Top albums - juin 2010

Tandis que la hype court sans cesse après le prochain son du moment sans craindre la proximité des dates de péremption, se pourrait-il que la vérité soit ailleurs ? Un album appelé à durer ne se démarque-t-il pas justement par sa capacité à faire abstraction de son époque voire à s’en détacher totalement ? C’est ce que semblent penser les votants du forum qui dans leur quête de fraîcheur musicale en cette vague de chaleur estivale ont choisi de plébisciter quatre disques particulièrement anachroniques. Petit tour d’horizon aux allures de voyage dans le temps.


1. Maximilian Hecker - I Am Nothing But Emotion, No Human Being, No Son, Never Again Son

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Maximilian Hecker - I Am Nothing But Emotion, No Human Being, No Son, Never Again Son disponible sur Amazon.fr

Avec Maximilian Hecker d’abord, dont le nouvel opus au titre à rallonge se réfugie dans la douceur teintée d’amertume d’une bulle de souvenirs sur laquelle l’époque ne semble pas avoir de prise. Minimaliste et hors du temps, ce sixième album dominé par un piano cafardeux et enregistré dans le dénuement et l’intimité de son home studio voit ainsi l’allemand parcourir les brumes d’une enfance solitaire et se laisser envahir par la mélancolie d’un passé à fleur de peau. Un beau disque d’atmosphère, classique mais jamais facile, dont le songwriting profondément personnel en a ému plus d’un à la rédaction.


2. The Magic Theatre - London Town

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The Magic Theatre - London Town disponible sur Amazon.fr

Pour Dan Popplewell et Sophia Churney, l’anachronisme est de rigueur depuis les dernières aventures d’Ooberman sur un Carried Away enchanteur et baroque dont on espère toujours qu’il finira par s’imposer comme le maître-étalon d’une pop à l’ambition symphonique décomplexée. Car c’est justement la même magie maximaliste que l’on retrouve à l’œuvre sur ce nouveau projet de l’ancien couple à la ville qui nous conte l’histoire romanesque et tragique d’une amour perdu entre deux époques, le Londres victorien de 1888 et le swinging London de la fin des 60’s. Le portail temporel d’une fête foraine ensorcelée leur permettant de rapprocher l’inspiration orchestrale de Dan Pop, compositeur de bandes originales élevé aux chœurs gothiques de Danny Elfman, d’une pop ligne claire héritée des Kinks, Zombies ou autre Sagittarius pour un résultat aussi touchant que troublant, entre féérie et mélancolie, la voix subjugante de Sophia faisant le reste. Un album qui coule de source comme du Luke Haines sans l’ironie et qui se regarde autant qu’il s’écoute, au fil des vidéos postées ici.


3. Tame Impala - Innerspeaker

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Tame Impala - Innerspeaker disponible sur Amazon.fr

Armé de l’hypnotisme du krautrock, des riffs et claviers distordus du space rock et des mélodies champignons d’une certaine pop sous LSD, le premier essai du trio australien Tame Impala affole déjà les charts indé au pays des kangourous. Et il faut dire qu’à entendre ces épopées psychédéliques envoyées dans l’espace par la production limpide de Tim Holmes (Death In Vegas) et le mix parfaitement aérien du grand Dave Fridmann (Mercury Rev, The Flaming Lips), jugez-en par la chronique d’un amateur de sonorités foisonnantes, on aurait bien envie de se croire nous aussi en pleine vague psychotrope du début des 70’s, le sens du groove en plus.


3. The Drums - The Drums

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The Drums - s/t disponible sur Amazon.fr

Enfin, grand écart toujours avec The Drums, quatuor new-yorkais à cheval entre la pop ensoleillée du tournant des 60’s et le groove rigide des débuts de la Factory, au moment où New Order, The Wake et autres machines à danser la tête dans les nuages faisaient rêver à deux pas de la grisaille et du béton avec des chansons moins radieuses qu’il n’y paraissait de prime abord. Le groupe survivra-t-il à la hype qui l’entoure depuis son premier EP Summertime ! paru l’an dernier et dont on retrouve deux morceaux ici ? "Évidemment que nous voulons être entendus du plus grand nombre", avoue le songwriter, chanteur et producteur Jonathan Pierce, "mais à la fin de la journée, le plus important c’est d’apprécier nous-mêmes notre musique." La vingtaine à peine entamée, en voilà qui donneraient des leçons de maturité à bien des rockeurs aguerris.


C’est tout pour cette fois-ci, rendez-vous à la fin du mois sur le FIR pour un vote qui s’annonce serré à en juger par l’agenda des sorties de juillet, particulièrement riche en confirmations attendues.