Toy Fight : l’interview pour de rire, mais pas que.

Toy Fight, c’est un trio parisien de pop bricolée composé de David Simonetta, Maxime Chamoux et Sébastien Broca, auteurs d’un album possiblement sans suite, enregistré sur trois ans et sorti cette année, Anagram Dances (lire par ailleurs notre chronique). Mais Toy Fight c’est également un véritable collectif séminal, qui a fait naître jusqu’ici (Please) Don’t Blame Mexico et The Limes, et autour duquel gravite une micro-galaxie de musiciens des plus prometteurs, qu’ils soient français (Orouni, Mina Tindle) ou américains (Henry Sparrow, John Hale). Rencontre avec le joyeux trio.

Rabbit : Alors, c’est décidé ? Anagram Dances restera quoi qu’il advienne le seul et unique album de Toy Fight ?
David : Eh bien disons que je ne m’étendrai pas trop sur cette question parce que les choses sont moins sûres pour nous qu’elles ne l’étaient il y a peu. Il y a eu des éléments nouveaux qui sont intervenus récemment, dont je ne parlerai pas maintenant et qui pourront peut-être nous amener à reconsidérer (dans une certaine mesure) notre décision. Mais nous préférons ne pas trop en parler tant que rien n’est fait.

Rabbit : Comment vous êtes-vous rencontrés ?
Seb : On s’est rencontré en hypokhagne au lycée Fénelon, entourés de filles studieuses. On était peu de garçons dans la classe, donc on s’est trouvé assez vite finalement.
David : On peut même dire qu’on s’est vraiment rencontré au moment de former ce groupe, les deux se sont faits en même temps.
Seb : David était un comeladien intégriste au background foucaldo-deleuzien des plus questionnables, et Maxime un ancien stoppeur du club de foot de Migennes fan de Nine Inch Nails.
Maxime : Comme c’est joliment résumé - connard.
Seb : On peut ajouter que si on est devenu assez rapidement amis, ça a aussi fonctionné assez rapidement quand on s’est mis à faire de la musique ensemble. C’était pas grandiose loin de là, mais on a fait des trucs qui sonnaient rigolos assez vite.

Rabbit : Ce nom, Toy Fight, signifie-t-il que vous vous êtes affrontés comme le feraient trois gamins avec des jouets pour composer cet album ? Comment avez-vous procédé ?
David : Alors non en fait pas du tout, ce nom on l’a trouvé en désespoir de cause, parce qu’on ne trouvait rien de mieux. Il vient d’une chanson d’Arab Strap sur le magnifique live Mad For Sadness. Après, la référence aux jouets c’est vrai que c’est parce qu’on utilisait des instruments à la Comelade au départ (percussions sur boîtes de conserve, pianos-jouets, etc). Voilà, le contraste entre les deux mots était marrant mais vraiment il ne faut pas chercher de symbolique particulièrement profonde là-dedans...
Seb : Après, concernant la dynamique de "création", je ne sais pas s’il faut parler d’affrontement. C’était plutôt à base de : chacun amène des idées, des lignes mélodiques, et peu à peu elles s’agrègent pour former un morceau. Ce qui n’exclut pas quelques prises de becs, mais globalement tout ça est resté assez cordial.

Rabbit : Pour ce qui est de l’interprétation musicale et vocale, aviez-vous chacun des "attributions" particulières, ou touchiez-vous un peu à tout au gré de vos envies ?
Maxime : Le postulat de base était que chacun de nous trois pouvait (et devait) faire à peu près ce qu’il voulait et jouer de ce qu’il voulait. En l’occurrence, après, les rôles se sont attribués d’eux-mêmes, en fonction des limites de chacun... Moi par exemple, je ne sais jouer que du piano. David joue de la guitare et d’autres instruments plus bizarres. Quant à Seb, il était celui qui chantait le moins mal au départ donc... voilà.
David : Oui, je confirme...
Seb : A la base, on peut quand-même dire que Maxime s’occupait plutôt de tout ce qui est claviers, David plutôt guitare et instruments à la con, et moi plutôt guitare et basse. Concernant la voix, au début personne ne voulait vraiment chanter. Finalement, je m’y suis collé parce que j’avais peut-être le moins de réticences (encore que), et petit à petit les deux autres se sont mis à chanter également, sur de plus en plus de morceaux.

