Mammút - Kinder Versions

Une sortie par olympiade. Tel semble être le rythme de production auquel s’astreint le quintet Mammút depuis leur deuxième album Karkari sorti en 2009 et Komdu Til Min Svarta Systir en 2013.

1. We Tried Love
2. Kinder Version
3. Bye Bye
4. The Moon Will Never Turn On Me Voir la vidéo Mammút - The Moon Will Never Turn On Me (Official video) - YouTube
5. Breathe Into Me Voir la vidéo Mammút - Breathe Into Me
6. Walls
7. What’s Your Secret ?
8. Pray For Air
9. Sorrow

date de sortie : 14-07-2017 Label : Bella Union

Quatre ans plus tard, Kinder Versions voit les Islandais opter pour la langue de Shakespeare quand il s’agit de baptiser leur disque. Une première pour un long format. En 2015, River’s End, un EP comprenant les versions anglaises d’une sélection de morceaux, laissait entrevoir le tournant entrepris par le groupe.

Oscillant toujours entre post-punk et trip-hop, mais s’approchant peut-être plus encore que par le passé de ce second versant, les cinq islandais convoquent une atmosphère neurasthénique dont ne se départissent jamais les neuf compositions finement produites.

A l’instar du clip de Breathe Into Me, enregistré sur leurs téléphones portables lors d’une pause récréative au milieu de la neige séparant deux prises, Mammút est en permanence pris entre deux tentations diamétralement opposées. La volonté d’écouter ses envies se heurte ainsi à quelques névroses obsessionnelles conduisant le quintet à toujours vouloir rendre une copie impeccable.

Une base brute sublimée par un travail acharné, en somme. Entre nonchalance et stakhanovisme, Mammút balance toujours. C’est aussi la preuve que le groupe ne veut céder à aucune compromission, comme l’illustre Walls, dont le chant sur le fil vient défier avec force les guitares électriques au fur et à mesure de ce titre hautement addictif.

La voix de Katrína Mogensen, évoquant assez clairement celle de sa brillante aînée et compatriote Björk, contribue aussi à augmenter l’ampleur du panel émotionnel qui se dégage de ces neuf titres tutoyant parfois cette grâce électrique, à l’instar des guitares enflammées à la réverbération syncopée de Pray For Air. Jusqu’à présent, les non-islandophones ne comprenant pas les paroles, cette voix était le principal point d’entrée vers un univers que nous imaginons tourmenté au regard des prestations live des précédents opus - l’interprétation de Katrína flirtant toujours avec l’intensité musicale produite par ses acolytes Alexandra, Ása, Arnar et Andri.


De la nostalgie se dégageant des cordes frottées de The Moon Will Never Turn On Me à la tristesse de la ballade Sorrow dominée par les synthés, la spiritualité dans son sens le plus large semble hanter ce disque. Sans oublier l’espoir incarné par We Tried Love, sa rythmique aussi martiale qu’abrasive et sa voix possédée, soutenue par un chœur fantomatique.

Passant sans complexe d’une structure à la limite du trip-hop à une ballade pop aérienne presque édulcorée, ce titre est l’illustration du mélange de styles que le groupe est capable de proposer sur ce disque, qui est peut-être le descendant le plus abouti du Post de Björk. Ceux qui n’ont pas su apprécier le – pourtant fascinant – virage plus expérimental emprunté par l’Islandaise il y a une quinzaine d’années pourraient donc bien trouver leur bonheur dans les embardées de pop glaciales concoctées par Mammút sur ce Kinder Versions qui ne semble pas assez épais pour accueillir toutes les idées fourmillant dans les cerveaux des cinq artistes. La marque des grands disques, assurément.


Chroniques - 14.07.2017 par Elnorton, spydermonkey
... et plus si affinités ...
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