest au nord-est est réputée pour être le plus grand gisement d’argile blanche au monde, et sa valeur en tant que minéral a constitué un élément narratif intéressant et typiquement géorgien. Le fait qu’elle ait également été utilisée pour apaiser la faim a suscité ces possibilités métaphoriques dont les romanciers sont toujours à l’affût, et le kaolin est devenu emblématique de nombreuses motivations des personnages des Mangeurs d’argile .


Il y a quelques citations extraites de tes livres qui m’ont interpellé. J’aimerais qu’on les passe en revue et que tu y réagisses. Dans Le présage, Frida dit à Toxey : « Si tu rencontres quelqu’un qui ne lit pas, ce quelqu’un ne vaut pas la peine. » Dirais-tu la même chose de quelqu’un qui n’écouterait pas de musique ? 

Je ne juge pas les gens pour leurs passe-temps, alors quand je rencontre quelqu’un qui ne lit pas ou n’écoute pas de musique, je ne suis plus aussi méfiant qu’avant. Je dois faire l’effort de me rappeler que mes goûts sont assez inhabituels, et que mon obsession de collectionner des vinyles et dénicher des artistes, anciens ou nouveaux, est sûrement très différente de celle d’un fan occasionnel qui consomme de la musique via TikTok, les algorithmes ou tout autre moyen par lequel les gens découvrent les tubes du moment. Je sais juste qu’il ne faut pas me lancer dans des discussions sur Uriah Heep ou les rééditions de Khanate avec ces gens-là, de peur de leur prouver que je ne suis pas plus cool ou meilleur que quiconque, mais en fait juste un peu bizarre en matière de musique.

« Tout ce qui est mécanique peut déconner » écris-tu dans Laissez-moi brûler en paix. À l’âge de l’intelligence artificielle, cette phrase résonne singulièrement. L’écrivain Michel Houellebecq déclarait récemment qu’il n’était plus si sûr qu’une IA ne pourrait pas faire aussi bien qu’un écrivain. L’IA envahit également le domaine de la musique. Quel est ton point de vue d’écrivain et de musicien sur la question ?

Difficile à dire. À l’heure actuelle, j’ai l’impression qu’on utilise l’IA de manière abusive. Cela peut être très pratique, mais aussi parfois terrifiant, surtout d’un point de vue militaire et en matière de surveillance. Reste à voir si des essaims de drones réduiront l’humanité en bouillie ou si les gens parviendront à trouver un équilibre, avec des garde-fous, pour exploiter cette technologie avant qu’il ne soit trop tard et que nous ne suivions le chemin tracé dans une nouvelle d’Harlan Ellison. Peut-être est-il déjà trop tard et suis-je simplement incroyablement naïf ? Ce que je crains le plus, c’est ce que la grande majorité du public ignore encore : les secrets détenus par les oligarques de la tech.
Les choses se sont accélérées si rapidement que nous vivons une époque déroutante. Par mécanisme de défense, je me réfugie dans l’idée que toutes ces choses sont stupides. Je veux juste lire des auteurs disparus, écouter des vinyles et passer du temps dans les bois.
En tant qu’artiste, cependant, je me méfie des LLM [Large Language Models, modèle d’apprentissage automatique permettant de comprendre et générer du langage humain - NDT] en tant que conteurs ou auteurs-compositeurs, qui ne font que récolter tous les textes ou chansons qu’ils ont consommés pour recracher des imitations sans âme ni saveur. Ces imitations sont peut-être rendues de manière convaincante et suffisent à de nombreux consommateurs, mais si aucun être humain n’a pincé les cordes en se torturant l’esprit pour trouver la bonne note pour sa chanson, ou si aucun écrivain n’a rédigé des dizaines de brouillons pour construire les phrases les plus précises et les plus persuasives, alors je ne veux pas y consacrer une seule seconde de mon temps. Si on parle de musique heavy, personne ne me convaincra que l’IA pourrait produire quelque chose de mieux que ce qu’ont fait quatre gars de la classe ouvrière de Birmingham entre 68 et 75.


Dans Dernier appel pour les vivants, tu retranscris ainsi les pensées du shérif Tommy Lang : "Apprécier sa bière et la musique dans le calme et l’obscurité." C’est aussi ta vision du contexte idéal pour apprécier une chanson ?