Rabbit : En simplifiant un peu, l’album semble comme partagé entre deux pôles, pop champêtre et new wave, le tout avec un bricolage apparent, ce qui rappelle immanquablement les Magnetic Fields. Ressentez-vous une filiation plus particulière vis-à-vis de ce groupe ? Cette orientation était-elle voulue dès le départ ?
Maxime : Non pas du tout, je crois que cela tient à nos références respectives. Seb est beaucoup plus porté sur la pop délicate à la Belle & Sebastian, et moi par exemple, je suis un gros fan de new wave. alors même si je ne pense pas que ce que nous écoutons tous les jours s’entende énormément sur l’album, je pense qu’à un moment, les grosses tendances ressortent tout de même un chouia.
Seb : Personnellement, je dois avouer ne jamais écouter les Magnetic Fields (shame on me) donc ça ne peut pas être une influence. Par contre, sur les deux pôles que tu mentionnes, je suis assez d’accord : ça permet de regrouper nos influences en deux grandes familles. Par contre, je crois que Max et David sont de gros fans des Magnetic Fields, mais c’est postérieur à la formation de Toy Fight, si je ne m’abuse.
David : Il faut quand même dire que c’est sans aucun doute l’un des groupes que j’ai le plus écoutés ces derniers temps, je suis complètement admiratif du songwriting de Stephin Merritt et je pourrais parler de ce groupe pendant des heures (non ? bon d’accord...) mais après c’est vrai que nous ne l’avons découvert qu’assez récemment et donc on ne peut pas parler d’influence sur notre musique, même si ça risque bien de le devenir par la suite. Pour rentrer dans le détail, la seule influence réelle, pour moi, c’est sur le refrain de Tiffany, même si ça ne ressemble pas énormément j’avais en tête une ligne de voix un peu dans cet esprit-là. Mais bon on va dire que la voix fluette de Tiphaine (qui chante cette ligne) n’a pas grand chose à voir avec celle de Stephin Merritt... heureusement pour elle d’ailleurs !
Rabbit : Et êtes-vous d’accord avec ce qualificatif de "bricolé" ?...
Seb : Je pense qu’on revendique plutôt ce qualificatif, qui fait un peu la "patte" Toy Fight si j’ose parler ainsi, après il faut voir que ce côté bancal est aussi le fruit de basses contingences matérielles et du matos limité qu’on a eu à notre disposition...

Rabbit : On pourrait croire certains titres (je pense surtout à Tiffany, justement) chanté par Stuart Murdoch en personne. Est-ce un hommage délibéré à Belle & Sebastian, que vous avez déjà cité et dont l’influence se fait régulièrement sentir sur Anagram Dances ? Et qui chante, d’ailleurs, sur ce morceau ?
David : Bon alors là c’est à Seb de répondre. Je m’en lave les mains...
Seb : C’est moi qui chante sur ce morceau (avec Tiphaine). Concernant l’influence de Murdoch, le problème c’est que les gens disaient déjà que ma voix ressemblait à la sienne, alors que je n’écoutais pas encore spécialement Belle & Sebastian. Vu qu’ensuite je suis devenu un gros fan de ce groupe, la parenté n’a pu que devenir plus évidente... Donc, pour résumer, on va dire que c’est à moitié involontaire et à moitié conscient. En tout cas, c’est évidemment loin d’être une comparaison qui me dérange.

Rabbit : Le clip de The Hidden Second, c’est bien une relecture de Soy Cuba, non ? Je dois avouer que de l’eau est passée sous les ponts depuis que j’ai vu ce film... A la base c’était du pur bricolage propagandiste avec pour intention de promouvoir le régime communiste instauré par les russes à Cuba, mais le mélange cheap et virtuose fascine toujours malgré les années... D’où vous est venue l’idée d’en faire un clip ?
Seb : En fait, l’idée n’est pas de nous, mais d’un ami de David à qui on avait demandé de nous faire un clip, si ça l’amusait...
David : Oui, le clip a été fait par un ami à moi qui est simultanément cinéphile jusqu’à l’os et dépourvu de la moindre conscience politique, donc je dirais qu’il n’y avait là-dedans absolument aucune intention politique. Aucun de nous n’a vu ce film, j’avais seulement laissé carte blanche à cet ami, Benoît Prudhomme, pour illustrer notre chanson comme il l’entendait, et je pense que ce qu’il y a de très fort dans son travail c’est le fait de se servir des images d’une manière purement rythmique. Les images et les plans sont superbes mais ils sont comme vidés de leur signification initiale (politique en l’occurrence) pour seulement suivre le cours de la chanson. D’où, d’ailleurs, le très beau travail sur les vitesses qu’il y a dans ce clip.

