Elodie Denis : "Les grands écrivains parviennent à cette union du sens, du son, et de la bonne cadence"
Journaliste pour la presse musicale (elle a notamment cofondé le magazine New Noise) ou cinématographique (La Septième Obsession), Elodie Denis est également autrice (Agentique) et essayiste (La philo des super-héros). Quel que soit le domaine dans lequel elle officie, son style est percutant et résolument rock’n’roll. C’est surtout une passionnée de musique aux goûts sûrs et aux partis pris affirmés qui a accepté de répondre à quelques-unes de nos questions à l’occasion de son dernier essai paru aux éditions Le Feu Sacré, Misfortune Cookies, une recette. Elle y explique pourquoi elle lit et (relit) ÇA de Stephen King, livre qui a traumatisé une génération entière de quadragénaires et fut à l’origine d’une épidémie foudroyante de coulrophobie. L’occasion était trop belle d’évoquer avec elle les groupes qui l’ont marquée, ses tournées embedded avec la fine fleur de l’underground à guitares, ses trois années passées au Vietnam et les goûts musicaux du clown Grippe-Sou.
Bonjour Élodie. Avant de parler plus amplement de ton nouveau livre, Misfortune Cookies, une recette, j’aimerais qu’on évoque ton premier roman, Agentique. Je dois t’avouer que sa lecture m’a laissé sonné. Puisque nous sommes là pour parler musique, quel album t’a fait cet effet-là ?
Définitivement Zen Arcade du groupe Hüsker Dü, leur deuxième disque sur SST, sorte de Quadrophenia punk - oui, celui des Who - en roue libre totale, option déglingo. Un album difficile à digérer. C’est mon meilleur ami, Olivier Drago, le rédacteur en chef du magazine new Noise qui me l’avait prêté, "Tiens, écoute ça" et je me rappelle avoir subi cette découverte comme une agression, bousculée par le son de guitare et la production extrêmement crue. À l’époque, j’écoutais pas mal de prog et de metal. Des albums très produits et je me souviens de mon inconfort. Je n’avais pas le palais encore assez formé et venais d’avaler une louche entière de wasabi - vingt-trois morceaux quand même ! Puis j’y suis revenue à intervalles réguliers - tout le monde, Olivier inclus, qui m’avait quand même initiée aux groupes les plus passionnants - vantait leur importance, c’est donc qu’il y avait quelque chose à creuser. À apprivoiser même, car toute cette âpreté musicale sert le propos du groupe et finit par devenir cathartique voire addictive. Jadis trop rude à mon goût, l’ouverture Something I Learned Today agit aujourd’hui comme une clef chimique dans mon cerveau, un véritable déclencheur de dopamine ! Comme pour un disque de prog, je me suis intéressée à la trame de ce concept-album - la fugue d’un adolescent instable qui, croyant échapper à un foyer familial violent atterrit dans une société plus brutale encore. "J’ai rassemblé mes affaires dans un grand sac en nylon / J’entends le porteur appeler / Il dit que cette fuite affrétée est sans retour" chante Bob Mould sur Chartered Trips, l’un des titres les plus accessibles du disque. Et juste après, comme pour nous faire payer cette faveur mélodique, le trio de Minneapolis passe nos tympans au papier de verre avec les larsens psyché de Reoccuring Dreams, le magmatique Indecision Time - sorte de Dinosaur Jr. vociféré -, sans oublier le très abrasif Hare Krsna, lorsque le personnage s’initie à une spiritualité orientale, espérant y trouver la paix. Spoiler : vu l’effet de ce titre sur nos nerfs et le fait que la tracklist compte encore seize titres derrière, ça ne va pas marcher !
Agentique se passe au Vietnam, pays où tu as toi-même vécu trois ans. Tu y évoques en passant le morceau Mặt trời đen de Minh Xuân & Phượng Hoàng dont tu dis finalement assez peu de choses. Plus loin, tu évoques "une compilation de chansons traditionnelles de Trịnh Công Sơn", artiste qui apparaît encore à deux reprises. Quelles découvertes musicales as-tu faites là-bas ? As-tu pu te familiariser avec la scène underground locale ?
J’y ai vécu trois ans au début des années 2010 et les chansons qui sont citées dans Agentique restent mes préférées. Trịnh Công Sơn a parfois été surnommé "le Bob Dylan vietnamien", c’est une institution là-bas avec une œuvre très importante. En revanche Mặt trời đen (Soleil noir) est un single isolé, une collaboration du début des années 70 dont on sait peu de choses et qu’on retrouve sur la compil’ sortie en 2010 par le label Sublime Frequencies, Saigon Rock & Soul : Vietnamese Classic Tracks 1968-1974. Le livret du disque donne d’ailleurs quelques clefs d’explication quant à la disparition de toute une tradition musicale et la désaffection du public local pour le blues, le rock et ses dérivés. Dans les années 60, la guerre du Vietnam et la présence des G.I à Saïgon - région pro-US - ont favorisé l’émergence d’une scène fortement influencée par le rock occidental, des Beatles aux Rolling Stones en passant par les Shadows et les Ventures. De nombreux groupes vietnamiens se produisaient dans les clubs de la ville ou sur les bases militaires américaines, nourris par les disques et le matériel apportés par les G.I. Des musiciens des deux nationalités jouaient ensemble... Mais après la prise de Saïgon par le Viet Cong en 1975, les musiques associées à l’Occident ont disparu, de nombreux habitants préférant détruire disques, photos et objets culturels pour éviter les représailles et les camps de rééducation. Je pense que si les courants rock, noise, metal, hip-hop restent encore très limités sur place, ça vient aussi de ce passé et ce cadre communiste qui s’est maintenu, même s’il s’est assoupli depuis.