J’ai une pièce au sous-sol de ma maison qui n’est dédiée qu’à une seule chose : écouter des vinyles. C’est un petit sanctuaire qui ressemble à un minuscule magasin de disques. C’est vraiment un rituel : mettre un disque et écouter un album du début à la fin, et ce rituel se marie très bien avec une bonne bière. Cela favorise la concentration et l’attention dans un monde où les gens ne peuvent pas rester attentifs à des vidéos de plus de 90 secondes ou à des textes de plus de 280 caractères, simplement assis à s’imprégner d’un album et de toutes ses nuances et sa profondeur sans distraction. C’est l’un des deux cadres idéaux pour profiter de la musique selon moi. Le deuxième cadre, tout aussi splendide, c’est au coin du feu au coucher du soleil en automne. Il n’y a tout simplement rien de mieux que d’allumer un feu, de mettre U.S. Christmas ou Hexvessel, et d’ouvrir une bonne bière à la citrouille ou une Porter alors que le soleil plonge sous la cime des arbres. Contempler les flammes et se perdre. Le paradis.

Toujours dans ce même livre, il y a cette scène complètement dingue de la fusillade dans l’église avec les crotales qui s’échappent et mordent à l’aveugle dans l’assemblée. Le guitariste utilise sa Fender comme une hache pour trucider les reptiles. La première image que j’ai eue c’est celle d’un morceau de hardcore ou de death metal. C’est rare en littérature. Quel est donc le livre le plus rock’n’roll selon toi ? 

Pendant la fusillade dans cette église où l’on manipule des serpents, j’ai en fait glissé une phrase tirée d’un morceau d’un groupe de sludge légendaire de la Nouvelle-Orléans (je laisse à vos lecteurs le soin de deviner de qui il s’agit). Il existe de parallèles entre un office religieux enflammé, passionné, et un concert intimiste dans un club. La transe dans laquelle plongent tant les artistes que les fidèles est étrangement similaire.
Les romans sur le rock’n’roll ne manquent pas. Presque tout ce qu’a écrit Barry Hannah me vient à l’esprit. Je dirais peut-être The Kill Riff de David J. Schow ?
Quant au roman le plus « metal », je sais que certains diront Le méridien de sang ou Moby Dick, mais pour moi, c’est Crime et châtiment de Dostoïevski.


Dans Le présage, à la question « Qu’est-ce que tu cherches dans une photo ? » Toxey répond « Voler un instant de vie  » mais un instant qu’il serait le seul à voir. T’approprierais-tu cette phrase concernant tes livres et tes chansons ?

Oui, tout à fait. Mes romans sont profondément personnels, et bien que je m’inspire du genre policier, ces livres sont le fruit de mes obsessions, de ma curiosité et de mes angoisses liées au fait de vivre sur un rocher flottant dans un univers vaste et indifférent.

J’aimerais terminer en évoquant ton ami William Boyle qui nous a mis en relation. Quel est l’album que tu partages avec lui ?

Bill et moi avons pas mal de points communs en matière de goûts musicaux (Nick Cave, Tom Waits, etc.), mais tout ce que fait Jason Molina me fait inévitablement penser à Bill. J’adore Molina, et j’ai découvert Songs : Ohia - Didn’t It Rain en 2003. C’est rapidement devenu l’un de mes albums préférés de tous les temps (la compilation Sojourner de Magnolia Electric Co. arrive juste derrière).

William nous avait en effet confié que c’était un artiste qu’il recommandait souvent lorsqu’il était disquaire. Merci pour ton temps.  

(Propos recueillis par Ben)

https://peterfarris.com/
https://gallmeister.fr/auteurs/peter-farris


ORIGINAL VERSION

Mother Nature is unfair in that she distributes talents unequally, giving little to some and much to others. Peter Farris undoubtedly belongs to the second group - the more fortunate ones. For in addition to being a talented writer and the singer of an excellent hardcore noise band, Peter Farris, as we learn here, is also gifted at basketball. His novels, which exude a raw violence in tune with that which bursts forth from Cable’s incendiary tracks, made him an ideal candidate to continue our series of interviews with writers centered around the theme of music. Peter Farris willingly agreed, making room for our questions in his busy schedule.

