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Live Report : Tropic of Cancer (La Route du Rock, 22 Février 2017) | Indie Rock Mag

Live Report : Tropic of Cancer (La Route du Rock, 22 Février 2017)

Pour l’ouverture officielle de cette édition hivernale de la Route du Rock qui verra notamment Omni et Tim Darcy à l’Antipode le lendemain, puis Teenage Fanclub ou The Limiñanas à la Nouvelle Vague les jours suivants, c’est Tropic of Cancer que nous avions l’honneur de découvrir à la Chapelle du Conservatoire.

A vrai dire, nous avions déjà pu goûter un parfum de Route du Rock il y a quelques semaines à la bibliothèque des Champs Libres, dans le cadre d’une après-midi baptisée Les Champs Electriques où se mêlaient expositions de photos prises durant certaines éditions du festival, retransmission d’extraits captés lors des années précédentes, concerts donnés sur place (notamment par La Féline et Etienne Jaumet qui a également assuré un exposé sur l’usage et l’évolution des synthétiseurs) sans occulter le marathon de huit mini-conférences assurées par Christophe Brault autour de disques de Dj Shadow, Blur, The Cure, My Bloody Valentine ou Portishead, tous déjà venus au fort.

Bref, après la réussite de cette soirée dominicale, c’était donc à la Chapelle du Conservatoire que se retrouvaient les nombreux aficionados du festival. Dans cette enceinte à dimension humaine où s’était distingué il y a quelques années Les Marquises ouvraient Romain Baousson (Bikini Machine) et huit de ses acolytes, trois fidèles et cinq élèves du conservatoire du Rennes. Au programme, trois compositions originales autour du mouvement tropicália et de la musique brésilienne, ainsi que plusieurs reprises, parmi lesquelles un titre de Os Mutantes et le remarquable The Bottle de Gil Scott-Heron dans une version assez fidèle à l’originale mais peut-être encore plus rythmée et remplie d’allégresse.

Une formidable ouverture pour la reine de la soirée donc, bien que le thème choisi ne manque pas d’ironie. En effet, en dépit de son nom, les compositions de Tropic of Cancer empruntent à différents mouvements, mais sans doute pas au tropicália. Ainsi, Camella Lobo – assistée à la programmation et à la guitare par une musicienne – dessine des odes traînantes où sa voix est étouffée par l’ensemble façon shoegaze, tandis qu’une cold-wave rappelant The Cure côtoie des compositions ambient, orientation toutefois peu exploitée sur scène au regard de sa discographie, les boîtes à rythmes synthétiques s’invitant sur chacun des titres joués ce mercredi.

Un an et demi après la parution de l’EP Stop Suffering, et alors que son seul long format – Restless Idylls – date déjà de septembre 2013, Tropic of Cancer ne se contente pas d’appliquer une recette, et c’est ce pourquoi chacune de ses sorties doit prendre le temps d’être mûrie. Pour autant, dans l’enceinte de la Chapelle – un lieu christique pour accueillir ces incantations élégiaques hantées – Camella Lobo ne cherche pas à diversifier son propos, et les esprits les plus distraits quittent la salle après quelques dizaines de minutes.

C’est qu’il faut être pleinement concentré pour apprécier ce genre de prestation où, pour en terminer avec les classifications par genre, Tropic of Cancer lorgne vers l’électro voire l’IDM pour cette capacité à dérouler un thème a priori identique mais chargé de nuances. On ne sait pas pourquoi l’envie de se dandiner – légèrement – apparaît. Le son produit recèle un caractère glauque dont le spectateur se satisfait rapidement. Sans vouloir faire une fixation sur cette thématique mise en avant dans nos colonnes ces derniers temps, il y a du vrai dans l’affirmation du NPR considérant le son de Tropic of Cancer comme « le type de musique d’ambiance que vous pourriez entendre en arrière-plan d’un épisode de Twin Peaks ».


L’aspect psychédélique de la musique du duo n’a en tout cas pas pour vocation de voir ses sens se décupler pour jouir de la vie. Il s’agit plutôt d’oublier le potentiel morbide de cette dernière. Un exercice dans lequel excelle Camella Lobo puisque le public s’abandonne rapidement à elle dans une atmosphère où s’impose l’éloge de la lenteur. On ferme les yeux, bien aidés en cela par la pauvreté des visuels et du jeu de scène, qu’on aimerait croire réfléchis pour produire cet effet.

En réalité, la vacuité du jeu de scène pourra agacer : de l’absence de complicité entre les musiciennes – on perçoit même du défi dans le regard de Camella Lobo lorsqu’elle demande à sa compère de lancer les boucles sur son Mac – à la froideur de la sortie de scène où la chanteuse se contente d’un « merci, au revoir » en français dans le texte, avant de s’esquiver furtivement tandis que les boucles achèvent de tourner sur une scène devenue déserte. Les applaudissements nourris n’y changeront rien, le public incrédule quitte la salle sans même avoir droit au rappel qu’il estimait avoir mérité. Frustrant, mais révélateur du fait que le cocon rugueux et tellurique proposé par l’Américaine était si agréable que le public en redemandait.

En bref, pour ouvrir cette édition de la Route du Rock, Tropic of Cancer a donc fourni une prestation extrêmement clivante : assommante pour les moins rôdés à ces sonorités, fascinante pour ceux qui seront entrés en phase avec l’Américaine dont l’univers est décidément atypique au sein du paysage musical contemporain. En ce sens, il aurait été vraiment dommage de manquer l’opportunité d’assister à une telle prestation.


Articles - 23.02.2017 par Elnorton
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