La scène musicale s’est sans doute développée ces quinze dernières années - dans les économies émergentes, les choses vont très vite - mais autour de 2010, les initiatives musicales restaient rares, à l’exception des DJ-sets dub et hip-hop organisés par un activiste, Jase. Absolument aucun disquaire, des musiciens tournés vers les reprises, pour se produire dans les cafés des Backpacker districts du pays… Je me suis liée avec deux membres d’un groupe stoner, AKAT, formé de deux jeunes Vietnamiens originaires de Đà Lạt et d’un batteur singapourien. Malheureusement, ils ont joué leur dernier concert au début de mon séjour là-bas. Les pauvres avaient l’impression de prêcher dans le désert ! Le batteur singapourien, Moe Lang s’est rapproché d’un guitariste et artiste contemporain français installé à Hô Chi Minh Ville, Thierry Bernard Gotteland, et ils ont un temps joué ensemble dans un duo doom-drone baptisé Moeth (les premières lettres de leurs prénoms). Mon deuxième roman, Bec & Ongles, un récit fantastique et gore situé à Singapour, est d’ailleurs dédié à Moe. Je me souviens d’un groupe de death/grind vietnamien du nom de Wừu, et de Disgusted, avec lequel Wừu partageait des membres. Une copine vietnamienne Tố Phương - Tofu de son nom d’artiste -, chantait des compos pop-rock/folk entre Fiona Apple et Natalie Merchant, mâtinées de trip-hop avec une voix magnifique et très puissante. J’adorais la voir en concert, car elle se produisait chaque semaine dans un café d’Hô Chi Minh Ville, le Yoko, mais son travail est resté à l’état de démos…

Tout se passait en live. Après, la rareté de ces initiatives faisait que tu te liais très vite avec les aficionados de musique rock/metal/hardcore, dans des petits concerts aux allures d’événements.

Je traînais aussi pas mal avec un big band cosmopolite d’improvisation dub/psyché, un projet à géométrie variable auquel tous les musiciens du coin, mon ami Moe y compris, ont pris part à un moment ou à un autre : Ugwae. Un très bon ami, Gabriel, originaire de Houston au Texas, y jouait du mélodica. Il était venu en Asie pour le gamelan, son premier instrument. Son groupe d’origine, Space City Gamelan, avait d’ailleurs ouvert pour Jandek au festival South by Southwest si bien que j’aimais parler avec lui de la scène texane. Scratch Acid, Butthole Surfers, Pain Teens, ce genre de trucs… D’autant qu’il était pote avec Scott Ayers (Pain Teens) ! Sur place, c’était aussi mon grand buddy cinéphile et on regardait des tas de films sur son projecteur. Un autre ami cher, Baylin, jouait du saxophone et de la clarinette dans Ugwae. Quand il est mort, j’ai promis à sa mère d’aller répandre ses cendres dans un coin du Vietnam où l’on avait voyagé ensemble et qu’il avait particulièrement aimé. Ça a influencé l’intrigue d’Agentique, et un personnage secondaire bienveillant porte d’ailleurs son nom de famille, Coddington.
Tu as donc vécu en Asie du Sud-Est. De manière plus personnelle, quelle musique relies-tu instantanément à cette expérience ?
J’ai vécu deux ans à Hô Chi Minh Ville, un an à Hội An, et quelques mois à Phnom Penh, au Cambodge. Je vais répondre avec un trio de chansons qui me rappellent mes expériences là-bas. Pour Phnom Penh, c’est Death Cab For Cutie, I Will Possess You Heart, un morceau emo de 2008 que m’a fait écouter un collègue américain au cinéma qui nous accueillait comme bénévoles estivaux (quelques heures de boulot en échange d’un toit) avec une très bonne amie néo-zélandaise du Vietnam, Amanda. En plus, on voit des images du Cambodge au cours du clip… Ou alors c’est Strange News From Another Planet du groupe ...And You Will Know Us By The Trail Of Dead. Pourquoi ? Parce que ce chouette concept album Tao of the Dead est sorti pendant que j’y étais (ou un an avant, je ne sais plus) et que, cerise sur le gâteau, ces Texans s’étaient alors relocalisés à Phnom Penh (!). Si je les avais croisés - ce qui n’est pas arrivé pendant mon court séjour là-bas parce que je crois qu’ils tournaient pour ce disque -, je les aurais félicités pour cette œuvre qui combine de façon assez inattendue l’emo et les constructions du rock progressif. Or je suis depuis toujours une grosse fan de prog - Genesis, Rush, Yes, King Crimson, Pink Floyd - donc découvrir un storytelling et des morceaux à tiroirs là où je m’attendais à ce que ça file droit, c’est un peu mon équivalent musical de trouver un billet de 20 euros dans une vieille veste.