IRM : Hello, Peter. Let’s start by talking about how music has been a part of your life. In your novels, you mainly reference country, blues, and gospel songs - genres that are very different from what you created with Cable but are intrinsically linked to the South. You also mention The Allman Brothers Band in at least two of your books (The Bone Omen and Last Call for the Living). Is this the music you grew up with ?

Peter Farris : I grew up hearing a lot of country and blues through my father, who loved everything from Jerry Lee Lewis, Howlin’ Wolf, Little Richard and Elvis to Johnny Cash, Kris Kristofferson, Dolly Parton and Waylon Jennings to name but just a few. Funny enough I really loathed country music as a kid, your typical contradictory adolescent who can’t like what his parents like. It was during that time - must have been about 10-12 years old - I was really into skateboarding and discovering thrash metal and hardcore... stuff like early Metallica, Megadeth, Anthrax, Iron Maiden, The Misfits, COC, Bad Brains and DRI. Later, I waded into the worlds of hip-hop, grunge, punk and noise rock. It wasn’t until college when I circled back to country music and really began to appreciate it on a deeper level. When I joined Cable in 2002 those guys exposed me to all types of music, but stoner rock, outlaw country and 70’s rock was in heavy rotation. Back around the time we recorded Never Trust a Gemini we were all digging hard on desert rock like Kyuss, Touch & Go legends Laughing Hyenas, foundational country music like Hank Williams, Townes Van Zandt and southern jams like The Allman Brothers, Marshall Tucker Band, Skynyrd, Molly Hatchet and early Drive-by Truckers.


How did you discover the hardcore noise scene, in which you were heavily involved with your band Cable, of which you are the singer ? For example, there’s a quote from the black metal band Thou as an epigraph for the third part of The Bone Omen. Are these musical genres that resonate with you ?

I have fond memories of living in New England during the late 90’s and early 2000’s, as the heavy music underground was really taking off and thriving. New York hardcore was still really big back then, but labels like Relapse and Amphetamine Reptile and bands like Neurosis, Deadguy, Craw, ISIS, Eyehategod, Buzzoven, Coalesce, Today is the Day, Bloodlet, The Melvins and the whole Hydra Head Records scene were charting new waters of experimentation with discordant music. Sabbath-inspired sludge, psychedelic noise, off-time angular riffing, anguished vocals, tribal percussion... there was a vibrant mix of influences and styles resulting in some truly unique art that to me has stood the test of time. These bands either were from the northeast or toured the region hard so I got to see some amazing acts in Connecticut, New York, New Jersey and Massachusetts and as a music obsessive, each band served as gateway to five more as I would read interviews in zines or blogs, those Favorite Albums of the Year lists, and pick up on what made certain artists tick, what inspired them and so on. Prior to Cable, I played in a technical grind outfit called The Farewell Order and was exposed by my bandmates to a range of styles and influences, from Godflesh and Napalm Death to Carcass and Morbid Angel as well as loads of extreme metal but other avant garde music, too, from Velvet Underground to Suicide, Television and Sonic Youth. Through Neurosis, for example, I discovered Swans, Joy Division, Rudimentary Peni, and Amebix and Today is the Day led me to King Crimson. It is all part of the journey for me, and I can draw a line from my fascination with, say Finnish funeral doom or Norwegian black metal, to my early 20’s living in New England just soaking up underground music with reckless abandon.
I was listening to a lot of Thou while writing The Bone Omen, particularly Magus and the Rhea Sylvia EP, which really channels their love for Alice In Chains and Crowbar in equal measure. That was a dark couple of years and my musical tastes matched the unfortunate times (to quote the band) we found ourselves living through... and continue to live through.
My tastes and habits go through several mood swings throughout the year based on the changing seasons, but metal in all its flavors and subgenres is the style of music that resonates with me the most. But it is not like I sit around listening to Discordance Axis or Deathspell Omega 365 days a year. Work is pretty hectic and ambient and electronic music is typically how I recalibrate both before and after the daily chaos. Lately, I have been listening to a lot of Steve Reich Ensemble’s Music for 18 Musicians, Steve Roach, Klaus Schulze, Steve Von Till’s Harvestman project and pianist Leif Ove Andsnes. The new Sunn O))) is in heavy rotation as well.

When we spoke ahead of this interview, you told me you have many tattoos of rock bands. Off the top of your head, you mentioned Black Flag, Swans, Black Sabbath… Do you have any others ? And can you explain this decision to go so far as to ink these legendary bands onto your skin ? It’s a very bold move.