Rabbit : Oui en effet... Par ailleurs, de même que votre clip, l’artwork de votre album et l’esthétique de votre site et de votre page myspace semblent refléter à la fois une idée de passé (les vieilles images, le sépia, le noir et blanc) et un côté brillant, virtuose (le cadrage du match de volley, les objets de discothèque). Y a-t-il un lien direct avec votre musique, et si oui dans quelle mesure cela reflète-t-il votre propos ?
Seb : Ah, la vieille dialectique tradition et modernité... je pense qu’on n’a jamais vraiment posé les choses en terme d’un alliage tradition/modernité ou bricolage/virtuosité...
David : Puisque tu nous parles de l’artwork ça nous permet de mentionner le superbe blog 1.618 qui s’en est chargé. Pour la page myspace il n’y avait pas de cohérence esthétique voulue au départ, il s’agissait simplement d’images qui nous plaisaient. Le contraste dont tu parles vient du choix des images fait par ce blog. Leur idée est d’illustrer chaque jour une chanson par une image, souvent assez magnifique, sans y ajouter aucun texte. Je les avais contactés pour notre artwork au moment de faire l’album et ils nous ont envoyé l’image du match de volley, les objets de discothèque et les cyclistes. Alors de fait ça nous a surpris ce contraste, au départ, mais c’était amusant qu’au final notre musique leur évoque ces deux atmosphères assez différentes. En fait il faudrait leur demander...
Seb : Et c’est vrai que c’est assez pertinent par rapport à notre musique, même si encore une fois on a jamais conceptualisé les choses en ces termes... Par contre, je pense qu’on a toujours eu pour ambition de faire se rencontrer des influences musicales assez différentes dans nos morceaux.
Rabbit : On pourrait donc dire qu’il y a une correspondance involontaire entre l’artwork et votre musique, en quelque sorte... ?
David : Oui je crois que tu as raison et c’est ce qui m’intéresse, plutôt que de chercher à "illustrer" notre musique. Orouni m’engueule toujours parce qu’il trouve que notre artwork ne colle pas à notre musique, mais à la limite c’est aussi ça que je trouve intéressant : ne pas chercher à faire "coller" l’un à l’autre, mais plutôt essayer de voir quelle ambiance se dégage d’une rencontre entre une musique et des images n’ayant a priori rien à voir.

Rabbit : L’utilisation d’instruments-jouets à la Pascal Comelade, les images du passé, la mélancolie de certains morceaux... n’y aurait-il pas là une certaine nostalgie de l’enfance, quelque part ?
Seb : Il me semble que la pop (en tout cas, celle que j’aime) a fondamentalement quelque chose de naïf, et si possible d’un peu turbulent aussi. Alors, évidemment, on peut dire que ça renvoie plutôt à l’enfance qu’à l’âge adulte ... Après, je ne me lancerai pas dans une psychanalyse des rapports à l’enfance respectifs des membres de Toy Fight !
David : Ouh la, alors non pour le coup là je ne suis pas d’accord. Ce n’est pas du tout le rapport à l’enfance qui m’intéresse chez Comelade (si tant est qu’il existe), et je dirais même que ce n’est de façon générale pas du tout quelque chose qui m’intéresse dans la musique ou la création. J’aurai deux réponses à ta question. La première c’est que de façon assez générale, je ne comprends pas trop justement cette fixette sur la nostalgie de l’enfance qu’évoquent certains musiciens ou critiques pour parler de la musique. Même chez des gens comme Wyatt qui y font référence ça me semble être une relation tellement spéciale, tellement "travaillée" que je n’y vois pas du tout l’expression d’un simple désir nostalgique de cette époque. La deuxième réponse porte sur cette question de la nostalgie. C’est sans doute un sentiment assez fort dans la pop ou la chanson populaire en général (le fado par exemple), mais ce n’est pas parce que tu cherches à produire ce sentiment par la musique que tu cherches pour autant à susciter un désir de retour à l’enfance. Enfin bon c’est compliqué comme question, mais pour faire bref je dirais juste que non, il peut y avoir un rapport à la mélancolie qui n’est pas du tout synonyme de nostalgie de l’enfance.
Rabbit : Oui bien sûr, je comprends...
Seb : Moi, je serai quand-même un peu moins catégorique que David : quand on dit du bien d’un disque pop, c’est un cliché de journaliste rock que de le qualifier de "frais", "primesautier", etc. Donc, c’est évident qu’il y a quelque chose avec la pop qu’on associe spontanément à l’enfance. Pour autant, je trouve que c’est un peu court de présenter ça comme un simple désir de retour à l’enfance, là je suis d’accord avec David. Quand à la nostalgie, elle n’a pas pour objet exclusif l’enfance, que je sache...
Maxime : Je dirai un peu comme David : le crédo du retour à l’enfance ressemble un peu à un marronnier dans le monde de la pop. Moi pour ma part, quand je fais de la musique, j’ai l’impression d’être plus adulte que jamais. Toute mon enfance, j’ai voulu en sortir. Donc aujourd’hui, quand je fais de la musique (c’est à dire, ce que je veux faire de ma vie) j’ai l’impression d’avoir enfin quitté ce monde d’ennui qui faisait mon enfance...
Seb : Moi aussi !
Maxime : ...donc, c’est non pour moi également.
David : "Le crédo du retour à l’enfance ressemble un peu à un marronnier dans le monde de la pop" ah ah, oui très bien dit ça...
Maxime : Tu te moques ?