Mon port d’entrée dans la région a cependant été Hô Chi Minh Ville dite Saïgon. Lors de l’une de mes premières nuits sur place, un jeune expatrié sur le point de quitter définitivement la ville m’a fait écouter Shelter de The xx sur le toit de l’immeuble où il vivait encore pour quelques jours. Expérience étrange, presque mélancolique. Alors que le soleil cuivrait cette ville chaotique, les pieds dans l’eau bleue de la mini-piscine de son voisin (!), ce vingtenaire m’a donné quelques conseils bienveillants et fait part de certaines désillusions, concernant la corruption locale notamment. Moi je venais tout juste d’arriver : je ne comprenais rien à cette métropole et nous ne vivions pas du tout le même Vietnam. Il se languissait de retrouver la France, amer d’une mission humanitaire et d’une histoire sentimentale qui l’avaient profondément déçu ; moi, je portais sur ce pays un regard neuf, fasciné, presque naïf même si les inégalités post-coloniales m’ont immédiatement sauté aux yeux, notamment ce soir-là. Ça ne nous a pas empêchés de refaire le monde jusqu’au petit matin. Si je n’ai pas retenu le prénom de cette amitié de quelques heures, je n’ai pas oublié ce morceau de 2009 que je découvrais. Lorsqu’il m’arrive de l’entendre à la radio ou en soirée, je me sens à nouveau transportée sur les toits gris de Saïgon à l’aube. À Hội An, un an plus tard, j’ai découvert Florence & the Machine dans un bar tenu par un Sud-Africain nommé Peter. Son rade s’appelait The 3 Dragons. Ce soir-là, trois Australiennes complètement ivres ont entonné Cosmic Love à tue-tête sans parvenir, malgré leurs efforts, à me gâcher la chanson. Depuis, Florence est devenue ma sucrerie pop préférée. Et il y a quelques années, elle a livré une jolie reprise de Search & Destroy des Stooges - LA chanson sur la guerre du Vietnam. La boucle était bouclée. Merci Florence !
Côté musique occidentale, Agentique fait justement allusion au Search and Destroy des Stooges et cite Paint it Black des Rolling Stones, un titre qui rythme les crédits finals du Full Metal Jacket de Kubrick, la série L’enfer du devoir et qu’on associe souvent à la guerre du Vietnam. Ces Grands Anciens tiennent-ils une place particulière dans ton panthéon personnel ou les as-tu mobilisés parce que ces morceaux collaient bien avec le contexte ?
Ces morceaux collaient parfaitement à l’époque et m’ont permis de filer une métaphore de la noirceur, pour les Stones. Après, je ne suis pas particulièrement fan du groupe de Brian Jones et Mick Jagger même si je reconnais son importance. Les Stooges et la carrière solo d’Iggy Pop me parlent beaucoup plus ! Raw Power s’ouvre sur Search and Destroy et enchaîne fort avec le très beau Gimme Danger. "There’s nothing in my dreams/Just some ugly memories"… Le personnage principal de mon roman aurait pu chanter cette ballade.
Il y a aussi cette scène avec une bande de touristes australiens dont le guitariste interprète Bullet with Butterfly Wings à la guitare sèche. Lesdits touristes n’étant pas très sympathiques, faut-il y voir une petite pique aux Smashing Pumpkins ?
Que Billy Corgan me pardonne cette association : j’ai choisi ce morceau pour des raisons thématiques - l’image du rat en cage - et son immense popularité à l’époque où se déroule mon récit. Et si les Smashing Pumpkins n’a jamais compté parmi mes groupes préférés, je dois reconnaître sa personnalité unique, et le fait qu’il me met une claque à chaque réécoute sérieuse. Systématiquement, je me retrouve à bloquer sur un titre qui va venir me rappeler leur talent et les raisons de leur succès. La dernière fois, c’était Bodies sur Mellon Collie and the Infinite Sadness (1995). Un riff tellement heavy, j’adore !
Le livre se passe d’ailleurs en 1996, en pleine vague grunge. Quels albums ont compté pour toi dans cette période ?
Oh la la, il y en a tellement ! Mon groupe préféré de ces années-là reste sans doute les Américains d’Alice In Chains auxquels je rends hommage dans une nouvelle de science-fiction qui se trouvera d’ici quelques mois au sommaire du fanzine Bifrost (belial.fr/collection/le-belial-bifrost). Le texte s’intitule Ossuaire et, malgré le fait qu’il se situe à des années-lumière de la Terre, je me débrouille pour citer le morceau Them Bones. Leur Unplugged reste sans doute l’un des disques que j’ai le plus écoutés de ma vie. En stoner/sludge, l’époque voit aussi émerger Kyuss et Acid Bath - que j’adore -, Eyehategod, Sleep… Une scène que j’aime beaucoup. En 2010, j’aurais d’ailleurs l’opportunité de jouer les merch girls sur la tournée américaine d’un petit groupe de l’Arkansas issu de cette sphère-là - Iron Tongue, side-project de deux membres de Rwake (super groupe apparu à la fin des années 90) -, une chance ! Il s’agissait de plusieurs dates avec Dirty Streets, du Tennessee. L’année d’avant, mon ami Xavier du groupe post-metal lyonnais Overmars m’avait déjà invitée à gérer leur merch sur la tournée anglaise du groupe, expérience que j’avais adorée. C’est une chance, quand tu ne joues pas d’instrument, de pouvoir voyager avec des potes musiciens ! Tu visites des villes, tu te marres dans le van, rencontres des passionnés… tout ça sans le stress du live (rires).

