Top albums - mai 2010

Avec les premières chaleurs de l’été, on aurait pu craindre un peu de laisser-aller du côté des votants du forum, mais déjouant nos pronostics c’est tout de même près d’une quarantaine d’albums (sur plus de 80 repérés dans notre agenda) qui se sont trouvés plébiscités au terme de ce mois de mai d’une richesse rarement égalée. Et si quelques choix ressortent assez nettement du lot ce n’est sûrement pas par paresse, malgré la fausse impression de facilité qui a pu se dégager à un moment ou un autre des groupes ou des albums en question. Éclaircissements en musique.


1. The National - High Violet

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The National - High Violet disponible sur Amazon.fr

Avec High Violet, la simplicité est plus que jamais de mise pour The National, attendu pour la première fois au tournant après le succès surprise de Boxer en 2007, sans doute dû pour beaucoup à la participation au piano sur une paire de morceaux du grand Sufjan Stevens, à nouveau présent ici en toute discrétion et au côté notamment de Justin Vernon (Bon Iver) ou Padma Newsome (Clogs). Un minimalisme apparent qui permet pourtant au combo de Brooklyn de toucher à l’essentiel, cet art subtil d’organiser l’instrumentation et les arrangements pour monter peu à peu en tension et en intensité. C’est ce sens aiguisé de l’épure qui permet à ce cinquième opus, sans égaler la fièvre d’ Alligator ou la classe de Boxer, d’imposer le groupe comme l’un des plus solides rénovateurs d’un rock à guitares que certains imaginaient déjà mort et enterré à force de trop lorgner sur les classiques du passé.


2. The Radio Dept. - Clinging To A Scheme

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The Radio Dept. - Clinging To A Scheme disponible sur Amazon.fr

Au fil de leurs sorties sur album ou EP, on aura beaucoup usé de comparaisons à l’égard des suédois de The Radio Dept., souvent réduits la somme d’un certain nombre d’influences écrasantes, des Smiths à New Order en passant par les Cocteau Twins ou Joy Division. Mais si ce troisième album, en revendiquant la volonté du groupe de s’accrocher à un schéma, facilite forcément les raccourcis, réduire Clinging To A Scheme à un simple croisement entre les spirales éthérées de Slowdive et le spleen synthétique des Pet Shop Boys période Behaviour reviendrait à nier la fraîcheur typiquement nordique qui se dégage de ces compositions tour à tour mélancoliques ou plus insouciantes.


3. The Black Keys - Brothers

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Dan Auerbach et Patrick Carney n’avaient pas vraiment convaincu l’an dernier avec leur projet hip-hop Blakroc aux fusions sans grande finesse. Un faux pas amplement rattrapé par la coolitude de ce Brothers, qui loin de traiter par-dessus la jambe ce demi-siècle d’héritage blues-rock recyclé sur les opus précédents, de Howlin’ Wolf au Jon Spencer Blues Explosion, le revivifie d’une bonne dose de funk et de soul à l’image de leurs récentes vidéos où sévit le déhanchement lascif d’un Funkasaurus Rex joyeusement lubrique.


4. The Dead Weather - Sea Of Cowards

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A en juger par un premier album Horehound paru l’an dernier qui se reposait complaisamment sur ses influences (de Janis Joplin à Jon Spencer en passant par Black Sabbath), on avait eu vite fait malgré sa relative efficacité de reléguer le projet de Jack White et Alison Mosshart au rang des revivalistes paresseux. C’était sans compter sur les velléités, timidement dévoilées à l’époque par l’instrumental 3 Birds épique et ténébreux, de sonner plus moderne et dérangeant que ses aînés. Une ambition qui trouve enfin avec Sea Of Cowards les moyens qu’elle nécessitait, en témoignent le groove malsain et les riffs acérés qui parcourent le disque et font naître cette fois une véritable atmosphère, loin de l’impression de simple compilation qui émanait du précédent opus.


4. The Divine Comedy - Bang Goes The Knighthood

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Dès la brit-pop légère quoiqu’élégamment arrangée du premier single At The Indie Disco, on savait que Neil Hannon ne montrerait pas la même ambition avec Bang Goes The Knighthood qu’avec ses œuvres passées. Une humilité qui n’allait pas forcément déranger les admirateurs du superbe Victory For A Comic Muse mais s’il faut bien avouer qu’on est ici un ton en-dessous en termes de rayonnement mélodique et d’inventivité dans les arrangements, ce dixième album attachant et bien construit, à la croisée de l’extravagance des débuts (The Lost Art Of Conversation, Can You Stand Upon One Leg) et d’une pop de chambre plus light (Neapolitan Girl, Have You Ever Been In Love) ou intimiste (Bang Goes The Knighthood, When A Man Cries), met toujours en avant un songwriting désarmant (Island Life, I Like) et déconcertant de facilité (cf. le fabuleux Assume The Perpendicular), dans le bon sens du terme cette fois.


A noter au pied de ce podium élargi, les belles présences d’Angil & The Hiddentracks, Ufomammut et LCD Soundsystem en 6èmes ex-æquo.