My tattoos are either wildlife or band-related. Sabbath, Bad Brains (since covered up), Bathory, Swans and Black Flag. Contemplating adding Motörhead, Celtic Frost and Voivod tattoos next as tribute. Even though my lyric writing and playing days are over, music is and will always be a part of my being. Appreciating music, searching for new jams and sounds is just in my DNA. It’s part of my identity - a music geek - and I’ve channeled that love into collecting vinyl and swapping playlists and albums new and old with a few dear friends of mine. I never thought twice about why I got certain music-related tattoos... it just feels right to honor artists who inspire me, as a natural expression of who I am.

In Last Call for the Living, Hobe tells Charlie that he has trouble with real names and prefers nicknames. Did you have nicknames growing up or during your teenage years ? Maybe you still have some now ? Or maybe you like giving them to others ?

I had one nickname growing up - Pistol Pete - a nod to basketball legend Pete Maravich. That came from my love of basketball in high school, especially my propensity for throwing no-look passes. But it faded with time and nobody calls me anything other than Pete and I don’t really gravitate toward using nicknames. I think that was an idea in Last Call for the Living that served the character more than anything, as opposed to a detail I culled from my personal life.


Your bio mentions that you used to work in a bank. Also in Last Call for the Living, Charlie and his colleague exchange a few jokes at the beginning of the story about the nicknames they give each other to “take the edge off the urge to jump off a highway overpass during rush hour.” Was that how you felt before you were able to devote yourself fully to music and writing ?

Thankless, dead-end work where you’re trading your time for survival leads more often than not to abject cynicism. I was definitely feeling demoralized and directionless when I wrote Last Call for the Living, and during downtime on the job I often entertained ideas how a heist might go down among other flights of fancy. I was actually working at a bank in West Haven, Connecticut when a man robbed it. He had a revolver in his back pocket and passed a note to my colleague demanding money and that event directly informed and inspired my first novel. I had a short stretch when I was fully devoted to writing but it was untenable, and ultimately it has always been a hobby, albeit one I have felt very passionate about. It wasn’t until I went back to school and turned to teaching where I found a true vocation, and have thankfully parked my cynicism at the door when I show up to work every morning.

Let’s talk a little more about your work in detail now. A good song always has a good title. Cable has always had great song titles - some of them almost sound like slogans : It’s My Right To Be An Asshole, Gun Metal Grey, Rats on Fire, Black Medicine, Pigs Never Fly, Sleep Produces Monsters… Same goes for the titles of your novels : The Bone Omen, Lay Quiet in the Fire, Last Call for the Living… They really pack a punch. I once read in a rock magazine that if Jack White had given his songs better titles, The White Stripes would have broken through much sooner. What do you think about that ?

I love a good song or book title, and put almost as much thought into the titles of my novels as I do the writing itself. Full credit to Cable founding member, bass player and vocalist Randy Larsen for many of those fantastic song titles. Among heavy metal artists, I think Darkthrone continues to deliver the best song titles hands down.
With regard to novels, I love titles that are suggestive, literary, elegiac, poetic, and mysterious without being so on-the-nose (or straight up corny) like many mysteries tend to be in America. I have been fortunate that alternative titles in France have kept that spirit I strive for, for example, Lay Quiet in the Fire translated to Laissez-moi brûler en paix ("Let Me Burn in Peace"), or Le diable en personne, which was originally titled Ghost in the Fields.


Since all the epigraphs in Last Call for the Living are taken from the lyrics of The Failed Convict, it doesn’t take a genius to see that these two works are intrinsically linked. If you had to pair an album with each of your other books, which ones would you choose ?

