Anarchist Republic Of Bzzz - United Diktatürs of Europe

Sans nouvelle depuis 2012, Anarchist Republic Of Bzzz n’a pourtant pas disparu. Et à l’écoute dUnited Diktatürs of Europe on leur en sait gré. Toujours aussi éclatée, leur musique qui brasse des éléments aussi épars qu’éloignés reste jubilatoire et cohérente.

1. Respect the Eye
2. The 3rd Extremist
3. Dark Mirrors
4. Uzis On Perimeter
5. Tropic Of Interzone
6. All One
7. Jello Pudding Pops
8. Scream

date de sortie : 25-11-2016 Label : Bzzz Records / Atypeek Music

Tapis sec de percussions malléables, grosse basse vibrante et parasites grouillants, mélopées sahéliennes et guitares revêches, violon et qanûn agrafés à l’ossature, saxophone en roue libre et par dessus, le concert des voix. Ici tout s’enchevêtre et s’amalgame dans un nœud gordien bien difficile à trancher. Déconstruit, disloqué et hérissé d’angles seyants mais aussi tout le temps séduisant, Anarchist Republic Of Bzzz pose un pied dans l’Orient et l’autre dans l’Occident et refuse de choisir entre les deux, tout autant produit de l’un que de l’autre. Dans l’exacte trajectoire de l’éponyme inaugural de 2012 mais déjà ailleurs, United Diktatürs of Europe porte bien haut ses contradictions et son goût pour l’oxymore. Ici, on repasse les contours du « Jardin des délices » de Bosch au feutre vert fluo, on bouffe du pop-corn en scrutant des suppliciés aux couleurs criardes, on n’a pas peur d’organiser l’Anarchie en République et de confier ses divers ministères à un Administrateur Général qui fait d’ailleurs très bien son boulot. Seb el Zin (from ITHAK entre autres projets) n’a pas son pareil pour mettre un peu d’ordre dans le chaos : on pourrait n’y rien comprendre et c’est tout l’inverse qui se produit. Le disque est un beau bordel très organisé, les voix - Mike Ladd, Juice Aleem et Rojda Senses - se partagent les morceaux sans jamais tirer la couverture à elles et leurs interventions sont également déterminantes. On confie la freeture à Archie Shepp - pourquoi se priver ? - et on pose eRikM aux turntables. On emprunte le violon de Timba Harris aux Master Musicians Of Bukkake - autres glorieux allumés - et on laisse Arto Lindsay faire ce qu’il fait le mieux : du Arto Lindsay. Chacune et chacun tout(e) entie(è)r(e) dévoué(e) à la République Anarchiste et au Bzzz. Car c’est bien là sans doute l’une des multiples réussites de United Diktatürs of Europe : ne jamais sonner comme une réunion de mercenaires mais comme un groupe. Le collectif absorbe les apports de chacun et se construit en mélangeant le tout, ne sonne comme aucun de ses membres pris séparément tout en faisant en sorte d’immédiatement les reconnaître. On pouvait craindre un patchwork fragile aux coutures factices et trop apparentes, il n’en est rien. Tout ce petit monde montre au contraire une cohésion d’ensemble qui empêche les morceaux de se déliter.


Dès lors, United Diktatürs of Europe se montre sacrément bien construit et souvent jubilatoire. Pour preuve, ce Respect The Eye ouvrant le disque : faussement décontracté, tout à la fois abstrait et prototypique, il met en avant le jeu hypnotique des darboukas - Onur Secki et Ismail Altunbas - et les circonvolutions ahurissantes de la basse - Luc Ex. Sur cette matière rythmique extrêmement plastique viennent se greffer saz électrique - Murat Ertel - guitares barbelées, bruits parasites, ténor rampant et flow increvable. C’est tout à la fois bucolique et urbain, berbère et no-wave et ça délocalise n’importe quelle skyline occidentale sur les hauteurs de l’Atlas. Les autres morceaux participent eux aussi à cette tectonique qui précipite le sud dans le nord mais en agençant différemment les interventions de chacun, la variété est de mise. La musique d’Anarchist Republic Of Bzzz est ainsi bien plus qu’une formule réitérée à l’envie et les émotions qu’elle manipule sont multiples. Pour un Dark Mirrors sombre et désespéré ou un Uzis On Perimeter qui balance ses bastos à qui mieux mieux, on trouvera par exemple un Tropic Of Interzone abstrait et complètement disloqué ou, plus loin, un Jello Pudding Pops encore plus déconstruit, sonnant tous deux comme des archétypes ethno-noise qui attirent bien plus qu’ils n’agacent. Et puis, il y a Scream, planqué en toute fin, formidable cut-up punk et déglingué de sept minutes torpillé en son milieu par des guitares féroces et un charivari de percussions en surchauffe. Bref, le collectif ne cesse d’expérimenter et se montre métamorphe tout en ayant une identité bien marquée. Il ne laissera pourtant personne sur le bord du chemin puisqu’il y a toujours quelque chose ici ou là qui vient arrondir les angles lorsqu’on est trop largué (les rondeurs de la basse, le bégaiement adhésif des percussions, l’élégance du ténor) ou qui les rend au contraire plus contondants lorsqu’on s’est enfin acclimaté (les vrilles du soprano ou du violon, les stridences parasites ou celles des guitares). La tiédeur n’est pas de ce disque, il ne ronronne jamais. Ajoutez à cela l’habillage graphique de Kiki Picasso - Minister of Propaganda comme sur le premier - et l’on obtient un objet aussi beau et magnétique qu’impitoyablement retors.

Politique, fragmentée tout autant que cohérente, il semblerait bien que l’Anarchist Republic Of Bzzz puisse faire la nique aux crétins obscurantistes et aux réactionnaires de tout poil en imposant simplement, sans haine et sans violence, sa vision. Celle d’un art militant mais jamais dogmatique ni assommant.

Grand.


Chroniques - 17.12.2016 par leoluce
 



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