L’oeil sur 2025 - 150 albums : #135 à #121 (par Rabbit)
Comme souvent avec mes classements annuels pour IRM, le format s’est imposé de lui-même : 150 albums car me limiter davantage devenait trop frustrant, et sans classification au regard des difficultés ressenties l’an dernier à devoir ranger dans des cases, toutes approximatives et malléables qu’elles puissent être, des sorties souvent inclassables. Je suis donc allé au plus simple : mes albums préférés de l’année, avec pour seule règle de n’en mentionner qu’un par artiste, à moins qu’il ne s’agisse de différents projets ou collaborations (ou, comme par deux fois dans cette seconde tranche, s’ils sont impossibles à départager)... et l’espoir cette fois encore de voir quelques-uns de ces coups de coeur frapper avec la même intensité l’un ou l’autre de nos lecteurs.
135. Godfather Don & Jazz Spastiks - Writer’s Delight
"Changement de braquet depuis l’épique Thesis autoproduit l’an dernier par le vétéran new-yorkais. Associé à la paire de producteurs britanniques Jazz Spastiks, Godfather Don s’attaque en effet ici à une facette beaucoup plus feutrée du hip-hop à l’ancienne, évoquant autant les jazzmen dans l’âme du début des 90s, des Jungle Brothers à ATCQ en passant par Souls of Mischief (le downtempo cuivré de Gnosis, le groove débonnaire de Straight From The Gutter, les motifs hachés et la contrebasse de Kick The Ballistics), que certaines productions plus récentes et baroques d’outre-manche, celles par exemple de Pimpernel Jones via son regretté duo néo-Daisy Age Herma Puma (Revolution). Un univers plutôt smooth et ligne claire donc, d’une remarquable fluidité et à rebours des tendances clinquantes de l’époque avec ce beatmaking organique qui résonne comme en 1993, que le rappeur dynamise pourtant ici et là de son flow intranquille derrière une apparence posée, apportant par contraste une certaine urgence qui finit par prendre le dessus sur le tendu Beat & A Bassline, véritable petit tube en puissance."
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134. 7’Rinth - Bent Wooden Architecture
"On retrouve 7’Rinth avec un Bent Wooden Architecture confirmant la tendance du MC/producteur new-yorkais à un rap un peu plus chiadé, un peu moins lo-fi, inventif et plombé que ce à quoi il nous avait habitués dans la deuxième moitié des années 2010. L’ex Ichiban Hashface, désormais actif sous le pseudo de Big Oso est également de la partie, traînant son flow neurasthénique dès le second titre Multi-Colored Garde dont les textures et samples ravivent un temps la période susmentionnée. Quant au sens du tragique malmené aux effets de la SP-404 des O’ The Earth, Windmill Mirror (avec ces cascades de beats caractéristiques de l’Américain) ou de l’instru final Ferris Wheel Night Sounds (même si ce dernier donne quelque peu dans la facilité pour les amateurs de folk 70s avec sa boucle pitchée on ne peut plus évidente du classique Hey, Who Really Cares ? signé Linda Perhacs), il ne pourra que ravir les fans de ce rappeur à contre-courant des tendances aussi bien mainstream qu’indépendantes et donc d’autant plus précieux en 2025."
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133. Andrea Bellucci & Giulio Aldinucci - Slow Dances and Still Memories
Moitié du duo ILUITEQ, le musicien electronica/ambient italien Andrea Bellucci s’associe pour la première fois à son compatriote, l’immense Giulio Aldinucci (qui fut l’un des plus fameux invités de notre Sulfure Festival en 2019) pour une très belle sortie ambient aux recollections sombres et embrumées, sortes de vestiges d’un futur possible annihilé par l’implacable course du temps où l’on retrouve par intermittence les choeurs liturgiques et autres nappes de drones majestueux chers à l’auteur des fabuleux Disappearing In A Mirror et Shards Of Distant Times.
132. Aesop Rock - I Heard It’s A Mess There Too
"Toujours confortablement campé chez Rhymesayers, l’ex tête de gondole du label Def Jux s’y permet la sortie d’un deuxième long format en 5 mois, troquant le trop-plein pas très audacieux et un brin épuisant du néanmoins tout à fait décent Black Hole Superette pour une concision plus acérée aux productions particulièrement épurées. Sans réinventer l’eau chaude, I Heard It’s A Mess There Too compte également davantage de coups d’éclat que son prédécesseur, du minimalisme anxiogène de The Cut au blues magnétique de Call Home en passant par les rondeurs et motifs insidieux des parfaits Opossum et Pay The Man, ou la vibe d’anticipation horrifique de l’accaparant Oh My Stars."