Definitely, The Failed Convict and Last Call for the Living are kindred spirits and share an artistic synergy that happened very organically. Recording that album and publishing that novel are forever linked in my mind. They are like siblings. This is a great question that I really had to mull over, and depending on my mood and time of year I might have different answers but here it goes :

The Devil Himself with U.S. Christmas - Eat the Low Dogs
The Clay Eaters with Swans - The Great Annihilator
The Bone Omen with Neurosis - Times of Grace (a strong alternate would be Of the Wand and the Moon - The Lone Descent)
Lay Quiet in the Fire with Leviathan - Massive Conspiracy Against All Life

You wear two hats : writer and musician. Have you ever wanted to use the music scene as the setting for one of your novels ? Or to write about a musician ? Or even to recount your experiences with Cable ? You must have seen some wild things on the road and elsewhere…

I have toyed with the idea but nothing has really stuck enough to be the impetus for another novel. Playing shows and recording music was fun and made for many special memories, but I don’t have any wild tales of excess or debauchery. Stupidity maybe, but nothing like the tales some other bands who have toured the world or carved out a career for themselves may have to tell. I do love how Karl Ove Knausgaard incorporated the notoriety and lore of the Norwegian black metal scene into The Third Realm. I think if I were to tap into my music obsessions it would be something personal, like me and my friends’ love of thrash metal and skateboarding, or I may one day write a novel about a musician or athlete, I dunno. I do enjoy writing about artists, however, and really appreciated how Jon Fosse used a painter (or painter doppelgangers) in his three-volume Septology. In my current work in progress -a sequel to The Devil Himself - I have a very disturbed antagonist who happens to be a failed writer. Write what you know, as they say ! (laughs)


The main character in The Bone Omen is an extremely talented photographer. Which album cover photos do you think deserve to be exhibited in a museum ?

A wonderful question that appeals to the vinyl collector in me, as every LP is a piece of art to hold and cherish. Off the top of my head :

Leviathan - Scar Sighted (or any artwork by Jef Whitehead)
King Crimson - In the Court of the Crimson King
Bathory - Under the Sign of the Black Mark
Melvins - Houdini
Johnny Cash - American Recordings
Skepticism - Stormcrowfleet
Immortal - Diabolical Fullmoon Mysticism
Swans - The Seer
Manilla Road - Open the Gates
Voivod - Dimension Hatross

When you look at the parallel evolution of your discography and your body of work, you realize that Cable’s compositions are longer and more meandering on the early albums - I’m thinking specifically of Pigs Never Fly - while they become shorter and more tightly structured on The Failed Convict or Take The Stairs To Hell. At the same time, a book like Last Call for the Living is more brutal, more in-your-face than, for example, The Bone Omen or Lay Quiet in the Fire, where violence is just as present but more diffuse, more latent, with plots featuring more complex ramifications. How do you interpret this simultaneous evolution ?

With Cable, I would usually "get" a few songs to sing on, and contribute backing vocals here and there depending on the needs of the song. For a time we were like Queens of the Stone Age - Songs for the Deaf era with as many as four vocalists on an album, sharing tracks and each vocalist having their own showcase songs as it were. With Cable, the main songwriter Randy Larsen would discuss ideas with me, and often it was basically : I would like you to sing on this song and that song, do what you want. Then we would spitball ideas for other tracks where I could contribute or layer vocals, sing/scream backups, etc. Every album was its own unique little ecosystem, a snapshot of where everybody was in their lives and a reflection of our tastes and moods at the time.
With my novels, I can see a very clear progression as I tried to better my craft, and Last Call for the Living is raw and rough around the edges for sure. If I could go back in time, I would probably rewrite every line of that book (and do everything related to its publication differently) but what’s done is done. I think with my later novels, the violence needed to serve the story and serve a purpose, otherwise it is just gratuitous, which could be a fair criticism of Last Call for the Living. I still don’t know what I’m doing, and I work very intuitively, but by my third, fourth and fifth book I felt like I had a better grasp on how to put a novel together, write with more precision, persuasion and nuance, and use violence more effectively without it becoming a sideshow.


Nature often appears in your work, particularly the motifs of the forest and the river, which seem very important to you. It appears in several tracks on The Failed Convict, in It Cost Me Everything, but also in The Blood Omen, where it is a central geographical element at the heart of the Lokutta Nature Reserve, and again in Lay Quiet in the Fire. What meaning do you attach to this recurrence ?

