Powerdove + Ramona Cordova - Café de la Danse (Paris)

le 19/11/2013

Powerdove + Ramona Cordova - Café de la Danse (Paris)

Le nouvel album de Ramona Córdova, Quinn To New Relationships est sorti le 9 octobre dernier. Après un premier long sorti il y a 7 ans, Ramón a pris le temps de mûrir une suite. Aux premières émissions de sa voix, on pense rapidement à Jónsi de Sigur Rós, ou Nosfell, pour la proximité du timbre et pour la nature des mélodies. Nosfell chante dans une langue inventée et, tiens, tiens, Ramón aussi. Ce n’est pas évident car la sonorité de ses textes est très anglaise. Je le sais, parce que j’avais eu la chance de rencontrer Ramón, un soir de concert, sur un trottoir. Il m’avait alors expliqué le principe de ses textes qui s’inspirent de la langue de Shakespeare au sein de laquelle sont retranchées des syllabes : des préfixes par-ci, des suffixes par-là, afin de rompre avec le sens conventionnel de la langue et de se l’approprier jusqu’à en tirer une variation autonome. Le rapprochement avec Nosfell est donc nécessaire mais pas suffisant, car Ramona Córdova est une entité esthétique indépendante, une forte personnalité qui, comme toute personnalité, ne se réduit à aucune autre. Son univers est peuplé d’oiseaux, de jouets en bois aux carillons mécaniques, de garçons timides et de filles amoureuses. Musicalement, cela se concrétise par de petites berceuses aériennes, des chansons vaporeuses à la tendresse de moineau. Des petites choses bien belles qui forment un album cristallin, unique et élégant. Ramón est un tendre troubadour.

La soirée était consacrée à la sortie de l’album, l’une des premières dates de la tournée donc. Ce qui explique peut-être la fébrilité de l’interprétation qu’en a donné Ramón. Entouré de Gaspar Claus au violoncelle et de Marina Voznvuk au piano (toypiano ou clavier électronique), il semblait pourtant parfois assez seul avec sa guitare. À cause, d’une part, de ces interventions parlées, dans un français fragile, très embarrassées et, surtout, de ses enchaînements de morceaux très aléatoires où il cherche ses notes à tâtons avant de produire les accords justes (et pas si obscurs) et de commencer à chanter. On imagine que ce n’est pas une question de maîtrise technique mais de trac qui prend malheureusement le dessus par vagues intermittentes. Une fois que les morceaux sont lancés, tout va bien, la machine est en route et se déroule sans accroc jusqu’à sa fin où, de nouveau, reparaît l’indécision et le moment nébuleux. Ces deux accompagnateurs sont pourtant à ses côtés des présences rassurantes. Précis et inspiré, le jeu de ces deux musiciens est un socle solide pour ce grand timide rêveur. En particulier celui de Gaspar Claus. Un violoncelliste génial dont les soli flamboient comme des gemmes précieuses,qu’ils soient envolées mélodieuses ou saillies bruitistes.

Une corde brisée aux doigts du guitariste ne l’a pas aidé à se sentir plus à l’aise. Et pourtant je vous dis que le bonheur existe, en la personne de John Dietrich, miraculeux guitariste de Powerdove (qui jouait avant, trop tôt pour être entendu, je m’en mords encore les doigts...) venu à la rescousse avec une corde neuve, qu’il a lui-même montée. Beau moment de solidarité. Avant cela, Ramona Córdova avait tout de même tenté de rejouer le morceau durant lequel l’incident s’est produit, avec une corde en moins. Objectivement catastrophique. Il n’aurait pas dû. Heureusement, Gaspar Claus a assuré un solo magnifique, vif et habité. En attendant que John Dietrich s’occupe de son instrument, Ramón interprète un morceau plus calme. Lorsque sa guitare lui revient, avec le nombre de cordes nécessaires, insatisfait par l’interprétation (ratée) de Others, qu’il avait déjà joué une fois et demi (la demi interprétation étant la version tronquée par l’incident), il la reproduit à nouveau et elle sonne comme elle devrait. Lors de cette seconde exécution, la sonorité très cheap du clavier saute aux oreilles. Pas très heureuse...

La suite du set s’est déroulée sans problème. La fébrilité de l’interprétation est finalement touchante. Et le public bienveillant applaudit franchement la prestation. Ramón enchaîne le rappel (avant même que le public rappelle d’ailleurs...) avec deux titres de son premier album, The Boy Who Floated Freely, dépouillés, sa voix fluette seulement accompagnée du piano. Beau et mélodieux comme une composition de John Dowland. Le garçon est tellement timide qu’il ne supporte pas la douche de lumière qui l’éclaire et demande la pénombre. Les deux chansons se dérouleront dans cette ambiance intimiste qui, certes, leur convient bien.

Ces deux derniers morceaux devaient clore le set de Ramona Córdova. Mais le garçon est manifestement imprévisible car, contre toute attente, il reprend sa guitare, à la surprise même de ses deux compères, et entame pour une troisième fois (presque quatre...) son Others, qu’il aime apparemment beaucoup. Gaspar Claus lui fait discrètement comprendre que ça commence à faire beaucoup, mais Ramón n’en a cure. Aussi surprenant que cela puisse paraître, le public s’en amuse, ne lui en veut pas et siffle même de joie le morceau qui revient. On lui pardonne tout à lui ! C’est pour la tendresse de son univers et le charme de ses compositions. Et le public en redemandera même après ce rappel déjà prolongé. Ramón revient seul, assez gêné (pour changer !) car il n’a plus rien n’a proposer. Il chantera alors un a cappella ravissant.

Quand il s’agit de chanter, cigale, il n’y a pas problème !


( Le Crapaud )


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