12 labels à suivre en 2012 - Decorative Stamp

On a vécu ce cru 2011 au rythme de leurs sorties aussi attachantes qu’exigeantes, et on les suivra assurément de près l’an prochain : petit tour d’horizon, mené jour après jour par leurs patrons eux-mêmes, de ces labels singuliers qui ont marqué notre année musicale et qu’il ne faudra plus lâcher d’une oreille, si ce n’était déjà le cas.

A la tête du label anglais Decorative Stamp depuis 2008 en compagnie de son compère James P. Honey qu’il avait notamment côtoyé cette même année sur Rough Tongue Surfaces en tant que jamesphoney & jamesreindeer, croisé par ailleurs au micro sous son seul patronyme Reindeer au côté des producteurs lmntl819 et fbcfabric (autant d’albums à explorer depuis sa page Bandcamp), James Reindeer est un peu le rouage central d’un collectif décidé à reprendre les choses là où Anticon les avait laissées au milieu de la décennie passée. A la façon d’Odd Nosdam ou de Jel à l’époque, le rappeur, multi-instrumentiste et beatmaker est aussi discret aux manettes et à la technique pour les uns ou les autres qu’avec ses propres projets solo parfois signés d’un alias, mais sa patte quoique nébuleuse n’en est pas moins reconnaissable entre mille : sombre et intrigante, sale et bancale, résolument expérimentale et néanmoins accessible voire attachante, souvent psychédélique et régulièrement marquée du sceau de divers folklores orientaux, gourmande en somme des chemins de traverse les plus improbables que l’on retrouve pourtant mêlés inextricablement et le plus naturellement du monde au fil de ses productions comme de celles du Français AbSUrd, sur lequel on reviendra et auquel le Londonien, particulièrement prolixe, rend un vibrant hommage au détour de cette interview.


L’interview


- Si vous deviez nous présenter le label en quelques mots, quels seraient-ils ?

Mais certainement ! Nous sommes Decorative Stamp, un collectif d’amis proches et d’artistes aux visions similaires produisant toute une variété d’enregistrements disponibles dans des éditions limitées faites à la main, unifiés sous la bannière de tout ce qui est important à nos yeux sur le plan artistique. Nous aimons le hip-hop alternatif, le post-rock, le shoegaze, la folk, l’électronica et tout ce qui touche aux field recordings, à la noise analogique et au bruit statique. Nous nous sommes officiellement réunis en 2008 et avons depuis lors étendu nos rangs à un grand nombre d’amis et de collaborateurs. Nos membres sont basés aux quatre coins du monde, de la Californie au Texas jusqu’à Londres, Paris ou Hessen en Allemagne.

- Comment le contexte économique, technologique et/ou culturel a-t-il influencé votre façon de concevoir l’édition musicale ces dernières années ?

Tout change si vite, c’est certain. C’est le meilleur des mondes en effet. Les progrès technologiques ont certainement contribué à renforcer une nouvelle génération de possibilités DIY. La capacité d’enregistrer, de mixer et de mastériser selon des normes professionnelles sur un budget très réduit, et d’avoir ensuite toute facilité pour publier et partager la musique à une échelle mondiale a certainement créé un ensemble croissant de possibilités et de débouchés à suivre pour les artistes indépendants. Il y a quelque chose là-dedans d’un terrain de jeu nouvellement découvert, au sens où l’on a tous accès aux mêmes types de voies de distribution en particulier numériques pour atteindre les auditeurs. Et pourtant, comme avec tout progrès, l’emprise étouffante du monde du marketing est toujours là, la taille du budget demeurant en corrélation avec la réponse du public.
Mais plus encore, l’augmentation vertigineuse des œuvres disponibles, associée aux téléchargements gratuits et illégaux signifie qu’un grand nombre de sources de revenus possibles ne sont plus véritablement à l’ordre du jour. Nous avons tellement plus de liberté créative et d’options pour faire connaître notre travail, et dans le même temps la perspective financière sur laquelle nous basons nos budgets est en constante diminution.

- Sur quels aspects voyez-vous le label évoluer en 2012 ?

