Hangwire : "Nous sommes très intéressés par l’utilisation d’une imagerie forte, qui permette à l’auditeur de créer son propre scénario mental"

A force de répéter que Hangwire est le meilleur groupe de rock actuel, on va finir par croire que votre serviteur fait partie de leur management. Pourtant, ce n’est que le cœur qui parle. Et les oreilles. Laissons donc à chacun l’opportunité de se faire une idée en découvrant les nombreux extraits de leur dernier album, Eulogy For The Nameless, présents dans cette interview fleuve. L’occasion de s’immerger dans le processus créatif de ces dix-huit titres et d’échanger avec Federico Teixeira et Andrés D’Souza, respectivement guitariste et chanteur de la formation (pour faire simple), à propos de sujets aussi divers que leurs anecdotes de concerts, les auteurs qui les inspirent au quotidien ou encore l’évolution du monde dans lequel nous vivons.




VERSION FRANCAISE

IRM : Bonjour à tous les trois. Entre Farewell et ce nouvel album, il s’est passé un peu plus de trois ans. Durant ce laps de temps, vous avez donné beaucoup de concerts. Racontez-nous un peu ça.

Federico Texeira : Nous ne sommes pas vraiment un groupe qui donne beaucoup de concerts. Je dirais même que les concerts que nous avons donnés dans notre pays se comptent sur les doigts d’une main. Ce sont de beaux moments de partage avec notre public et nos amis, mais ce sont aussi des situations qui demandent beaucoup de préparation et d’organisation, ce qui peut parfois devenir un peu pesant. Nous avons également eu le privilège de jouer au Brésil, où je retiendrai tout particulièrement notre concert au Madame Underground (São Paulo), un lieu où se sont produites de grandes légendes du rock brésilien. Il y a beaucoup d’anecdotes : je me souviens que, personnellement, lors d’un concert à l’Infinu (Brasília), deux personnes m’ont arrêté pour me saluer et m’ont dit qu’elles étaient venues exclusivement pour nous voir. C’était incroyable, et je me suis senti très honoré. De plus, lors de ce même concert, quelqu’un a demandé une autre personne en mariage au milieu d’une de nos chansons.
Andrés D’Souza : Bonjour, Ben, merci beaucoup pour cette interview. Nous sommes très heureux d’y participer pour Indie Rock Mag ; cela faisait un moment que nous n’avions pas échangé par ce biais. Entre Farewell et Eulogy for the Nameless, il s’est passé beaucoup de choses. Quant aux concerts, ils n’ont pas été nombreux, mais ils ont revêtu une grande importance pour nous. Nous avons joué à Montevideo ainsi qu’à Ciudad de la Costa, et nous avons eu l’occasion de nous produire lors de quatre concerts au Brésil, qui ont été particulièrement marquants. Si je me souviens bien, en Uruguay, nous n’avons pas donné plus de sept concerts, dont un lors d’un festival appelé Indieween. Et au Brésil, nous avons eu la chance de jouer trois fois à Brasília et une fois à São Paulo. En ce qui concerne les anecdotes amusantes, il y en a plusieurs, surtout pendant le voyage au Brésil. Plus que des situations spécifiques, ce furent des expériences personnelles très spéciales : de la découverte d’une culture différente à la rencontre des personnes que nous ne connaissions que par les réseaux sociaux. Au Madame Underground et à l’Infinu, à Brasília, dans le cadre du festival Com Vida, nous avons partagé la scène avec le groupe japonais Acid Mothers Temple et le groupe brésilien Oxi, devant un public nombreux. Ce fut une expérience très excitante pour nous. L’un des concerts à Brasília était particulièrement insolite : nous avons joué dans une salle plutôt underground, avec une batterie qui semblait n’avoir pas été dépoussiérée depuis les années 80. Nous avons dû improviser pour que tout fonctionne, mais c’était sympa et très authentique. Ça m’a rappelé l’époque où j’étais adolescent et où nous faisions nos débuts, en jouant avec du matériel de récupération, des peaux de batterie usées et des amplis qui tombaient parfois en panne sans crier gare. Un autre concert mémorable a eu lieu dans une toute petite salle, sans scène, où nous avons joué pratiquement entourés par le public. C’était comme un concert à 360 degrés, avec des gens qui dansaient autour de nous, beaucoup de fumée de cigarette, et de temps en temps un verre qui volait dans les airs et atterrissait sur les pédales d’effets. C’était chaotique, mais incroyablement amusant. Puis, à Infinu, l’expérience a été complètement différente : une grande scène, un traitement très professionnel et un son impeccable. Nous avons également énormément apprécié ce concert. En Uruguay, les concerts ont été tout aussi amusants et enrichissants. Nous accordons toujours une grande importance au lien que nous tissons avec le public, et nous sommes profondément reconnaissants envers toutes les personnes qui nous ont accompagnés et soutenus, tant nous-mêmes que les autres groupes avec lesquels nous avons partagé la scène.

Le concert à Infinu avait vraiment l’air dingue... Dans Wither, Andrés chante "The sky is ours now". C’est une déclaration d’ambition ? Hangwire est prêt à conquérir le monde ?

Fede : Andrés pourra mieux répondre à cette question. Pour ma part, je pense que nous sommes très loin de pouvoir affirmer une chose pareille.
Andrés : La phrase « The sky is ours now » ne m’est pas venue à l’esprit en référence à notre groupe, ni comme une déclaration d’ambition ou une volonté de devenir plus grands que nous-mêmes. Elle m’est venue plutôt du fait que j’écoutais l’album The Red in the Sky Is Ours d’At the Gates, dont j’ai toujours beaucoup aimé le titre. J’ai trouvé que c’était une image très puissante, et j’ai voulu m’inspirer de cette idée, en supprimant le mot « red  » et en laissant la phrase plus ouverte. Je pense que l’image du ciel renvoie à son immensité et à l’idée que quelque chose d’aussi immense puisse, symboliquement, t’appartenir. Pas au sens littéral, mais dans ce que le ciel représente au-delà de ce que nous voyons au-dessus de nous. On peut aussi l’interpréter d’un point de vue plus existentiel, voire agnostique : comme si les mortels eux-mêmes, maudits par la condition de l’existence, pouvaient s’approprier ce qui était traditionnellement considéré comme divin - comme s’il s’agissait d’une manière symbolique de détrôner un dieu et de transformer ce paradis en quelque chose d’humain, d’imparfait, et qui nous appartient. Cela a davantage à voir avec ce personnage fictif qui apparaît dans de nombreuses paroles, ou même avec deux figures partageant la même scène symbolique. Je suis très intéressé par l’utilisation d’une imagerie forte qui permette à l’auditeur de créer son propre scénario mental, plutôt que de transmettre un message direct ou littéral. Je ne voyais pas cela comme une ambition personnelle ou une déclaration de grandeur, mais plutôt comme une façon d’écrire quelque chose d’abstrait, presque poétique, inspiré par une image qui me semblait puissante. Cela dit, nous avons bien sûr des ambitions, mais je crois que les nôtres sont beaucoup plus simples et plus terre-à-terre. Elles consistent à pouvoir vivre de notre art, à pouvoir payer nos factures et mettre de la nourriture sur la table en faisant ce que nous aimons. Évidemment, nous espérons que tout s’alignera de manière à nous permettre de vivre pleinement de la musique, mais nous essayons de ne pas avoir des ambitions gigantesques, car elles sont souvent utopiques ou dépendent de facteurs qui dépassent le talent ou l’effort : les contacts, le contexte, être au bon endroit au bon moment. Je pense aussi que la notion de succès est assez déformée. Beaucoup de gens pensent que devenir célèbre est un but en soi, mais pas nous. Nous ne sommes pas obsédés par notre image. Ce que nous recherchons vraiment, c’est de jouer devant des gens qui se sentent en phase avec ce que nous faisons, qui ressentent quelque chose d’authentique lorsqu’ils nous écoutent. Tout le reste est un plus, un bonus. Si un jour on parlait de « conquérir le monde », entre guillemets, je pense que ce qui compterait le plus serait de continuer à nous sentir nous-mêmes, même s’il y avait des milliers de personnes devant nous. Ce qui vaut vraiment la peine, c’est cette connexion, cette sorte de communion entre le groupe et le public.


Observons un peu ce nouvel album en détail. La première chose qui interpelle, c’est le nombre de morceaux que comporte Eulogy for the Nameless : dix-huit ! D’où vous est venue cette inspiration débordante ?

