Mike Patton & Jean-Claude Vannier - Corpse Flower

Pour parler de cet album dont la presse mainstream a déjà abondamment parlé, couvert d’éloges, magnifié, on voulait faire une chronique mesurée, instruite, presque blasée. C’était sans compter la présence d’un troll pernicieux qui s’est subrepticement glissé dans notre texte, peu de temps avant sa publication. Toute la réserve que nous voulions assumer a disparu, laissant place à une logorrhée extatique qui ne permettra pas au lecteur scrupuleux d’obtenir une critique raisonnable. Nous vous prions de bien vouloir nous excuser pour la gêne occasionnée.

1. Ballad C.3.3
2. Camion
3. Chansons D’Amour
4. Cold Sun Warm Beer
5. Browning
6. Hungry Ghost
7. Corpse Flower
8. Insolubles
9. On Top Of The World
10. Yard Bull
11. A Schoolgirl’s Day
12. Pink and Bleue

date de sortie : 13-09-2019 Label : Ipecac Recordings

Lorsque cette collaboration avait été annoncée, il y a quelques mois, ce fut comme un miracle tombé des internets sous les yeux de milliers de fans hardcore (dont moi le Troll Pattonien) qui, pour beaucoup, partagent une double admiration pour le chanteur de Faith No More et l’arrangeur de Gainsbourg (admiration inégale quand même, faut pas exagérer, ils doivent pas être des milliers). Les voir se réunir pour produire une œuvre originale, c’était comme imaginer une collaboration entre le Père Noël et Jésus, autrement dit, c’était inimaginable ! (surtout quand on sait que le Père Noël n’existe pas !) Et pourtant, tellement évident ! Le résultat est lui aussi d’une évidence implacable : une musique sublime et étrange, un mélange de pop des sixties et de noise futuriste, moderne et inclassable. Telle est cette fleur carnivore à la beauté envoûtante et aux effluves répugnantes.

Avec Corpse Flower, le chanteur de Fantômas, Mr Bungle, Tomahawk etc. ajoute une nouvelle corde à son arc. On retrouve son goût pour le folklore local, qu’il avait déjà manifesté sur Mondo Cane, recueil de chansons pop italiennes des années cinquante et soixante, sorti en 2010. Ici, c’est en quelque sorte au folklore français qu’il s’attaque (encore plus de plaisir pour un Pattonien Français). On sait l’admiration qu’il voue à Gainsbourg depuis sa version de Ford Mustang en 1997 (sur une compilation de John Zorn). Jean-Claude Vannier, quant à lui, est surtout connu pour ses arrangements sur Histoire de Melody Nelson, même si depuis, grâce à des reprises de cette œuvre dans les années 2000, il est aussi devenu le compositeur mythique de L’enfant assassin des mouches (une préférence quand même pour Melody Nelson). Il n’est donc pas étonnant que cet album, composé par correspondance entre le sud de la France et San Francisco, se présente comme un long clin d’oeil à l’auteur de la Javannaise.

En effet, difficile de ne pas penser à ce vieux dégueulasse alco… oh, pardon ! au plus dandy des rockeurs hexagonaux, quand on entend la voix rocailleuse de Patton, au premier plan, articulant doucement des mots susurrés, les lèvres sans doute mouillant la grille qui protège la membrane du microphone (Jouissif !). Et cette alternance du français et de l’anglais ! (Encore plus joussif !) On se plaît à entendre l’américain qui s’amuse et s’applique à prononcer des mots dans la langue d’Aimé Césaire, avec une espièglerie contagieuse, en particulier le « Camion ! » (Extase !) qui donne son nom au deuxième morceau et la liste des pièces de boucherie et de plats typiquement français et viandards sur Corpse Flower (Encore plus d’extase !). Il y a encore du Gainsbourg, c’est-à-dire du Nabokov, dans le style administratif des paroles de A Schoolgirl’s Day, sorte de procès verbal dramatique d’une écolière dépressive.

Ce qui est particulièrement réussi sur cet album, c’est la façon dont les deux artistes ont su s’écouter mutuellement, apprendre à se connaître par une correspondance musicale, pour créer une idiosyncrasie où transparaît le style de chacun sans qu’il ne s’agisse d’une simple juxtaposition (rien de surprenant pour ceux qui suivent les œuvres de Patton tant il sait mettre sa voix au service des ambiances les plus éclectiques). Par exemple, on reconnaît les mélodies inquiétantes (et les arrangements sur ses propre voix) de Patton sur Cold Sun Warm Beer, mêlées à l’écriture en dents de scie de Vannier, les dissonances de l’un et les harmonies orientales de l’autre, les influences métal de l’un, le travail d’orchestre de l’autre.

Le sommet de cette fusion est peut-être atteint avec On Top of The World où on reconnaît le côté surf pop du California de Mr Bungle et la section rythmique ronde et dépouillée de Melody Nelson. Un disque à la fois simple (au sens où au bout de trois écoutes on se met à vouloir chanter les refrains ? alors je dis oui !), au sens où il devrait être accessible à un très large public et en même temps complexe, par la variété de ses registres, son originalité, sa finesse.

Chroniques - 10.10.2019 par Le Crapaud
 


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samedi 14 décembre 2019


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