Nous avons beaucoup de projets et d’idées excitantes pour l’année à venir, plus de sorties, plus de concerts, plus de tout en fait.
Néanmoins, Decorative Stamp a été conçu comme un "collectif artistique", qui engloberait la musique, le cinéma, l’art et la littérature. Bien que nous ayons déjà fait quelques pas en dehors du domaine musical, notre objectif sera donc certainement de nous pencher plus en profondeur sur ces domaines tout au long de l’année prochaine. Nous avons un certain nombre de plans pour ce qui devrait se faire connaître sous les noms de Decorative Stamp Projection Room et Decorative Stamp Printing Press, de quoi étendre notre portée au sein d’autres médiums et nous permettre d’explorer davantage de possibilités créatives. En tant que collectif, nous évoluons à mesure que nos membres évoluent sur le plan artistique, nous nous développons et grandissons comme le fait chacun d’eux. D’une certaine manière c’est excitant car ça signifie que nous pouvons atteindre collectivement des domaines que n’aurait pas pu prévoir le groupe en tant que tout, une expérimentation en cours sur la chance et le mystère en quelque sorte.

- Quel artiste du label vous a le plus impressionné cette année, et pourquoi ?

Wow, question difficile, pour sûr. Il y a eu tant et tant de beau boulot de la part de toutes les personnes impliquées ces douze derniers mois, vraiment un travail impressionnant c’est certain. Mais puisque je suis obligé de privilégier un artiste, je pense que tout le monde serait d’accord avec moi pour choisir AbSUrd. Il a été responsable de deux de nos albums les plus solides de l’année, sous la forme du deuxième opus de Murmur Breeze, Foreshore Reverie, ainsi que de son propre premier album solo, Close To Distantly. Pendant très longtemps, la communauté indie-rap en général a été en admiration devant son travail, en se basant simplement sur quelques chansons en solo et sur son implication dans le premier Murmur Breeze, Bird Irony. Mais finalement, cette année a vu la richesse d’inspiration d’un album entier démontrer ses étonnantes techniques de production, ses stupéfiants virages stylistiques et les univers enveloppants qu’il est capable de créer. J’ai certainement été un grand fan de son travail depuis le plus longtemps, et avoir eu la possibilité de l’observer de près dans l’affinage de ses sonorités et l’insigne honneur de collaborer étroitement avec lui au cours du mixage et de la production de son œuvre a été un plaisir continuel au cours des douze derniers mois.

- Un nom à surveiller de près sur le label l’année prochaine ?

Haha ! En toute honnêteté, difficile à dire en un sens. Nous aimons garder le processus créatif aussi organique que possible, et donc nous choisissons de ne planifier qu’à court terme en ce qui concerne nos sorties. Soyez certains néanmoins qu’il y aura une multitude de matériel à paraître.
Pour le moment, je recommanderais surtout chaudement les albums solo à venir des side-projects de Wild Dogs In Winter, à savoir A Native Hundred et Thverfellshorn. Nous avons là deux superbes sorties en cours de finition, et envisageons leur mise à disposition très tôt dans la nouvelle année. Les Wild Dogs In Winter sont de proches amis depuis longtemps maintenant, et c’est quelque chose de vraiment spécial pour nous d’être impliqués dans des sorties aussi extraordinaires de leur part. A Native Hundred va publier Down To Your Hairs, un album magnifique mêlant sans effort post-rock, shoegaze et électronica, tandis que Thverfellshorn nous dévoilera une série de sorties à commencer par un EP de remixes contenant des relectures par nos très chers Fawns, ainsi que du matériel additionnel tout neuf.
Par ailleurs, gardez un œil sur les Coffin Cutters, un nouvel album de A Band Of Buriers [rdlr : le projet chamber folk de James P. Honey dont on peut écouter ici le premier opus éponyme], ainsi que mon propre livre longtemps retardé, Nova Conditions.

- Un dernier disque à écouter avant la fin du monde ?

Haha ! L’impossibilité d’une telle question ! On pourrait sûrement être déchiré entre l’envie de sélectionner un album de prédilection, et un disque plus adapté à la fin de toutes choses. Si je me retrouvais dans la chaleur d’un feu de cheminée, à danser collé-serré avec ma superbe copine, je nous ferais écouter Baby, It’s Cold Outside par Ella Fitzgerald et Louis Jordan, ou peut-être que si je chevauchais mon BMX cheveux au vent dans le maelström, j’aurais Choice Of A New Generation de Brutal Truth hurlant dans mes écouteurs. Ou peut-être Blue Line Swinger par Yo La Tengo serait-il plus approprié, ou n’importe quoi de Godspeed You ! Black Emperor un choix judicieux. Hahahaha ! Si la fin du monde devait prendre un certain temps, peut-être que la BO de The Hours par Philip Glass en mode repeat pourrait le faire. Enfer, peut-être que danser sur Stereo Total pourrait être une autre option solide. Je ne sais pas, il semblerait que l’idée du verset de Babel Fishh sur Another Cat Out Of The Bag par Papervehicle en boucle ne veuille pas non plus me sortir de la tête. C’est définitivement une vraie BO de fin du monde en ce qui me concerne, pour sûr.


