AutorYno + Jean Jean + Joolsy - Le Point Ephémère (Paris)

le 10/10/2013

AutorYno + Jean Jean + Joolsy - Le Point Ephémère (Paris)

La soirée qui rassemble ces deux trios est l’occasion de revenir sur leurs disques qui n’avaient pas été détectés au scanner IRM.  Cosmopolitan Traffic, deuxième album des Parisiens d’AutorYno, signé chez Tzadik avec la recommandation du patron, aurait très bien pu apparaître dans un de nos tops (si sa sortie n’avait pas été étalée sur deux mois entre outre-Atlantique et ici, provoquant un dysfonctionnement schizophrénique dans nos cerveaux simplistes !). Leur fusion klezmer est en effet une bombe à déflagrations funky ou noisy dont la réalisation impeccable trouve une place de choix aux côtés des œuvres de John Zorn. Avec la présence de David Krakauer et de Gary Lucas, nul doute que cet album jouira bientôt d’un succès rebondissant.

L’autre sortie n’a pas à rougir non plus de la maison qui l’accueille car ce n’est autre qu’Head Records, où sévissent déjà Pneu, Morse et autres Aerôflôt. Le Symmetry de Jean Jean se pare d’une synth-noise (ô Sainte Noise !) au taquet, un peu math sur les bords et qui, merci pour elles, ne s’encombre pas de paroles. Pareil, m’étonnerait pas que certains s’intéressent rapidement à cet album court qui tombe à pic pour se remettre sur pied après la rentrée...

À entendre jouer AutorYno, difficile de ne pas penser au maître de ce domaine étroit qu’est le jazz rock klezmer, tant les mélodies et les intentions rappellent celles d’un Masada ou d’un Moonchild. Difficile de ne pas les maintenir dans l’ombre monumentale de l’oeuvre de John Zorn. Ces trois Français, qui ont su le séduire par la tonalité de leur musique certes, mais aussi par leur talent, méritent pourtant qu’on les distingue de leur mécène.

L’album, composé de morceaux aux noms de villes (ou d’ouragans pour le dernier), invite au voyage. De Warsaw à Bratislava, de Poznan à Krakow, Cosmopolitan Traffic embarque son auditeur dans une déferlante de riffs et de grooves dont les accents orientaux marquent l’origine et l’authenticité. En live, ce voyage se fait davantage à travers la structure complexe des titres, au sein desquels on se perd, largué parmi les retours d’un thème évident mêlé dans les saccades biscornues d’une section rythmique inspirée. Tout ça, dans un cercle carré, ne tourne pas rond. De la mesure composée partout. Un labyrinthe balkanique qui déstabilise l’écoute et la tient en éveil.


Le visage fermé par la concentration de David Konopnicki à la guitare, leader du projet, tranche avec la décontraction joviale du bassiste Bertrand Delorme.



On sent que David porte à bout de doigts la responsabilité de ce projet et que son aisance à les faire glisser sur le manche lisse de sa guitare fretless ne suffit pas à le rassurer. L’enthousiasme du public décoincera finalement la machine à riffs et le trio offrira bientôt le morceau qu’il préfère du premier album. Un échantillon brillant qui donne envie d’en goûter davantage.



Le jeu de Cyril Grimaud, à la batterie, est appliqué. Tous ces rythmes compliqués obligent le percussionniste à une rigueur scolaire. Mais la qualité des compositions emporte l’attention et excuse la diligence.



Au final, ils auront interprété la quasi intégralité de leur dernier album, entre broderies délicates sur nappes blues et plans rock charpentés et bien sentis. La belle restitution d’une belle chose. Bien faite, bien propre.

Avec Jean Jean, c’est une énergie juvénile et communicative qui s’empare de la salle (malgré tout moins pleine que pour AutorYno)



Le lieu et la configuration du groupe nous rappellent Marvin, et en effet, il y a dans leur noise speedée une touche synthétique qui les distingue du noise rock brut de pomme de leurs confrères de Pneu mais les rapproche tout de même, et les inclut, dans cette scène désormais reconnue et demandée qui n’en finit pas de faire des émules, à la suite des deux groupes précités, de Papier Tigre ou encore de Electric Electric.



L’originalité de Jean Jean tient d’une part à la vélocité poulpesque du batteur dont les bras s’agitent sans interruption sur tout ce qui se trouve alentour du moment qu’il en résulte un magma crade et bouillant, de l’autre, par la personnalité exubérante du guitariste, leader de l’ensemble sur scène, au jeu détonant. Le pied agile, il dispose d’un pédalier avec lequel il envoie de puissantes nappes de sons, qu’une grosse enceinte diffuse.

Avec les synthés du troisième homme, la densité sonore est importante. Celui-ci est une pièce rapportée. Jean Jean, c’est d’abord un duo. Mais depuis leur premier EP, ils s’accompagnent toujours d’une basse ou d’un synthé. Ce qui est plutôt pratique pour la scène, ça meuble. Mais, soyons clair, tout le caractère de Jean Jean réside dans cette redondance, dans la paire, dans le double, dans le duo que forment Torregrossa et Lebrun, la force originaire et pulsive du combo.


Malgré les passages un peu dans l’air du temps et leur lot de synthés aguicheurs, la patate de Jean Jean ne manque pas d’atteindre le but qui est le sien : faire bouger les têtes et les mocassins avec une succession de mises en place agressives à l’efficacité indéniable. Des riffs bien envoyés, des rythmes épileptiques où s’entremêlent les timbres et quelques cris de rage (quoiqu’un peu convenus) constituent la base efficiente de leur set dévastateur.



De nouvelles têtes qu’on n’a pas fini de voir sur les innombrables scènes indépendantes de la capitale et d’ailleurs ainsi que dans les futurs festivals d’été où le public est d’ores et déjà prêt à recevoir leurs claques !


( Le Crapaud )


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