Le streaming du jour #721 : Jeremiah Cymerman - ’Sky Burial’ & The Mount Fuji Doomjazz Corporation - ’Roadburn’

Ceci n’est pas une pipe mais un bûcher planté au coin des lèvres du Malin. Ceci n’est pas du jazz, mais sans doute ce qui s’en rapproche le plus au Sud-Est du Styx. Ceci n’est pas notre streaming du jour, mais une expérience à vivre de nuit, en solitaire et dans la plus totale obscurité, lorsque guette la folie et résonne l’appel de l’abîme.

Du jazz vers l’enfer pour démarrer avec les jams étouffants du clarinettiste Jeremiah Cymerman et de son quartette de cuivres schizophrènes, le saxo Matt Bauder (Exploding Star Orchestra) et les inséparables trompettistes Nate Wooley et Peter Evans complétant le line-up de ce Sky Burial aux allures dApocalypse Now fait disque. Un peu plus tôt dans l’année, l’Américain adepte d’un jazz déconstructiviste et plombé s’était associé au violoniste Frantz Loriot pour une demi-heure d’impro free tout en stridences déboussolantes et picking malaisant, mais cette fois l’atmosphère fuligineuse et angoissée prend le pas sur l’exercice de virtuosité foisonnante et barrée, et c’est en post-production que tout se joue, Cymerman déchaînant les éléments électroniques sur l’instrumentation déjà cataclysmique de la petite troupe. Ainsi, basses fréquences oppressantes et martèlements caverneux résonnent lourdement dans l’antre du volcan et l’on ressort lessivé mais durablement impressionné par cette aventure aux abords de la folie, dialogue de sourds entre les sifflements névrotiques des uns et les feulements épileptiques des autres sur fond de crescendos bourdonnants et de nuées ardentes. On vous l’avait bien dit, ceci n’est pas du jazz, pour preuve c’est James Plotkin qui mastérise et nos oreilles en saignent de bonheur masochiste :


De l’enfer vers le jazz ensuite et ce sont les Néerlandais de The Mount Fuji Doomjazz Corporation qui mordent la queue du serpent avec les progressions sépulcrales de Roadburn. Ceci n’est pas un live, et pourtant c’est bien dans le cadre du fameux festival basé à Tilburg (Pays-Bas) que le successeur dEgor a pris corps en 2012, déroulant ses denses friches de désolation sur une longue impro en quatre mouvements dont une unique salve d’applaudissements finale viendra rompre l’irréprochable immersion. D’emblée, la menace plane sous forme d’imposantes nappes synthétiques mais il faudra attendre la fin de la première partie pour voir le spleen lancinant du trombone d’Hilary Jeffery et du violoncelle de Nina Hitz avalé par un magma de drones doomesques et de fantômes hurlants, sous l’impulsion des chapes électroniques de Gideon Kiers et des tempêtes électriques d’Eelco Bosman (guitare) et de Jason Kohnen (basse). Autant dire que l’on est aussi loin de la dramaturgie presque post-rock de l’opus précédent que des rêveries cinématiques et opiacées qu’arpente le même combo au sein du Kilimanjaro Darkjazz Ensemble, la dynamique se faisant ici plus abstraite à l’image des pulsations indus qui transforment les deux pièces centrales en marches incandescentes vers la géhenne et son ultime jugement par le Feu qui jamais ne s’éteint :


Streaming du jour - 10.04.2013 par RabbitInYourHeadlights

indie rock mag - IRM des musiques actuelles


mercredi 23 octobre 2019


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