Le streaming du jour #1671 - Godspeed You ! Black Emperor - ’Luciferian Tower’

Revenu d’entre les morts en 2012 avec ’Allelujah ! Don’t Bend ! Ascend ! après un hiatus d’une décennie pour récidiver trois ans plus tard avec le déjà mémorable Asunder, Sweet And Other Distress, Godspeed You ! Black Emperor semble avoir retrouvé son rythme de croisière. En effet, en plus d’une tournée durant laquelle ils se produiront en France en octobre, c’est un nouveau long-format que les Canadiens dévoileront le 22 septembre prochain.

Intitulé Luciferian Tower, celui-ci s’ouvre sur les drones lugubres de Undoing A Luciferian Towers, trait d’union avec Asunder, Sweet And Other Distress dont deux des quatre morceaux étaient dominés par ce même type de sonorités électriques traînantes. Ces drones s’étirent donc, forment des boucles, ensorcellent l’auditeur et quand réapparaît le violon survolté de Sophie Trudeau aux trois quarts du titre, à défaut d’explosion, c’est une extase qui se fait ressentir, les cordes répondant aux vents joués par les invités Bonnie Kane et Craig Pederson.

Plus atmosphérique, Bosses Hang voit les rythmiques prendre du recul. La stridence et la résonance des guitares constituent les piliers de ce titre soutenu par des cordes plaintives atteignant leur paroxysme émotionnel sur Pt. II.

Dans ses communiqués de presse, le groupe nommait son attrait pour "les fausses notes qui explosent" et "les murmures silencieux dirigés vers le ciel". Fam/Famine en est probablement l’exemple le plus éloquent, les accords stridents à la limite de la justesse se confondant dans une élégie bipolaire.

Restent les trois parties d’Anthem For No State, Pt. I, à la fois pierre angulaire et point final de ce long-format. La formule ne change pas sur la forme et les cordes emplies d’un spleen tantôt révolté tantôt survolté s’enroulent autour de guitares aux effets de larsens aussi massifs que subtils. Comme souvent avec les Canadiens, il est question de montées en puissance qui laissent l’auditeur groggy après le maelstrom tout en le maintenant conscient en étirant les compositions. Comme un prédateur qui souhaiterait jouer plus longtemps avec sa proie avant de l’achever définitivement.

Ensanglanté et révolté, Luciferian Tower ne marque donc pas une rupture dans la discographie de GY !BE. Il faut dire qu’au regard des thématiques au sein desquelles il puise depuis toujours son inspiration - de l’anticapitalisme à la cause environnementale - le groupe n’a que l’embarras du choix pour actualiser sa vindicte. Sur le plan musical, l’électricité traînante des boucles de guitare, les batteries de Timothy Herzog et Aidan Girt ainsi que les cordes incandescentes constituent toujours la trame principale des sonorités d’un groupe qui, de manière toutefois moins significative que sur Asunder, Sweet And Other Distress, assoit la place essentielle que tiennent désormais les drones dans sa musique.

L’excellent Luciferian Tower s’écoute en avant-première sur le site de NPR.


Streaming du jour - 19.09.2017 par Elnorton
... et plus si affinités ...
Godspeed You ! Black Emperor sur IRM - Site Officiel