Top albums - février 2012

Que dire de ce nouveau bilan mensuel si ce n’est qu’il reflète autant la diversité des passions musicales des votants du Forum Indie Rock que leur difficulté à s’accorder sur un palmarès fédérateur ? Une aubaine quoi qu’il en soit pour les skieurs invétérés qui ne demandaient pas mieux qu’une petite séance de rattrapage autour de l’actualité d’un mois de février dont on n’a pas fini de déterrer les trésors cachés.


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Tindersticks - The Something Rain disponible sur amazon.fr

1. Tindersticks - The Something Rain

< chroniqué | en écoute >

En 2003, les Tindersticks semblaient, avec Waiting For The Moon, s’appliquer à fournir chaque fois une livraison légèrement moins aboutie que la précédente. Jamais de faute totale de goût, non, il s’agissait seulement d’une pente descendante que le groupe semblait incapable de remonter.

Un hiatus de cinq ans aura été nécessaire, et depuis The Hungry Saw et Falling Down A Mountain ces dernières années, on avait déjà bien compris que l’inspiration était revenue. On n’hésitera pas à parler de chef-d’œuvre (mais combien la discographie du groupe en contiendra-t-elle ?) à propos de cet album d’une cohérence inouïe mêlant à merveille les influences traditionnelles du groupe et celles de Constellation, leur label d’adoption.

(Elnorton)


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B R OAD WAY - Solo System Revolution disponible sur cd1d.com

2. B R OAD WAY - Solo System Revolution

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Les Stéphanois particulièrement productifs ont pris leur temps sur cet album. Trois ans séparent Solo System Revolution de leur précédente production Gang Plank, enregistrée dans les mythiques studios d’Abbey Road. La promesse tant attendue d’une musique plus pop se fait ressentir ici dès les premières notes, frappantes d’intimisme, des arrangements plus épurés, donnant au final un bel album duveté et chaleureux, beau comme un lever de soleil. Le quintette n’en oublie pas pour autant ses envies d’expérimentations, électro, jazzy l’espace d’un instant (Buy 1 Get 1 Free Therapy) et laisse entrevoir une réelle continuité... pas qu’un simple égarement ou virage hasardeux. Tout bonnement un excellent album, un de plus au palmarès de la très inspirée scène de Saint-Étienne !

(Riton)


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Air - Le Voyage dans la Lune disponible sur amazon.fr

3. Air - Le Voyage dans la Lune

< chroniqué | en écoute >

Depuis Walkie Talkie (2004), on n’attendait plus grand chose de Air qui voyait son inspiration s’envoler et s’éloigner de plus en plus. Il lui aura donc fallu Le Voyage dans la Lune (2012) pour attiser notre curiosité et nous surprendre de nouveau. Car il faut bien parler de surprise, le groupe ayant enfin su grandir depuis son premier safari lunaire tout en conservant son âme d’enfant. Il y a évidemment toujours ces nappes mélancoliques et rêveuses mais cette fois les rythmiques aventureuses et plutôt entraînantes montrent un groupe inspiré et libéré qui retrouve une seconde jeunesse avec cette bande originale (la troisième après celles de Virgin Suicides et Quartier lointain ) accompagnant le film muet futuriste de Méliès (1902) auquel Martin Scorsese rend hommage avec le récent Hugo Cabret. L’heure est décidément au muet et aux artistes.

(darko)


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Lambchop - Mr. M disponible sur amazon.fr

4. Lambchop - Mr. M

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En dédiant Mr. M à Vic Chesnutt, son pote de toujours disparu en 2009, Kurt Wagner fait son deuil. D’ailleurs, il a failli ne pas revenir non plus : accablé par le chagrin, Mr. Lambchop avait sérieusement ralenti sa production musicale et repris ses activités d’artiste peintre.

Mais finalement, 4 ans après Oh Ohio, le voilà de retour avec un album mélancolique, charmant, triste et élégant, en un mot résigné. Bref, Mr. M c’est 11 morceaux d’alt-americana subtile et 57 minutes de complaintes amères.

(nono)


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Memoryhouse - The Slideshow Effect disponible sur amazon.fr

5. Memoryhouse - The Slideshow Effect

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Rarement un premier album aura été aussi attendu. Cela faisait deux années que le duo canadien nous faisait saliver à coups d’EPs, tous aussi remarquables les uns que les autres, deux années durant lesquelles Evan Abeele et Denise Nouvion sont passés outre les comparaisons faciles, deux années ponctuées d’élégantes reprises (When You Sleep de My Bloody Valentine) et de mixtapes accrocheuses. The Slideshow Effect, aboutissement d’un long travail et récompense d’une patience interminable, se distingue par son raffinement et son élégance, jusque dans l’artwork. La voix délicate de Louise et les compositions de l’habile Evan s’associent avec perfection et ne manquent pas de rappeler leurs ainés Mazzy Star et Beach House avec des titres faussement naïfs qui, très vite, se révèlent être beaucoup plus aboutis qu’ils n’y paraissent.