Rabbit : Allez j’enchaîne... Continuez-vous à écouter autant de musique depuis que vous en faites vous-mêmes ? Et si oui essayez-vous d’éviter les influences conscientes, ou est-ce qu’au contraire vous les acceptez pour mieux les malaxer, les mélanger avec d’autres et les fondre dans votre univers ? (question classique là encore, je l’admets...)
Maxime : A la première question je répondrai sans hésiter un très grand oui. Pour ma part, j’ai la chance de pouvoir écrire dans Newcomer, ce qui fait que je reçois plein de nouveautés en avance. Ensuite, je ne peux de toute façon pas m’empêcher d’écouter de la musique sans arrêt, ce qui met parfois ma copine un peu sur les nerfs... Quant à la deuxième question, je crois que c’est toujours la même chose. En ce qui me concerne, je me sens toujours aussi "étanche" à ce que j’écoute. Il me semble que ce que j’écoute n’a aucune sorte d’influence directe avec les mélodies que je peux trouver.
Rabbit : Imperméable tu voulais dire ?
Maxime : Oui bon ça va hein.
Seb : Moi je serai peut être un peu plus nuancé que Maxime : avoir quelques influences conscientes n’est pas forcément un mal, tant qu’elles ne prennent pas tout l’espace et font sonner ta musique comme une simple ressucée d’un tel ou un tel... Par ailleurs, je déteste le manque d’honnêteté de nombre de groupes qui font semblant de ne pas être influencés par d’autres groupes dont l’influence transpire pourtant par tous les pores de leur musique...
David : Moi pareil, et même plus j’en fais plus j’en écoute. Mais - pour répondre à la deuxième question - ça ne veut pas forcément dire que j’essaie à tout prix de les fondre dans ma musique. Bon, ceci dit je n’irai pas jusqu’à dire que ça n’a aucune influence, je ne suis pas aussi "étanche" que Maxime (hi hi hi). Je dirais juste qu’il y a des influences qui ne sont pas nécessairement directes. J’ai découvert par exemple Tim Buckley ou Neutral Milk Hotel il y a un ou deux ans, j’ai écouté ça de façon complètement obsessionnelle en sachant très bien que ça modifierait radicalement mon approche de la musique, et pourtant il n’y a rien dans ce qu’on a pu faire depuis qui y ressemble, ça reste de la pop assez classique.
Maxime : Seb, je ne disais pas ne pas être influencé par ce que j’écoute, je dis juste que lorsque je me mets au travail de la composition ou de l’écriture, il semble que tout cela s’évapore, et que je retombe dans une sorte d’espace indéterminé où plus rien n’existe... enfin, c’est un peu lyrique dit comme ça, mais dans mon cas c’est très vrai.
Rabbit : Tiens c’est Placebo qui disait ça aussi je crois, Maxime...
Seb : Je comprends ! Disons alors qu’on ne peut pas complètement éliminer ses influences, mais qu’il est peut-être nécessaire que leur "influence" soit plus "sous-jacente" ou inconsciente...
Rabbit : (ça t’embête comme référence, ça, non ? haha)
Maxime : Je quitte cette interview.
David : Brian Molko c’était un mec super étanche aussi c’est pour ça...
Rabbit : Meuh non, meuh non reviens Maxime !
Seb : Sauf pour le maquillage, où on constate quelques problèmes d’étanchéité...
Maxime : Tu vas voir ta gueule dans pas longtemps David, on verra si elle est encore étanche.
Rabbit : D’autres choses sur cette question ou on enchaîne ?
David : Enchaîne, enchaîne, je crois que ça vaut mieux...
Maxime : Tu te prends pour Duhamel, Seb ?
Seb : Hein ?
David : Enchaîne te dis-je, ENCHAINE !
Maxime : Le commentateur politique.
David : Trop tard...
Seb : Je vois pas le rapport, mais on parlera de ça une autre fois peut-être...
Maxime : Rabbit tu maîtrises plus rien, la honte...