Fede : Nous avons beaucoup d’idées et je pense que nous traversons une période très créative. De plus, nous sommes influencés par de nombreux genres et groupes différents, et nous essayons d’intégrer tout cela dans notre musique, tout en veillant à toujours garder une certaine cohérence.
Andrés : Le fait que l’album compte 18 titres était une décision assez mûrement réfléchie. D’une part, c’était l’excuse parfaite pour pouvoir explorer d’autres styles au sein de ce que nous faisons et élargir le spectre sonore au-delà d’un post-punk plus direct. Nous voulions nous permettre d’incorporer des éléments qui, parfois, rappelleraient la musique industrielle ou des groupes qui n’étaient pas nécessairement directement liés au post-punk. En même temps, nous voulions que certaines chansons gardent un lien clair avec Farewell. Des morceaux comme Wither, Dosage, Farewell Song, The Absurd ou même June conservent une grande partie de cette esthétique que nous avions déjà développée sur l’album précédent. Mais, d’un autre côté, nous avons également ressenti le besoin d’explorer de nouveaux sous-genres, de nouvelles atmosphères et de nouveaux éléments au sein de notre son. Par exemple, dans Void Syndrome, il y a une base très sombre, mais avec une approche différente, plus proche d’un son alternatif que du post-punk traditionnel. Pour In Oblivion We Shall Be, un morceau plus lent, plus lourd, nous nous sommes inspirés de titres comme Sonne, ou encore de certaines ambiances de l’album Aerials de System Of A Down, ainsi que de morceaux mélancoliques tels que Minerva des Deftones, à la recherche de cette tonalité émotionnelle profonde. De plus, nous avons commencé à intégrer des instruments et des sonorités liés à la musique du Moyen-Orient, ce qui nous semble tout à fait logique compte tenu de nos racines libanaises. Utiliser ce genre d’éléments était une façon de renouer avec une partie de notre identité culturelle. Il en va de même pour Decay où nous avons exploré une approche plus électronique, agressive, mais aussi très organique, lourde, avec des guitares denses, une batterie puissante et des voix brisées et distordues. Prises individuellement, beaucoup de ces chansons auraient pu sembler décousues si elles avaient été placées sur un seul album traditionnel.

Vous aviez le matériel pour faire deux albums mais vous avez choisi d’en faire un double. Pour quelles raisons ?

Fede : Nous voulions que cet album soit un disque de transition. Qu’il reprenne des éléments de l’ancien Farewell tout en annonçant ce qui pourrait se trouver dans nos futurs travaux. Nous avons estimé que c’était l’idéal pour éviter un changement de son trop brutal, et nous nous sommes finalement retrouvés avec 18 titres.
Andrés : Le fait de réaliser un double album nous a permis de créer une certaine distance entre les styles et les atmosphères, donnant à chaque bloc son propre espace sans que l’ensemble ne semble saturé ou incohérent. Nous avons également été fortement influencés par le fait que nous écoutions des albums très éclectiques comme Kiss Me, Kiss Me, Kiss Me de The Cure ou Mellon Collie and the Infinite Sadness des Smashing Pumpkins. Ces albums nous ont montré qu’il était possible de construire une œuvre vaste, variée et ambitieuse sans pour autant perdre son identité. Bien que le résultat final se soit révélé assez homogène dans son esprit, il aurait très bien pu s’agir de deux albums distincts. Mais il y avait aussi une intention presque conceptuelle derrière tout cela : nous ne voulions pas nous retrouver frustrés dans notre désir de créer une œuvre complexe à une époque où tout semble rechercher l’immédiateté. De nos jours, de nombreuses chansons durent moins de trois minutes et les albums sont de plus en plus courts, car l’attention de l’auditeur semble elle aussi s’amenuiser. D’une certaine manière, sortir un album de 18 titres, d’une durée d’environ une heure et trente-trois minutes, va un peu à l’encontre de cette logique. C’était une sorte de manifeste contre l’immédiateté. Nous voulions créer un long voyage sonore, complexe et conceptuel, tant sur le plan musical que sur le plan des paroles. Ce n’est pas que nous soyons contre les formats court - en fait, à un moment donné, nous aimerions bien sortir un EP.

En termes de composition, il me semble que vous avez davantage partagé la composition des morceaux de ce deuxième opus ?

Fede : Oui, sur cet album, tout le monde a davantage participé, tant à la composition qu’à l’enregistrement et à la production. Ça a été une expérience très enrichissante pour tout le monde.
Andrés : Effectivement, on a beaucoup plus partagé les compositions. Musicalement, c’était un processus nettement plus collaboratif. En général, il y avait toujours quelqu’un qui arrivait avec une idée principale ou une idée générale, puis on assemblait tout ça. Il y avait aussi des morceaux dont la structure était déjà presque entièrement développée sur lesquels on a surtout composé certains arrangements ou ajouté des lignes de guitares dans certaines parties qui n’étaient pas encore définies ou qui avaient besoin d’un petit plus. C’était génial parce qu’une grande partie du processus s’est déroulée chez Eduardo Pi, l’ancien claviériste, et cela nous a donné une certaine liberté, car nous pouvions tout assembler ensemble et vivre là-bas, dans une pièce qui faisait office de studio que nous avions aménagée. Il y avait des chansons comme In-Absentia qui sont pratiquement nées là, dans cette pièce, ou Dosage, qui a également émergé davantage de cet espace partagé que d’idées individuelles chez chacun. C’est pourquoi c’était si intéressant de pouvoir créer ensemble à plusieurs. Par exemple, Gastón Leites, l’ancien bassiste, a composé la ligne de basse de Decay, et c’est à partir de là que toute la chanson s’est développée. Eduardo a également beaucoup collaboré, en aidant à composer certaines sections ou certains segments, en enregistrant des parties de synthétiseur et en apportant des mélodies qui ont fini par s’intégrer parfaitement à différents moments. En ce qui concerne l’enregistrement, une grande partie a été réalisée principalement par Federico, Tomás et moi-même. De même, bon nombre des idées initiales venaient souvent de moi ou de Federico, et Tomás a joué un rôle clé dans la finalisation des structures. En tant que batteur, c’est souvent lui qui définissait les cycles, les transitions et le nombre de moments que chaque morceau devait comporter : ceux où il fallait être plus intense ou plus sobre. Nous nous appuyions beaucoup sur sa batterie pour décider quelles guitares pouvaient correspondre ou quelle intention chaque partie devait avoir. Bien souvent, l’intention d’une section changeait complètement en fonction de ce qu’il proposait rythmiquement. C’est pourquoi nous avons vécu la création de cette album comme une véritable composition collaborative.


Ce qui frappe aussi, c’est la variété des compositions avec des titres très rock comme Caught in a Fever Dream ou Thorn on Your Side, certains plus électro comme The Collector, des compositions plus pop (In-Absentia) et un titre presque noisy (Decay). Avez-vous cherché à synthétiser toutes vos influences dans cet album ?

Fede : Oui, comme je l’ai mentionné dans mes réponses précédentes : nous cherchons toujours à intégrer toutes nos influences dans ce que nous faisons. Et nous voulions aussi créer cette transition harmonieuse entre Farewell et l’album qui allait devenir Eulogy for the Nameless.
Andrés : En effet, il y a beaucoup de variété, et c’est précisément pour cela que nous avons conçu l’album de cette manière, car certaines chansons avaient un côté plus rock alternatif. Par exemple, Caught in a Fever Dream et The Trial sont des morceaux qui nous rappellent des groupes qui nous ont fortement influencés, comme Placebo ou Interpol pour n’en citer que quelques-uns, ainsi que Radiohead, qui sont des groupes plus organiques, avec un son moins lissé. C’est ce que nous recherchions dans ces morceaux : essayer de leur donner un son plus organique que les autres de l’album. Thorn on Your Side fait un petit clin d’œil à Take Me Out de Franz Ferdinand au début, avec une note très similaire dès le départ, qui évolue ensuite. C’est un groupe que nous écoutons depuis notre adolescence, puisque Federico et moi avons tous deux vécu cette période du renouveau post-punk des années 2000. Thorn on Your Side est sans aucun doute l’une des chansons pour lesquelles j’ai pris le plus de plaisir à enregistrer le chant, car je suis un peu revenu à mes racines, à l’époque où je chantais du grunge. C’était comme fusionner ces éléments et pouvoir crier un peu plus, faire davantage de fioritures vocales. J’ai pris beaucoup de plaisir à créer cette chanson. The Collector est une chanson déjà bien plus ancienne, mais nous en avons fait une nouvelle version pour pouvoir la jouer en live, car la version précédente comportait une batterie midi, une boîte à rythmes. Cette fois-ci, nous avons enregistré une véritable batterie, réenregistré d’autres éléments comme les guitares, retravaillé les voix, tout a été remixé et nous avons bien sûr conservé les synthétiseurs joués par Martín García de Zúñiga, alias BUCLE, qui a composé cette chanson avec nous il y a quelque temps. Et In-Absentia est très influencée par U2 ; c’est comme notre tentative de faire quelque chose dans le style de With or Without You ou Where the Streets Have No Name, quelque chose de très atmosphérique, où la basse et un rythme de batterie plus tribal guident la chanson, accompagnés de guitares ambient. C’était notre tentative de nous rapprocher de ce genre de son. Évidemment, ça n’arrive même pas à la cheville de ces chansons, mais c’était amusant d’essayer de faire quelque chose de similaire. Il y a aussi des morceaux où je suis revenu à mes habitudes d’autrefois, crier jusqu’à ne plus pouvoir continuer, et où des influences comme celle de Chino Moreno et Trent Reznor ont refait surface avec quelques touches de Marilyn Manson et pas mal de grunge également. C’est pourquoi nous avons voulu inclure dans l’album une variété d’éléments déjà familiers ainsi que des nouveautés, pour créer, comme l’a dit Federico, un album-pont : quelque chose de plus disruptif, qui puisse être dansant par moments, mélancolique à d’autres, mais aussi puissant et énergique, sans pour autant négliger le côté atmosphérique ni se sentir obligé de suivre une formule unique. Cela a rendu la création de l’album très agréable, mais aussi très stimulante.

La palette vocale d’Andrés s’est aussi sensiblement élargie.