Mais pour en revenir au creuset/vivier des années 90, comme tu le sais, les étiquettes "grunge" ou "alternative rock/metal" regroupaient toutes sortes de groupes et j’aime une foule d’artistes apparus à ce moment-là dont un paquet au Royaume Uni aussi - PJ Harvey, Daisy Chainsaw, The God Machine, les Cranes, Therapy ?, Bivouac... C’est l’époque du grunge, du noise-rock, du slowcore - Low, Spain, les Red House Painters… - et de Sub Pop ou Touch and Go, évidemment, avec l’explosion de Nirvana - que je cite aussi dans un texte à paraître en 2027, la longue nouvelle Sous le manteau de mandragore écrite pour le tome 2 du projet Derrière le Grillage des éditions Scylla/Dystopia. Je pense encore aux Melvins et aux Laughing Hyenas, à Soundgarden, Helmet, Unsane, Jesus Lizard, L7, Babes In Toyland, aux injustement méconnus Paw ou Only Living Witness - il faut redécouvrir Dragline des premiers (1993) et Innocents (1996) des seconds -, Gruntruck et Tad, surtout l’album Inhaler produit par J. Mascis de Dinosaur Jr. Sans oublier des groupes comme Faith No More, Tool, Type O Negative, Failure, Nine Inch Nails, 16 Horsepower, Filter, Living Colour, le Rollins Band, Today Is The Day ou Godflesh, toute la scène shoegaze - My Bloody Valentine, Slowdive, Lush -, le hardcore et le post-hardcore de ces années-là, avec Quicksand, Fugazi, Snapcase, Leeway, Shift, Breach, Jawbox, Starkweather, Deadguy, Refused, Lungfish…
La créativité de toutes les scènes "rock" s’est alors déployée comme jamais, y compris dans l’indus-metal ou dans les musiques extrêmes - Obituary sort quand même Cause of Death en 1990 - qui ont parfois tenté d’hybrider leur son avec de la mélodie ou d’autres sonorités - je pense à Icon de Paradise Lost (1993), Symbolic de Death (1995), ou à Roots de Sepultura (1996) pour ne donner que trois exemples, sans oublier les albums d’Anthrax avec John Bush, le groove metal avec Pantera, les débuts du néo-metal avec Deftones, Rage Against The Machine et Korn, et toute la scène emo/screamo qui allait émerger et se faire connaître avec At the Drive-In ou Planes Mistaken For Stars, entre autres, sans oublier les groupes "post metal" à la Neurosis ou Meatjack. Des années passionnantes !
Agentique aborde la notion d’écocide. Plusieurs musiciens se sont frottés à l’album concept écologique et je dois dire que cette association de mots m’évoque davantage une musique d’ambiance chez Nature & Découverte ou un sitting de rastas blancs à la gare de Rennes. Y a-t-il un album écolo qui trouve grâce à tes yeux ?
World Demise d’Obituary, en 1994, parce que même si c’est loin d’être leur meilleur, il s’ouvre sur le tubesque Don’t Care… Et si tu lances ça chez Nature & Découverte ou pour disperser un rassemblement de babos, tout le monde devrait s’enfuir en courant !
Effectivement, ça devrait faire son effet (rires) ! Agentique reprend les codes de la tragédie grecque (unité de temps, unité de lieu). Quel album a, selon toi, cette aura de tragédie grecque ?
Trois réponses me viennent spontanément. D’abord La Serpenta Canta de Diamanda Galás tant cette artiste grecque personnifie la catharsis. Sur ce disque, elle s’attaque à des chansons de blues / soul parmi les plus dramatiques et torturées. Certes, ce live a été enregistré au fil de plusieurs concerts - Porto, New York, Gand, Vancouver, Munich, Sydney, Leipzig, Rome, Melbourne - donc pour l’unité de lieu, on repassera. Mais il faut entendre avec quelle passion elle démonte son piano et hurle sur My World Is Empty Without You des Supremes (!) pour révéler toute la charge tragique que ce tube Motown recelait sans le savoir.
