Godspeed You ! Black Emperor - Asunder, Sweet And Other Distress

Allelujah ! Don’t Bend ! Ascend ! ne constituait pas une déception. Pour autant, dix ans après un Yanqui U.X.O. qui s’est affirmé, avec Lift Your Skinny Fists Like Antennas To Heaven, comme le chef-d’œuvre du collectif Canadien, ce dernier semblait légèrement marquer le pas.

1. Peasantry or ‘Light ! Inside of Light !’
2. Lambs’ Breath
3. Asunder, Sweet
4. Piss Crowns Are Trebled

date de sortie : 31-03-2015 Label : Constellation

Rien d’alarmant, toutefois. Pas poussif pour un sou, plus heavy et rageur que jamais, Allelujah ! Don’t Bend ! Ascend ! s’offrait même le luxe de s’imposer en première place de notre bilan annuel. En l’état, considérer un tel opus comme mineur au sein d’une discographie en dit long sur l’estime que l’on porte au combo nord-américain.

Trois ans plus tard, la bande surprend en annonçant, fin février, la sortie imminente d’un sixième album. Trop d’attentes pour un collectif désormais surestimé ? C’est ce que redoutaient certains fans d’Efrim Menuck, les mêmes que ceux qui conspuaient l’an passé le Fuck Off Get Free We Pour Light on Everything de Thee Silver Mt Zion Memorial Orchestra.

Probablement conscients du mélange d’enthousiasme et de crainte généré par cette nouvelle sortie, les Canadiens reprennent, sur le Peasantry or ‘Light ! Inside of Light !’ introductif, les choses là où l’opus précédent les avait laissées. Toutefois, plus le morceau évolue, et plus les gimmicks utilisés évoquent Lift Your Skinny Fists Like Antennas To Heaven. GY !BE attaque ce disque en se plaçant à la croisée des chemins, conjuguant l’univers qui était le sien il y a quinze ans, lorsqu’il dominait sans partage la sphère post-rock ainsi que la révolte et la torpeur qui ont précipité leur retour il y a trois ans

Lambs’ Breath permet néanmoins d’affirmer que le groupe va plus loin. Oh, certes, utiliser des drones et bourdonnements en 2015 n’est plus une entreprise particulièrement périlleuse. Ils nous avaient d’ailleurs déjà fait le coup sur le disque précédent. Pour autant, les Montréalais ne cèdent pas ici à une mode. Ces drones, ce sont les leurs. Ils prennent tout leur sens sur cet opus. Survoltés bien qu’étouffés, ils ne sont pas sans rappeler les sonorités de Yanqui U.X.O.. En ce sens, ils en constituent une forme de continuité. On attend d’ailleurs en permanence l’intégration d’un sample de spoken word issu de l’univers militaire.

En vain. Celui-ci ne viendra jamais, comme un symbole de ce qu’est Asunder, Sweet And Other Distress. Pas de grande révolution technique - malgré la confirmation de l’utilisation accrue de drones qui, même étirés sur dix minutes, se renouvèlent et captivent - l’essentiel est ailleurs. Godspeed joue sur l’inattendu. Cordes en contrepoint et crescendos étouffés poignants accompagnent les explosions engendrées par l’unisson des riffs de guitare. Plus que jamais, la nuance est l’un des maîtres-mots de cette nouvelle livraison discographique.

Faisant la part belle aux cordes, Asunder, Sweet confirme d’ailleurs cette évidence : en trois ans, quelque chose a changé. L’urgence (paradoxale pour un disque sorti dix ans après son prédécesseur) et la radicalité de Allelujah ! Don’t Bend ! Ascend ! laissent place ici à une forme évidente de tristesse et à une prise de recul. S’il s’agit de pessimisme, celui-ci est toutefois très modéré. On a ici à faire à une formation qui ne baisse pas les bras bien qu’elle ait conscience de se battre avec des armes moins efficaces que celles de ses assaillants. Bien que moins révolté, Asunder, Sweet And Other Distress est l’album d’un groupe qui n’a pas renoncé à lutter.

Godspeed a encore bien des choses à dire. Son regard sur le monde ne cesse d’évoluer, son humeur et la teneur de ses compositions également. Il aura fallu se chauffer avec un opus de transition pour que cela devienne particulièrement prégnant, comme une réponse aux (rares) détracteurs qui doutaient précisément de ce que pouvait encore avoir à dire le collectif dix ans après ses derniers soubresauts.

Avec Piss Crowns Are Trebled, le clou est enfoncé. Les musiciens marient merveilleusement les cordes qui conféraient à Yanqui U.X.O. sa beauté intrinsèque à la complexité d’une structure entremêlant les couches sonores. La puissance mélodique est toujours aussi massive. Loin de se réduire aux drones de Lambs’ Breath, les instrumentations voient le groupe effectuer un incroyable grand écart au cours de ces quarante minutes et ce sans concéder la moindre rupture.

Comment a-t-on pu douter de l’évidence du retour de Godspeed You ! Black Emperor ? Alors que l’on attendait du collectif, au choix, qu’il enterre définitivement le post-rock en passant à autre chose, ou qu’il le transcende en sortant une nouvelle pierre angulaire du genre, le voici qui s’offre le luxe d’allier ces deux options avec majesté et inspiration.

Asunder, Sweet And Other Distress a des allures de futur classique, tout simplement, et vient confirmer l’incroyable génie de Godspeed You ! Black Emperor.

Vous pouvez écouter le disque en streaming sur le site du Guardian.

Chroniques - 24.03.2015 par Elnorton
 

Voir la vidéo Godspeed You ! Black Emperor - Peasantry or ’Light ! Inside of Light ! (excerpt)Godspeed You ! Black Emperor - Peasantry or ’Light ! Inside of Light ! (excerpt)

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