Rabbit : On parlait tout à l’heure de Soy Cuba et de votre ami clippeur cinéphile, et David avait cité Comelade, qui a également composé des bandes originales de films... Etes-vous cinéphiles vous-mêmes, et y a-t-il des films qui vous ont également inspirés, par exemple pour l’écriture des textes ? Et pour ce qui est de ce processus d’écriture justement, comment cela s’est-il passé ?
David : Là c’est surtout à Maxime de répondre je crois...
Maxime : Je ne suis pas un cinéphile, loin de là. Il y a quelques réalisateurs qui m’inspirent énormément, et qui me parlent. Kitano, Kubrick, ou Bruno Dumont, Lynch font partie de ceux-là. Mais pour les textes je ne me sens pas du tout influencé par quelque réalisateur que ce soit... J’essaie plutôt de me faire des petits films idiots dans ma tête (oui oui bon ça va hein). L’absurdité, c’est quelque chose de très important pour moi en général. Et pas seulement dans l’écriture des textes.
Seb : J’ajouterai que les textes ne sont pas vraiment un élément central dans Toy Fight : on essaye surtout d’écrire des choses qui ne sonnent pas trop mal avec la musique, et dans lesquelles certains assemblages de mots peuvent éventuellement produire un effet inattendu...
David : Bah ça dépend, y en a des pas mal tout de même... Bob par exemple, non pardon...
Seb : Ne parlons pas de Bob, où David va recommencer à déblatérer sur l’épuisement des mélodies possibles en faisant un parallèle avec l’épuisement des ressources naturelles !
Maxime : Mon idole absolue est Brian Eno. Et Brian Eno s’est toujours beaucoup foutu de la gueule de ceux qui essayaient de donner des interprétations "sérieuses" ou "profondes". Et pourtant quand tu lis ses textes, tu te dis que c’était malgré tout un super parolier, avec des idées d’images géniales, drôles, et parfois très très émouvantes.
Rabbit : Seb parlait en rigolant de l’épuisement des mélodies possibles... vous ne pensez quand-même pas que tout a déjà été fait en musique ou qu’on ne pourra bientôt plus rien inventer, si ?...
Maxime : Non je ne le pense pas, mais alors pas du tout du tout.
Rabbit : Ah me voilà rassuré !
David : Je ne dis rien mais je n’en pense pas plus.