Dans le même ordre idée, je pense à des amis à elles : les Swans. En parcourant un webzine, je suis un jour tombée sur la meilleure description possible de Children of God (1987), son ambiance comme son approche mixte du chant : "Quelque chose se passe sur cet album qui tient lieu d’union sacrée entre le Spartiate blessé Michael Gira et sa muse Jarboe, fille de Méduse." Enfin, je voudrais mentionner un album que j’adore, accouché dans la douleur - la chanteuse ayant évoqué en interview des rixes et une chute dans les escaliers -, le A Day of Nights de Battle of Mice. Julie Christmas (Made Out Of Babies) et Josh Graham (guitariste de Red Sparowes et projectionniste de Neurosis) étaient en train de se séparer, ce qui a rendu l’enregistrement houleux et privé le projet de concerts et de vraie postérité, à l’exception d’un ou deux bonus sur une paire de splits. Sur la viscérale Bones In the Water, on entend bien Julie exorciser tout ça : "Every time I think of pushing you down the stairs, I lick my lips / But don’t be upset, its the only way I know how to show you that I really care". Le résultat, viscéral, me parle beaucoup : "I’ve got a present for you it’s made from pieces of my skin…"
Plutôt intense, en effet. Abordons maintenant l’aspect stylistique de ton travail. Ton livre déploie une construction particulière avec ces trois ou quatre chapitres en forme d’interludes. Les phrases y sont très longues avec beaucoup de points-virgules. À quel point le rythme d’une phrase compte-t-il dans l’écriture ? Quelle importance donnes-tu à la musicalité de la langue ?
Selon moi, c’est à la fois l’élément le plus dur à maîtriser et le plus important. Je repense à un passage du roman L’Œil le plus bleu de Toni Morrison (1970), lorsqu’elle décrit trois prostituées. Jean Guiloineau traduit "Les trois femmes ont ri. Marie a rejeté la tête en arrière. Son rire montait d’elle comme le bruit de plusieurs rivières, libres, profondes, boueuses, à la recherche de la mer. Chine riait de façon nerveuse et convulsive. Chaque hoquet semblait lui être arraché par une main invisible, tirant sur une ficelle invisible. Pologne, qui parlait peu sauf quand elle était saoule, riait sans faire de bruit. Quand elle n’avait pas bu, elle fredonnait ou chantait des blues, et elle en connaissait beaucoup." Un tel passage nous montre bien l’importance du rythme et des sonorités. Pour le rire ample et naturel de Marie, la phrase se veut généreuse et joue la continuité fluide en accumulant des éléments de plus en plus longs pour qualifier l’action des "rivers" ("freely, deeply, muddily, heading for the room of an open sea") avec des rimes qui inspirent discrètement une sensation d’harmonie. Tout de suite après, pour le rire de Chine, on a une phrase beaucoup plus saccadée au niveau de la syntaxe ("Each gasp / seemed to be yanked out of her / by an unseen hand / jerking an unseen string") avec des consonnes dures et un parallélisme ("unseen hand / unseen string") qui renforce la sensation de phénomène mécanique… Pour moi, les grands écrivains parviennent à cette union du sens, du son, et de la bonne cadence afin de guider subtilement leurs lecteurs et raconter au mieux leurs personnages et leurs histoires... C’est cette recherche de la musique adéquate qui me donne personnellement le plus de fil à retordre et c’est ce qui fait, je crois, le style et la voix d’un auteur, avant même le lexique et les figures microstructurales du type métaphores, oxymores, etc. même si ces éléments comptent aussi.
Parlons un peu de ton prochain livre consacré à ton rapport au roman ÇA de Stephen King. Quand on regarde les groupes et morceaux cités dans le livre de King, on trouve beaucoup de rock’n’roll fifties et de doo-wop. Celles et ceux qui suivent ton travail de chroniqueuse savent que tes références sont autrement plus musclées…
Effectivement, les oldies de ce type n’ont pas ma préférence, mais il arrive que certaines chansons rétro m’emportent voire m’inspirent. En écrivant Par Une Route Sans Fin, une nouvelle de science-fiction parue il y a deux ans dans le fanzine Bifrost, je ne cessais d’écouter Our Love is Here to Stay de Dinah Washington parce que mon personnage de voyageuse temporelle écoutait en boucle ce morceau. J’alternais d’ailleurs avec (Sittin’ On) The Dock Of The Bay d’Otis Redding. En travaillant sur une nouvelle pour un concours (que j’ai perdu), ce fut Roy Orbison, et pour un texte un peu farfelu de SF utopique (jamais paru), j’avais aussi développé une histoire autour d’un androïde sosie de Marvin Gaye et beaucoup réécouté l’artiste au passage. Bref, je peux avoir des phases fifties ou sixties mais c’est rarement du rock’n’roll ou du doo-wop…
Tout le long du livre, tu fais dialoguer ÇA et la chanson Troy de Sinéad O’Connor. Peux-tu nous expliquer le lien que tu vois entre ce morceau et ce livre ?