Fede : Personnellement, je trouve qu’Andrés s’est surpassé sur cet album. Ses mélodies sont très créatives et la façon dont il les interprète montre qu’il est un chanteur qui cherche à se dépasser à chaque nouvelle sortie. Il a un immense potentiel.
Andrés : C’est quelque chose dont je ne m’étais pas rendu compte à l’époque, jusqu’à ce que tu le mentionnes, Ben, dans ton dernier article sur le nouvel album, et je crois que Federico et Tomás m’en ont aussi parlé. Mais honnêtement, je n’avais pas remarqué si je m’étais amélioré vocalement ou non. Évidemment, on essaie toujours de le faire de la manière la plus honnête possible et de rendre les prises vocales aussi bonnes que celles de la guitare ou de la batterie, car mes camarades de groupe - et moi aussi, puisque j’ai enregistré les guitares et la basse sur cet album - donnent tout lors de l’enregistrement. J’ai la conviction que le chant doit parfaitement refléter ce que la musique cherche à exprimer. Il doit y avoir un bon dialogue, une bonne fusion entre les deux. De plus, sur cet album, j’ai eu l’impression de ne rien retenir quand je chantais : je n’ai pas hésité à crier jusqu’à déformer ma voix, à utiliser des falsettos ou à chanter dans des registres plus aigus que sur Farewell. Je me suis laissé aller pour explorer toute la gamme dont je disposais, d’un registre plus baryton jusqu’aux notes les plus aiguës que je pouvais atteindre. Malgré tout, c’était difficile. Les sessions d’enregistrement vocal ont été assez exigeantes. Beaucoup ont eu lieu en hiver et j’ai dû composer avec de nombreuses allergies. Je me souviens qu’il y a eu des prises que j’ai dû enregistrer en prenant des antihistaminiques car je commençais à manquer de souffle à cause des allergies, de la grippe et des affections respiratoires typiques de cette saison. Malgré tout, nous avons essayé de continuer, mais nous en sommes arrivés à un point où nous avons dû diviser les sessions de chant en trois ou quatre parties, selon le degré de difficulté de chaque chanson. Heureusement, cette fois-ci - contrairement à Farewell  -, lorsque j’enregistrais les voix, Federico et Tomás étaient la plupart du temps avec moi, et ils me disaient exactement ce qu’ils pensaient être juste et ce qui ne l’était pas, ou comment je devais chanter, comment placer ma voix ou ajuster une certaine mélodie vocale. Ils se sont beaucoup impliqués, même dans ce processus. Même quand j’apportais une mélodie vocale initiale, ils m’aidaient à l’adapter et à l’améliorer pour qu’elle s’intègre mieux à la chanson. Je pense que c’est aussi pour ça que j’ai pu me donner davantage, parce que j’étais plus calme pendant l’enregistrement, sans trop de tension, sachant que j’étais soutenu par eux pendant qu’ils étaient à la console d’enregistrement, et que je pouvais me concentrer uniquement sur le chant.

Quel titre a été le plus facile à accoucher ?

Fede : Je pense que Caught in a Fever Dream et The Trial ont vu le jour très rapidement. Ce sont des morceaux qui vont droit au but, sans détours, et leur composition s’est déroulée de la même manière.
Andrés : Je suis d’accord avec Federico : Caught in a Fever Dream et The Trial ont été assez faciles, peut-être pas tant à enregistrer, mais oui, à créer. Je peux aussi ajouter The Absurd, Farewell Song et Ondas Atlánticas, car ces morceaux, bien qu’ils aient subi quelques réarrangements - du moins pour The Absurd, Farewell Song et Oblivion We Shall Be -, n’ont pas été difficiles non plus, puisqu’il s’agissait de morceaux déjà prêts, essentiellement des démos qui avaient été assemblées assez rapidement. Ceux que je cite sont, en fait, les morceaux les plus anciens de l’album. Certains datent même de l’époque de Farewell. Donc, comme ils étaient déjà prêts, nous nous sommes principalement contentés de réenregistrer les guitares, de réamplifier certaines parties et de mettre à jour certains éléments. Ce sont des morceaux qui s’étaient déjà imposés très naturellement lors de leur création initiale, c’est pourquoi tout s’est également déroulé sans heurts à ce stade. Ondas Atlánticas n’a pas été difficile à créer non plus ; c’est un morceau qui a pris forme assez rapidement dès le début. Et Oblivion We Shall Be, qui doit dater de deux ou trois ans, voire un peu plus, n’a pas été difficile à composer non plus. Ce qui a pris le plus de temps, c’était de trouver certains sons, comme ceux du sitar et quelques détails d’ambiance, mais la mélodie elle-même et la structure de base du morceau sont venues assez facilement. Ensuite, il a fallu un peu plus de temps pour le restructurer, mais en gros, nous avons simplement répété un couplet et allongé le refrain. Ce qui était plus original dans Oblivion We Shall Be, c’était cette fin où tout semble se dégrader et où, soudain, un instrumental presque philharmonique fait son apparition. Je dirais donc que ces morceaux n’étaient pas si difficiles.


A contrario, lequel a été le plus compliqué à sortir ?

Fede : Day One a été littéralement un cauchemar. C’est un morceau aux mesures composées et aux mélanges rythmiques qui ont rendu son enregistrement difficile. On a failli ne pas l’inclure dans la sélection finale.
Andrés : Je suis d’accord avec Federico, Day One a été l’un des morceaux les plus difficiles à cause de tous les obstacles qu’on a rencontrés. On a dû faire du montage dans Ableton pour que le métronome change constamment. Cette chanson a d’abord été enregistrée avec une ligne de basse qui, par la suite, ne nous a pas convaincus. Nous avons donc dû la réenregistrer entièrement par-dessus la batterie que Tomás avait déjà enregistrée. Nous avons dû tout repenser, l’améliorer et essayer de faire en sorte que cette nouvelle basse s’accorde parfaitement avec la batterie d’origine. Je pense que ça a été l’une des choses les plus difficiles. Vraiment, comme le dit Federico, nous avons failli la laisser de côté. C’est la chanson pour laquelle on s’est dit : si ça ne marche pas dans deux sessions de plus, elle ne figurera pas sur l’album. Ensuite, il y a Orchid, qui a été une chanson très difficile à bien des égards. Les parties vocales étaient particulièrement compliquées ; je pense qu’elles figuraient parmi les plus difficiles à enregistrer. Il a également été très difficile de trouver les bonnes couches de guitare ; on en a enregistré beaucoup, à la recherche de cet effet de mur du son, tout en créant cette pause atmosphérique dans la section centrale et à la fin. À l’origine, Orchid avait une autre structure. Nous avions même enregistré la batterie et quelques guitares, mais je me souviens qu’un jour, dans le studio d’Eduardo, Tomás et moi écoutions une première version et avons senti que ça ne marchait pas du tout. À ce moment-là, j’ai décidé de supprimer le projet et de repartir de zéro. J’ai pris ma basse et j’ai commencé à esquisser une nouvelle idée, puis j’ai demandé à Tomás d’essayer des percussions plus tribales. Je lui ai montré quelques références avec ce type de rythme, et à partir de là, nous avons recommencé à construire la base. Puis Federico est arrivé et a commencé à ajouter des guitares, et entre ses guitares et certaines des miennes, nous avons développé la chanson jusqu’à ce qu’elle prenne sa forme définitive. Ce fut un long processus, et l’enregistrement des voix a également nécessité de nombreuses sessions. C’était vraiment une chanson très exigeante, mais au final, nous avons été très satisfaits du résultat. Une autre situation qui n’était pas nécessairement difficile en termes de composition, mais qui l’était en termes d’exécution, a été de trouver quelqu’un capable d’enregistrer un solo de saxophone avec une intention très particulière dans Decay. Nous voulions quelque chose de chaotique, presque un anti-solo, et c’est là qu’est apparue Pilili, une de nos amies, qui a fini par enregistrer plusieurs couches de saxophone avec une approche plutôt libre et déstructurée, obtenant ainsi cet effet presque chaotique que nous recherchions pour le cœur de la chanson. Ce fut une expérience très intéressante qui s’est finalement parfaitement intégrée à l’atmosphère du morceau. La composition de Dosage n’a pas été si difficile, même si, à l’origine, le morceau était plus long et comportait des synthétiseurs en ouverture. Nous les avons finalement supprimés pour laisser la guitare remplir ce rôle. Malgré tout, au-delà du fait que certaines chansons ont été plus faciles à développer que d’autres, l’album dans son ensemble s’est avéré exigeant en termes de temps et d’énergie. À de nombreux moments, nous avons eu l’impression qu’il nous poussait vers nos limites, tant sur le plan psychologique qu’émotionnel. C’est pourquoi, à l’avenir, nous allons essayer de simplifier un peu le processus : enregistrer moins de prises, ne garder qu’une ou deux prises de guitare principales et ne faire que les overdubs nécessaires, sans trop surcharger le processus, car ce fut vraiment un travail très intense.


Farewell avait été composé et enregistré pendant la pandémie de covid 19. Les textes étaient très sombres. Eulogy for the Nameless n’est pas plus gai avec ses visions d’apocalypse (Ondas Atlanticas, The Trial, Thorn on your Side pour ne citer qu’eux). Qu’est-ce que vous avez eu envie d’exprimer dans ce nouvel album alors que la situation mondiale est encore plus folle qu’il y a six ans ?

