Wailin Storms - Sick City

Après le phénoménal One Foot In The Flesh Grave de 2015, Wailin Storms revient ces jours-ci avec Sick City. Toujours pas assagie, un peu plus plombée, leur musique tient toutes ses promesses.

1. Hurricane Trashwave
2. Irene Garza
3. Clean Shirt
4. Night Of The Long Nights
5. Foot Of My Tongue
6. Blue As The Blind
7. Waiting

date de sortie : 02-10-2017 Label : Antena Krzyku

Sept titres pour un petit peu plus d’une demi-heure, soit plus ou moins ce que proposait déjà One Foot In The Flesh Grave il y a deux ans. On retrouve également le même amalgame noise-blues mystique plongeant ses racines profondes dans les eaux glauques du Bayou. C’est noir, c’est excessif et ça ne rigole jamais. Ça ne respire pas beaucoup plus. Dans l’exacte lignée du précédent mais en plus poisseux encore, Sick City porte bien son nom. On ne sait pas trop à quelle ville Wailin Storms se réfère mais on peut vous assurer qu’elle est malade, voire à l’agonie. Une ville dont il ne reste plus que les os, gagnée par la rouille et complètement pelée. Une ville dans laquelle ne subsistent que des fantômes et quelques églises calcinées. C’est la désolation qui prédomine dans cette musique et elle tranche avec le côté exalté de la voix. Quand elle balance bien haut ses psaumes hallucinés, les instruments, eux, préfèrent explorer les tréfonds et s’épanouir tout en bas. Un pied dans la tombe mais la tête ailleurs, le corps encore parcouru de soubresauts sordides. Écouter Sick City, c’est se sentir à l’orée de tout ça. Alors c’est vrai que l’album ne bénéficie pas de l’effet de surprise qui accompagnait son aîné mais qu’importe, il finit par cueillir de la même façon et à faire son trou dans la boite crânienne. Sa basse moribonde, ses guitares sentant le souffre, sa batterie sacrifiée et le souffle épique qui recouvre le tout délocalisent le cortex dans des contrées lointaines auparavant foulées aux pieds par le Gun Club ou, plus près de nous, 16 Horsepower, en plus lourd évidemment (un peu comme si les Américains cramés de Woman s’invitaient à la fête). La lourdeur, c’est bien ça d’ailleurs qui différencie Sick City du précédent : Clean Shift et ses giclées acides qui se fracassent au sol ou encore Blue As The Blind plus loin, aux accents doom plutôt inédits, confèrent une pesanteur nouvelle à Wailin Storms. Pour le reste, on l’a déjà dit, c’est tout pareil mais on voit bien qu’au fond, c’est aussi différent.

En revanche, on retrouve toujours cette science du tube imparable, le truc tout à la fois poisseux et irrésistible qui pousse à réitérer l’écoute. Des morceaux qui s’agrafent à l’encéphale et qui, dès la première écoute, donnent l’impression d’avoir toujours été là : Hurricane Trashwave, Irene Garza, Foot Of My Tongues ou encore Waiting, intenses et accaparants, maintiennent Sick City à un niveau impressionnant. La musique de Wailin Storms a une identité, elle porte en elle des traits prototypiques qui ne laissent aucun doute quant à l’endroit qui l’a vue grandir. Elle sent la Bible Belt, les eaux saumâtres, le Preacher de Ennis & Dillon, les freaks d’Harry Crews, le whisky artisanal et la nuit. Elle est habitée, parcourue d’une mystique singulière mais tout cela se trouve néanmoins perverti par une grosse vibration urbaine qui ajoute un surplus de tension et de dangerosité aux éléments susmentionnés, déjà en soi pas bien clairs. Toujours intense, un brin malsain, il va sans dire que l’on ressent beaucoup à l’écoute du disque et par extension, du groupe : « The night is all velvet, the air is all humid [...] The clouds float like ghost floats » psalmodie Justin Storms à la toute fin, si bien qu’on ne saurait mieux dire. Profondément gothiques et peut-être un peu moins immédiats que sur le précédent, les morceaux de Sick City n’en laissent pas moins une empreinte indélébile sous la peau. Ses histoires de meurtre et de solitude, son regard narquois sur la religion, sa férocité feutrée qui peut exploser à grands fracas n’importe quand et sa ferveur allumée accrochent nos hématomes et ne s’en détachent plus jamais. Ayant trouvé refuge chez le très actif Antena Krzyku, on espère croiser les morceaux de Wailin Storms en vrai parce qu’on se doute que le live leur apporte encore une dimension supplémentaire et on imagine leurs concerts comme de grandes messes noires.

Pour l’instant, on se contente de leurs disques et ces derniers racontent beaucoup, les images qu’ils envoient danser devant les yeux imprègnent la rétine et la tâche incertaine que l’on perçoit lorsqu’on ferme les paupières ressemble étrangement au visage écorché de la pochette.

Brillant.


Chroniques - 01.10.2017 par leoluce
... et plus si affinités ...
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