< avis initialement publié ici >
131. Thamel & Jean D.L. - Temporary End
Entendu aux côtés de Karen Willems, Julia Kent, Otto Lindholm ou encore Rutger Zuydervelt aka Machinefabriek, le musicien belge Jean De Lacoste fricote cette fois avec son compatriote le plus en vue dans nos colonnes depuis quelques années, Jérôme Mardaga, adepte des synthés modulaires sous le pseudo Thamel. Accompagnée au violon par l’excellente Catherine Garindorge, belge elle aussi, sur deux titres à la fois contemplatifs et orageux, la paire est en parfaite osmose sur ce Temporary End où la guitare de Jean D.L., déclinée en nappes opaques parfois grondantes, accentue encore de même que les nombreux field recordings d’ambiance la dimension organique de la musique de l’auteur de Tomorrow the sunshine.
130. Lord OLO & Televangel - Demon Slayer 2
"Televangel, l’ex moitié des magiciens Blue Sky Black Death avait ces dernières années multiplié les grands écarts entre psychédélisme aérien d’une classe folle (les collaborations avec Milc au micro, ou le superbe EP Incorruptible Saints avec Sleep Sinatra, pour moi sa plus belle production tout seul) et downtempo plus mainstream voire générique (les sorties avec Nacho Picasso), grands écarts parfois au sein d’un même disque (l’étrange Demon Slayer premier du nom). Heureusement, pour ce deuxième opus plus introspectif, la paire fait le choix d’un hip-hop stellaire et enivrant aux irrésistibles synthés ascensionnels (Londra’s Fantasy, Hysteria) et autres incursions jazzy du plus bel effet (IS Am, AGGRESSIVE), et en dépit de quelques chorus borderline (The Side), Demon Slayer 2 intègre avec bien plus de cohérence ses tentations régressives (le baroque BEAT EM !, ou même Get It Shawty qu’on devrait détester et qui pourtant passe crème), réussissant même là où échouait son prédécesseur côté lyrisme "urban pop" grâce au genre d’arrangements impressionnistes de piano, samples et synthés dont le Portlandien adepte des distorsions oniriques a le secret (Soul Speak)."
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129. Sacco & Vanzetti - Sorry For Your Loss / Kill Your Own Snakes
"Découvert dans nos pages l’an dernier à la sortie de l’excellent double album BEHEMOTH, le duo new-jersiais Sacco & Vanzetti - aka le rappeur Sko dont le cheveu sur la langue singularise le flow, et son producteur The Shah - enchaînaient quelques mois plus tard avec un Sorry For Your Loss forcément moins foisonnant mais sans démériter pour autant, qui vient avant toute chose nous confirmer le talent du premier pour un storytelling tranchant d’ironie, sa plume acérée culminant ici sur l’inénarrable DUCKS, chef-d’oeuvre de groove psyché/tribal qui fera rire jaune jusqu’à la gêne n’importe quel anglophone avec son allégorie de la connerie humaine appliquée à la vie sexuelle douteuse de nos amis les canards" (cf. le #2 de mes 33 morceaux préférés de l’année). Et à peine trois mois plus tard, on retrouvait déjà la paire sur des productions toujours aussi fébriles et lo-fi, dans une veine légèrement moins plombée avec moins de piano mais davantage d’arrangements déglingués. Finalement, un véritable petit double album qui s’ignore !
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128. Body Bag Ben & Daniel Son - Brown Body Bags
Étoile montante des productions rap du côté obscur, Body Bag Ben a livré deux belles galettes cette année, à commencer par Thousand Yard Stare pour le MC de Harlem UFO Fev en mars, album qui démarre fort mais compte tout de même quelques temps faibles en particulier dans son dernier tiers. Avec Brown Body Bags, lâché 8 mois plus tard à la toute fin novembre, le problème ne se pose pas, et pas seulement grâce à la constance dans l’excellence du MC canadien Daniel Son (collaborateur récurrent de Futurewave et Giallo Point, entre autres) mais du fait de productions encore plus cinématographiques et insidieuses, flirtant avec l’horrorcore le temps des menaçants Jamaican Rum, Elegance ou Triple XL quelque part entre Dr. Octagon et Jakprogresso avec leurs cordes et cuivres samplés, mais également capables d’incursions plus mélancoliques à l’image de 1 Hand Was The Other, Tangiers et Jade qui font progressivement retomber la tension en fin de disque.