Decorative Stamp sur Facebook - Site Officiel - Bandcamp



Decorative Stamp en 2011


- Un album : AbSUrd - Close To Distantly

Le simple fait de s’être insinué dans le bilan de septembre du Forum Indie Rock en dit long sur le potentiel fédérateur de ce chef-d’œuvre en cinémascope dont les instrus tantôt enivrantes ou concassées, mélancoliques ou vénéneuses empruntent à la folk comme aux musiques traditionnelles extrême-orientales pour offrir à James P. Honey, James Reindeer, Babel Fishh, Bleubird, Ceschi Ramos ou au crew Papervehicle autant d’écrins à la mesure de leurs gestes épiques.

- Un EP : Evak & Edison - Six Pack O’ Death

Faute d’avoir pu mettre en avant le très bel éponyme de Papervehicle qu’il forme avec Home, Mildew et The Beastmaster dans une veine introspective teintée d’acoustique et de psychédélisme dans la droite lignée des débuts de Sole ou de Sage Francis, on s’est rabattu sur cet EP où le beatmaker californien Edison est associé au rappeur texan Evak pour 6 titres tout aussi métissés et d’une redoutable efficacité.

- Un morceau : AbSUrd - Thin Air (feat. Bleubird)


On l’avait déjà mentionné ici mais à notre décharge on pourrait sans doute remonter jusqu’aux grandes heures de Dr. Octagon sans retrouver dans l’entière galaxie hip-hop pareille élégance malaisante, véritable labyrinthe de vapeurs délétères dont les orchestrations nous ensorcèlent pour mieux nous happer à la manière du plus fascinant des serpents à sonnette.

- Une vidéo : Iron Filings And Sellotape - War Report [Salvaged Reels]


Car ce projet de James Reindeer aussi mystérieux qu’inclassable, qui voit son inspiration hip-hop passer au second plan voire même s’effacer totalement au profit d’une série d’évocations de terres défigurées par la guerre mêlant blues aride, jazz chaotique, bruit statique, chants folkloriques et autres interférences cinématiques, est éminemment visuel comme nous le rappelait Leoluce dans sa chronique de l’album Amidst The Grease And Chaos (que le court morceau de cette vidéo introduisait en quelque sorte mais sans en faire partie).

- Une streaming (du jour) : Murmur Breeze - Foreshore Reverie

Mis en musique par AbSUrd, alors en plein affinage de ces instrus ésotériques zébrées de cordes lancinantes qui allaient le mener au génial Close To Distantly, et habité par le flow halluciné de James P. Honey, Foreshore Reverie également chroniqué dans la foulée fut cette année une sorte de manifeste pour l’ambition du label anglais d’ouvrir au hip-hop des horizons insoupçonnées, jusqu’aux portes du rêve et de l’inconscient. A noter qu’une édition vinyle, plus concise et mieux construite peut-être, est également en écoute via Bandcamp.


English version :


- If you would have to introduce the label in a few words, what would they be ?

Indeed ! We are Decorative Stamp, we are a collective of close friends and like-minded artists producing a variety of works made available in limited hand-crafted forms, unified under the banner of all that is artistically relevant to us. We like alternative rap music, post-rock, shoegaze, folk, electronica, and lots of field recordings, tape noise and vinyl static. We came together officially in 2008 and have since expanded our ranks to include a great number of friends and collaborators. Our members are based across the world from California to Texas, to London, England, to Paris, France to Hessen, Germany.

- How did the economic, technological and/or cultural environment influence your way of thinking about music publishing in the past few years ?