Le roman date de 1986 et a été traduit en France en 1988. Il parle de violence et d’abus de pouvoir sur des enfants, exercés non seulement par le monstre de l’histoire, bien sûr, mais aussi par les caïds de l’école ou certains parents. Le père de la jeune Beverly prétend ainsi vouloir son bien alors que Stephen King nous le montre animé d’un désir incestueux. En gros, Al Marsh humilie et frappe sa fille parce qu’il brûle de la caresser, tout en feignant de vouloir ce qu’il y a de mieux pour elle. Un véritable cheval de Troie… Entre-temps, la jeune Sinéad O’Connor se fait connaître avec Troy, un morceau qui dénonce précisément ce genre d’emprise. On est en 1987, à la sortie de The Lion and the Cobra, et c’est sa mère qui lui a inspiré cette chanson, à force de violences éducatives. Tout au long du titre, la chanteuse irlandaise mobilise à la fois la métaphore de la destruction de Troie et celle du phénix, deux motifs qu’on retrouve également chez King. Comme je le montre dans mon essai, en m’appuyant sur des passages précis, l’oiseau qui renaît de ses cendres peut métaphoriser aussi bien le monstre, capable de se réveiller tous les 27 ans, que la résilience de ses victimes. L’un des enfants, Stan, brandit d’ailleurs ce symbole pour repousser Pennywise. De la même manière, Sinéad chante d’abord "You will rise / You’ll return / The Phoenix from the flame / There is no other Troy / For you to burn", puis plus tard "I will rise / I will return / The Phoenix from the flame / There is no other Troy / For me to burn"… Sachant que Stephen King ouvre ÇA en citant Bruce Springsteen, je me suis autorisée à jouer avec ce morceau qui me fascine depuis toujours. Et je ne sais pas pour vous, mais quand, au détour d’une vidéo YouTube, je vois l’aplomb de cette Irlandaise de vingt-deux ans à peine, je reste médusée. La regarder jouer cette chanson au Pinkpop Festival de 1988 face à des milliers de personnes - mettre son cœur à nu, armée de sa seule voix et d’une simple guitare -, ça me colle des frissons.
Springsteen est en effet cité en épigraphe de ÇA. Bien que le Boss se montre souvent critique à propos du rêve américain et qu’il chante principalement ses oubliés, cette thématique reste un axe important de son œuvre. Aussi, pourrait-on dire, selon toi, que Springsteen et King incarnent les deux faces d’une même pièce ? Et que si le premier incarnerait le rêve, le second explorerait davantage le cauchemar ?
Le distinguo sonne bien et s’applique à de nombreuses œuvres ! On peut par exemple penser à Christine et sa déconstruction du fantasme de la voiture chez les adolescents américains, à Bazar et la pulsion d’accumulation de biens matériels à n’importe quel prix, ou encore à Marche ou crève pour la compétition… Mais Stephen King, qui a exploré une grande variété de registres et de sujets, ne se limite pas aux cauchemars sanglants peuplés de monstres : il sait aussi faire avancer des récits sur la corde de la rêverie mélancolique, cernés par des ténèbres menaçantes qu’ils pourront longer sans y sombrer. Je pense à plusieurs novellas comme The Body, qui a donné le film Stand By Me de Rob Reiner (sorti l’année de la parution du roman ÇA, en 1986), ou plus récemment à la poétique Cookie Jar sur des questions de filiation et de santé mentale.
À ton avis, il écouterait quoi le clown Grippe-Sou comme genre de musique ?
Chez moi, le clown du roman écoute The Lion and the Cobra de Sinéad O’Connor (1987) ; celui du téléfilm de Tommy Lee Wallace, incarné par Tim Curry, serait plutôt hanté par When The Kite String Pops d’Acid Bath (1994) du fait de sa pochette et de l’époque commune ; tandis que le Pennywise des films d’Andrés Muschietti, joué par Bill Skarsgård, m’évoque davantage Slipknot. Sérieusement, j’ai récemment revu toutes ces adaptations, et les scènes d’horreur systématiquement appuyées d’une musique agressive quasi metal ont fini par me fatiguer chez Muschietti. Malgré ses maladresses, je reste plus sensible à la poésie un peu bancale de la version filmique des années 90… Plus fan d’Acid Bath que de Slipknot !
Tu évoques les trois D de Stephen King (Death, Doom et Destiny) qui sont, selon lui, les ingrédients indispensables d’une bonne histoire. Dans quel album trouve-t-on selon toi ces trois D ?
The Lioness de Songs:Ohia. Un disque magnifique sur lequel planent le spleen et l’idéal… En tournée, Jason écrivait de longues lettres d’amour à sa femme Darcie (tiens, un D), la muse de l’album comme en témoigne le livret de l’édition collector sortie il y a quelques années. Mais cette œuvre m’évoque aussi la reproduction sociale (Doom) sachant que Jason Molina est né en 1973 dans un trailer park de l’Ohio d’une mère alcoolique et qu’il nous a quittés trop tôt à cause de cette foutue addiction. Songs:Ohia relevait moins du groupe que d’une véritable vocation (Destiny) de Molina qui a enchaîné les albums et les tournées sous différents noms, composant et enregistrant de façon compulsive en bossant un temps à côté, envoyant son travail à son idole Will Oldham, qui lui a permis d’accéder à la notoriété, de voyager et parfois de collaborer avec des pairs, comme les Écossais d’Arab Strap, justement impliqués sur cet émouvant The Lioness. Un titre comme le sublime The Black Crow, qui ouvre le disque, c’est tout ça pour moi… Un oiseau de mauvais augure aussi magnifique que majestueux.
Tu présentes ÇA comme une œuvre politique. Agentique ne l’est pas moins... Sur ce registre, quelle serait l’œuvre musicale qui t’a le plus marquée ? Et sachant que Misfortune Cookies sort aux éditions Le Feu Sacré, quelle chanson a, selon toi, le feu sacré ?