(Milito)


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Sharon Van Etten - Tramp disponible sur amazon.fr

6. Sharon Van Etten - Tramp

< chroniqué | en écoute >

Pour ceux qui l’avaient découverte sur l’un de ses deux premiers albums ou plus récemment lors d’une première partie de The National, ce n’est pas une surprise que Sharon Van Etten fasse montre de talents d’écriture certains, s’appuyant sur une voix languissante ainsi que des textes pleins de sens qui nous font ressentir toutes les émotions par lesquelles la New-Yorkaise a pu passer, pour construire avec succès un univers folk bien à elle. Ce 3e opus ne fait pas défaut et verra, on l’espère, l’artiste monter en reconnaissance. Gageons que ses collaborations sur Tramp avec, entre autres, Aaron Dessner (The National, encore !), Zach Condon (Beirut) et Jenn Wasner (Wye Oak) ainsi que des morceaux plus incisifs (Serpents et sa batterie martiale en tête) devraient l’aider en ce sens.

(Guismo)


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Earth - Angels of Darkness, Demons of Light II disponible sur amazon.fr

7. Earth - Angels of Darkness, Demons of Light II

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Suffisamment plébiscité pour atteindre une honorable 7e place, Angels of Darkness, Demons Of Lights II poursuit la quête de l’épure débutée par Earth avec le premier volet du diptyque sorti l’année dernière, et cela dès le morceau d’ouverture, Sigil Of Brass, dont les premières notes nous renvoient autant aux guitares monotone de Low qu’à celles qu’on a l’habitude d’entendre chez la formation emmenée par Dylan Carlson.
Ici, sonorités monolithiques et violoncelles dissonants se mêlent, tandis que les silences pesants et la batterie neurasthénique rythment l’album, plongeant l’auditeur dans une sphère parallèle aux contours indéfinis et lui permettant de naviguer comme le titre l’évoque entre l’ombre et la lumière, une frontière qui s’avère finalement floue.
Ainsi, si le drone ambient des Américains ne respire pas complétement la joie de vivre, il sort joliment des méandres obscures dessinés par Angels of Darkness, Demons of Lights I.

(Spydermonkey)


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The Megaphonic Thrift - s/t disponible sur amazon.fr

8. The Megaphonic Thrift - s/t

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Certes cet album éponyme n’est pas une révolution en soit, mais ça n’est pas non plus un simple plagiat de Sonic Youth, ce serait plutôt une réminiscence des nineties... au sens psychanalytique ! Les Norvégiens de The Megaphonic Thrift nous livrent ici après le très bon Decay Decoy un second album beaucoup plus varié, allant chercher ses souvenirs du coté de la bande de Thurston Moore, mais aussi de Pavement, des Pixies ou de Dinosaur Jr. Il y a bien sûr quelques guitares noisy, un duo homme/femme au chant et des crescendos en intensité, mais l’équilibre de l’album vient de son coté plus pop et de ses mélodies douces et fragiles (cf. Kill, Breathe And Frown ou Swan Song). Mais je vous en supplie, ne tenez pas rigueur à l’inaugural Tune Your Mind et ses mauvais relents d’Alice In Chains, continuez votre écoute et ne boudez pas votre plaisir : The Megaphonic Thrift dépoussière les 90s au plumeau et ça fait du bien !

(Spoutnik)


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Windy & Carl - We Will Always Be disponible sur amazon.fr

9. Windy & Carl - We Will Always Be

< chroniqué | en écoute >

Heureusement pour nous, Carl Hultgren a su se laisser convaincre de publier ce qui devait à la base n’être qu’un témoignage d’amour pour sa Windy, sans quoi nous serions passé à côté de quelque chose de grand.

Tel le tournesol sur la pochette, on est tout d’abord happé par la chaude lumière de ces guitares scintillantes qui dominent la première partie de l’album et, alangui par cette douce béatitude, on se laisse surprendre par ces nuages noirs que l’on n’avait pas vus venir. Les morceaux s’allongent, la dramaturgie s’installe peu à peu et l’album gagne en intensité jusqu’à l’extase du morceau final, apothéose bourdonnante du chef-d’œuvre que nous offrent ici ces deux vétérans de l’ambient.

(FredM)


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The Eye Of Time - s/t disponible sur amazon.fr

10. The Eye Of Time - s/t

< chroniqué | en écoute >

Pour son arrivée chez Denovali, le Caennais Marc Euvrie impressionne en convoquant sur près de deux heures de plongées abyssales dans un subconscient torturé deux des plus beaux fantômes de l’électro gothique des décennies passées : The Third Eye Foundation période You Guys Kill Me sur une première partie hantée par des évocations instrumentales d’un autre temps, et Coil sur les suivantes dont l’inspiration foisonnante n’hésite pas à croiser indus, breakbeat, dark ambient, percussions tribales, piano classique, drum’n’bass ou encore doom metal et beuglantes gutturales, vestiges pour ces derniers de son passif screamo/postcore.

Tantôt martiale et cinématique ou plus élégiaque et abstraite mais toujours troublante et habitée, cette œuvre gargantuesque autant que labyrinthique n’est certes pas des plus faciles à digérer d’une traite mais ne devrait laisser personne indifférent, et surtout pas les aficionados de ces univers sombres et tourmentés dont est coutumier le label allemand.

(RabbitInYourHeadlights)


Voilà, on a fait le tour, il vous reste maintenant une grosse semaine pour rattraper tout ça avant l’appel aux urnes pour un nouveau vote mensuel sur le FIR.