Chantal Acda - PŪWAWAU
Sortie le : 8 novembre 2019
À l’image de Taranga et de son oratorio spoken word en quête de communication, empruntant à la musique contemporaine de Philip Glass et Steve Reich (cf. les motifs répétitifs de vents, de percus et de vibraphone) ou de l’animiste Puoro, batucada foisonnante et hantée, le nouvel opus de Chantal Acda est une œuvre ambitieuse de réconciliation entre ancien et moderne, païen et sacré, spiritualité et instinct, atonalité de la musique contemporaine et mélodies réconfortantes (cf. le sublime et fiévreux Marama, digne des plus beaux métissages accessibles et savants à la fois du label New Amsterdam en dépit d’un dernier mouvement un brin emphatique), mais surtout de réconciliation entre les êtres qui passent et se croisent sans se voir. Qui mieux que la Néerlandaise, déjà à l’œuvre à l’intersection de la pop vocale et de l’ambient avec son projet Sleepingdog, pour viser - et atteindre - cet équilibre délicat sans rien renier de sa spontanéité folk sur un disque où sa voix, plus en avant que jamais, transmet encore plus de sérénité et d’anxiété, de confiance et de fragilité, de confusion et de conviction mêlées qu’à l’accoutumée ?
Même avec un minimum syndical de guitares en bois, du downtempo (trip-hop ?) environnementaliste aussi luxuriant qu’épuré de Tuhinga à la désarmante ballade finale Tumanako en passant par le gospel nostalgique de Waiata Tamariki, ces six pièces originellement composées pour des performances live frappent avant tout par leurs élans de vie, et sous la patte experte de Valgeir Sigurðsson aux arrangements, les chœurs du Nederlands Kamerkoor NXT qui accompagne la Belge d’adoption en tournée ajoutent encore à la mystique de cette thématique de foi en la nature également centrée sur la voix et la façon dont notre communication verbale - et désormais dématérialisée - peut paradoxalement nous éloigner au lieu de nous rapprocher, surtout en ces temps où par réseaux interposés, notre parole égocentrée et nos logorrhées d’opinions prennent ouvertement le pas sur l’écoute, malmenant encore le peu d’empathie qu’il nous reste. Essentiel !
Comme souvent avec mes classements annuels pour IRM, le format s’est imposé de lui-même : 150 albums car me limiter davantage devenait trop frustrant, et sans classification au regard des difficultés ressenties l’an dernier à devoir ranger dans des cases, toutes approximatives et malléables qu’elles puissent être, des sorties souvent (…)
Avant de passer la main à Elnorton pour le prochain podcast puis probablement de faire relâche pour quelques semaines et vous laisser le temps de digérer notre future sélection de juin, 55 minutes de coups de coeur essentiellement sortis ces jours-ci avec du trip-hop, de l’indie folk, du hip-hop, de la musique de chambre, de l’electronica/IDM, (…)

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