Si je devais choisir une œuvre politique, ce serait l’excellent I Against I des Bad Brains. Au sein d’un milieu très blanc - la scène naissante de Washington DC -, le groupe se composait d’Afro-Américains, jouait plus vite que tout le monde sur ses morceaux hardcore, incluait des titres reggae à son répertoire et de la spiritualité rastafarienne dans un discours prônant le dépassement de soi. Ce courage d’avancer à contre-courant m’impressionne et m’inspire, et malgré de vraies errances (une homophobie de début de carrière dont ils sont ensuite revenus) j’admire leur parcours et leur musique. Le feu sacré, ils l’ont notamment sur Sacred Love que H.R a enregistré depuis le téléphone d’une prison… Pour l’anecdote, la collection d’écrits de poésie des éditions du Feu Sacré s’appelle "Menace Mineure", en clin d’œil au groupe Minor Threat, des amis des Bad Brains…
Mais des tas d’artistes cultivent l’audace et le feu sacré. Pour citer deux autres exemples qui me viennent immédiatement en tête : Killing Joke qui enregistre en 1994 l’excellent Pandemonium dans la pyramide de Gizeh, c’est quand même le feu. Et je glisse une pépite méconnue au passage, un groupe avec lequel j’ai un peu traîné au début des années 2000 : les New-Yorkais de Crisis, aujourd’hui séparés. Le titre auquel je pense plus particulièrement provient d’un album enregistré en 1997 avec des membres des Swans et d’Acid Bath, The Hollowing. Ce morceau s’appelle Fires Of Sorrow et la chanteuse, coiffée de dreadlocks interminables, l’interprétait en s’harnachant des ailes d’ange dans le dos.
Évoquons pour finir tes activités journalistiques. Comme tu as écrit sur le cinéma, je te pose la question : préfères-tu les partitions originales ou les bonnes vieilles compilations de titres connus ?
Les deux mon capitaine ! Signées Vangelis, Robin Guthrie & Harold Budd, Goblin, Tangerine Dream, etc. les premières peuvent s’imposer comme de véritables chefs-d’œuvre propices à la contemplation et à l’écriture : pensons aux scores de John Carpenter, Blade Runner, Mysterious Skin, Suspiria, Miracle Mile, Near Dark, Akira et j’en passe… Mais j’adore les bonnes compilations de titres déjà connus, au point de leur consacrer une page dans le magazine New Noise, la rubrique "Pump Up the Volume" que le long métrage homonyme a inaugurée. Et depuis le film d’Allan Moyle, j’ai également traité The Crow, Gummo, Last Action Hero, Demon Knight, The Bride of Chucky, Heavy Metal, Brainscan…
Tu écris surtout des chroniques sur la musique dans le magazine New Noise, pour lequel tu réalises aussi des interviews. Quels sont tes meilleurs souvenirs en la matière ?
J’ai énormément de bons souvenirs en la matière dont plusieurs rencontres en binôme avec mon rédac’ chef Olivier Drago ou ma sœur jumelle, Émilie Denis. Certains artistes avec lesquels je me suis entretenue à plusieurs reprises me disent que ça leur fait toujours plaisir de voir mon nom apparaître dans leur planning promotionnel. Walter Schreifels (Quicksand, Youth of Today, Gorilla Biscuits, Rival Schools etc.) ou Kristin Hersh (Throwing Muses, 50 foot Wave...), par exemple et au vu de leur personnalité et de leur musique respectives, le plaisir est largement partagé ! Des artistes comme Justin Broadrick (Godflesh, Jesu, Final, etc.) sont passionnants à interviewer et ré-interviewer car ils adorent parler de la musique qui les a marqués et partager des secrets de fabrication. Je pense aussi à Cedric Bixler-Zavala et Omar Rodríguez-López d’At The Drive-In et The Mars Volta avec lesquels on avait pu causer longuement de surréalisme et de superstitions mexicaines ou à Steve Austin de Today Is The Day qui s’est toujours confié sans réserves.
L’un de mes premiers gros rendez-vous solo a consisté à échanger avec Perry Farrell et Stephen Perkins de Jane’s Addiction, un groupe que j’adore, à l’occasion de la sortie de Strays. J’avais dix-neuf ans. Quelques mois plus tard, le jour de nos vingt ans (!) - le 17 août 2003, donc -, ma sœur jumelle et moi avons eu l’opportunité de rencontrer Nick Cave (!!!), dont nous étions fans depuis des années. Nous avons pu l’interroger sur Abattoir Blues / The Lyre of Orpheus, alors sur le point de sortir, mais également sur son magnifique roman Et l’âne vit l’ange , joyau du southern gothic dont la lecture m’avait profondément marquée. Je me souviens encore de l’émotion que je me suis appliquée à masquer lorsqu’il est apparu, cheveux gominés et costume impeccable, amusé d’être interviewé par deux jumelles.