Fede : Je pense qu’Andrés sera mieux placé pour répondre à cette question. Mais je crois qu’au-delà de tout le chaos actuel, nous invitons à prendre conscience de cette réalité ; non pas par résignation, mais par résilience.
Andrés : Il y avait aussi une sorte de séquelle de tout ce qui s’est passé pendant cette période, il y a déjà six ou sept ans ; je ne me souviens pas exactement. L’album comporte des références apocalyptiques, il y a des références qui ont à voir avec les écrits bibliques, n’est-ce pas ? Les inondations, par exemple. C’est comme si on demandait à un être supérieur de tout détruire une bonne fois pour toutes. Évidemment, tout est métaphorique et même peut-être un peu contradictoire. En réalité, tout semble aussi complexe que tu le dis. On a l’impression qu’à tout moment, à la vitesse où on va, on est sur le point de percuter un mur. Ça semble très complexe, très difficile à comprendre pleinement. Mais c’est peut-être le contraire de ce que nous pensons : peut-être que ce n’est pas chaotique, peut-être que tout est parfaitement ordonné pour que les choses se passent ainsi. Cela peut nous sembler chaotique, mais lorsque nous répétons tous le même schéma et que nous sommes tous dans la même situation - même au niveau de la pensée -, peu importe les différences que nous croyons avoir, en réalité nous finissons par rentrer dans le même moule. Les schémas de pensée sont déjà façonnés. Le nez collé à nos téléphones portables, nous partageons sans cesse des reels, sans qu’il y ait quoi que ce soit de vraiment significatif derrière tout ça. Le fait est que, si 99 % des gens s’envoient des vidéos en boucle tout le temps - et ce n’est qu’un exemple anodin -, ce n’est pas seulement deux ou trois personnes qui le font : nous le faisons tous. Cette répétition constante montre à quel point nous sommes obsédés par ce monde pseudo-numérique et à quel point nous sommes devenus automatisés. La réalité a été remplacée il y a longtemps, très longtemps, et nous ne l’avons pas remarqué. Symboles, signes, significations… tout a changé. Le sens des choses a changé, et nous continuons d’agir selon cette logique sans la remettre en question. Et aujourd’hui, la technologie a également progressé, mais pas de manière positive à certains égards, car d’après ce que j’ai vu dans les actualités - et ce que nous voyons constamment -, il semble que nous soyons en train d’être remplacés. Évidemment, l’art en général est quelque chose dont je ne sais pas s’il sera complètement remplacé. Peut-être que je dis cela aujourd’hui et que, lorsque nous verrons l’avenir, il s’avérera que les technologies deviendront capables de cloner parfaitement les émotions humaines. On ne peut jamais dire jamais à ce sujet. Comment peut-on croire que, dans l’Antiquité, tout le monde était moins intelligent qu’aujourd’hui simplement à cause des progrès technologiques actuels ? Qui, en réalité, ne sont que des gadgets supplémentaires destinés à nous rendre plus à l’aise ou plus conformistes. Je pense que l’intelligence a considérablement diminué par rapport à autrefois. Ces technologies d’IA en tant qu’outils - comme outil de recherche, par exemple - ne semblaient pas si mauvaises au départ, mais elles deviennent incontrôlables à tous les égards. Je crois qu’il y a eu une sorte de tournant à partir de la pandémie. Il y a eu un changement radical et tout a commencé à évoluer beaucoup plus vite sur le plan technologique. Et quand je parle de technologie, je ne veux pas dire que des remèdes contre les maladies ont été découverts, mais que des moyens ont été trouvés pour nous rendre plus dociles, plus dépendants du système lui-même, pour générer plus de peur, plus de distractions. Les gens ne sont plus capables de lire un livre ou de regarder un épisode entier de quoi que ce soit. Même notre cerveau subit des changements négatifs et néfastes au niveau chimique. Pour moi, c’est trop. Comme je l’ai dit, cet album a été publié principalement pour aller à l’encontre de l’instantanéité. L’attention est devenue quelque chose qu’il faut retrouver à tout prix. Par exemple, rester des heures à regarder le plafond ou un mur sans céder à cette envie constante de consulter son téléphone, d’aller vérifier son ordinateur ou quoi que ce soit d’autre. Je pense qu’il faut recommencer à s’ennuyer. Pour voir combien de temps on peut tenir et à quel point ça fait mal, pour savoir si on est vraiment devenus des techno-dépendants. Si nous constatons que nous souffrons d’une sorte de pseudo-sevrage - appelons cela ainsi -, cela signifie qu’il serait bon de commencer à mettre de côté ces éléments qui nous distraient plus qu’ils ne nous informent, ce qui n’a jamais été l’idée de départ. Donnez-moi des outils pour m’informer, pas pour me distraire. Je suis surpris. Je suis vraiment surpris que parfois, les gens investissent dans des téléphones très chers juste pour aller sur TikTok, Instagram, Facebook… et rien de plus. Je pense aussi que c’est, d’une certaine manière, un bon exercice : voir si les gens osent lire quelque chose qui n’est pas si court. Pour voir s’il nous reste encore la patience de suivre une longue interview, sans que tout doive être réduit à quelques secondes ou à un résumé immédiat. Cela en dit peut-être long aussi sur l’époque dans laquelle nous vivons et sur notre degré de volonté à maintenir notre attention.

Cette interview sera un bon test pour nos lecteurs (rires) ! The Trial évoque le rejet avec la phrase "She told me once to disappear and never come back", Void Syndrome, de par son titre, parle de lui-même et Day One ou encore Thorn on your Side expriment une volonté de s’extraire de soi-même ou de la réalité. Vous ne vous sentez pas à votre place dans cette époque et dans ce monde ?

Fede : Personnellement, je pense que même si je ne suis pas encore tout à fait là où j’aimerais être, quand je regarde en arrière et que je vois tout le chemin que nous avons parcouru, je me rends compte à quel point nous avons grandi et ce que nous avons accompli. Le fait d’être ici aujourd’hui et d’avoir l’occasion de discuter avec toi, Ben, en est la preuve. J’essaie simplement d’en être reconnaissant et de continuer à travailler pour pouvoir, à terme, atteindre l’objectif que nous visons tous.

En regardant la liste des titres, The Fall, The Trial, The Absurd, on dirait que l’existentialisme et les auteurs comme Camus, Kafka et Sartre continuent à vous inspirer...

Fede : Tout à fait. On y retrouve même des références à Dostoïevski, dont j’ai découvert l’œuvre il n’y a pas si longtemps. Mais il ne fait aucun doute que ce sont là des thèmes récurrents dans nos chansons.
Andrés : Oui, ce sont des auteurs que nous lisons beaucoup, que nous aimons. Peut-être avons-nous un peu laissé Sartre de côté ces derniers temps. Nous sommes devenus plus camusiens, un peu kafkaïens, et nous avons aussi commencé à nous plonger dans l’univers de Dostoïevski, comme le dit Federico. Nous avons également commencé à lire sur l’hyperréalité de Jean Baudrillard et d’autres courants qui nous intéressent beaucoup. Nous essayons d’analyser ces auteurs et de les lire avec beaucoup de réflexion et d’objectivité, sans laisser leur œuvre nous affecter négativement ou influencer trop notre façon de voir la réalité. L’absurdisme, l’existentialisme et d’autres courants peuvent parfois être très perturbants et c’est pourquoi nous essayons de les lire d’un point de vue plus analytique, sans laisser ce poids conceptuel nous affecter sur le plan personnel. Un livre que j’ai lu - et Federico aussi - est Notes du sous-sol, même si dans mon cas, j’ai eu du mal à le terminer tant il est dur. Les livres de Dostoïevski sont très, très déchirants car ils parlent de la misère humaine à son paroxysme, quelque chose, qu’on veuille ou non, que nous vivons directement. Il arrive aussi parfois que nous oubliions que nous vivons réellement et que nous nous plongions dans une sorte de fantasme savamment orchestré. Ainsi, lorsque nous lisons un auteur comme Dostoïevski, c’est comme une gifle qui nous ramène à la réalité. Même si nous essayons d’embellir celle-ci avec la pensée positive et tout ça, quand nous sortons, nous voyons des poubelles renversées, des gens qui dorment dans la rue et une odeur nauséabonde typique de la misère humaine, malheureusement. À cela s’ajoutent nos propres problèmes personnels ainsi que des problèmes plus collectifs qui engendrent une sorte de réaction en chaîne au niveau global et qui finissent par affecter toute notre société d’une manière ou d’une autre. Mais au-delà de cela, et sans trop m’éloigner de ce que tu me demandes, oui, de nombreux auteurs continuent de nous inspirer. Nous continuons à lire et à chercher des sources qui nous aident à écrire des paroles. Et même si parfois je dis à Federico qu’on devrait peut-être écrire des paroles plus simples, qui aient un sens profond mais qui ne compliquent pas trop la mélodie vocale et accompagnent davantage la musique, au bout du compte, cette envie de dire quelque chose à travers les paroles l’emporte toujours, celle de créer un concept au sein même d’une chanson.

Terminons avec le titre de l’album. Qui est cet anonyme, ce "nameless" auquel cette élégie est adressée ?

