2015 chez Lloyd_cf : partie 1 - Vingt cinq albums de pop-rock à retenir

Au début de l’année, à Indie Rock Mag, nous avons pris le pari de vous tenir informés quasiment en temps réel de ce qui se faisait dans la sphère pop-rock via notre page Facebook. Au bout d’un an d’activité, qu’en restera-t-il ?

Mes collègues d’IRM sont des esthètes, des vrais. Toujours (ou presque) de bon goût, toujours à foncer sur ce qui se fait de plus nouveau, de plus méconnu, de plus extrême, de plus étrange... Mais pour les amateurs de pop ou de rock tout simple, sans flonflon ni fioritures, y a-t-il encore un espoir en 2015 ? La réponse, cette année, a été claire et nette : oui. On a rarement eu autant de musique à se mettre sous la dent, et trier tout ça n’a pas été une mince affaire. Premier constat : cette année, en matière de pop, les filles ont tenu la dragée haute, puisqu’elles constituent presque les trois quarts de la sélection. Mais pas que. Vingt cinq disques à ne pas manquer. Peut-être pas le meilleur du top de la musique, ni le plus avant-gardiste, ici pas d’électro ou de musique synthétique, mais des voix, des guitares et des moments agréables en perspective.


1. Tamaryn - Cranekiss

C’est tout simplement, et de loin, le disque qui a le plus tourné sur ma platine cette année. Je l’adore absolument. Pourtant le mélange de pop 80s sombre et de rock noise à tendance shoegaze pratiqué par Tamaryn peut sembler anodin, déjà entendu et peu original, mais la qualité des compositions et de la production donnent à ce disque un côté addictif rarement atteint. Comme quoi il n’y a pas toujours besoin d’être novateur et culotté pour réussir un bon album. Une bonne vieille recette parfaitement appliquée peut être largement suffisante. Et en live, apparemment, ça le fait bien aussi, la preuve avec cette vidéo tirée de leur session chez KEXP.


2. Best Coast - California Nights

Alors certes, Best Coast ont probablement quitté les rivages indie pour endosser un costume plus mainstream et glamour, et de ce fait seront boudés par les puristes, mais à mon goût ils ont réalisé cette année l’album de pop californienne simplissime, accrocheuse et parfaite dont Hole rêvait en 1998. Et puis il y a cette chanson sublime dessus, sûrement un des plus beaux singles de l’année.


3. Marriages - Salome

Marriages ont sorti cette année un album exceptionnel, à la lourde rythmique plombée et au lyrisme incroyable, transcendant même le style communément admis du shoegaze, en poussant la logique du rock noise à un très haut niveau. Indispensable. Et, cerise sur le gâteau, Emma Ruth Rundle, la chanteuse du groupe, sort en solo des disques tout aussi beaux, mais bien plus apaisés.


4. Landshapes - Moongee

Un album qui n’a pas déçu, même si un chouïa en retrait de ce qu’on aurait pu en attendre, mais, hey, tout ne pouvait pas être de la trempe de ce fabuleux single. Il y a néanmoins quelque chose de profondément étrange et décalé dans les voix et la musique de ce groupe.


5. The Ghost Ease - Raw

Il y a également quelque chose dans le jeu de guitare légèrement décalé de Jem Marie et dans l’enthousiasme de Nsayi Matingou à fracasser ses fûts qui me plaît éminemment. L’album, après première écoute, ne déçoit pas. Belle réussite pour une première tentative en trio, ce petit bijou de power-pop se devait d’être signalé par ici.


6. Torres - Sprinter

Sombre et habité, l’album de TORRES est bel et bien un des meilleurs de l’année. Sous une habile façade PJHarvesque convoyée par ses deux singles pas représentatifs pour un sou (mais néanmoins excellents) Mackenzie Scott a prouvé qu’elle n’en était pas un clone de plus, loin de là.


7. Bully - Feels Like

Bully ont frappé un grand coup cette année avec un excellent premier album, dont ce titre coup de poing est très représentatif. Mené de main de maître par Alicia Bognanno, qui a tout écrit, réalisé et produit, le groupe de cette ingé son, meilleure stagiaire de Steve Albini (c’est lui qui le dit), nous a livré un très bon concentré de power-pop simple et efficace.


