Entretiens à Twin Peaks : #41 - Beajn

Retrouvez chaque semaine dans nos pages les interviews de quelques-uns des contributeurs à la future compil’ Twin Peaks d’IRM. Et c’est aujourd’hui l’un des artistes que nous aimons considérer comme l’un des plus sous-estimés du paysage musical actuel qui nous fait le plaisir de répondre à nos questions.

Adepte de sonorités électroniques oniriques, Beajn livrait l’an passé un Eclipse qui, bien que plus sombre et produit dans la douleur, constituait le parfait successeur du Naeco initial sorti tout juste une olympiade plus tôt.

L’ambient du Floridien se veut toujours éthérée et cotonneuse, inspirée par les différents éléments - à un Naeco aquatique répondait ainsi un Eclipse plus venteux - et promet à l’auditeur un voyage introspectif au cœur de ses rêves les plus profonds.

Ces hymnes au lâcher-prise trouvent finalement un écho avec les nombreux centres d’intérêt de l’Américain, parmi lesquels figurent évidemment Twin Peaks et le personnage de James Hurley qui lui a inspiré le transcendant morceau qu’il réserve à notre compilation.




L’interview



IRM : Comment résumerais-tu ton rapport à Twin Peaks ? A l’univers de Lynch en général ?

Beajn : Quand j’ai commencé à regarder Twin Peaks, je n’ai pas immédiatement accroché, ça avait juste l’air d’être une série à énigme datée, je pense que c’est finalement l’humour qui m’a le plus attiré, l’Agent Cooper en particulier. J’ai immédiatement reconnu l’acteur Kyle MacLachlan via son rôle du maire dans Portlandia, ce personnage m’a toujours fait rire. C’est juste un type maladroit.
En fin de compte, je pense que l’un des aspects de la série dans lesquels que je me reconnais le plus, c’est sa façon ludique de tromper le spectateur, dans une scène vous avez droit à un dialogue mielleux et en un instant le ton a complètement changé pour laisser place à l’horreur ou à un mystère dérangeant.
Quant à David Lynch, regarder ses films c’est comme être dans un rêve. Quelque chose se produit et plus rien n’est rationnel, "irréel" je pense est le meilleur terme pour résumer son œuvre.

Ton personnage préféré dans la série ?

Difficile à dire, tous les agents du FBI sont divertissants et constituent probablement pour moi quelques-uns des points culminants de la série. Albert Rosenfield interprété par feu Miguel Ferrer pourrait être mon choix. Ses saillies sont hilarantes et tranchent joliment avec le ton des autres personnages.

Une scène qui t’a particulièrement touché... ou fait flipper ?

Eh bien, j’ai toujours l’agent Rosenfield à l’esprit et je pourrais bien opter pour sa sortie quand il explique à Truman quel genre de personne il est. On ne sait jamais vraiment comment les gens se voient eux-mêmes. Comme le dit Cooper, « le chemin d’Albert est étrange et difficile ».

Tu as enregistré un morceau pour notre future compilation Twin Peaks, quel aspect de la série t’a inspiré ?

Eh bien, quand j’ai commencé, je n’étais pas sûr dans quelle direction emmener le morceau. J’ai essayé quelques idées et elles ont fini par sonner trop moderne, j’ai donc fini par intégrer quelques sonorités d’un Alesis QS6 et d’un Yamaha MM6 qui étaient inspirants pour moi. Ce n’est vraiment qu’en commençant à travailler sur les percussions que j’ai eu l’idée de le centrer sur James Hurley.
J’ai commencé à me concentrer sur l’idée qu’il s’agissait d’une ballade ironique à synthés des années 80 que James pourrait écouter en chevauchant sa Harley-Davidson Electra Glide 1975 en pleine crise d’adolescence. C’est un type de son différent que je n’avais jamais essayé, mais j’ai eu beaucoup de plaisir à faire ce morceau, j’ai sûrement affiché le sourire le plus stupide quand j’ai finalement obtenu les percussions que je voulais.

Tu as eu vent de quelques-uns des musiciens impliqués dans ce projet. Duquel es-tu le plus curieux d’entendre la contribution ?

Beaucoup de musiciens talentueux sont impliqués, mais si je devais en choisir un ce serait probablement LPF12. De ce que j’en connais, sa musique couvre une large palette et je suis curieux d’entendre quelle direction il a pris pour sa contribution.


Un album vers lequel tu reviens quand il te faut ta dose de Garmonbozia ?

C’est probablement la question à laquelle il m’est le plus difficile de répondre. GY !BE, Shlohmo, George Winston, Tycho, Explosions in the Sky et Modest Mouse sont tous mes choix de prédilection quand j’ai besoin de quelque chose qui provoque de fortes émotions..
Pour faire référence au Garmonbozia en tant que "douleur et tristesse", ce serait probablement F# A# (Infinity) par Godspeed You ! Black Emperor. Je ne suis pas sûr qu’il y ait une chanson capable de me remplir la tête avec des paysages plus désolés que Dead Flag Blues.
S’il devait y avoir une chanson pour la fin de toutes choses, ce serait celle-là.

En 2016, tu as réalisé Eclipse, un long-format succédant à Naeco. Quelques mots à ce propos ? D’autres projets sur les rails ?

Eh bien, c’était la première fois que je produisais une deuxième sortie sous le même nom. J’étais personnellement très fier de Naeco en tant que tout premier album et je voulais quEclipse aussi réussi que possible. J’ai également eu quelques problèmes techniques lors d’une sauvegarde et presque corrompu tous mes travaux antérieurs, heureusement j’ai été en mesure de les récupérer en un mois environ.