Fede : À tous ceux qui ne sont plus là et dont l’histoire ne se souviendra pas, mais qui ont personnellement laissé une empreinte en nous.
Andrés : Oui, c’est comme le dit Federico : les « sans-nom » sont des personnes totalement anonymes. Nos grands-parents, nos ancêtres, des proches qui ne sont plus là, des amis qui ne sont plus là, et dont le souvenir perdurera avec nous et, un jour, s’éteindra avec nous. Cette élégie - cet album tout entier - traite donc précisément de la perte, de l’hommage à la mémoire de ces personnes qui ne sont plus là, de la vie et de la mort elles-mêmes, sans craindre d’aborder quelque chose d’aussi naturel que le fait de vivre et de mourir. Elle aborde également des thèmes tels que le changement interpersonnel de chacun : cette mue, métaphoriquement parlant, ces versions qui meurent constamment et que nous enterrons derrière nous tandis qu’une nouvelle version de ce que nous sommes naît. C’est aussi une élégie dédiée à ces personnes dont on ne se souviendra pas avec une étoile sur le Hollywood Walk of Fame, dont on ne parlera pas massivement sur les réseaux sociaux pour avoir été de grandes rock stars, des acteurs ou quoi que ce soit d’autre. Ce sont des gens normaux, des gens ordinaires, des gens anonymes qui, espérons-le, ne mourront pas dans l’oubli. Nous en avons ajouté beaucoup à l’album, principalement dans les crédits. Nous avons dédié cette élégie à ces personnes, mais nous avons aussi essayé de la faire pour tout le monde. Le titre de l’album invite les gens, d’une certaine manière, à chérir le souvenir de ceux qui comptaient beaucoup pour eux, afin qu’ils ne tombent pas dans le néant ou dans l’oubli, et qu’on se souvienne d’eux d’une manière ou d’une autre. Une expérience vécue dans un cimetière m’a beaucoup marqué pendant que je travaillais sur cet album. Je me souviens d’avoir vu une tombe complètement brisée, extrêmement détériorée. Elle était tellement détruite qu’on ne pouvait même plus lire le nom. Il n’y avait pas de photo, rien qui permette d’identifier à qui elle appartenait. C’était, d’une certaine manière, un parfait inconnu qui était enterré là. Et malgré tout, il y avait des fleurs et c’est ce qui m’a le plus surpris : c’était des fleurs fraîches. Ce n’était pas qu’elle n’ait jamais eu de nom, mais l’endroit était tellement négligé et détruit - presque comme s’il avait été profané - que plus rien ne pouvait être lu clairement. Et je n’arrêtais pas d’y penser : il y avait là une personne qui, autrefois, avait un nom, une histoire, quelqu’un qui l’aimait, quelqu’un qui se souvenait d’elle. Et ces personnes sont également présentes dans cette idée, dans ce concept. Toutes, d’une certaine manière, font partie de cette élégie. C’est pour cela que cette élégie existe. Elle est pour nous, pour moi, pour vous. Elle est pour ce que j’étais, pour ce que j’ai cessé d’être. Voilà à quoi sert cette élégie. Et je la dis « sans-nom » car il n’existe pas de nom unique capable d’englober toutes ces personnes qui, malheureusement, finissent par être oubliées.


Quels sont vos projets maintenant que ce deuxième album est sorti ? Allez-vous vous ressourcer avec des side projects ou rester concentrés sur la suite à donner à Eulogy For The Nameless ?

Fede : On veut continuer à promouvoir l’album. À terme, on réfléchira à la création de nouvelles chansons.
Andrés : Honnêtement, on ne sait pas vraiment ce qu’on va faire après la sortie du deuxième album. On espère pouvoir partir en tournée, jouer à l’étranger, jouer en Europe, et te rencontrer aussi ; ce serait incroyable de pouvoir discuter et échanger en personne. Mais la vérité, c’est qu’en ce moment, on n’a pas de perspective claire. On essaie de faire bouger les choses, mais ce n’est pas facile. Nous aimerions que tout se passe mieux, mais c’est difficile, vraiment difficile. Nous essayons maintenant de nous remettre dans le bain d’une manière ou d’une autre. Ce n’est pas tout à fait faisable pour le moment en ce qui concerne les concerts, donc nous en sommes à un stade de « peut-être oui, peut-être non », mais pour l’instant, non. Cet album nous a demandé énormément d’énergie, et c’est pourquoi nous avons pris une assez longue pause. Pour te donner une idée, nous n’avons pas répété pendant plus d’un an et ce n’est que la semaine dernière que nous avons recommencé à nous retrouver : pour discuter, nous voir, être plus qu’un groupe, être des amis, jouer un peu de guitare et essayer de repartir de zéro. C’était un processus qui nous a tellement poussés dans nos retranchements que nous traversons maintenant une sorte d’épuisement naturel, mais nous espérons à un moment donné collaborer à nouveau avec des musiciens et des amis, et aussi avec toi à un moment donné - ce serait quelque chose d’incroyable - même si pour l’instant tout cela est incertain. Nous aimerions bien savoir clairement quelles sont les lignes directrices ou la prochaine étape, mais pour l’instant, nous sommes dans une sorte de pause, tant au niveau des concerts qu’au niveau de la composition. Cette pause ne signifie pas pour autant que le groupe soit inactif. Nous ne sommes pas en pause en tant que groupe ni en tant qu’amis - heureusement, nous savons faire la distinction entre les deux. Il s’agit plutôt d’un repos nécessaire, surtout en ce qui concerne les concerts et la composition, car nous avons besoin de récupérer de l’énergie. Je pense que nous allons bientôt recommencer à composer, créer, partager et répéter, mais pour l’instant, nous nous concentrons sur ce qui va se passer avec cet album. Notre activité est principalement centrée là-dessus : sur ce qu’il va advenir du matériel que nous avons créé. Nous sentons aussi que nous avons besoin d’exorciser à nouveau nos propres démons à travers la musique, et pour cela, il est important de nous ressourcer. Cette pause, en ce sens, nous pensons qu’elle sera quelque chose de positif pour pouvoir créer à nouveau et nous inspirer. Quant à des projets parallèles, honnêtement, non. Hangwire demande tellement d’énergie qu’il devient très difficile d’en envisager un autre. Je me souviens même avoir dit un jour à Federico, à moitié pour plaisanter, qu’un jour on pourrait composer quelque chose dans l’esprit des White Stripes, et que ça finirait probablement par être pour Hangwire de toute façon (rires). Mais c’est un peu la réalité : créer un autre projet à partir de zéro serait trop complexe. Peut-être qu’un projet ponctuel avec d’autres personnes pourrait voir le jour, mais entre nous, créer quelque chose en parallèle n’est pas quelque chose qu’on envisage pour le moment. De plus, nous essayons de ne pas trop nous disperser dans d’autres projets, justement pour pouvoir recharger nos batteries. Nous sortons d’un album très complet : 18 titres, ce n’est pas rien, et l’avoir enregistré en si peu de temps a été vraiment intense. Pour te donner une idée, il nous a fallu près de trois ans pour réaliser les dix titres de Farewell, alors que cet album a été enregistré en six ou sept mois environ. Ce furent des mois où nous avons enregistré pratiquement tous les jours. Nous traversons donc actuellement ce qu’on pourrait appeler une sorte de « gueule de bois post-enregistrement », en essayant de récupérer, de regarder vers l’avenir et, petit à petit, de retrouver l’énergie nécessaire pour continuer à créer.

Merci pour votre temps.

Fede : Merci Ben de toujours nous suivre de près et de nous offrir une telle visibilité. Nous apprécions tout le travail que tu accomplis et nous t’en serons toujours reconnaissants.
Andrés : Merci beaucoup, Ben, pour cette interview. C’était très agréable. Tes questions sont toujours excellentes, et on prend vraiment plaisir à y répondre. Personnellement, je sais que je suis très prolixe quand je réponds, mais je ne peux pas m’en empêcher. Et puis, c’est toujours un plaisir de discuter avec toi, mon cher ami. On t’envoie un gros câlin de loin et on te souhaite tout le meilleur.


ENGLISH VERSION

By repeatedly saying that Hangwire is the best current rock band, we might end up making people believe that your servant is part of their management. Yet, it is only the heart that speaks. And the ears. So let’s give everyone the opportunity to form their own opinion by discovering the many excerpts from their latest album, Eulogy For The Nameless, featured in this extensive interview. It is a chance to immerse yourself in the creative process of these eighteen tracks and to talk with Federico Teixeira and Andrés D’Souza, respectively guitarist and singer of the band (to put it simply), about topics as varied as their concert anecdotes, the authors who inspire them daily, or the evolution of the world we live in.


IRM : Hello to the three of you. Between Farewell and this new album, a little over three years have passed. During this time, you’ve played many concerts. Tell us a bit about that.