Rabbit : Cette interview tombe à l’heure des bilans... Quels sont les albums qui vous ont le plus marqués et/ou accompagnés parmi ceux sortis cette année ? Avez-vous découvert en 2006 des artistes plus anciens qui se sont déjà faits une place de choix parmi vos favoris ?
Seb : Ah, voilà la question préférée de Max et David, je leur laisse la parole !
David : Cette année il n’y a pas eu vraiment d’album qui m’ait complètement renversé, j’ai beaucoup aimé le Beirut, le Sunset Rubdown, le Micah P. Hinson, Love Is All ou le Phoenix (en France), mais sans non plus tomber à la renverse. C’est vrai que cette année les vraies découvertes ont plutôt été du côté des "vieilleries" ou de groupes qui n’avaient pas une actualité particulièrement brûlante, comme les Magnetic Fields ou Madlib. Et puis surtout c’est du côté de Myspace que j’ai découvert les choses les plus intéressantes, ça peut paraître cliché mais c’est vrai.
Maxime : "Shut Up I Am Dreaming" de Sunset Rubdown, le TV On The Radio, le Badly Drawn Boy, El Perro Del Mar, le Midlake, ma nouvelle passion absolue pour Spoon et l’écoute ultra-intensive de "Kill The Moonlight", le nouveau Phoenix qui est une tuerie absolue, la découverte de The Apartments et l’album "Drift". Au rayon révélations, il y a eu The Avett Brothers (merci à Thanu) Voxtrot, ou encore Love Is All. Sans oublier mes très chers amis parisiens de Nelson, un fantastique groupe de cold wave tordue, dont le premier album "Revolving Doors" sorti chez Diamontraxx est juste extraordinaire. Ils iront très loin et ils le méritent.

Rabbit : Très bien dit tout ça... Pour en revenir à myspace, tu disais David que tu y avais fait les découvertes les plus enthousiasmantes de 2006... tu as quelques exemples ? Par ailleurs, il semblerait qu’une véritable petite communauté de fans se soit constituée autour de vous... des impressions là-dessus ?
David : Fans faut pas non plus exagérer, tout de même. Notre cas est plus symptômatique d’un mouvement général qu’autre chose. Il y a toute une nuée de groupes qui pour une raison ou une autre étaient jusqu’alors tout à fait exclus des réseaux de diffusion de la musique et qui soudain y ont accès, et ce détail n’a rien d’anecdotique, tu découvres du coup des manières de faire de la musique a priori "invendables" et pourtant extrêmement intéressantes. Ca ne veut pas dire que tout est génial mais des groupes comme les suédois de Tafra, les fabuleux Antarctica Takes It ! de Californie, les francais de JOhn JOhn - sans même parler de nos amis et non moins talentueux Orouni, Mina Tindle ou Henry Sparrow - sont des groupes qui font de la musique sans avoir pour objectif de "percer" (et sans pour autant que ça se résume à un "hobby"), et je trouve que ça donne des choses passionnantes. Pour autant je ne fais pas du tout l’apologie de l’amateurisme, hein ! J’ai découvert aujourd’hui The Panda Band qui est un groupe fabuleux, et pourtant c’est archi-produit. Je parlais simplement d’une optique différente pour faire de la musique.

Rabbit : Y a-t-il un groupe "obscur" que vous souhaiteriez voir plus reconnu et connu de tous ? Est-ce quelque chose dont vous rêvez pour vous-mêmes ou préfèreriez-vous au contraire être cité un jour par d’autres comme le groupe "obscur" qu’il aimeraient voir plus reconnu et connu de tous ?
David : Groupes obscurs y en a plein ! Tous ceux dont j’ai parlé à propos de myspace, déjà. Je pense que Maxime sera d’accord si je parle d’eLdIA notamment. Bon, après, cette question de la reconnaissance ou de l’obscurité d’un groupe je m’en tamponne un peu. Je ne suis pas du tout client d’un discours comme celui de Lawrence de Felt par exemple, je ne souhaite pas du tout qu’un groupe comme (au hasard) Neutral Milk Hotel devienne les nouveaux U2, je trouve que c’est bien qu’il y ait des groupes qui restent un peu à l’abri de la hype - même si NMH n’est pas le meilleur exemple à ce niveau. Bon après je n’accorde pas non plus de crédit particulier au fait d’être "culte". Enfin bon, bref... Maxime, prends le relai, je sèche !
Maxime : Je suis entièrement d’accord avec ce qu’a dit David. je ne crois pas du tout au statut (légendaire et hautement fantasmé) de génie inconnu. Non seulement parce que je pense qu’aujourd’hui avec le développement de tous les moyens de communication, on peut de moins en moins passer à côté des artistes à connaître (grâce aussi aux innombrables rééditions qui voient le jour chaque année), mais aussi parce que dans ce statut de génie méconnu, des tas d’artistes médiocres se vautrent gaiement, laissant leur talent indéniable au départ se faire totalement bouffer par de l’aigreur ou de l’amertume. Je pense à Luke Haines notamment...
Rabbit : Ah toi non plus tu n’as pas aimé son dernier album ?
Maxime : ...car il a fait des choses géniales avec The Auteurs, mais aujourd’hui, il ne fait plus de la musique que pour se poser comme une sorte de mauvaise blague franchement pitoyable...
David : Maxime n’a pas passé un "pur matin" si tu vois ce que je veux dire, c’est pour ça qu’il est un peu remonté...
Maxime : ...mais bon, ceci dit, une petite valorisation de génies comme Neutral Milk Hotel, The Monochrome Set ou même de la période 1984-2001 de XTC ne serait pas un luxe - ta gueule David.
Rabbit : Oui la preuve je ne connais pas The Monochrome Set...
Maxime : Hoooooou...
Rabbit : Oui je suis sûr que c’est honteux mais je rattraperai ça dès demain grâce à myspace... (pour XTC bien d’accord, j’adore Nonsuch notamment...)
Maxime : Ouais mais les morceaux d’eux proposés sur myspace ne sont pas leurs meilleurs. Rue-toi plutôt sur leur incroyable album "Eligible Bachelors".