My love of the outdoors dovetailed with my interest in fiction, and over the years I developed a real affinity for nature writing, anthropology and poetry. I hardly read any fiction these days and when I do, it’s writers from Europe and Latin America that excite me the most. Southern writing does nothing for me.
Hunting skipped a generation in my family, as my grandfather on my father’s side was an avid angler and pheasant hunter in Missouri but my Dad wasn’t interested in the outdoors. I am a self-taught hunter, however, and have chased everything from squirrels and turkey to deer and wild hogs in Georgia. When I began writing crime fiction, setting my stories in rural, wild places came naturally, and most of my ideas (not to mention fixes and edits) occurred while sitting 20 feet up a white oak with a bow or rifle during deer season. I often say that some crime writers are drawn to asphalt, others to kudzu. I just instinctively took my fiction to the timber. In The Devil Himself, The Clay Eaters and The Bone Omen the landscape looms large and reflects my own observations from time afield, and my interest in the critters running around the Georgia woods. The Lokutta in The Bone Omen -while fictional - is the culmination of these fascinations and preoccupations. In that novel, the Lokutta represents the link between the natural world and our undoing as a species. The mysterious disease plaguing deer in the novel is a riff on Chronic Wasting Disease (CWD), a very real and brutal neurological disease impacting cervids across North America, including here in my home state of Georgia.

Along the same lines, guns play a significant role in your work. Your books, in particular, are always full of very detailed descriptions of firearms. Several songs also reference them, such as Gun Metal Grey or Running Out Of Roads To Ride, to name just a few. In Last Call for the Living, Sheriff Lang even feels the need to run his hand over his .45 caliber in moments of tension. Is that how one might summarize your work ?

Firearms factor into all of my novels, and reflect a lifelong enjoyment from launching projectiles along a ballistic path, typically at paper, cardboard or an animal I intend to eat. I don’t play golf and basic pistol & rifle marksmanship is one way I like to spend what little leisure time I have these days. For some of my characters, like Sallie Crews in Lay Quiet in the Fire, firearms are an obsession, an integral part of her identity, symbolic objects that for better or worse hold a kind of power over she and Lang, as well as over some of the nefarious characters in their orbit.
Lay Quiet in the Fire definitely represents an ongoing conversation I am having with myself about gun culture, gun ownership and police militarization in America. I find myself constantly ambivalent and self-questioning, at times nodding in approval to points made by both sides of the debate. These conflicting sentiments depend on what hat I’m wearing, too, as my feelings about gun violence as a father and educator do get entangled with my opinions about hunting, conservation, the right to self defense and responsible gun ownership... as well as a healthy fear of our government and the masked & armed agents doing its bidding with impunity. The novel features two very different characters - Sallie Crews and Manny Ponder - with a shared history and diverging viewpoints on whether an armed society is primitive and regressive and the role of law enforcement in that type of society. While the characters are mouthpieces to a degree, I strove to make them as original and thought-provoking as possible. Crews is a middle-aged white woman who unapologetically loves firearms and her 2nd amendment rights, but hates her father, is in love with an older man with no shortage of baggage himself, and has regrets about the profession she dedicated her adult life to. Ponder, on the other hand, is half Thai, the son of a US. Navy veteran, erudite, and disfigured thanks to a reckless SWAT member serving a warrant. Ponder was inspired by a real life tragedy involving a botched raid and a flash bang grenade that maimed a child in north Georgia many years ago.

Let’s talk for a moment about The Clay Eaters and that very strange concept of geophagy. I did a little research and found that eating white clay - the kaolin at the heart of your plot - is a traditional (though rare) practice in the southern United States... What is your relationship to these practices ? Have you ever consumed white clay ?

I tried a little piece of kaolin I bought at a gas station in Talbot County once when I was researching The Clay Eaters. The kaolin belt that runs in a band bisecting Georgia from southwest to northeast is notable as the world’s largest producer of white clay, and its value as a mineral made for an interesting and uniquely Georgian plot device. That it was used to curb hunger as well triggered those metaphorical possibilities novelists are always on the lookout for, and kaolin became emblematic of many of the motivations for characters in The Clay Eaters.


There are a few quotes from your books that caught my attention. I’d like us to go over them and hear your thoughts. In The Bone Omen, Frida tells Toxey, “If you meet someone who doesn’t read, that person isn’t worth your time.” Would you say the same thing about someone who doesn’t listen to music ?

I don’t begrudge people their amusements, so when I meet someone who doesn’t read or listen to music I am not as suspicious as I used to be. I have to remind myself that my tastes are pretty uncommon, and my obsession with collecting vinyl and digging for artists new and old is perhaps a bit different than your casual fan who consumes music via Tik Tok, algorithms or however people get hip to the latest hit singles. I just know not to start talking about Uriah Heep or Khanate represses with these folks for fear of proving to them that I am not cooler or better than anyone but in fact just a weirdo when it comes to music.

