Wailin Storms - The Arsonist
Avec The Arsonist, on retrouve certes le Wailin Storms de Sick City ou Rattle mais pas seulement. En aérant sa musique et contre toute attente, le groupe en décuple encore l’envergure.

1. Dead End
2. Heart Of Mine
3. You Never Answered
4. The Arsonist
5. Never Rest
6. Saved
7. Patient Night
8. The Wind
9. It’s All Dark Now Where Your Eyes Used To Be
date de sortie : 10-07-2026
Label : Season of Mist
The Arsonist, cinquième album de Wailin Storms (et premier à paraître chez Season Of Mist) s’inscrit sans peine dans la lignée essentielle du groupe. Au menu, toujours cet amalgame serré qui affuble tout un tas d’épithètes sombres au swamp rock atavique mis sur pied depuis l’inaugural et indispensable One Foot In The Flesh Grave (2015) : death, gothic, noisy, bluesy et j’en passe. Pourtant, Wailin Storms développe ici des choses plutôt inédites. Pour commencer, il lève le pied, laisse aussi l’acoustique respirer. Il aère sa mixture torréfiée aux larmes amères qui, du coup, révèlent paradoxalement encore plus d’amertume. Le tout en gardant cette aura mystique qui participe pour beaucoup à la singularité de leur musique extirpée du Bayou et de la Bible Belt. Toujours une vraie expérience. Toujours un drôle de truc.
On retrouve bien sûr les prêches fiévreux de Justin Storms mais accoquinés cette fois-ci à une ossature très contrastée qui invite force piano, orgue Rhodes, balais ou guitare acoustique. Pourtant, bien loin d’apaiser la teneur générale de la musique du groupe, elle en exacerbe au contraire les traits principaux : tout y est plus mystique, plus ombrageux, renfrogné ou violent. Les îlots de calme relatif révèlent les moments plus arrachés qui, en retour, confèrent un sacré poids aux passages apaisés.
The Arsonist ne fonctionne pourtant pas par à-coups, les grosses tempêtes ne succèdent pas aux mers d’huile dans une dynamique qui s’avèrerait trop prévisible, tout y est au contraire très intriqué. Les morceaux peuvent commencer dans le coton et finir en limaille hérissée et quand les crocs prennent les devants, il n’est pas rare de les voir disparaître sans crier gare. La seule chose constante, c’est le côté exalté et viscéral dont je conçois qu’il puisse rebuter (certain.e.s diront évidemment que le groupe en fait trop).
Pourtant, chez Wailin Storms - et c’est une vraie gageure - rien n’est feint ou surjoué. Le groupe donne plutôt l’impression d’être parcouru de soubresauts habités, sensibles et électriques qui habitent la moindre seconde du moindre morceau, comme s’il était complètement dépassé par ce qui sort de ses doigts et avait du mal à le contenir. Du coup, c’est peut-être très exalté mais ce n’est jamais non plus démonstratif ou vulgaire. En gardant intact l’équilibre entre intensité et justesse, The Arsonist ne dénature pas tout le chemin parcouru et montre - si jamais on en doutait - que derrière ce côté jusqu’au-boutiste et volontaire, Wailin Storms possède surtout un songwriting grande classe qui, plus d’une fois, désarçonne.
D’emblée, Dead End emprisonne. On y retrouve le Wailin Storms prototypique : la voix déclamatoire, les envolées furieuses et les riffs arachnéens. Ça ne rigole toujours pas et ça ne rigolera probablement jamais mais en revanche, ça cueille. Tout comme l’entame très calme de Heart Of Mine qui rompt quelque peu avec la sauvagerie déployée jusqu’ici (que le morceau retrouvera néanmoins en cours de route). La suite est du même acabit, partagée entre envolées féroces (You Never Answered ou Never Rest par exemple), moments lents et suspendus à fredonner la nuit autour du brasier (l’éponyme ou It’s All Dark Now Where Your Eyes Used To Be) et morceaux où tout se mélange (Patient Night aux curieux accents Doorsiens ou The Wind entre autres). Pas un seul moment où la tension ne retombe, les poils dressés jusqu’au bout.
L’intensité reste forte tout le temps, y compris lorsque Justin Storms ne fait qu’effleurer son micro ou que tout devient calme autour de lui. Elle habite le moindre espace, structure The Arsonist de la première à la dernière seconde et en face, on se prend le flux habité en pleine gueule sans même chercher à l’esquiver. Les banderilles soniques et vicieuses de You Never Answered, les tiroirs de Never Rest et son « You die/you die/ you die/you die/die die die/die die die » définitif, le squelette death rock tourmenté de Saved, les entrechats inattendus de The Wind et j’en passe s’incrustent sous la peau et hypnotisent. Même l’ultime It’s All Dark Now Where Your Eyes Used To Be, en rupture totale, façon ballade suicidaire, clôt harmonieusement l’album alors qu’elle pouvait simplement l’affadir. Mais dans ce registre-là, Wailin Storms se montre aussi plutôt convaincant.
Bref, on retrouve un groupe qui, patiemment, mûrit, insufflant force nuances dans son squelette et maniant l’urgence comme personne. L’album procure le même effet que ce que montre sa pochette (peinte par Justin Storms lui-même) : un grand brasier dans la nuit noire. Un truc triste autour duquel, pourtant, on a envie de danser.
Rattle, nouvel album de Wailin Storms, creuse exactement le même sillon que les précédents et provoque exactement le même attachement. Grand.

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