Rabbit : OK je note ça ! (et le reste aussi d’ailleurs sinon ça risque d’être dur pour pondre l’interview...) Bon, trêve de galéjades... pour terminer, pouvez-vous nous dire quelques mots sur ces fameux projets parallèles qu’a engendré Toy Fight ? On connaît déjà un peu le projet de Maxime, (Please) Don’t Blame Mexico, mais qu’en est-il des autres ?
Seb : Ca va être rapide, étant donné que je n’ai pour l’instant pas de projets musicaux en dehors de Toy Fight (j’écris des chansons de temps à autre, mais ça s’arrête là).
David : Bon alors ça tombe bien cette question parce qu’on a lancé hier la page myspace de The Limes (enfin le nom va peut-être changer parce que c’est déjà pris, on pense à "The Limes-not the citron vert"), l’idée c’est de faire un groupe virtuel avec Henry Sparrow cet incroyable songwriter que j’ai découvert l’année dernière et qui est devenu notre ami, Mina Tindle qui chantait déjà un peu chez nous, et l’excellent Orouni... en gros à peu près tous ceux qui font partie du "Toy Fight Collective". On a arrangé une chanson d’Henry Sparrow, lui fait pareil pour nous et ainsi de suite. On est assez excité par le projet.
Maxime : "Que J’AI découvert..." Oh le mec qui se prend pour Laurent Boyer, eh...
Rabbit : Rhooo Maxime commence à jouer sur les mots... c’est vilain, ça !
Maxime : Tututut on est précis ou on l’est pô.
David : Non mais détends-toi hé, je sais pas moi, bouffe des Special K. Non euh sinon rien à ajouter.
Rabbit : Et toi Maxime, du nouveau pour ton groupe ? Un album prévu ou toujours pas ?
Maxime : Non, pas d’album prévu pour l’instant. on va enregistrer un nouvel EP, "Michel Foucault EP", qui devrait voir le jour courant février. Sinon j’ai trois concerts en décembre, j’ai hâte d’y être. Voilà.


Propos recueillis le vendredi 1er décembre.

Un grand merci au trio pour sa disponibilité et sa sympathie. Merci également au Pr Finley McGordon Jr pour avoir participé à l’élaboration des questions.


Interviews - 06.12.2006 par RabbitInYourHeadlights


News // 4 novembre 2008
Fini de jouer pour Toy Fight

On les avait laissés en fin d’année 2006 sur une interview pour de rire mais pas que, à la fin de laquelle le groupe laissait planer le doute quand à son avenir, les différents membres souhaitant se consacrer à d’autres projets musicaux (The Limes, (Please) Don’t Blame Mexico) ou non. C’était sans compter sur la perspicacité du label berlinois City Slang (...)



Chroniques // 4 mai 2009
Toy Fight

Annoncé comme mort-né il y a près de trois ans dans une interview publiée ici-même, Toy Fight revient avec Peplum, un véritable premier album inespéré qui les voit revisiter la pop sous toutes ses formes. Ou comment la simple approche ludique de la musique peut accoucher d’un (...)




indie rock mag - IRM des musiques actuelles


vendredi 23 août 2019


àýlaýune



surýlesýplatines


nouveauxýmédias



IRMýXýTP


ligneýdeýmire


selectionýirm


friends