Federico Texeira : We are not particularly a band that plays many live shows. I think the shows we’ve played in our country can be counted on the fingers of one hand. They are beautiful gatherings with our audience and friends, but they are situations that require a lot of preparation and arrangements, which can sometimes become a bit overwhelming. We also had the privilege of playing in Brazil, where I highlight our show at Madame Underground (São Paulo), a place where great legends of Brazilian rock have performed. There are many anecdotes : I remember that, personally, during a show at Infinu (Brasília), a couple of people stopped me to greet me and told me they had come exclusively to see us. That was incredible, and I felt very honored because of that. Also, during that same show, someone proposed marriage to another person in the middle of one of our songs.
Andrés D’Souza : Hello, Ben, thank you very much for the interview. We’re very happy to be part of it in Indie Rock Mag ; it had been a while since we last spoke through this channel. Between Farewell and Eulogy for the Nameless, many things have happened. As for concerts, they haven’t been numerous, but they have been very important to us. We played in Montevideo and also in Ciudad de la Costa, and we had the opportunity to perform at four shows in Brazil, which were especially meaningful. If I recall correctly, in Uruguay we played no more than seven concerts, including a festival called Indieween. And in Brazil we had the chance to play three times in Brasília and once in São Paulo. There haven’t been many performances, but each one carried significant weight for us, and we definitely hope to play more in the future. As for funny anecdotes, there are several, especially during the trip to Brazil. More than specific situations, they were very special personal experiences : from discovering a different culture to connecting with people we had only known through social media. We were able to spend time with them, exchange ideas, and simply enjoy the moment. We also had the honor of playing at Madame Underground and at Infinu, in Brasília, within the Com Vida festival, where we shared the stage with Acid Mothers Temple from Japan and the Brazilian band Oxi, performing in front of a large audience. It was an extremely pleasant and very exciting experience for us. One of the shows in Brasília was particularly curious : we played at a rather underground venue, with a drum kit that looked like it hadn’t been dusted since 1980. We had to improvise to make everything work, but it was fun and very authentic. It reminded me of when I was a teenager and we were just starting out, playing with recycled gear, worn drumheads, and amplifiers that would sometimes stop working without warning. Another memorable show was in a very small venue, without a stage, where we played practically surrounded by the audience. It was like a 360-degree show, with people dancing around us, lots of cigarette smoke, and the occasional drink flying through the air and landing on the pedals. It was chaotic, but incredibly fun. Then, at Infinu, the experience was completely different : a large stage, very professional treatment, and impeccable sound. We enjoyed that show immensely as well. In Uruguay, the concerts have been just as fun and meaningful. We always value the connection we achieve with the audience, and we are deeply grateful to all the people who have accompanied and supported us, both us and the other bands we shared the stage with.

That Infinitu show seemed to be something ! In Wither, Andrés sings "The sky is ours now." Is that a declaration of ambition ? Is Hangwire ready to conquer the world ?

Fede : Andrés will answer this better. From my side, I believe we are very far from being able to affirm something like that.
Andrés : The phrase "The sky is ours now" was not something I thought of in relation to us as a band or as a declaration of ambition or of wanting to become something bigger than ourselves. It came more from the fact that I was listening to the album The Red in the Sky Is Ours by At the Gates, whose title I always liked very much. I found it to be a very powerful image, and I wanted to take something from that idea, removing the word "red" and leaving the phrase more open. I think the image of the sky relates to its vastness and to the idea that something so immense could, symbolically, belong to you. Not in a literal sense, but in what the sky represents beyond what we see above us. It can also be understood from a more existential or even agnostic perspective : as if mortals themselves, cursed by the condition of existence, could appropriate what was traditionally considered divine - as if it were a symbolic way of dethroning a god and turning that paradise into something human, imperfect, and ours. It has more to do with that fictional character that appears in many lyrics, or even with two figures sharing the same symbolic stage. I’m very interested in using strong imagery that allows the listener to create their own mental scenario, rather than transmitting a direct or literal message. I didn’t think of it as a personal ambition or a declaration of greatness, but rather as a way of writing something abstract, almost poetic, inspired by an image that felt powerful to me. That said, ambitions do exist, of course, but I believe ours are much simpler and more grounded. They have to do with being able to live from what we do, being able to pay our bills and put food on the table doing what we love. Obviously, we hope that everything aligns in a way that allows us to fully live from music, but we try not to think too much about gigantic ambitions, because many times they become utopian or depend on factors beyond talent or effort : contacts, contexts, being in the right place at the right time. I also believe the idea of success is quite distorted. Many people think that becoming famous or having people obsess over your figure is the ultimate goal, but for us, that’s not the case. What we truly seek is to play in front of people who connect with what we do, who feel something genuine when they listen. Everything else is a plus, a bonus. If someday people talked about "conquering the world," in quotation marks, I think what would matter most would be continuing to feel like ourselves, even if there were thousands of people in front of us. What is truly worthwhile is that connection, that kind of communion between the band and the audience.


Let’s analyze this new album in detail. The first thing that stands out is the number of tracks included in Eulogy for the Nameless : eighteen ! Where did that overwhelming inspiration come from ?

Fede : We have many ideas and I consider that we are going through a very creative stage. Also, we have many influences from different genres and bands and we try to pour all of that into our music, always trying to maintain coherence.
Andrés : The fact that the album has 18 songs was a fairly conscious decision. In part, it was the perfect excuse to be able to explore other styles within what we do and open the sonic spectrum beyond more direct post-punk. We wanted to allow ourselves to incorporate elements that, at times, would recall industrial music or bands that were not necessarily directly connected to post-punk. At the same time, we wanted some songs to maintain a clear connection with Farewell. Tracks like Wither, Dosage, Farewell Song, The Absurd or even June retain quite a lot of that aesthetic that we had already developed on the previous album. But, on the other hand, we also felt the need to experiment with new subgenres, new atmospheres and new elements within our sound. For example, in Void Syndrome there is a foundation that remains dark and alternative, but with a different approach, closer to an alternative sound than to traditional post-punk. In Oblivion We Shall Be, which is a slower and heavier track, we took inspiration from songs like Sonne, or even certain moods from Aerials by System Of A Down, and also from melancholic tracks like Minerva by Deftones, seeking that deep emotional tone. Additionally, we began to incorporate instruments and sonorities related to Middle Eastern music, something that makes a lot of sense for us due to our Lebanese roots. Using that kind of elements was a way to connect with a part of our cultural identity. The same happens with Decay, where we explored a more electronic and aggressive approach, but also very organic and heavy, with dense guitars, loaded drums and more broken and distorted vocals. Many of these songs, taken individually, could have seemed disconnected if they were placed on a single traditional album.

You had material to make two albums, but decided to make a double one. Why ?

Fede : We wanted this album to be a transitional record. That it would have elements from the old Farewell but at the same time announce what may come in future works. We considered that it was ideal so that it would not be such an abrupt change of sound and in the end we ended up with 18 songs.
Andrés : The fact of making a double album allowed us to create a certain distance between styles and atmospheres, giving each block its own space without everything feeling saturated or incoherent. It was also heavily influenced by the fact that we were listening to very eclectic albums like Kiss Me, Kiss Me, Kiss Me by The Cure or Mellon Collie and the Infinite Sadness by The Smashing Pumpkins. Those albums showed us that it is possible to build an extensive, varied and ambitious work without losing identity. Although the final result turned out quite homogeneous in spirit, it could easily have been two separate albums. But there was also an almost conceptual intention behind it : we did not want to be left with the desire to make a complex work in an era where everything seems to seek immediacy. Nowadays many songs last less than three minutes and albums are becoming shorter and shorter, because the listener’s attention also seems to be shrinking. In a certain sense, releasing an album with 18 songs, lasting around one hour and thirty-three minutes, is going a bit against that logic. It was a kind of manifesto against immediacy. We wanted to make a long, complex and conceptual sonic journey, both musically and lyrically. It is not that we are against that format - in fact, at some point we would also like to make a shorter EP.

Regarding composition, it seems to me that you shared the songwriting more on this second album ?

Fede : Yes, on this album there was more participation both in composition and in recording and production. It was something very enriching for everyone.
Andrés : Yes, we shared the compositions much more ; it was a considerably more collaborative process musically. Generally, there was always someone who arrived with a main idea or a macro idea, and then we assembled it together. There were also songs that were already almost completely developed in their structure, and there we ended up composing mainly certain arrangements or guitars in sections that were still undefined or that needed something more. It was great because a large part of the process took place at Eduardo Pi’s house, the former keyboardist, and that gave us certain freedoms, because we could assemble everything together and live there, in a room that functioned as a kind of studio that we had set up. There were songs like In-Absentia that were practically born there in the room, or Dosage, which also emerged more from that shared space than from individual ideas at each person’s home. That is why it was so interesting to be able to create together among several people. For example, Gastón Leites, the former bassist, composed the bass line for Decay, and from there the whole song was developed. Eduardo also collaborated a lot, helping to compose some sections or segments, recording synthesizer parts and contributing melodies that ended up fitting perfectly at different moments. Regarding recording, a large percentage was done mainly by Federico, Tomás and me. Likewise, many of the initial ideas used to arise from my side or Federico’s side, and Tomás played a key role when it came to closing the structures. Being a drummer, he often defined the cycles, the transitions and the number of moments that each song should have : where it had to be more violent or more restrained. We relied heavily on his drums to decide which guitars could come in or what intention each part should have, and many times the intention of a section changed completely depending on what he proposed rhythmically. That is why we felt it as a truly collaborative composition. There were moments in which entire sections were born from a rhythmic base created by him, and if that base had not existed, certain riffs or entire segments of the songs would not have existed either. That joint work was fundamental for the album to come to life and for the songs to find a new meaning.


What also stands out is the variety of compositions, with very rock-oriented tracks like Caught in a Fever Dream or Thorn on Your Side, others more electronic like The Collector, more pop compositions (In-Absentia) and an almost noisy track (Decay). Were you trying to synthesize all your influences in this album ?