8. DTCV - Uptime !

Une belle réussite cette année pour le duo franco-américain DTCV (Detective) et leur album "Uptime !" à mi-chemin entre sonorités lo-fi et mélodies retro. Ils préparent actuellement un disque en français, paraît-il. A suivre.


9. Speedy Ortiz - Foil Deer

Confirmation réussie cette année pour la bande à Sadie Dupuis, brillante songwriter un brin fantaisiste et engagée qui s’impose comme une des porte-paroles du rock indé américain. Le groupe est un digne descendant de la ligne pop US à guitares alambiquée et bavarde défrichée dans les années 90 par Pavement. Autre point commun avec Pavement, leurs vidéos valent également le détour, dans le genre étrange.


10. Jenny Hval - Apocalypse, Girl

La troublante et étrange Jenny Hval a sorti un album de bonne facture cette année, même si c’est vrai qu’on pouvait lui préférer le précédent, plus accessible (le thème du nouveau, fidèle au côté provocateur et hypersexualisé de la chanteuse, est quand même "soft dick rock", soit le "rock de bites molles", un concept pas facile-facile...). Le côté un peu brouillon et difficile d’approche de certains titres qui tirent en longueur pour peu de choses lui interdisent pourtant d’être un album parfait. Mais elle entre définitivement au panthéon des chanteuses scandinaves dont on aime la légère déviance et le timbre si particulier.


11. Cristina Quesada - You are the one

Dans "pop-rock", il y a pop. Et chez Elefant Records, c’est bien cet aspect pop bubblegum qu’on met en avant. Pour la petite histoire, Cristina Quesada est chanteuse et animatrice d’émissions pour enfants aux Canaries. Cet album de reprises dans toutes les langues, sur lequel on passe sans tiquer des Jesus & Mary Chain à France Gall, est d’une telle naïveté, d’une telle fraîcheur et d’une telle bonne humeur qu’il en devient génial. Les arrangements impeccables signés Band à Part sont parfaits pour oublier tous les malheurs du monde, et Dieu sait qu’il y en a eu, cette année...


12. Du Blonde - Welcome Back To Milk

Une des bonnes surprises de l’année a été l’album de Du Blonde, varié et remarquablement bien écrit et produit, résultat de la profonde remise en question de Beth Jeans Houghton à la suite de la visite de l’expo Bowie, qui a décidé alors de tourner le dos à la folk et de faire du rock avec l’aide du Bad Seeds Jim Sclavunos. Une belle réussite dans le domaine du rock classique lorgnant fréquemment sur le glam sans jamais tomber dans le vulgaire (j’en vois qui tiquent, mais je parle du contenu de l’album, pas de sa pochette...)


13. Waxahatchee - Ivy Tripp

Contrairement à ce que vous pourrez lire ici et là sur des sites spécialisés, le dernier album de Waxahatchee n’est PAS un des meilleurs disques de l’année. Ceci dit, il est quand même pas mal du tout. Il m’aura tout de même fallu plusieurs écoutes pour l’admettre, je l’avais trouvé un peu quelconque au début, mais en fait, non, c’est très bien. Pas original pour un sou, mais très bien.


14. Veruca Salt - Ghost Notes

Enfin des vétérans, me direz-vous ! Effectivement, en 2015, de manière totalement inattendue, Veruca Salt sont revenus dans leur formation originelle... pour faire ce qu’ils font le mieux, du Veruca Salt. C’est juste magique, et l’album est excellent, même s’il n’est pas surprenant, parce que ça faisait tellement longtemps - presque vingt ans, mine de rien - qu’on attendait d’entendre à nouveau Louise et Nina chanter ensemble et que ça semblait tellement impossible que ça a été les retrouvailles les plus émouvantes de l’année rock...


15. Beach House - Depression Cherry

Deux albums cette année pour Beach House : un très bon et un bon. On ne boude pas notre plaisir. Nappes et voix éthérées et héritage shoegaze au rendez-vous, impossible de rester insensible. On a néanmoins vu plus original, mais peu importe. On ne retiendra néanmoins ici que Depression Cherry, le deuxième album semblant moins abouti et plus anecdotique.