Cette même année, je garde un souvenir particulier de ma rencontre avec Siouxsie et Budgie pour Hái ! des Creatures. Le couple s’était montré aussi sympathique que facétieux. Mes premiers échanges avec Mike Patton, ou Jaz Coleman de Killing Joke, m’ont également marquée. Je repense aussi à une conversation passionnante avec le regretté Paul Raven (Killing Joke, Prong, Ministry…), à une chouette discussion avec Dax Riggs (Acid Bath, Deadboy & the Elephantmen…) avant un concert solo à Little Rock, dans l’Arkansas, où nous avions parlé de Baudelaire, ou encore à un entretien téléphonique avec le regretté Peter Steele, de Type O Negative, en 2007, pour l’album Dead Again.. La conversation avait navigué entre confidences poignantes (son accident de moto, ses tendances suicidaires), humour noir et ironie mordante. J’alternais les rires et les serrements de gorge...
Grande admiratrice des Cocteau Twins, j’ai également adoré échanger avec Robin Guthrie à propos de son œuvre solo et de la bande originale de Mysterious Skin, qu’il venait de composer avec Harold Budd. Ma sœur et moi avons vu le journaliste qui nous précédait, un vétéran, ressortir des loges dépité : "Il est de mauvais poil, ça a duré dix minutes à peine !". Les deux intervieweuses en herbe que nous étions (21 ans) ont donc poussé la porte la peur au ventre. Or, avec nous, il s’est montré très disert et d’une grande gentillesse. Nous avons eu le fin mot de l’histoire quand il nous a remerciées de ne pas l’avoir assailli de questions sur son ex-chanteuse (et épouse) Liz Fraser ou les rumeurs de reformation des Cocteau Twins et de nous être véritablement intéressées à ce qu’il était venu défendre : son travail solo. Bien sûr, j’adore son premier groupe, notamment l’album Garlands, mais il ne me serait jamais venu à l’idée de sacrifier le présent à une interview en mode Radio Nostalgie.
Avant de conclure, une question rituelle que nous posons à tous les auteurs que nous rencontrons : quel est le livre le plus rock’n’roll à tes yeux ?
La Malédiction du Gitan de l’écrivain américain Harry Crews, que j’adore pour sa plume, son ambiance incroyable et ses personnages de marginaux si attachants. Ça doit être le roman que j’ai le plus offert de ma vie. Toute l’œuvre d’Harry Crews peut prétendre au titre, d’ailleurs, et Lydia Lunch et Kim Gordon ne s’y sont pas trompées en formant leur projet musical hommage…
Et pour finir, donc, peux-tu nous en dire un peu plus sur tes projets récents ou à venir ?
Boucler le n° 80 de New Noise sachant que je cosigne les deux interviews de couv’ avec mon rédac-chef Olivier Drago, ainsi que deux autres articles. Attendre la sortie de ma nouvelle de science-fiction Ossuaire dans le n° 124 de Bifrost ainsi que celle de ma novella fantastique Sous le manteau de mandragore dans le recueil n°2 du projet sériel Derrière le Grillage des éditions Scylla/Dystopia, coordonné par Xavier Vernet.
J’ai aussi le projet de fêter la sortie de Misfortune Cookies, une recette : pourquoi je lis ÇA de Stephen King dans une librairie parisienne très sympa - le Popcorner du 104 - avec mon éditeur Aurélien Lemant et toute la bande des éditions du Feu Sacré. Samedi 13 juin, je vais lire deux extraits de l’essai en musique grâce à mon ami Norman Would. Guitariste et chanteur, il développe un univers indie-folk/americana très chouette entre Mark Lanegan et Nick Drake. Son album, Timeline, vient de sortir et je vous le conseille fortement. Le songwriting se distingue particulièrement, tout comme le superbe travail d’arrangements et de production assuré par Joshua Hudes (Rachid Taha, Underground Railroad...) et Nathan Mozes.
J’ai eu la chance d’assister, de bout en bout, à l’enregistrement d’une chanson née de l’un de mes textes, Beasts Behind Your Eyelids. En tant que passionnée de musique et autrice en devenir, cette expérience restera l’un de mes souvenirs les plus marquants. Voir une chanson prendre forme en studio, depuis les premiers mots (les miens !) jusqu’à sa version achevée, a quelque chose de profondément émouvant et presque magique. D’autant plus que le résultat me plaît beaucoup. Je vous laisse vous faire votre propre idée, mais à chaque fois que je l’écoute, j’ai l’impression que ce morceau a été façonné selon la recette d’Henri Michaux : "avec de la fumée, avec de la dilution de brouillard" (pour reprendre une formule de La nuit remue).
J’ai aussi eu la chance d’écrire et réaliser un clip pour le morceau Hell Please, Help Please. Une première pour moi, mais j’ai adoré l’expérience. Le tournage s’est bien passé et a été un vrai plaisir grâce aux copains venus prêter main forte en tant que figurants et aux intervenants de choc réunis par Broken Prod. Leur créativité, leur énergie et leur bonne humeur ont fait toute la différence. Pour l’anecdote, j’ai prêté mon appartement au personnage féminin - incarné par l’actrice Agnès Mir -, ainsi que mon tee-shirt Phil Collins suite à une discussion enflammée le soir où toute l’équipe s’est soudée pour réaliser le projet. Comme Stephen King, le batteur-chanteur de Genesis compte parmi mes héros personnels… Une présence discrète à l’image, mais qui se ressent dans l’air ce soir. Tada-tada-tada-tam !
Merci pour ton temps.
- 12.06.2026 par

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