Fede : Yes, as I mentioned in previous answers : we always seek to pour all our influences into what we do. And we also wanted to achieve that harmonic transition between Farewell and what may come in the future.
Andrés : Yes, there is a lot of variety, and that is precisely why we made the album this way, because there were songs that had a more alternative rock side. For example, Caught in a Fever Dream and The Trial are songs that remind us of bands that strongly influenced us, like Placebo, Interpol, to name a few, and also Radiohead, which are more organic groups, with a less processed sound. That was what we sought in those songs : trying to make them sound more organic than others on the album. Thorn on Your Side has a small nod to Take Me Out by Franz Ferdinand at the beginning, with a very similar note from the start, which later begins to change. It is a band we have listened to since we were teenagers, since both Federico and I lived through that era of the post-punk revival boom of the 2000s. Thorn on Your Side is one of the songs I had the most fun recording vocals for, without a doubt, because I went back a bit to my roots from when I used to sing grunge. It was like merging those elements and being able to scream a bit more, make more vocal flourishes. It was very fun to make that song. The Collector is already a considerably older song, but we made a new version to be able to perform it live, since the previous version had drums made in MIDI, with a drum machine. This time a real drum kit was recorded, other elements such as guitars were re-recorded, the vocals were retouched, everything was remixed and we kept, of course, the synthesizers that had been played by Martín García de Zúñiga, aka BUCLE, who composed this song with us some time ago. And In-Absentia is very influenced by U2 ; it is like our attempt to do something in the style of With or Without You or Where the Streets Have No Name, something very atmospheric, where the bass and a more tribal drum pattern guide the song, accompanied by ambient guitars. It was our attempt to get closer to that kind of sound. Obviously it does not even come close to those songs, but it was fun to try to do something similar. There are also songs where I went back to screaming like before, until I could not anymore, and influences like Chino Moreno and Trent Reznor reappeared, with some touches of Marilyn Manson and quite a bit of grunge as well. That is why we wanted to include a variety of already familiar elements within the album together with new ones, to make, as Federico said, a bridge album : something more disruptive, that could be danceable at times, melancholic at others and also strong and energetic, without leaving aside the atmospheric side or feeling forced to follow a single formula. That made the album very enjoyable to make, but also challenging at the same time.

Andrés’ vocal palette has also expanded noticeably.

Fede : Personally, I consider that Andrés perfected himself on this album. His melodies are very creative and the way he executed them shows that he is a vocalist who tries to surpass himself with each release. He has immense potential.
Andrés : That is something I did not realize at the time, until you mentioned it, Ben, in the last article you made about the new album, and I also think Federico and Tomás mentioned it to me. But honestly, I had not noticed whether I had improved vocally or not. Obviously, one always tries to do it as honestly as possible and to make the vocal takes as good as the guitar or drum takes, because just as my bandmates - and I too, since I recorded guitars and bass on this album - give everything when recording, I feel that the vocals have to reflect very well what the music is trying to express. There has to be a good dialogue there, a good fusion between both things. Additionally, on this album I felt that I held nothing back when singing : I did not hold back from screaming until distorting my voice, from using falsettos or from singing in higher registers than on Farewell. I let myself go to explore the entire range I had available, from a more baritone register up to the highest notes I could reach. Even so, it was difficult. The vocal recording sessions were quite demanding. Many were done during winter and there were many allergies involved. I remember that there were takes I had to record while taking antihistamines because I was starting to lose air due to allergies, flu and respiratory illnesses typical of that season. Even so, we tried to move forward, but there came a point where we had to divide the vocal sessions into three or four parts, depending on how demanding each song was. Fortunately, this time - unlike Farewell - when I recorded vocals, most of the time Federico and Tomás were with me, and they told me exactly what they thought was right and what was not, or how I should sing, how to place my voice or adjust a certain vocal melody. They were very involved even in that process. Although there was an initial vocal melody that I brought, they also helped adapt and improve it so that it would fit better into the song. I think that is also why I was able to give more of myself, because I was calmer while recording, without so much tension, knowing that I was being supported by them while they were on the console recording, and I could focus only on singing.

Which track was the easiest to create ?

Fede : I think Caught in a Fever Dream and The Trial came out very quickly. They are songs that go straight to the point, without detours, and their composition was the same way.
Andrés : I agree with Federico : Caught in a Fever Dream and The Trial were quite easy, maybe not so much to record, but yes to create. Then I can also add The Absurd, Farewell Song and Ondas Atlánticas, because those songs, although they had some rearrangement - at least in The Absurd, Farewell Song and Oblivion We Shall Be - were not difficult either, since they were songs that were already pre-made, basically demos that had been assembled quite quickly. The ones I am naming are, in fact, the oldest songs on the album. Some even come from the Farewell era. So, since they were already done, what we mainly did was re-record guitars, reamp some parts and update certain elements. They are songs that had already come out very naturally when they were originally created, which is why they also flowed quite smoothly at this stage. Ondas Atlánticas was not difficult to create either ; it was a song that came out quite quickly from the beginning. And Oblivion We Shall Be, which must be two or three years old or even a bit more, was not difficult in its essence either. What did take more time was finding certain sounds, like the sitar sounds and some ambient details, but the melody itself and the base of the song came out quite easily. Then it took a bit longer to restructure, but basically what we did was repeat a verse and extend the chorus. What was more novel in Oblivion We Shall Be was that ending where everything seems to degrade and, suddenly, an almost philharmonic instrumental appears. So I would say those were not so difficult.


On the contrary, which one was the most complicated to pull off ?

Fede : Day One was literally a nightmare. It is a song with compound time signatures and amalgams that made its recording difficult. We almost did not include it in the final set.
Andrés : I agree with Federico, Day One was one of the most difficult because of all the setbacks we had, especially because of how we had to edit in Ableton so that the metronome would constantly change. That song was first recorded with a bass line in a way that later did not convince us, and we had to re-record it completely over the drums that Tomás had already recorded. We had to rethink everything, improve it and try to make that new bass fit perfectly with the original drums. I think that was one of the most difficult things. Truly, as Federico says, we almost discarded it. It was the song where we said : if this does not work out in two more sessions, it stays off the album. Then there is Orchid, which was a very difficult song in many ways. The vocals were especially complicated ; I think they were among the most difficult to record. It was also very hard to find the correct guitar layers ; many were recorded, searching for that wall of sound effect, and also creating that atmospheric break in the middle section and at the end. Orchid originally had another structure. We even recorded drums and some guitars, but I remember that one day, at Eduardo’s studio, Tomás and I were listening to a first version and felt that it did not work at all. At that moment I decided to delete the project and start from scratch. I grabbed the bass and started sketching a new idea, and I asked Tomás to try more tribal drums. I showed him some references with that type of rhythm, and from there we started building the base again. Then Federico arrived and began adding guitars, and between his guitars and some of mine we developed the song until it took its final shape. It was a long process, and recording the vocals also took many sessions. It was truly a very demanding song, but in the end we were very satisfied with the result. Another situation that was not necessarily difficult in composition, but yes in execution, was finding someone who could record a saxophone solo with a very particular intention in Decay. We wanted something chaotic, almost an anti-solo, and that is when Pilili, a friend of ours, appeared, who ended up recording several layers of saxophone with a rather free and disordered approach, achieving that almost chaotic effect we were looking for for the middle of the song. It was a very interesting experience and ended up fitting perfectly with the atmosphere of the track. Dosage was not so difficult to create, although originally it was longer and had synthesizers at the beginning that we finally decided to sacrifice so that a guitar would fulfill that role. Even so, beyond the fact that some songs were easier to develop than others, the album in general was demanding. It took us a lot of time and energy, and at many moments we felt that it pushed us quite to the limit, both psychologically and emotionally. That is why, in the future, we are going to try to simplify the process a bit : record fewer takes, keep one or two main guitar takes and do only the necessary overdubs, without overloading the process so much, because it truly was very intense work.


Farewell was composed and recorded during the covid-19 pandemic. The lyrics were very gloomy. Eulogy for the Nameless is not any more cheerful with its apocalyptic visions (Ondas Atlánticas, The Trial, Thorn on your Side, to name just a few). What did you want to express in this new album, when the global situation is even crazier than six years ago ?

Fede : I consider that Andrés will answer this question better. But I think that beyond all the chaos of the present, from us there is an invitation to be aware of that reality ; not from resignation but from resilience.
Andrés : There was a kind of hangover regarding everything that happened during that period, already six or seven years ago ; I do not remember exactly how long it has been. There are apocalyptic references, there are references that have to do with biblical writings, right ? Floods, for example. As if asking a higher being to destroy everything once and for all. Obviously, everything is metaphorical and within what can be a bit contradictory, perhaps, I do not know. In reality, everything feels as complex as you say. It seems that at any moment, at the speed we are going, it feels like we are about to crash into a wall. It feels very complex, very difficult to fully understand. But maybe it is the opposite of what we think : maybe it is not chaotic, maybe everything is perfectly ordered so that things happen this way. It may seem like chaos to us, but when we all repeat the same pattern and we are all in the same situation - even at the level of thought - no matter how many differences we believe we have, in reality we end up inside the same mold. Thought patterns are already shaped. With cell phones in front of our faces, constantly sharing reels, without there being something truly meaningful behind it. The point is that, if 99% of people are sending each other reels all the time - and this is just a trivial example - it is not that two or three people are doing it : we are all doing it. That constant repetition shows to what extent we are obsessed with this pseudo-digital world and how automated we have become. Reality was replaced a long time ago, a very long time ago, and we did not notice. Symbols, signs, meanings… everything changed. The meaning of things changed, and we continue acting within that logic without questioning it. And nowadays technology has also advanced, but not positively in certain aspects, since from what I have seen in the news - and what we are constantly seeing - it seems that we are being replaced. Obviously, art in general is something that I do not know if it will be completely replaced. Maybe I say that now and, when we see in the future, it turns out that technologies become capable of perfectly cloning human emotion. We can never say never to that. How can we believe that in ancient times everyone was less intelligent than today just because of current technological advances ? Which in reality are simply more artifacts to make us more comfortable or more conformist. I believe that intelligence has decreased quite a bit compared to before. These AI technologies as a tool - as a search tool, for example - did not seem like something so bad at first, but it is getting out of hand in every sense and aspect. I believe there was a kind of turning point starting from the pandemic. There was a drastic change and everything began to move much faster technologically. And when I talk about technology, I do not mean that cures for diseases were discovered, but that ways were discovered to make us more docile, more dependent on the very system itself, to generate more fear, more distractions. People can no longer sustain reading a book or watching a full episode of anything. Even our brains are undergoing negative, harmful changes at a chemical level. For me it is too much. As I said, this album was released mainly to go against immediacy. Attention has become something that one has to recover again in any way. For example, staying for hours looking at the ceiling or a wall without trying to have that constant urge to look at the phone or go check the computer or whatever. I think we need to start getting bored again. To see how long we can endure and how much it hurts. If we see that we have a kind of pseudo - let’s call it pseudo-withdrawal - it means that it would be good to start putting aside these elements that are distracting us more than informing us, which was never the original idea. Give me tools for information, not distractions. I am surprised. I am truly surprised that sometimes people invest in very expensive phones just to go into TikTok, Instagram, Facebook… and nothing more. I also think that this, in a certain way, is a good exercise : to see whether people dare to read something that is not so short. To see if there is still patience to go through a long interview, without the need for everything to be reduced to just a few seconds or to an immediate summary. Maybe that also says something about the moment we are in and how willing we are to sustain attention.