16. The Apartments - No Song, No Spell, No Madrigal

Une des merveilles de l’année passée a été la sortie d’un nouveau sublime album de The Apartments. Mon Dieu, Peter Walsh est de retour, c’est juste magnifique. Personne ne peut écrire des chansons comme lui. Personne. C’est même pas la peine d’essayer, les autres, c’est perdu d’avance.


17. No Joy - More Faithful

Avec cet album enregistré en isolation complète au Costa Rica, No Joy confirment qu’ils sont bien un des tous meilleurs groupes de shoegaze de la planète, largement au niveau des My Bloody Valentine, Medicine et consorts. Et que ce n’est pas juste un truc de studio, la preuve en images :


18. Sexwitch - Sexwitch

Ce projet parallèle de Natasha Khan (Bat for Lashes), Dan Carey et Toy aura fait couler beaucoup d’encre. Belle relecture hypnotique et kraut de titres traditionnels du folklore mondial, peu importe si, comme on a pu le lire ici ou là, Natasha pille celui-ci ou, comme on le pense par ici, si elle ne fait que l’utiliser pour en faire autre chose, le résultat est envoûtant, addictif et étrangement dansant.


19. Of Monsters and Men - Beneath the Skin

Version grand public et islandaise de la fusion entre pop et folk, prompts aux hymnes à reprendre en chœur, taillés pour les stades... la présence de ce groupe ici peut faire tiquer, mais sous son apparence monolithique, ce disque cache des trésors de sensibilité et d’émotion, tel le final de ce Thousand Eyes grandiose et digne des meilleurs groupes de post-rock.


20. Julia Holter - Have you in my wilderness

Loin des prétentions ambiantes et complexes de ses débuts, Julia Holter montre avec ce disque qu’elle peut se transformer en songwriter pop académique d’une grande simplicité, tout en restant une arrangeuse de génie.


21. Laura Marling - Short Movie

Enfin libérée de l’étiquette de folkeuse virtuose qui lui colle à la peau depuis le début, Laura Marling assume enfin sa filiation avec Bob Dylan et passe la vitesse supérieure avec cet album qu’elle se paiera même le luxe de rallonger un brin avec une version "Director’s Cut". Peut-être l’album de l’année, sait-on jamais.


22. Courtney Barnett - Sometimes I sit and think, and sometimes I just sit

Courtney Barnett a confirmé qu’elle pouvait reproduire sur long format le rock simple et bavard avec lequel elle nous enchante depuis déjà quelque temps. Mais comme ça a été un peu son année et que son talent est reconnu un peu partout maintenant, on se s’étendra pas plus.


23. Lou Barlow - Brace the Wave

Ce bon vieux Lou. Il était partout. Que ce soit avec cet excellent album solo, à la basse avec les Dinosaur Jr. ou tout seul en réactivant son projet very-lo-fi Sentridoh, on l’aura beaucoup entendu cette année, et c’est tant mieux.


24. Lightning in a Twilight Hour - Fragments of a Former Moon

Évidemment que The Field Mice sont de retour. Ne nous laissons pas leurrer par le nouveau nom du énième projet de Bobby Wratten, absolument tous les membres originels du groupe jouent sur le disque, y compris le producteur... et si ça ne suffisait pas, il suffit d’écouter, et là, le miracle s’accomplit...


25. Nicole Dollanganger - Natural Born Losers

Sortie un peu de nulle part avec une discographie déjà longue comme le bras sur Bandcamp, Nicole Dollanganger cultive avec soin l’étrange alchimie entre textes très sombres et très déviants et voix de petite fille.

...à suivre dans une deuxième partie avec des singles qui n’ont pas forcément eu d’albums pour les accompagner, des disques plus sombres ou plus calmes et puis aussi tout ce qui ne rentrait pas vraiment dans cette case "pop/rock" mais dont nous avions parlé cette année sur la page facebook d’Indie Rock Mag, à retrouver à l’adresse suivante : https://www.facebook.com/indierockmag/


Articles - 23.12.2015 par lloyd_cf

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