127. SML - How You Been
"À peine plus d’un an après la sortie de l’extraterrestre Small Medium Large dont les métissages jazz kosmische évoquaient le groove futuriste du Tortoise de Standards, on retrouve le même quintette autour de la bassiste Anna Butterss, de Jeremiah Chiu aux synthés et de Josh Johnson du Chicago Underground Quartet au sax et à l’électronique. S’éloignant encore davantage des codes du jazz ou de ce qu’il en reste, surtout en début d’album, How You Been est à l’image de sa pochette : ludique, abstrait, coloré et riche en textures hétéroclites, lesquelles se télescopent allégrement au sein d’un grand patchwork de motifs composites et mouvants traversant les genres et les époques, y compris une certaine dimension kitsch revenue tout droit des années 80 (Taking out the Trash, Stepping In / The Loop, ou un morceau-titre très Talking Heads). Des sonorités anachroniques (de boîtes à rythmes notamment) qui contrastent d’autant mieux avec les incursions ambient psyché (Plankton, Brood Board SHROOM) de ce fascinant oxymore musical, par ailleurs souvent méditatif et organique."
< avis initialement publié ici >
126. Dufourd & Demoulin - Microchimères
"Dans la foulée du bel album cristallin de son nouveau projet Forest Dweller chroniqué ici, Julien Demoulin retrouve son compère du très évocateur - et particulièrement fameux - Entre Chien et Loup de 2022, Frédéric Dufourd, pour une nouvelle échappée à quatre mains. Si ce Microchimères s’avère moins cinématographique et moins fortement contrasté que son aventureux prédécesseur, plus léger aussi peut-être avec davantage de ritournelles électro-acoustiques (Sans Moi, Célestine), les deux Français s’y révèlent toujours aussi talentueux pour déployer leurs atmosphères oniriques et immersives (Hors-Sol, En Suspens) aux rêves parfois troublés (Le Ciel En Nous, ou Ville Étang avec son ballet de voix abstraites), et continuent sans relâche leurs explorations aux confins du sommeil et de l’éveil, flirtant cette fois avec le jazz et le slowcore (Finir Par Avancer) ou encore la folktronica (Tout Refaire)."
< avis initialement publié ici >
125. Blueprint - Vessel
"Le MC de feu Soul Position (son duo avec RJD2 dont on ne parle jamais assez) déçoit rarement, cf. encore l’an passé l’étonnant autant qu’élégant Chamber Music II, entre rap rondelet et instrus aériens. Plus électrique, son successeur Vessel aurait pu voir le jour chez Rhymesayers (label qui hébergea quelques albums du rappeur de Columbus, Ohio, malheureusement pas ses meilleurs), tant il met à l’amende les Atmosphere sur leur propre terrain, celui d’un storytelling d’une fluidité désarmante dont les productions mélodiques et métissées font la part belle aux guitares, aux hooks de piano et aux sonorités cristallines des claviers et des percussions. Autant dire que dans un monde parfait, ce nouvel opus quelque peu ignoré des amateurs du genre et signé de l’un des derniers rappeurs/producteurs à taper ses beats sur des drum machines vintage, serait déjà un petit classique à l’ancienne !"
< avis initialement publié ici >
124. Grosso Gadgetto - Don’t Panic, Everything Will Be Fine
Encore une très belle année pour l’éclectique et stakhanoviste Villeurbannais interviewé dans nos pages l’an passé, que ce soit dans l’électro-rock avec Jon Shuemaker, les crescendos de soundtrack imaginaire au sampling évocateur avec Dark Supreme, les dystopies jazzy avec NLC, le post-rock stellaire avec Stalsk, l’electronica onirique avec Innocent But Guilty, l’IDM sombre et futuriste avec Brainquake ou l’ambient de purgatoire en solo... et encore, on en passe ! Autant dire que la sélection fut rude, c’est finalement le souffle ésotérique de cette longue évocation post-apocalyptique pour le label américain An Eclectic Collection Of Dust qui a eu mes faveurs pour ce bilan, à défaut peut-être d’avoir suffisamment pu écouter le tout aussi réussi it’s not science fiction sorti le mois dernier, dont le downtempo cinématographique et aérien promet de s’imposer sur la durée.