Everything changes so fast, that is for sure. It is a brave new world indeed. The technological advancements have certainly helped to bolster a new generation of DIY possibilities. The ability to record, mix and master to a professional standard on a very small budget, and to then have the facilities to release and share music globally has certainly created an ongoing set of possibilities and avenues for independent artists to pursue. There is something of a new-found level playing field, in terms of having all the same kinds of avenues of especially digital distribution to reach audiences. Yet still, for all the advancements, there is still the stifling grip of the marketing world, the size of the budget directly correlating with public response.
Further still, the spiraling increase in available works, coupled with free and illegal downloads mean that a great deal of once possible revenue streams are no longer so much of an option. We have so much more creative freedom and so much more options to get the work out there, but there is an ever decreasing monetary pot with which we can all draw our budgets from.

- In which ways could the label evolve in 2012 ?

We have many exciting plans and ideas for the coming year, more releases, more live shows, more of everything.
Still, Decorative Stamp was conceived to be an ’art collective’, one that would encompass music, film, art and literature. Although we have taken some steps outside of the musical realm, our focus will certainly be leaning further into those realms across the next year. We have a number of plans for what shall become known as the Decorative Stamp Projection Room and the Decorative Stamp Printing Press, which shall further our reach into other mediums, allowing us to explore more creative possibilities. Being a collective, we evolve as each of our members evolve artistically, we expand and grow as each of our members does. In a way it is exciting as it means that we shall collectively be reaching into areas that could not be predicted by the group as a whole, an ongoing experiment of luck and intrigue indeed.

- Which artist from the label impressed you the most in 2011, and why ?

Wow, tough question for sure. There has been so, so much great work from everyone involved in the last twelve months, really astonishing work for sure. But, since I am being forced to pick one artist, I think everyone would agree with me in choosing AbSUrd. He was been responsible for two of our strongest album releases of the year in the form of the second Murmur Breeze album Foreshore Reverie, as well as his own solo debut Close to Distantly. For the longest time, the indie-rap community at large have all been huge fans of his work, all based on but a few solo songs and his work on the first Murmur Breeze, Bird Irony. But, at last, this year saw a wealth of album material showcasing his astonishing production techniques, amazing stylistic turns and the all-encompassing worlds which he creates. I have certainly been a huge fan of his work for the longest time, and to get to closely observe him refining his sound, as well as being so deeply honoured to collaborate closely with him on the mixing and overall production sound of his work has been such a ongoing pleasure over the last twelve months.

- A name to watch closely on the label next year ?

Haha ! In all honesty, hard to say in a way. We like to keep the creative process as organic as possible, so we choose only to plan shortly into the distance with regard to our output. Be sure that there will be a wealth of material forthcoming though.
As for right now, I would hotly tip the upcoming solo releases from Wild Dogs In Winter side-projects A Native Hundred and Thverfellshorn. We have two beautiful releases from them both close to completion, and aim to have them available very early in the new year. Wild Dogs In Winter have been close friends for a long time, and how it is something really special for us to get involved with the release of some extraordinary material from them. A Native Hundred will be releasing Down To Your Hairs, a beautiful album effortlessly melding post-rock into shoegaze into folk into electronica whilst Thverfellshorn will at last be unveiling a series of releases beginning with a remix EP containing a series of remixes by our very own Fawns, as well as some additional new material.
Other than that, keep an eye out for the Coffin Cutters, a new album from A Band Of Buriers, as well as my own long-delayed book Nova Conditions.

- A final record to listen to before the world ends ?

Haha ! The impossibility of such a question ! One would surely be torn between trying to select a favourite record, and a record most suited to the end of all things. If I found myself in the warmth of a cosy fire, slow-dancing with my beautiful girl, I would have us listen to Baby, It’s Cold Outside by Ella Fitzgerald and Louis Jordan, or maybe if I was riding my BMX head on into the maelstrom I would have Choice Of A New Generation by Brutal Truth blaring in my headphones. Or maybe Blue Line Swinger by Yo La Tengo would be most fitting, or maybe anything by Godspeed You ! Black Emperor would be a sensible choice. Hahahaha ! If it was gonna take awhile, maybe The Hours Soundtrack by Philip Glass on repeat might work out. Hell, maybe dancing to Stereo Total might be another strong option. I don’t know, can’t seem to get the idea of Babel Fishh’s verse on Another Cat Out Of The Bag by Papervehicle on repeat out of my head either. That’s definitely some real end of the world soundtrack business for me, for sure.



indie rock mag - IRM des musiques actuelles


mardi 16 juillet 2019


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