Quant à l’album lui-même, je suis plutôt satisfait de l’ensemble. Tous les morceaux n’ont pas autant de signification personnelle que ceux de Naeco, mais cette fois-ci j’étais beaucoup plus concentré sur l’évolution de mon son et de mes techniques. J’ai reçu des commentaires positifs de la part de gens à qui j’avais parlé de ma musique et même fait quelques ventes bien que l’album soit disponible gratuitement, donc j’ai dû réussir mon coup. En fin de compte ceci dit, je fais de la musique pour moi, c’est un soulagement créatif pour moi qui m’aide à m’exprimer ou à me détendre.
Je suis impatient de sortir quelque chose de neuf sous un pseudonyme différent, Aphant. Je suis en train de terminer le mixage de certains des morceaux et j’en suis toujours à décider lesquels je souhaite garder ou non.

Le son est similaire à celui de Beajn mais pourrait être décrit comme plus enlevé ou lumineux, il y a définitivement des morceaux que j’avais ressenti le besoin de sortir en tant que Beajn mais que j’ai finalement gardés pour cet album. Après cet album, mon objectif principal sera d’ajuster mon matériel sonore, je voudrais que le processus soit plus rationalisé et accessible qu’il ne l’est actuellement, je pense aussi à investir dans certains outils pour améliorer encore le son de mes productions.


Beajn sur Bandcamp / Facebook / Soundcloud




Original english version



IRM : How would you describe your relationship with Twin Peaks ? With the work/world of David Lynch in general ?

Beajn : When I started watching Twin Peaks I wasn’t immediately hooked, it just seemed to be a dated "whodunit ?" series, the humor is what I think eventually drew me in the most, Agent Cooper in particular. I immediately recognized the actor Kyle MacLachlan as the mayor from the show Portlandia, his character in that always made me laugh. He’s just a goofy guy.
In the end I think the one aspect of the show I recognize the most is how playfully deceiving it is, one scene you have some cheesy dialogue and the next thing you know the tone has completely transformed into uneasy mystery or horror.
As for David Lynch, watching his work is like having a dream. Something happens and nothing is rational at all, surreal I think is the best word to sum up his work.

Your favorite character in the series ?

Tough to say, everyone in the FBI is entertaining and are probably some of the biggest highlights of the show for me. Albert Rosenfield played by late Miguel Ferrer might be my pick. His line delivery is hilarious and is a welcomed change in tone from the rest of the characters.

A scene that particularly moved - or scared - you ?

Well, I still have Agent Rosenfield on my mind and I might have to go with his exit when he’s talking to Truman and explaining what kind of person he is. You never really know what kind of person someone sees themselves as. As Cooper says "Albert’s path is a strange and difficult one".


You recorded a track for our forthcoming Twin Peaks compilation, what aspect of the series inspired you ? Any anecdote about that ?

Well, when I began I wasn’t sure of what direction to take the track. I tried a couple of ideas and they ended up sounding too modern so I ended up incorporating some sounds from an Alesis QS6 and a Yamaha MM6 which were inspiring. It really wasn’t until I began working on the drums that I was drawn to the idea of it being centered around James Hurley.
I started to focus on the idea of it being an ironic 80 synth ballad which James might listen to while cruising on his 1975 Harley-Davidson Electra Glide in a fit of teen angst. It’s a different kind of sound I’ve never tried but I had a lot of fun with it, I must’ve had the dumbest grin when I got the drums the way I wanted them.

You heard about some of the musicians involved in this project. Which one are you the most curious to hear the contribution from ?

There’s a lot of talented musicians involved, but if I had to choose one it would probably be LPF12. His music has a lot of range from what I’ve heard and I’m interested to hear what direction he takes for his contribution.

An album you often listen to when you need all your Garmonbozia ?

This is probably the most difficult question to come up with an answer for. GY !BE, Shlohmo, George Winston, Tycho, Explosions in the Sky and Modest Mouse are all my main go-tos if I’m seeking something that invokes strong emotions.
If I was referring to Garmonbozia as “pain and sorrow” it would probably be F# A# (Infinity) by Godspeed You ! Black Emperor. I’m not sure if there’s another song that fills my head with more desolate scenery than Dead Flag Blues.
If there is a song for the end of all things it would be that.

In 2016 you released Eclipse, the follow-up to Naeco. A few words about it ? Some other projects on the way ?

Well, it was the first time I produced a second release under the same name. I was personally really proud of Naeco as my first album ever and I wanted to make Eclipse as good as possible. I also had ran into some technical issues during a backup and nearly corrupted all my past work, fortunately I was able to recover it all over the course of a month or so.

As for the album itself, I’m pretty happy with it overall. Not every song has as much personal meaning as the ones from Naeco, but this time I was much more focused on evolving my sound and techniques. I’ve gotten positive feedback from the people who I’ve talked to about my music and even made a few sales even though it’s available for free so I must be doing something right. In the end though, I make music for myself, it’s a creative release for me and helps me express myself or unwind.
I’m looking forward to releasing some new stuff under a different name called Aphant. I’m finishing up the mixing for some of the tracks and still trying to figure out what songs I want to keep on it or not.

It has a similar sound to Beajn but might be described as more upbeat or brighter, there are definitely tracks which I’ve felt a need to just release under Beajn but have saved them for this album. After this album my main focus is to adjust my production setup, I want the process to be more streamlined and accessible than it is currently, I’m also thinking about investing in some tools to further improve my production sound.




Un grand merci à Beajn. Son morceau intitulé Brood paraîtra sur notre compilation Twin Peaks au printemps.


Interviews - 07.03.2017 par Elnorton
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