Girls Pissing On Girls Pissing / Looks Like Miaou - Girls Pissing On Girls Pissing / Looks Like Miaou

Girls Pissing On Girls Pissing rencontre Looks Like Miaou le temps d’un split remarquable.

1. Where Their Worm Dieth Knot (gpogp)
2. Blight (gpogp)
3. Out Of Zone (gpogp)
4. Blistering Day (llm)
5. Nagging Arms Crossed (llm)
6. Swell Up (llm)
7. Inspectionism (llm)

date de sortie : 20-02-2015 Label : Katatak/L’Entorse/Tendresse

Partons de l’essentiel : il s’agit d’un split homogène et ces titres gravés sur les faces A et B devaient obligatoirement se rencontrer. Les deux groupes qui ferraillent ici ont beaucoup de points communs. À commencer par leur goût immodéré pour l’écorché et la sécheresse. Pour les hématomes aussi. À l’écoute de ces sept titres angulaires, l’épiderme se retrouve bien vite recouvert d’estafilades et le sang suinte, pas beaucoup certes, mais suffisamment pour qu’un teint blafard vienne envelopper la carcasse. Ça, c’est pour l’extérieur. Mais l’intérieur ne se porte pas beaucoup mieux. La musique s’empare des idées bien droites qui passent par là et les transforme en lignes brisées. Le cortex se reconfigure, adopte une forme hérissée et un oursin bien noir finit par grossir dans la tête, poussant les os du crâne. Sept morceaux qui nous envoient dans l’éther puis sous l’eau, contempler la houle qui vit au-dessus.

On exagère à peine.

Sept morceaux contondants donc et surtout très secs. Car Girls Pissing On Girls Pissing et Looks Like Miaou se contentent de peu : une guitare pelée et divagante, un tapis électronique de guingois, quelques claviers et quelques instruments à vent pour rehausser le squelette et l’habiller de chair minimaliste. Et, qu’il s’agisse des uns ou des autres, un spleen profond qui tourne parfois à la tristesse exacerbée précipitant les compositions au fond du trou. Mais de manière toutefois différente. C’est vrai qu’on pourrait avoir l’impression, à tout relire, que les deux groupes sont interchangeables. Il n’en est rien. Ils se nourrissent certes de la même noirceur austère mais l’expulsent différemment. Girls Pissing On Girls Pissing est sans doute un poil plus arraché et Looks Like Miaou, un brin plus sépulcral et cela suffit à rendre la face A dévolue aux Néo-Zélandais légèrement plus brutale que la B même si, partout, le froid prédomine. On mettra cette nuance sur le compte de la voix, plus souvent criée chez Girls Pissing On Girls Pissing et parlée chez le duo bruxellois.

Trois titres pour les uns, quatre pour les autres et surtout cette impression qu’ils durent indéfiniment, que leur ossature disloquée en vient à tordre également le temps et que les minutes finissent par se compter en heures. Comme si les deux groupes jouaient des émotions bien plus que des instruments. Qu’il y ait un début et une fin importe peu devant ce que tout cela provoque et une fois que les morceaux nous ont envoyés valdinguer à l’intérieur de nos hématomes, on reste concentré sur les paysages décharnés qui se dessinent derrière les yeux en oubliant que les titres continuent à défiler. Ce qui, encore une fois, montre l’homogénéité susmentionnée, bien qu’elle soit essentiellement due à l’atmosphère commune qu’exhale la musique des deux groupes. L’ensemble se pare d’une telle élégance que l’on en vient à converser de plus en plus souvent avec ses idées noires, ce qui relève de la gageure quand on sait que les Néo-Zélandais et les Bruxellois ne font rien pour arrondir les angles.


Pour commencer, Girls Pissing On Girls Pissing assène Where Their Worm Dieth Knot et on a déjà entendu entame plus accueillante. La voix crisse et racle, elle semble venir de loin, d’un territoire sombre et souterrain où s’égaient une multitude de bombyx pas drôles. En sortant ainsi en pleine lumière, ils se réfugient bien vite dans nos tripes et l’on devient captif. Un tissu décharné où cor et clarinette mènent la valse triste et se déploient sur un parterre de percussions tribales. C’est simple et simplement beau, plus tard la guitare et encore plus la voix entachent le tout de zébrures corrosives. Mais ça reste élégant et triste. Blight calque ses pas sur les mêmes empreintes, la clarinette décrit une trajectoire descendante, la voix féminine devient fatiguée, le morceau l’est tout autant et on l’est aussi. Les pensées sont déjà parallèles à ce que l’on entend. Le spectre des Banshees vient hanter un Out Of Zone déjà bien habité. Les cris étranglés répondent à la diction languide du couplet. Girls Pissing On Girls Pissing est sidérant exactement.

Un moment, on se dit que Looks Like Miaou va forcément pâlir de la comparaison mais au terme de leurs quatre titres, on voit bien que si l’on avait commencé par eux, on se dirait la même chose de ceux de Girls Pissing On Girls Pissing. Ce que l’on entend d’abord, c’est le bourdon morbide des claviers qui s’oppose aux notes graciles de la guitare. La boîte à rythmes pelée s’oppose quant à elle au velouté de la voix. L’ensemble est minimaliste mais affiche une sacrée densité. Le duo, avec tous ses paradoxes, reste pourtant cohérent. Blistering Day en ouverture impressionne. Nagging Arms montant du fin fond des catacombes déploie un squelette hypnotique et tend une corde que l’on a tôt fait de se passer autour du cou. Swell Up ne fait que resserrer le nœud. Ses notes de guitare tranquilles égrainées au fil des nappes moribondes impressionnent elles aussi. Inspectionism et ses cris de pythie gothique ouvre la trappe sous nos pieds. Là aussi, on entend les Banshees, on est pourtant loin du bête hommage. Le spleen est non feint, la noirceur authentique.

Noir et blanc viennent cerner ces morceaux irradiants et la belle pochette finit par en rappeler une autre au fur et à mesure que la musique se déploie. Bien plus qu’à Siouxsie finalement, c’est à MALAÏSE que l’on pense. D’autant plus que Julien Louvet s’est occupé du mastering. La même tension véritable sous les oripeaux avachis et au final, la même fulgurance. À croire qu’en dehors de toute référence, Girls Pissing On Girls Pissing et Looks Like Miaou investissent simplement ce qu’il conviendrait sans doute d’appeler une forme de blues occidental. Une musique qui grandit à l’ombre de la crise et des inégalités, du futur moribond et de la violence sociale. Les mêmes causes pour les mêmes conséquences. Est-ce là ce qui touche autant ? Ou doit-on trouver dans cette rencontre le moteur qui exacerbe l’excellence déjà importante des deux intervenants ? Sans doute est-ce l’ensemble qui envoie tous ses frissons parcourir l’épiderme.

Katatak, L’Entorse et Tendresse réunissent leurs efforts pour faire en sorte que cet indispensable split trouve le chemin de vos neurones. Laissez-vous tenter, les voix des deux formations sont tout simplement gémellaires à la vôtre et ce qu’ils ressentent et vous font parvenir correspond précisément à ce que vous avez dans le ventre. Quant à celles et ceux qui se demandent encore de quoi l’on parle ici, ils n’avaient qu’à repérer l’acrostiche. Grands groupes, belle musique.

Chroniques - 23.03.2015 par leoluce
 


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