The Trial evokes rejection with the phrase « She told me once to disappear and never come back », Void Syndrome, by its title, speaks for itself, and Day One or Thorn on your Side express a desire to escape from oneself or from reality. Don’t you feel in your place in this era and in this world ?

Fede : Personally, I believe that although I am not 100% where I would like to be, if I look back and see the whole path we have traveled, I realize how much we have grown and what we have achieved. Being here now having this opportunity to talk with you, Ben, is testimony to that. I simply try to be grateful for that and keep working to eventually be able to reach where we all want to be.

Looking at the tracklist, The Fall, The Trial, The Absurd, it seems that existentialism and authors such as Camus, Kafka and Sartre continue to inspire you...

Fede : Absolutely. There are even things from Dostoevsky, whose literature I personally discovered not long ago. But without a doubt, these are recurring themes in our songs.
Andrés : Yes, they are authors we read a lot, authors we love. Perhaps we left Sartre a bit behind lately. We became more Camusian, somewhat Kafkaesque, and we also began to delve into the world of Dostoevsky, as Federico says. We also started reading about the hyperreality of Jean Baudrillard and other currents that interest us very much. We try to analyze those authors and read them with a lot of reflection and objectivity, without trying to let their work end up affecting us in a negative way or influencing too much our way of seeing reality. Absurdism, existentialism and other currents can be very shocking at times, and that is why we try to read them from a more analytical place, without allowing that conceptual weight to end up affecting us on a personal level. One book I read - and Federico did as well - is Notes from Underground, although in my case it is being difficult to finish it because of how abrasive it is. Dostoevsky’s books are very, very heartbreaking because they speak about human misery at its highest expression, something that, whether people want it or not, we experience firsthand. It also happens that sometimes we forget that we are actually living and immerse ourselves in a kind of systematically designed fantasy. So when we read an author like Dostoevsky, it is like a slap of reality to the face, a way of remembering again how everything really is, in a way. Even if we try to decorate our realities with positive thinking and all that, when we go outside we see broken containers, people sleeping on the streets and a nauseating smell typical of what human misery is, unfortunately. To that we add our own intrapersonal problems and also problems that occur like a kind of chain reaction at a collective level, which end up affecting an entire society in one way or another. But beyond that, and not straying too far from what you are asking me, yes, many authors continue to inspire us. We keep reading and trying to find sources that help us continue writing lyrics. And although sometimes I tell Federico that maybe we should write simpler lyrics, that carry significant meaning but do not complicate the vocal melody too much and accompany the music more, at the end of the day that desire to say something through lyrics always wins, to create a concept within a song itself.

Let’s finish with the album title. Who is that anonymous one, that « nameless » to whom this elegy is addressed ?

Fede : To all the people who are no longer here and whom history will not remember, but who personally left a mark on us.
Andrés : Yes, it is as Federico says : the nameless are completely anonymous people. Our grandparents, our ancestors, people who were close to us and who are no longer here, friends who are no longer here, and whose memory will endure with us and, at some point, will also end with us. So this elegy - this whole record - is precisely about loss, about honoring the memory of those people who are no longer here, about life and death itself, without fear of addressing something as natural as living and dying. It also addresses themes such as each person’s interpersonal change : that shedding of skin, metaphorically speaking, those versions that constantly die and that we bury behind us while a new version of what we are is born. It is also an elegy dedicated to those people who will not be remembered with a star on the Hollywood Walk of Fame, nor will they be remembered massively on social media for having been great rock stars, actors or whatever. They are normal people, common people, anonymous people who hopefully will not die in oblivion. Many of them we added to the record, mainly in the credits. We dedicated this elegy to those people, but we also tried to make it for everyone. That the album title invites, in some way, people to hold on to the memory of those who meant a lot to them, so that they do not perish into nothingness or into oblivion, and that they are remembered in one way or another. Something that affected me a lot while I was making this record was an experience in a cemetery. I remember seeing a completely broken grave, very deteriorated, and knowing that a person had been buried there. It was so destroyed that the name could not even be read. There was no photograph, nothing that allowed identifying who it belonged to. It was, in some way, a complete unknown who was buried there. Even so, it had flowers, and that was what surprised me the most : they were new flowers. It wasn’t that it had never had a name, but the place was so neglected and destroyed - almost as if it had been desecrated - that nothing could be read clearly anymore. And I kept thinking about that : there was a person there who once had a name, a story, someone who loved them, someone who remembered them. And those people are also present in this idea, in this concept. All of them, in some way, are part of this elegy. It is for that that this elegy exists. It is for us, for me, for you. It is for what I was, for what I stopped being. That is what this elegy is for. And I say it without a name because there is no single name capable of encompassing all the people who, unfortunately, end up being forgotten.


What are your plans now that this second album has been released ? Will you recharge your energy with parallel projects or will you remain focused on the continuation of Eulogy For The Nameless ?

Fede : We want to continue promoting the record. Eventually we will think about creating new songs.
Andrés : The plans after the release of the second album are, honestly, quite unknown to us. Hopefully we could tour, play abroad, play in Europe, meet you as well ; that would be something incredible, to talk and share in person. But the truth is that right now we don’t have a clear outlook. We are trying to make things happen, but it’s not easy. We would like everything to happen in a better way, but it’s difficult, quite difficult. We are now trying to get back into the swing of things somehow. It’s not something entirely feasible at the moment when it comes to doing shows, so we are at a point of “maybe yes, maybe no,” but for now, no. This record consumed a huge amount of energy from us, and that’s why we took quite a long break. To give you an idea, we didn’t rehearse for more than a year, and only last week we started getting together again : to talk, to see each other, to be more than a band, to be friends, to play the guitars a bit and try to create from scratch again. It was a process that pushed us so much to the limit that now we are going through a kind of natural exhaustion, but we hope at some point to collaborate again with musicians and friends, and also with you at some point - that would be something incredible - although for now all of that is uncertain. We wish we knew clearly what the guidelines or the next step are, but at this moment we are in a kind of hiatus regarding live shows and also regarding composition. That hiatus does not mean that the band is inactive at all. We are not on pause as a band or as friends - that, fortunately, is something we know how to separate. It is more of a necessary rest, especially regarding playing live and composing, because we need to recover energy. I believe that soon we will start again to compose, create, share and rehearse, but now we are focused on seeing what happens with this record. Our activity is mainly centered on that : on what is going to happen with the material we made. We also feel that we need to exorcise our own demons again through music, and for that it is important to recharge ourselves. That pause, in that sense, we believe will be something positive in order to create again and inspire ourselves. Regarding parallel projects, honestly, no. This project demands so much energy that it becomes very difficult to think about another one. I even remember once telling Federico, half jokingly, that someday we could compose something with a vibe like The White Stripes, and that it would probably end up being for Hangwire anyway (laughs). But that’s a bit of the reality : creating another project from scratch would be too complex. Maybe something punctual with other people could happen, but between us creating something parallel is not something we see as possible right now. Also, we are trying not to disperse ourselves too much into other things, precisely to be able to recover energy. We come from a very extensive record : 18 songs is not little, and having recorded it in such a short time was really intense. To give you an idea, Farewell took us nearly three years to complete ten songs, and this record was recorded in approximately six or seven months. Those were months of recording practically every day. So now we are going through what could be called a kind of post-record hangover, trying to recover, look forward and, little by little, find again the energy necessary to keep creating.

Thank you for your time.

Fede : Thank you Ben for always keeping an eye on us and giving us visibility. We appreciate all the work you do and we will always be grateful.
Andrés : Thank you very much, Ben, for the interview. It was very enjoyable. Your questions are always excellent to answer, and we really enjoy doing it. Personally, I know that I am very extensive when answering, but I can’t help myself. And well, it is always a pleasure to talk with you, great friend. We send you a hug from afar and wish you all the best.


- 25.05.2026 par Ben