Anything mechanical can break down,” you write in Lay Quiet in the Fire. In the age of artificial intelligence, this line resonates in a unique way. The writer Michel Houellebecq recently stated that he was no longer so sure that AI couldn’t do as well as a writer. AI is also invading the realm of music. What is your perspective on this as a writer and musician ?

It’s tough to say. AI right now feels like an overindulgence, at times very handy, other times terrifying, especially from a military and surveillance standpoint. Remains to be seen if swarming drones will be turning the human race into hamburger or people will find a balance with safeguards to harness this technology before it’s too late and we go the way of a Harlan Ellison short story. Maybe it already is too late and I’m just incredibly naive ? What I fear the most is what the vast majority of the public doesn’t know yet - the secrets held by tech oligarchs.
Things have accelerated so quickly that it is a bewildering time to be alive. As a defense mechanism, I default to the opinion that everything is stupid. I just want to read dead writers, listen to vinyl and spend time in the woods.
As an artist, however, I’m leery of LLM’s as storytellers or songwriters, just harvesting all the texts or songs it has consumed and spitting out soulless, tasteless imitations. These imitations might be convincingly rendered and good enough for many consumers, but if a human being wasn’t bending strings agonizing over the right note for their song or a writer wasn’t going through dozens of drafts trying to build the most precise, persuasive sentences then I don’t want to give it a second of my time. If we are talking about heavy music, nobody is going to convince me that AI could produce something better than what four working class guys from Birmingham did from 68-75.


In Last Call for the Living, you capture Sheriff Tommy Lang’s thoughts this way : “Enjoying his beer and the music in the calm and darkness.” Is that also your vision of the ideal setting for enjoying a song ?

I have a room in the basement of my home dedicated to only one thing : listening to vinyl. It is a little sanctuary, and looks like a tiny record store. It very much is a ritual, putting on a record and listening to an album front to back, and that ritual pairs well with good beer. It encourages focus and attention in a world where people can’t attend to videos longer than 90 seconds or texts longer than 280 characters, just sitting and soaking in an album and all its nuances and depths without distraction. That is one of two ideal settings to enjoy music for me. The second and equally splendid setting is beside a fire at sundown in the Autumn. There is simply nothing better than to light a fire, cue up U.S. Christmas or Hexvessel, and crack open a good pumpkin ale or Porter as the sun dips below the treetops. Stare into the flames and lose yourself. Heaven.

Also in that same book, there’s this completely crazy scene of the shootout in the church with the rattlesnakes escaping and biting blindly at the congregation. The guitarist uses his Fender like an axe to slaughter the reptiles. The first image that came to mind was that of a hardcore or death metal song. That’s rare in literature. So, what do you think is the most rock ’n’ roll book ?

During the shootout in the snake-handling church I actually snuck in a lyric from a legendary New Orleans sludge band (I will leave it to your readers to guess who). There are parallels between a fiery and passionate church service and an intimate club show. The reverie both performers and worshippers tap into is eerily similar.
There are no shortage of rock and roll novels out there. Nearly anything by Barry Hannah comes to mind. I would say maybe The Kill Riff by David J. Schow ?
As for the most metal novel, I know folks might say Blood Meridien or Moby Dick, but for me it’s Crime & Punishment by Dostoevsky.


In The Bone Omen, when asked, “What are you looking for in a photo ?” Toxey replies, “To steal a moment of life” - but a moment that only he would see. Would you apply this phrase to your books and songs ?

I would. My novels are deeply personal, and although I play in crime fiction sandbox, the books are a result of my obsessions, curiosities, and anxieties of living on a rock floating in a vast, indifferent universe.

I’d like to wrap up by mentioning your friend William Boyle, who introduced us. What album do you share with him ?

Bill and I have quite a few points of intersection with our musical tastes (Nick Cave, Tom Waits, etc) but anything by Jason Molina reminds me of him. I adore Molina, and discovered Songs : Ohia - Didn’t It Rain back in 2003. It quickly became one of my favorite albums of all time (the Sojourner collection from Magnolia Electric Co. is a very close second).

William had indeed told us that this was an artist he often recommended when he worked at the record store. Thank you for your time.

(Interview by Ben)

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Interviews - 20.04.2026 par Ben