123. Kingbastard - I’m Sorry, I Thought I Was Someone Else... / p o p u p s
En 2025, Chris Weeks célèbre en fanfare les 20 ans de cet insaisissable et passionnant projet électronique, et une fois de plus I’m Sorry, I Thought I Was Someone Else... "refuse de choisir et fait feu de tout bois dans l’esprit schizophrène de son titre, sautillant du downtempo lo-fi au psychédélisme saturé, de l’ambient fantasmagorique à la techno stellaire. Bénéficiant toujours de cette sensation de spontanéité typique de l’improvisation analogique, ce nouvel opus est avant tout remarquable pour le soin tout particulier apporté aux textures, lesquelles par leur crépitante instabilité, leur tendance à la désagrégation voire à la décrépitude, servent de parfait liant à ces différentes dynamiques et inspirations." Quant à p o p u p s, lâché quelques semaines plus tôt, il s’avère lui aussi des plus éclatés, avec un accent encore plus prononcé sur la techno, l’électro régressive et les sonorités acides. Deux excellents crus pour le très productif Britannique !
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122. Staraya Derevnya - Garden Window Escape
"Avec 30 années d’activité et pas moins de 7 longs-formats en un gros quart de siècle, le collectif anglo-israélien Staraya Derevnya n’en est pas à son coup d’essai. Consistant en 7 titres de durées disparates (3 à 12 minutes), ce nouvel album conjugue assez brillamment hypnotisme hérité du krautrock (Tight-lipped thief), dissonances libertaires presque noise-jazz (Myshhh faisant même penser à un cousin aquatique de Colin Stetson avec ses motifs minimalistes et comme étouffés de clarinette basse), textures crépitantes (cf. What I keep in my closet dont la psyché-folk fantasmagorique évoque quant à elle Current 93 ou Moongazing Hare) et vocalises "imbibées" à la Tom Waits, le tout en un grand chaos organisé qui jamais ne se complaît dans aucune sorte de confort. Une étonnante mixture culminant tout particulièrement sur la longue progression aussi déglinguée qu’habitée de Half-deceased uncle, morceau-fleuve dont l’imagerie incompréhensible pour nous (Gosha Hniu semble chanter en hébreu) est probablement au diapason de cet univers musical halluciné."
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121. BRUIT ≤ - The Age of Ephemerality
J’attendais énormément du combo toulousain depuis le merveilleux Apologie du temps perdu, Vol. 1, #2 de mes EPs de l’année 2023 qui tirait leur post-rock mâtiné d’électronique vers des élégies classical ambient de toute beauté. En comparaison, The Age of Ephemerality ne tient pas toutes ses promesses, avec des crescendos parfois débordés par leur tendance à l’emphase (cf. Ephemeral ou le bien-nommé The Intoxication Of Power), mais impressionne tout de même par sa capacité à accommoder tsunamis saturés, arpeggiators ascensionnels et lyrisme orchestral (Data), flirtant même, sur l’intense et abrasif Progress / Regress ou le dissonant Technoslavery / Vandalism, avec une forme ambitieuse de post-metal évoquant de loin les Russian Circles du sommet Geneva.
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- Sulfure Session #1 : Aidan Baker (Canada) - Le Vent Se Lève, 3/02/2019
- Sulfure Session #2 : The Eye of Time (France) - Le Vent Se Lève, 3/02/2019
- Aidan Baker + The Eye of Time (concert IRM / Dcalc - intro du Sulfure Festival) - Le Vent Se Lève (Paris)
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BlackHazr - s/t
Philippe Neau + LR Friberg - To The New You
Archive - City Walls
Chaton Laveur - Labyrinthe
Modeselektor - Classics Vol. 1 (We tried hard and failed again... enjoy !)
Delphine Dora - L'ineluctable pulsation du temps
The Notwist - News from Planet Zombie
The Monochrome Set - Lotus Bridge
Ô Lake - Home EP
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- Earthling : "J’ai rencontré Geoff Barrow dans un château gonflable"
- L’oeil sur 2025 - 15 albums découverts trop tard + meilleurs labels
- Alex Thagis : "Dans Turne 66, la question était de savoir quelle place pour une Albertine Sarrazin de nos jours."
- B Dolan - Fight Naked
- Gaza Glock & Illinformed - Cocaine Anonymous
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